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lundi 11 février 2013

Au bout de l'Afrique


Je n'ai pas eu à crapahuter bien loin pour voir des bonteboks ce matin. Quand j'ai ouvert la tente elles étaient toutes autour de moi à me regarder d'un air incrédule, se demandant ce que je foutais dans leur garde manger favori à l'herbe bien grasse. Certaines se reposaient, les pattes repliées sous le corps, comme un chat lorsqu'il fait la sieste. Malgré tout, j'ai commencé une petite balade dans le bush de bon matin, question de bien commencer la journée. Et qui sait, peut être verrais-je d'autres bêtes. Le parc n'est pas un enclos à bonteboks ! Ça me fait penser, avec tous les parcs que j'ai visités, j'aurais peut être bien fait d'acquérir la Wild card, une sorte de carte d'abonné, verte, avec une empreinte de lion comme emblème. D'après ce que j'ai cru comprendre, les détenteurs n'ont pas à s'acquitter des « conservation fees » qui varient entre 3 et 16 euros la journée selon les parcs et la carte offre aussi des réductions sur les hébergements. J'aurais dû me renseigner avant. 
Pour la balade, il a fallu que je l'écourte rapidement, les montagnes Langberg avaient toutes disparu sous un rideau de pluie qui avançait à grands pas. J'ai plié la tente avant qu'il ne soit trop tard, définitivement pour mon séjour en Afrique du Sud. Finalement je n'aurais dormi que 6 nuits sous tente. Le reste des nuits qu'il me reste à passer seront bien sous une tente mais aménagée dans le genre du camp Spekboom, avec un vrai lit dedans. Ça n'a donc rien à voir.
J'ai rapidement pris la route pour cause de météo maussade. Le parc de Bontebok aura plus été une pose camping qu'autre chose. Dommage. Mais par un temps pareil rouler est la meilleure chose que l'on puisse faire. Je comptais visiter un massif montagneux à proximité de Capetown, la réserve naturelle de Kogelberg, mais cet endroit est aussi sous la pluie. 
Dernière fois sous ma tente...
Inutile donc de me rallonger et autant filer direct à destination. Sur les routes, quand elles ne sont pas à double voie, elles ont une large bande d'asphalte au delà des lignes de bas côté, presque comme une bande d'arrêt d'urgence. J'ai tout de suite imité la conduite locale. Si quelqu'un colle derrière d'un peu trop, il faut se déporter sur la gauche et franchir la ligne, de sorte que les voitures peuvent doubler. On sera alors remercié de feux de détresse. En France on vous supprimerait le permis pour ça. Ici c'est toléré, je l'ai même fait à une voiture de flics sans faire gaffe ! C'est bien pratique quand il y a du trafic et qu'autrement on ne pourrait pas doubler. Par contre sur la route il y a un truc auquel je n'arrive pas à m'y faire : je crée très souvent des embouteillages aux intersections, me faisant klaxonner le plus souvent, soit parce que je ne passe pas, soit parce que je passe... 
En fait, que fait on à une intersection qui a 4 stops avec des voitures arrêtées à chaque branche ? Qui passe le premier ? Déjà qu'en France je ne saurais pas trop dire (je n'ai jamais vu un croisement avec 4 stops, il y a toujours une route prioritaire), en plus ici avec tout qui est inversé en raison de la conduite à gauche c'est ingérable. Je fais donc au feeling, selon que je vois si la personne est prête à me laisser passer. Ça ne marche pas toujours... Quant aux autres désagréments de la conduite à gauche, je n'arrive toujours pas à me faire aux leviers inversés. Invariablement je double avec les essuie-glaces ou je mets le clignotant s'il pleut. Ça marche à tous les coups et ça m'énerve à chaque fois!
Au gré des jours et des excursions la voiture est déjà dans un état calamiteux. De la boue partout, de la poussière rouge à l'intérieur sur les plastiques noirs, la place du passager encombrée de ce que j'ai besoin le plus souvent pour ne pas avoir à aller le chercher dans le coffre, avec aux pieds des détritus, des pots de yaourts usagés, des peaux de bananes... La poubelle de voiture, c'est la voiture ! La faute aux sacs plastiques que j'ai au compte-goutte car ils les font payer aux supermarché en ne délivrant que le nombre dont on a besoin.

Arrivée sur Capetown avec False Bay

False Bay avec au fond la cap de Bonne Espérance
Sur la route de Capetown, de nombreuses personnes font du stop, parfois sous la pluie quand un nuage passe par là. La plupart brandissent des billets. C'est pour nous les donner ou pour les prendre ? A moins de 100 kilomètres du Cap, à défaut d'être méditerranéen, le temps est plutôt écossais. La végétation aussi, qui se résume à de vastes champs vallonnés à l'herbe cramée par le soleil. Avec ce qui tombe, ça va vite reverdir très vite ! Par contre, juste avant d'arriver à Somerset West, tandis que la route monte vers un col, le paysage change subitement. Les pins apparaissent, la garrigue aussi et l'air embaume ces odeurs propres à la Méditerranée que j'aime tant. Après avoir passé le col, c'est la baie de False Bay, immense, qui nous accueille, enserrée entre deux montagnes. A l'ouest c'est la Cap de Bonne Espérance, à l'est le Kogelberg. 
Muizenberg
Les deux sont sous les nuages mais pas la baie qui jouit d'un micro climat avec un beau ciel bleu. Toute la zone est urbanisée et constitue des banlieues de Capetown. C'est aussi là que se trouve l'aéroport. J'ai quitté la voie rapide pour Muizenberg, située au pied de Table Montain, mais derrière. La route passe alors au milieu de dunes où des townships ont pris place d'un côté de la route, à même les dunes. Ce sont les plus pauvres que j'ai vus jusqu'à présent. C'est ça les villes, elles concentrent la misère et on y vit plus mal qu'en campagne quand on n'a pas d'argent. Les maisons ne sont ici que des cabanes faites de tôle, une plaque pour le toit, quatre pour les murs, sans fenêtre et le tout devant faire la taille d'une chambre. C'est con, mais j'ai alors fermé les fenêtres et condamné les portes, par crainte de fauche aux intersections. A un moment, entre deux townships, je me suis arrêté au sommet d'une dune où le panorama valait le coup d’œil. La vue embrasse alors la baie toute de sable sable blanc et aux eaux turquoises. Ensuite, les townships s'améliorent, la plaque de tôle ne devient plus réservée qu'aux toits, puis plus loin les premiers toits de tuile apparaissent et enfin de vraies maisons, pour finir par une banlieue chic au niveau de Sunrise Beach.
Juste plus loin, je me suis arrêté à Muizenberg, pour le déjeuner et profiter du cadre. A cet endroit la plage est ornée de cabanes en bois peintes de couleurs vives et c'est le repère de surfeurs qui déboulent en combinaison. Pas de baigneur en revanche. L'ambiance est très décontractée et avec Table Montain juste derrière le cadre est parfait. Je retrouve une ambiance un peu à la Sydney. Des gens qui vivent décontractés, en short et chemises ouvertes. Au restaurant ils me proposent de l'autruche ! J'ai remarqué qu'ici c'était un met apprécié et décliné au gré des menus comme le poulet chez nous. Les sud africains sont aussi très bidoche (d'où l'effet barbecue). La plus petite portion de steak démarre à 200 grammes pour aller même jusqu'à 700, tout ça pour une personne ! Une folie...
False Bay
De Muizenberg j'ai repris la route pour arriver au camp. Pas évident de trouver la bonne route à prendre. Cette fois j'ai une portion de carte plus détaillée où 1cm fait 1km mais c'est encore insuffisant. Les villes indiquées sur les panneaux n'y sont pas et certaines routes numérotées ne figurent pas sur la carte. Dans un premier temps j'ai envisagé de passer de l'autre côté de la péninsule. Mais un embouteillage monstre sur la seule route côtière m'a obligé à faire demi-tour. Rappelez moi de ne jamais prendre la route de Muizenberg à Fish Hoek ! J'ai donc contourné la montagne pour la prendre d'un autre côté, direction le camp de Silvermine où je ne serais que dans quatre jours mais qui peut sans doute me renseigner sur la meilleure route à suivre pour le camp Orangekloof.
Muizenberg
Je suis arrivé facilement à Silvermine mais le garde n'avait pas de plan à me fournir autre que celui du secteur qu'il gère. Il a semblé aussi peu au courant de l'autre camp et j'ai dû lui montrer le guide acheté à iMfolozi avec une schéma approximatif du parc national où figure le camp d'Orangekloof. Il a alors réfléchi un long moment, rétabli quelques connexions synaptiques manquantes et m'a délivré alors son meilleur itinéraire. Il fallait que je redescende par là où j'étais arrivé puis direction Capetown par la M42 pour tourner alors vers Hout Bay où je trouverai le camp fléché sur ma droite.
La région autour de Capetown est très étalée, très urbanisée et le trafic est dense ce qui rend la circulation lente et fatigante. Je vois le temps qui tourne et je voudrais arriver au camp avant 16 heures dernier afin d'avoir encore un peu de temps pour prospecter les alentours. 
False Bay depuis les hauteurs de Muizenberg
Mais le garde n'avait pas complètement raison, il n'y avait rien d'indiqué sur la route de Hout Bay. Alors que sur le schéma de mon bouquin ça semblait être au niveau du col de Constantia, me voilà déjà à redescendre vers Hout Bay où j'arrive rapidement. Je tourne en rond et ça commence à m'énerver. Cela fait maintenant une heure que j'ai quitté Muizenberg et j'en suis au même point. Je tourne à nouveau en rond dans Hout Bay à la recherche d'un centre d'information fléché mais qui n'existe plus. A sa place un musée a pris place mais il est fermé aussi pour travaux, de sorte que je ne peux même pas demander renseignement à une âme charitable. Un ouvrier s'avance alors vers moi et je lui expose mon problème. Ses propos sont vagues, il commence à me dire que je dois prendre la route de Capetown avant de changer d'avis une fois que je lui brandis le bouquin sous le nez. 
Le camp d'Orangekloof, un petit paradis
Il me dit de remonter vers Constantia où une piste sera sur ma gauche avec le camp indiqué. Je ne l'aurais soit disant pas vu en descendant car ce n’est indiqué que dans l'autre sens. Sauf qu'en remontant toujours pas de panneau. Arrivé au col, vu que ça ne peut pas être de l'autre côté je rejoins alors une piste où je trouve au bout d'un moment le camp fléché sur un panneau de bois minuscule comme ceux que l'on trouve sur les sentiers de randonnée. Mais cela ne mène qu'à une usine de traitement des eaux. Perdu pour de bon, je me décide à appeler le parc national mais tous les numéros que j'ai disent que ce sont de mauvais numéros. J'essaye avec indicatif ou sans, mode international ou pas, rien n'y fait. J'ai la poisse.
Je finis alors par aller frapper à une maison d'un des employés de l'usine qui me montre le camp en contrebas, précisant que le chemin sur lequel je suis est l'ancien et que le panneau n'a pas été retiré depuis. Fallait le savoir ! Une fois engagé sur le bon chemin ce n'est pas fini pour autant. Même si je trouve un portail avec la mention « Table Mountain Parc National Orangekloof section », le chemin se perd en bifurcations que j'essaye toutes, avant d'arriver au camp où il n'y a pas de réception ni âme qui vive.
 Je sens que je vais devoir planter la tente là à défaut alors que tout est déjà réservé. Un comble ! Finalement j'aperçois dans un chalet qui sert de cuisine commune quelqu'un assis en train de lire. C’est un pensionnaire qui vient de finir sa randonnée pour la journée et qui passe la nuit là avec sa copine. Il peut enfin me renseigner. Pas d'affolement, tout est en fait prévu. Sur la table j'ai un papier à mon nom que j'ai juste à remplir. Et je n'ai plus qu'à prendre possession d'une tente. Il n'y a pas de clef, toute est ouvert, je fais comme je veux.
Vu que j'ai perdu deux heures à trouver l’endroit, je vais vous livrer son secret. Il faut prendre la route M41 qui relie Constantia à Hout Bay et prendre une piste nommée Orangekloof Road sur la droite en allant vers Hout Bay, peu après le col et après avoir dépassé un hôtel.
De là on arrive au portail du parc et ensuite on choisit les chemins où la terre est la plus rouge. Le cadre dans lequel s'insère le camp est absolument magnifique. On est juste derrière Table Mountain, en pleine nature. Les tentes sont autour d'un ponton en bois qui les relie les unes aux autres, dans un pré qui sent bon les fleurs et dans lequel chantent des oiseaux et virevoltent des papillons. Il n'y a que 5 tentes, chacune ayant deux lits et une terrasse qui donne de l'autre côté du ponton. C'est en fait des tentes qui s'ouvrent des deux côtés. Il n'y a ni draps ni oreillers par contre, il faut tout emmener. Les douches sont dans des cabanes en bois, alimentées en eau chaude par énergie solaire. C'est un coin tourné vers l'écologie et on est invité à n'utiliser que du savon biodégradable et à faire attention à sa consommation en eau. De la douche, une vitre donne sur les montagnes, donnant l'impression de se doucher dehors en pleine nature. Pour le repas, c'est dans un grand chalet tout en bois où on trouve tout ce qu'il faut avec un grand réfrigérateur. C'est un peu comme si on campait dans son jardin.
Ma nouvelle maison
J'ai trouvé là un petit coin de paradis. La région de Capetown a l'air très riche en curiosité naturelles, entre ses baies cachées, le cap de Bonne Espérance, table Mountain, un jardin floral monumental, des plages, des colonies de pingouin, le massif de Kogelberg de l'autre côté de False Bay et les nombreuses randonnées dans le parc. C'est si riche qu'un voyage à Capetown sans aller plus loin en Afrique du Sud peut se justifier. Et j'ai vraiment choisi le meilleur coin pour dormir de tout Capetown. Un endroit tenu secret et qui m'a été révélé sur le site de Scott Ramsay. Merci à lui. C'est là où il faut être, loin des foules et du bruit. C'est incroyable d'être en pleine nature dans les montagnes alors qu'on est en ville. On peut ainsi être en ville sans en subir le stress et les désagréments. Quelle autre ville au monde peut offrir un parc national en son cœur dans lequel on peut dormir sous des tentes aménagées ? Ils frappent très fort quand même, en Afrique du Sud ! Et pour fêter ça dignement je me suis acheté une bouteille de Carbernet Sauvignon du Cap, cuvée 2010, 13 degrés toute de même, c'est plus que les vins français. Il s'est laissé boire tout seul...

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