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jeudi 31 janvier 2013

De Saint Lucia à Hluhluwe-iMfolozi

Aujourd'hui je change d'endroit. Je passe de parc en parc, pour aller pas très loin, en direction du parc national de Hluhluwe-iMfolozi au nom impossible. Ne me demandez pas comment ça se prononce, d'ailleurs pour faire court je l'appelle iMfolozi, plus facile et dont j'ai trouvé un moyen mnémotechnique : « il me le faut aussi » ! Ce parc, figurant parmi les deux plus anciens de toute l'Afrique, fut fondé en 1895, couvre 96000 hectares et abrite des lions, léopards, zèbres, girafes, antilopes, éléphants, rhinocéros et des milliers d'oiseaux qui totalisent en tout plus de 3000 espèces. Il y aurait tort de se priver de voir ce beau monde, à seulement une centaine de kilomètres au nord de Saint Lucia. Mon séjour dans le coin est stratégique. J'ai finement élaboré l'itinéraire en essayant de l'optimiser au maximum. A part la route inévitable depuis Johannesburg ou la transhumance depuis le Drakensberg, c'en est fini des road trips.
A noter que je n'avais pas prévu de visiter ce site à l'origine. Je cherchais une alternative au parc Kruger - pourtant incontournable - mais mal situé sur l'itinéraire que j'avais choisi. Il fallait faire un choix entre le Drakensberg et Kruger. Dans les guides il était fait état du parc iMfolozi mais je ne savais pas s'il en valait vraiment la peine. En plus, au début je n'avais pas prévu de faire le nord-est du Kwazulu Natal. Mais de recherches en recherches sur internet, les sites d'intérêt se sont faits plus précis et j'ai aussi été aidé par une réponse sur un forum où je demandais une alternative à Kruger. Et plusieurs m'ont répondu unanimement : iMfolozi. Je suis toujours sidéré par le nombre des personnes qui passent leur vie sur les forums, à répondre aux gens. On dirait qu'il n'ont rien d'autre à faire. En tout cas ça m'a été d'une aide précieuse. Je l'ai déjà dit mais les guides de voyage aident peu. Les avis sont subjectifs, et sans photo il est dur de se faire une idée. Quand ce n'est pas tout bonnement ignoré des guides.
Avant de partir pour iMfolozi, j'ai prévu de rester la matinée encore dans le secteur et de profiter de la plage. Cette nuit il a encore plu des trombes, plus que la nuit dernière encore car ça a duré tout le long. Ce matin la tente est trempée et tout est humide. Idéal pour un jour où tout doit être rangé et chargé dans la voiture. 
J'ai mieux dormi que la nuit dernière. Il faut toujours un temps d'adaptation pour passer du lit au matelas semi gonflable ; mais plus encore je crois qu'en raison de la pluie ça a limité les ardeurs des autochtones noctambules. A part les grenouilles, tout les autres machins se sont tus. Du coup, dès que le jour s'est levé, les animaux étaient sur le pied de guerre. Ça a commencé par les genres de suricates. C'est moins mignon que les vrais mais ça fait les mêmes glapissements et ça se dresses sur ses pattes arrières l'air inquiet au moindre bruit, tournant la tête à 180 degrés autour d'eux. Ils circulent tout le temps en bande. Ils étaient facilement plus d'une centaine, ça grouillait. Ils grattent et retournent tout ce qu'ils peuvent, montent le long des poubelles pour voir si la capot n'est pas rabattu. Ils sont très peureux, au moindre mouvement on a l'impression qu'ils vont faire une attaque. 
Ils commencent par courber la tête en avant en l'agitant de gauche à droite comme pour dire « même pas peur » avant de prendre la poudre d'escampette en couinant, prenant les plus jeunes dans leur gueule pour aller plus vite. Ils me font trop rire.
Après ce petit jeu je me suis rendu à la plage où j'ai marché un long moment, d'autant plus que le soleil était de retour pour quelques temps. A la réception hier, au moment de payer, il y avait le bulletin météo pour les dix prochains jours. J'ai eu le malheur d'y jeter un œil. C'est pluie tous les jours. Mais je crois qu'ils ne savent pas bien prédire les choses car ça change constamment. Pour l'instant, de ce que j'ai pu voir, c'est qu'il pleut la nuit puis après le matin c'est tout gris. Mais vers 11 heures un soleil voilé refait son apparition, seulement au niveau de la mer, avant de disparaître quelques heures plus tard. 
Aujourd'hui ça a été ce scénario ; alors que je m'étais fait à l'idée de prendre des photos sous un temps maussade, il a fallu que je refasse tous les cliché plus tard quand le soleil est sorti et que je retourne à la voiture pour me mettre de la crème solaire. Et curieusement les photos les mieux que j'ai faites sont avec un ciel tout gris au loin. Ça rajoute un effet sauvage à un paysage qui l'est déjà beaucoup.
La plage était quasiment déserte. Elle est si longue (elle court sur des dizaines de kilomètres) qu'on n'a même pas envie de marcher très loin. Il y avait en tout trois couples, séparés chacun de plusieurs centaines de mètres. Si l'on vient ici, c'est qu'on aime le calme et être tout seul, pas vrai ? Car il faut faire 70 kilomètres aller retour si on a oublié quelque chose au supermarché ! 

Le camp à Cape Vidal
Avant...
C'est ce qui me plaît sur ce camp. Les gens y vivent quasi en Robinson. Ça me rappelle un peu Koh Tarutao au niveau sauvagerie. Parmi les gens sur la plage, il y en avait qui péchaient, d'autres qui avaient emmené leur pliants et lisaient. Quelques pensionnaires des chalets adjacents au camping (très bien équipés, grands, distants les uns des autres et nichés dans la jungle) se promenaient sur la plage tout comme moi. Quand le soleil est sorti, d'autres sont venus se baigner. Aujourd'hui il n'y a pas de vent et l'eau n'est pas boueuse comme hier même si elle l'est encore un peu. Les gens se sont tous baignés au même endroit, entre deux fanions rouges, de l'eau à mi-cuisse. J’avais bien envie de les imiter mais pas de les rejoindre. Le hic est que la plage est dangereuse. Il y a de très forts courants et des requins qui patrouillent. C'est ce qui est indiqué sur les panneaux, avant de finir par la mention : « swim at your own risks ». Pas très engageant !
...Peu après!
J'ai donc préféré prendre la voiture, la tente pliée à moitié et finissant de sécher à l'arrière, à la recherche de nouvelles bestioles. Hier soir quand je suis rentré, j'avais pris une de ces pistes qui partent de la route principale et j'avais fini au niveau d'un petit lac où des hippopotames batifolaient. Ils étaient très près mais à contre jour, aussi j'avais bien l'intention d'y retourner ce matin en ayant cette fois le soleil dans le dos. Sauf qu'ils n'y étaient pas. J’avais crû bêtement qu'ils restaient auprès de leur marre favorite en les voyant léthargiques hier ; mais non, ils ont aussi des envies de fantaisie. Tant pis pour moi. En revanche j'ai eu droit à des sangliers tout près et à découvert. Avec les bestioles, il ne faut jamais chercher à en traquer une sorte bien précise. On ne sait jamais sur quoi on va tomber, c'est la loterie. J'ai essayé à d'autres endroits en me rendant à ces sites d'observation cachés dans la nature mais les lacs étaient désespérément vides. Tant pis pour les hippopotames. Quant aux rhinocéros, j'ai jeté l'éponge depuis le premier jour.
D'autres ont eu plus de chance. Alors que je m'étais arrêté pour photographier une nouvelle espèce de ruminants, un couple en camping-car qui venait de quitter le camp s'est arrêté à mon niveau : « Hello, what have you seen ? ». Ici on en demande pas comment on va, comment on s'appelle ou d'où l'on vient on, c'est juste secondaire ! J'ai donc montré à la dame la jolie photo que je venais prendre de la bête émergeant des herbes, tout fier. Elle m'a demandé si je partais ou si je venais, l'air blasée. Car à 10 kilomètres de là, sur la boucle des dunes, ils venaient de voir un rhinocéros avec son petit. Aargh ! Suffit bien que je l’avais prise cette boucle hier. Des kilomètres de piste défoncée pour rien. Ils auraient mieux fait de se taire. Je ne me voyais pas faire demi-tour et me retarder encore ; tant pis, je suis sûr que j'en verrai bien à iMfolozi.
En attendant, je suis allé à me consoler à l'entrée du parc au crocodile center qui permet de les approcher de près. Sensations fortes garanties. Il y a de nombreux panneaux instructifs où l'on apprend tout du crocodile, de la différence entre un alligator et un crocodile notamment. Vous voulez savoir? Un crocodile a les dents du haut et du bas qui dépassent de la mâchoire, alors que pour l'alligator ce ne sont que les dents du haut. 
Si un jour vous vous retrouverez nez à nez avec un de ces engins, vous saurez donc qui vous mangera ! Je ne savais pas, mais ça vit vit très vieux un crocodile : 70 ans. Il y a un panneau que j'ai bien aimé et que je vous retranscris ici. En prime vous pourrez parfaire votre anglais !
«It's tough being a croc.
If we take 800 adults (sexually mature) crocs (breeding age is of about 9 years and above), this is about the number in Lake Saint Lucia's current croc population.
Half of these are males, so we have about 400 breeding females. The croc poluation depends on these females, not the males, as a single territorial male will mate with several breeding females in his territory. The non-territorial maes are redundant.
On average, only about 200 of the female population will bread each year. (Generally, each female will bread only every second year ; more if there is a lot of food available, less if it is a lean year). So with 200 crocs nesting every year, each laying about 45 eggs ; 9000 eggs in total are produced in a year.
As half of these eggs do not hatch (due to indertility, or eggs being eaten by leguaan, water mongoose or rate!), some 4500 hatchlings are produced.
Less than 5% of these, some 225 in total, survive their first year, the rest being eaten by goliath herons, other crocs, large fish, fish eagles, or they may be washed out to sea where they cannot survive.
In year two, conditions improve, and about 45% (100 of the 225) will survive.
The next seven years until they are old enough to breed are much better but still 80% of those surviving to the end of the second year will die. Thus only 20 crocs from the original 9000 eggs laid reach breeding age. As half are females, this means that there will only be 10 new breeding females.
If the population is in equilibrium (but it never is), then about this number of breeding females will die of natural causes each year. In other words : recruitment = mortality.
However these odds can change very easily if there is increased mortality of breeding females. This can happen if females are killed by poachers, drown in fish nets or die from lead poisoning after eating a lead sinker. »
Et voilà, vous verrez ces créatures d'un autre œil. On en aurait presque une larme. Une larme de crocodile... Après cet interlude, place à la pratique. On passe dehors dans leur vrai habitat. Des ponts sont suspendus au dessus des zones où ils se trouvent avec double grille de sécurité si jamais il arrivaient à passer par dessus la première ! A certains endroits le terrain est en pente et ils ont disposés des panneaux rigolos indiquant aux personnes à mobilité réduite (comme on dit de nos jours) de penser à mettre le frein s'ils ne veulent pas finir dans leur gueule ! On se demande qui fabrique ces panneaux... Il n'y a pas à dire, mais un crocodile, ça en impose ! C'est énorme comme bestiole, c'est aussi large qu’une vache et ça a des pattes puissantes. Ils passent leur temps à roupiller. Enfin c'est ce qu'on croit, car dès qu'on s'approche d'un peu plus près, un œil jaune se met à vous fixer d'un coup d'un seul avant d'entendre un grognement et de voir la gueule qui commence à s'ouvrir. C'est signe qu'il vaut mieux reculer...
iMfolozi
Quand on les regarde on a du mal à se dire que c'est la même espèce qu'un lézard et que ça pond des œufs. C'est tellement gros qu'on les verrait mammifères et non une espèce inférieure. Ça fait vraiment préhistorique comme animal. Certains dorment aussi la gueule ouverte, donnant l'impression qu'ils ne sont pas vrais. Si vous passez par là je vous conseille de vous y rendre. Ça vaut le coup, on voit notamment des nurseries avec des bébés crocodiles qui sont tout aussi féroces et où l'on nous prévient qu'il ne faut pas les toucher, qu'ils mordent aussi !
Après cet épisode crocodilesque, j'ai pris la route pour iMfolozi, après avoir pris un petite déjeuner servi toute la journée dans une chaîne de fast food. La même que celle de l'horrible hamburger sur l'autoroute. 
En route je me suis arrêté à un méga Spar à Mtubatuba. Riche idée. C'était noir de monde si j'ose dire, un bordel à l'africaine, une foire d'empoigne bruyante où les gens semblaient comme un poisson dans l'eau, en transe devant le rayon viande. Je t'ai torché ça en moins de quinze minutes, passant de rayon en rayon comme une furie. Je n'avais absolument pas le temps de perdre du temps dans un endroit pareil. Il était déjà près de 16 heures et je ne savais pas jusqu'à quelle heure je pourrais me rendre au lodge Mpila. Ce serait un comble d'être refoulé à force d'avoir trop trainouillé. J'ai donc acheté juste les trucs que j'étais certain de ne pas trouver au « curio shop » du camp, comme les fruits, légumes, fromage, jus et laitages.
Ça se traînait sur la route pour iMfolozi, la faute encore aux ralentisseurs présents tous les 500 mètres, au trafic dense de sortie des écoles et des voitures qui roulent au pas. Ici les ralentisseurs se prennent à 5 à l'heure, ils ont peur d’abîmer leur voiture. En général j'en profite pour doubler le troupeau à ce moment là. J'ai été surpris mais je suis arrivé à la porte d 'entrée du parc rapidement. Par contre quand ils m'ont demandé où j'allais et que j'ai cité le Mpila, ils m'ont prévenu que je devrais faire vite car le camp est surbooké en raison de l'inondation d'une partie. Ça m'a mis un coup de stress, ayant peur d'arriver trop tard malgré ma réservation.
La route pour mener au Mpila, longue de 19 kilomètres, est très belle et serpente le long de la crête de collines, offrant des panoramas à tomber où la savane s'étend à perte de vue, se perdant au grès des vallons. 
Partout ce même arbre épineux où l'on verrait bien une girafe occupée à brouter ses rameaux ou un lion dormir avec ses petits sous son ombre. Puis soudain, c'est la fameuse rivière en crue qu'il faut traverser. Une espèce de gigantesque serpent aux eaux rouges. De l'autre côté du pont, la route est sous l'eau mais une voiture vient de passer avant moi et ça n'a pas l'air bien profond. Jusqu'à quand ? Il suffirait d'une pluie de trop pour que je reste prisonnier ici ! Je n'ai pas dit mais la route est complètement défoncée, il y a des nids de poule avec plein d'eau dedans tous les 10 mètres. Il faut faire du slalom, et encore ! Ça oblige à rester concentré sur la route. Ou du moins d'essayer. Car un groupe de babouins ne l'entend pas ainsi. Ils sont sur la route et les bas côtés, occupés à manger les graminées ou les feuilles et fruits des arbres. Ce n'est pas le plus beau singe que j'ai vu, il est tout gris foncé sans nuance et c’est le début des singes à l'arrière train moche, tout rouge, comme irrité. Je ne voyais pas ça si gros, un babouin !
Le camp est situé en haut d'une colline ; le type à l'entrée m'a dit vraiment n'importe quoi ! La réception est toujours ouverte malgré les 17h20 et j'ai le bungalow numéro 7. Ouf ! Un souci en moins. J'en ai un nouveau par contre, c'est celui de l'essence. Je crois que la voiture est détraquée. Au début les barres ne défilent pas, on peut même faire 200 kilomètres en restant toujours au réservoir indiqué comme plein. Puis après c'est la dégringolade. J'avais quitté Saint Lucia aux trois quarts plein et je me retrouve ici avec la moitié seulement. Du coup, en restant ici trois jours et occupé avec les safaris que je vais faire, je risque fort d'être dans le rouge rapidement. Et pas question de me limiter en nombre de kilomètres par jour en raison de ça. Priorité aux bestioles ! On verra ça demain, je demanderai à lé réception pour savoir à combien d'ici se trouve la station la plus proche, en espérant qu'il y en ait une !
Le bungalow numéro 7 n'a de voisin que d'un côté, surplombe la vallée et offre une vue d'où l'on a l'impression de voir toute l'Afrique. C'est magnifique. Mais surtout j'ai un groupe d'une cinquantaine d'antilopes qui sont venues sur le pelouse, à dix mètres de la terrasse. Avec la lumière rasante du coucher du soleil le tableau est grandiose. Tous les ingrédients sont réunis pour être au cœur de l'Afrique comme on la rêve. C'est les larmes aux yeux que rentre dans le chalet. Avoir un tel paysage depuis sa terrasse c'est inouï. Je ne m'attendais pas à ça, et encore moins à avoir des bêtes qui ne se soucient pas de ma présence. On dirait que je suis tombé dans l'endroit qu'il ne fallait pas rater. C'est le cœur plein d'allégresse et de fraîcheur que je me suis préparé à dîner. C'est bien aussi de se faire à manger, surtout dans un tel cadre, on se sent autonome et quand on a tout avec soi pour faire un bon repas c'est très agréable, plus qu'un restaurant. Et avec ce qui m'attend demain...


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