Pages

Translate

samedi 2 février 2013

In the bush again

Après la journée exceptionnellement riche d'hier, je me suis demandé si aujourd'hui ne serait pas un peu une journée superflue dans le parc d'iMfolozi. Avec un rhinocéros et des lions, difficile de faire mieux. A part peut être le léopard, le jaguar et la girafe que j'attends de pied ferme. Je suis donc parti plutôt ce matin dans l'optique d'une journée repos, profitant des paysages et de l'ambiance du parc plus que dans l'idée d'un safari à tout prix. J'ai commencé par la grève de la sortie aux aurores qui n'avait rien donné hier. J'ai préféré rester au gîte à écrire, mais surtout à peaufiner mon parcours Port Elizabeth/Cape Town. Ça y est, il est prêt ! Je tenais à ce que ce soit absolument le cas avant demain car je déménage vers un autre endroit et j'espère y trouver un point wifi. Je vais retourner au niveau de la mer dans une station balnéaire sauvage et réputée, plus au nord de Saint Lucia, Sodwana Bay. 


Ça déborde!
Il faut absolument que je réserve les hébergements sur cette deuxième partie de séjour. J'ai les dates et les lieux, j'aurais préféré partir au petit bonheur la chance et m’arrêter quand bon et où me semble mais en procédant ainsi ce sera moins de stress de devoir arriver tôt et de perdre du temps à chercher. Par contre la petite affaire m'a occupé jusqu'à 14 heures.
Oh certes, j'ai été dérangé plus d'une fois. En fait, il n'y a pas à aller très loin pour voir des animaux. Dans le camp, devant mon bungalow, chacun passe et repasse et a son créneau horaire. Un coup ce sont les phacochères, bien moins sauvages qu'à Saint Lucia et qui broutent comme une vache, un coup ce sont les springboks ou encore les singes, les vervet monkeys. Tout cela me divertit beaucoup et j'ai bien du mal à me concentrer à ma tâche. Les phacochères surtout m'ont beaucoup amusés. Il y avait une truie avec ses petits qui passaient leur temps du pis à l'herbe, selon leur humeur. 
Les petits se léchaient entre eux pour se nettoyer, ce qui avait pour effet de rendre fou d'extase le sujet ainsi traité, qui se laissait faire en s'allongeant sur l'herbe, sur le dos, levant une patte, les yeux fermés de bonheur. Ils s'amusaient aussi à se tenir tête, front contre front et à lutter jusqu'à ce qu'il y en ait un qui recule. Je m'étais mis ventre à terre, pour ne pas les effrayer et surtout pour être à leur niveau, cela permettait de donner de meilleurs clichés.
Pendant ce temps là, les autres bestioles, jalouses, se remuaient comme pour me dire « et moi ? ». Du coup je passais de l'un à l'autre. Je n'avais encore aperçu de singes que subrepticement sur le camp mais aujourd'hui un petit groupe avait pris possession d'un arbre et il y avait là toute une famille dont la mère tenait son petit blotti contre elle pendant que deux autres rejetons plus âgés s’amusaient à se courir après et à sauter de branches en branches. 
Certains singes avaient déserté leur arbres pour sauter dans un autre plus près de mon chalet en me voyant arriver. Tout à coup, au bout d'un moment, j'en vis un passer au loin furtivement comme s'il avait fait une connerie, avec un truc entre les pattes qui ressemblait fort à une barre céréalière que j'avais achetée avant de venir dans le parc. Je me suis alors retourné vers le bungalow, inquiet d'avoir été dévalisé mais j'ai vu que la porte était bien fermée. Ce devait donc être les voisins qui étaient là, porte ouverte, et qui avaient dû acheter la même chose que moi. Ils me regardaient faire, me déplaçant à quatre pattes et se foutant de moi un peu à distance : « Are you making a documentary ? ». Je leur répondis : « No, but I could ! ». Eux n'avaient que des téléphones portables pour prendre des photos et faisaient fuir tous les animaux chaque fois qu'ils essayaient de s'approcher pour en avoir un suffisamment visible sur leur écran. 
Tu aurais pu te coiffer pour la photo, quand même!
Les nouveaux voisins sont trois dans un chalet de deux lits. Des péquenots qui passent leur temps à parler fort et à rire grassement. Ils me tapent un peu sur le système.
J'étais prêt à prendre mon déjeuner dans le chalet mais je me suis ravisé. J'avais envie de plus de sauvagerie, de calme et de sentir les vibrations du bush me gagner sans être perturbé par des voisins dissonants. Je me suis donc mis à préparer un pique nique. Dans le bungalow, dès que j'ouvris la porte ce fut un spectacle de désolation. Les sachets de barre de céréales étaient ouverts, il ne restait pas une miette et une seule barre avait été miraculeusement épargnée. J'en avais 5 ou 6 de la sorte. J'avais peur qu'ils m'aient piqué autre chose car j'avais tout laissé sur la table : téléphone, clefs, ordinateur... Heureusement seule la bouffe les intéressaient. Ils n'ont pas touché au salé. Ils préfèrent les trucs plus nutritifs. 
On dit malin comme un singe mais maintenant vous savez pourquoi. En fait la porte d'entrée est une double porte. J'ai une porte battante en bois grillagée, qui s'ouvre péniblement car le bois est gondolé, derrière laquelle se trouve la vraie porte. Les deux sont indépendantes de sorte qu'on peut choisir de ne laisser fermée que la porte grillagée si l'on veut plus de lumière ou d'air. Cette porte empêche les bestioles et les insectes de rentrer. En théorie ! Quand j'ai été distrait par les animaux et que je suis sorti comme ça, je n'ai fermé que la porte battante qui n'a pas de serrure. C’est cette porte que les singes ont trouvé le moyen d'ouvrir. Comment savaient ils que derrière un emballage en plastique épais sulfurisé se trouvait quelque chose d'énergétique, je ne le saurai jamais. A moins qu'il aient été alerté par la photo dessus. Mmm, y a bon! 
Ça m'apprendra à avoir le dos tourné. Si ça se trouve c'était une ruse. Le mâle avait demandé au reste de la tribu de poser dans les arbres pour me distraire pendant qu'il en profiterait pour me subtiliser des trucs. Les singes, c'est une vrai mafia ! Ils ont bien le même caractère quel que soit le pays dans lequel on se trouve ! Ça me rappelle les macaques de Thaïlande...
Pour le pique nique je suis retourné à une aire qui surplombe la rivière, près de là où j'avais vu le rhinocéros d'hier. J'étais tombé sous le charme du cadre. Je me suis installé à une table, la plus près de la rivière pour profiter au mieux du paysage quand j'entendis un truc renâcler, un peu comme un cheval qui souffle, en plus fort. Pensant qu'un rhinocéros ou un truc de la même taille était assoupi par là et risquait de se réveiller en sursaut d'un moment à l'autre, dérangé par ma présence, je me suis rapproché de la voiture, me rappelant le sermon des gardes hier. D'un autre côté, pourquoi font ils des aires de pique nique s'il ne vaut mieux pas descendre de sa voiture ?
Mon petit coin pour le pique nique
Aujourd'hui je vis au rythme du bush comme les lions. Le temps n'a plus d'importance, je profite de l’instant présent et me laisse prendre par les odeurs et les bruits environnants, entrant en communion avec la nature. Une douce torpeur me prend alors. C'est ainsi qu'après le déjeuner je me suis octroyé une sieste, allongé à même la table de pique nique ! J'étais divinement bien, à l'ombre, contemplant les nuages blancs passer, hypnotisé par les chants d'oiseaux et les crissements des criquets. J'observais les oiseaux passer et comme je ne bougeais pas, je faisais partie du décor. Un coupe de greater blue-eared starling est ainsi venu se poser sur une branche d'un arbre adjacent. C'est un très bel oiseau au plumage d'un bleu métallisé indescriptible qui brille comme l'or sous le soleil et qui tranche avec ses yeux oranges. On dirait un paquet cadeau. Au moindre bruit inhabituel, du style froissement d'herbe, je me retournais sur le côté pour vérifier qu'il n'y avait pas de plus grosse bestiole. 
Car avec moi allongé sur la table, j'aurais pu donner des idées de 4 heures à quelques lions de passage qui n'avaient plus qu'à se mettre à table. J'ai attendu 16 heures ainsi, l'heure où les choses intéressantes commencent à se passer.
En reprenant la voiture j'ai exploré toutes les pistes secondaires, roulant au pas, scrutant le moindre recoin, cherchant à apercevoir le moindre gros bidon. Sans succès pour l'instant. Je me suis aventuré sur une piste complètement défoncée, pleine d'ornières qui menait en haut d'une crête traversant une brousse qui n'en finissait plus. Ça sentait le rhinocéros. Ou plutôt la bouse ! Il y en a plein, et ne me demandez pas quel animal les a faites. Tout ce que je peux dire c'est que chaque bouse a la taille d'un tas de fumier et qu'il y a plein de trucs dedans pas digérés, comme des espèces de pommes dures et vertes qui ressortent comme cueillies fraîchement de l'arbre ! 
A défaut de rhinocéros, j'ai eu droit à un panorama à 360 degrés sur tout le parc, apercevant même la rivière très loin en contrebas, comme si j'étais au sommet du point le plus haut du parc. Comme quoi dans un safari, il n'y a pas que les animaux qui comptent.
Je sais pourquoi j'aime la lumière de 17 heures. En fait, la végétation s'en trouve magnifiée. La lumière passe à travers les feuilles et le moindre brin d'herbe, leur conférant une couleur intense limite fluorescente. Les graminées se mettent aussi à briller comme des diamants. Tandis que j'étais occupé à observer le bush ainsi, je vis sur ma gauche deux rhinocéros qui se baladaient, une mère et son petit. Cette fois je crois que j'en tiens de l'autre espèce. Ils sont moins gris et plus marrons, comme ce qui est sur ma grille d'identification. Je peux presque dire que c'est un hook-lipped rhinocéros. 
A cet instant une jeep de ranger s'est approché de moi, me demandant ce que je prenais en photo. Le garde m'a dit de bien les contempler, qu'il était heureux chaque fois qu'on lui disait qu'on en voyait. Car il m'a raconté la triste réalité du parc. On a beau être dans un parc national où toute vie est protégée, les animaux ne le savent pas. Ce sont de grands voyageurs toujours en quête de nouveaux espaces. Le parc n'est pas un zoo avec des grilles, aussi il arrive que des animaux s'échappent et finissent dans des villages avoisinants, faisant peur aux habitants. C'est ainsi que j'ai appris que la semaine dernière deux rhinocéros s'étaient échappés et avaient été tués. Il m'a dit qu'on n'y pouvait rien, que ça arrivait tout le temps et que chaque fois ça le rendait triste. Je le comprends. S'il fait ce métier c'est qu'il aime ses pensionnaires. 


Une fois qu'il a redémarré, faisant déguerpir les deux rhinocéros alertés par le bruit du moteur, j'ai regardé de l'autre côté de la route, au cas où. Et là il y en avait deux autres, plus près même. La même espèce qu'hier, les gris. C'est incroyable ! Au même endroit, deux espèces de rhinocéros, 4 en tout ! Si ça ne n'est pas de la chance ! En tout cas ça confirme ce que j'avais observé jusqu'à présent : c'est à 18 heures que le bush bat son plein.
Au camp il y a un registre dans lequel on est invité à décliner l'identité, le lieu et l'heure à laquelle on a vu un individu. Ça sert ainsi aux gardes à savoir si les bestioles sont toujours là mais aussi à narguer les nouveaux arrivants. Quand j'ai franchi la rivière, il y avait justement une jeep de safari arrêtée au niveau du coin où les lions se reposaient hier à la même heure. 
J'ai failli leur dire, comme ils scrutaient le moindre roseau avec leurs jumelles prêt à débusquer le moindre animal qui viendrait s'abreuver. Mes lions ne sont pas venus. Pourtant j'aurais bien aimé leur faire un coucou du soir... Je crois savoir pourquoi il y a autant de springboks au camp. Comme la route est électrifiée, ça leur laisse l'occasion d'être tranquille sans qu'un lion vienne semer la zizanie. Par contre ne me demandez pas comment elles sont arrivées là. A l'heure où je suis rentré, vers 19 heures, alors que le soleil se couchait derrière les collines, il y avait embouteillage sur la route, comme ces troupeaux de brebis qu'on croise au détour d'un virage en Crète. C'était l'heure des jeux pour les springboks. Il y avait un bosquet au milieu de la pelouse derrière lequel elles jouaient à se cacher. 
Dès que l'une d'entre elles en faisait le tour, l'autre déguerpissait de l'autre côté pour se cacher. Et ainsi de suite. Ça faisait une ronde infernale, prétexte à des voltes faces et des embardées toute cuisse dehors, faisant des bonds de plusieurs mètres. L'occasion aussi de voir leur pompon blanc sautiller dans les airs. Elles m'ont beaucoup fait rire. Je dois passer pour un original, tous les autres du camp n'en avaient rien à faire, tout occupés qu'ils étaient à préparer leur sacro-saint barbecue avant que le jour ne tombe complètement.


2 commentaires:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...