Quand j'annonce que c'est
la première fois que je viens en Afrique, les gens roulent des yeux
ronds incrédules. Que l'on se rassure ce ne sera pas la dernière.
Car même si je ne s'en suis qu'à la moitié de mon séjour et qu'au
final je n'aurais eu qu'une vision partielle, je sais que j'ai fait
le bon choix en venant en Afrique du Sud. L'Afrique sauvage a quelque
chose d’envoûtant, où l'on se sent au commencement du monde. Nul
autre continent permet d'approcher des animaux de si près et si
majestueux. Je rêve de vrais safaris. Ce matin, je lisais des
magazines mis à disposition au gîte, dont l'excellent « Get
Away », qui est spécialisé dans la vie au plein-air en
Afrique du Sud. Scott Ramsay y publie aussi des articles. J'étais
tombé sur le site internet d'une expérience incroyable qu'il a
menée l'an dernier : faire le tour de plus de 33 parcs
d'Afrique du Sud en un an pour les faire partager.
Son site est
incroyable et sa page biographie tout autant. Il était auparavant
cadre à Johannesburg jusqu'à ce qu'à force de regarder par la
fenêtre de son bureau il se décide de tout plaquer pour vivre ses
rêves et retourner à sa ville natale de Capetown. Depuis il est
reporter et photographe, spécialisé dans l'aventure. Ses photos
sont superbes et je vous laisse le lien pour aller y rendre une
visite. A côté, mon blog fait pâle figure.
http://www.yearinthewild.com.
Son site m'a beaucoup
inspiré pour construire ce voyage. Et justement dans le numéro que
je feuilletais il décrivait son aventure dans le parc iMfolozi.
Quand il fait les choses, ils les fait à fond. Il ne s'est pas
contenté comme moi d'un logement dans le parc puis de partir à
l'aventure en voiture. Non, il a fait le circuit le plus excitant du
parc, celui qui consiste à partir en petit groupe dans le bush avec
un guide armé pendant 5 jours et 4 nuits, en dormant sur des nattes
à la belle étoile autour d'un feu de camp.
![]() |
| Les grands espaces à nouveau! |
Il décrit l'expérience
comme unique et à faire une fois dans sa vie. Au cours de ce safari
il a pu approcher les léopards, girafes, éléphants et hyènes que
je n'ai pas réussi à voir. Je regrette un peu de ne pas avoir tenté
cette aventure, faute de temps. Voilà pourquoi j’aimerais revenir
en Afrique, pour faire quelque chose de semblable.
Je discutais justement
avec Butch, le propriétaire du Akidogo. On s'est tout de suite
compris. Dans une semaine il part à Sodwana Bay avec sa femme pour
une semaine de déconnexion, avant de poursuivre à Kosi Bay, à la
frontière du Mozambique. Il lui tarde ; car en 5 ans, depuis
qu'il a ouvert son Bed and Breakfast, il n'a pris que de rares
vacances. Avant, il a travaillé dans des lodges dans les parcs
nationaux et s'est même qualifié comme guide. Le bush lui manque.
Son rêve c’est de revendre son gîte pour retourner vivre dans le
bush écouter les insectes, regarder les fleurs et sentir les odeurs.
La vie à Durban dans le bruit n'est pas pour lui. Comme je le
comprends ! Je lui ai avoué que pour moi c'était pareil,
qu'après dix jours « in the wilderness », le retour à
la civilisation était dur et que je n'avais qu'une hâte, prendre
mon avion pour me retrouver ce soir à Addo National Park. Surtout
que j'ai réservé une nuit, celle du 7 qui s'annonce comme une
tuerie : dormir sous une tente tout confort au milieu du bush et
des éléphants. Mais je n'en dis pas plus...
Avant de se quitter il
m'a chaudement recommandé la Namibie mais aussi le Kenya. Le Kenya
tout le monde en a déjà entendu parler, mais la Namibie ?
C'est sans doute là que je reviendrai la prochaine fois si question
sécurité il n'y a pas de problèmes. Et cette fois je louerai un
4x4 avec tente sur le toit pour camper dans les parcs nationaux en
étant à l'abri des bêtes. Je rêve de ça.
J'ai trouvé en Afrique
une lumière et des sensations comme nul part ailleurs. C'est une
révélation pour moi. A l'aéroport de Durban, tandis que
j'attendais l'avion, j'ai feuilleté des livres à la librairie et je
suis tombé en admiration sur « Africa, eye to eye with the unknown », de Michael Bright. C'est un livre commandité par la
BBC et les photos sont toutes purement à tomber par terre. Si vous
l'ouvrez un jour, je suis sûr que dans l’instant qui suivra vous
comprendrez ce que j'aime en Afrique et que achèterez à votre tour
un billet d'avion pour venir.
Pour rendre la voiture ça
a été enfantin. Le préposé n'a même pas remarqué une jante
rouillée suite à l'éraflure faite dès le premier jour contre le
trottoir d'Harrismith. Il faut dire que j’avais pris soin de ne pas
nettoyer les roues, maculées de boue. Tactique ! Pour l'essence
je l'ai rendue à 4/5 plein car il n'y a pas de station sur la route
depuis Durban.
Et Warner Beach n'est pas à 15 kilomètres comme je
l'écrivais, mais à plus de 60, changement d'aéroport suite au
Mondial oblige. Évidemment le Petit Futé que j'ai date d'avant. Là
encore, pas de problème, il m'a fait cadeau de l'essence. Pour
accéder à l'avion c'est la même chose, exit Roissy dont je peux
désormais résolument dire qu'il est pire qu'un aéroport Africain,
là les contrôles durent deux secondes, on peut même emmener sa
bouteille d'eau. Pas de passerelle, pas de bus qui tournicotent
pendant des heures, on marche à même la piste. Comme en Polynésie.
Ça a le charme de la simplicité. Apparemment les terroristes ne
sont pas encore passés par là. Tout comme la Nouvelle-Zélande, il
reste donc encore des pays où prendre l'avion n'est pas un parcours
du combattant.
L'avion qu'on a est une
espèce d'étui à cigare bas de plafond dans lequel je n'ai de cesse
de me cogner dès que je me lève.
Les hôtesses quant à elles sont
des gazelles toutes droit sorties du bush auxquelles on a dû retirer
un os dans le nez avant de les faire monter dans l'avion. Par contre
on ne leur a pas appris à sourire. Ni à parler d'ailleurs ;
elles s'expriment par hochement de tête ou de lever de sourcils. Ce
qu'il y a de bien, c'est que j'ai loisir de prendre toutes les notes
que je veux derrière leur épaule, sans crainte qu'elles comprennent
ce que j'écris.
En arrivant à
Port-Elizabeth, soleil radieux. J'aime toujours autant être en short
et en tongs, surtout quand tout le monde se gèle en France. C'en est
fini du climat subtropical humide. Il fait toujours aussi chaud mais
maintenant que je vais descendre vers Le Cap, ça va devenir de plus
en plus méditerranéen. La végétation déjà a changé, elles est
plus maigre et la route qui mène à Addo Elephant National Park
traverse des étendues herbeuses avec des buissons mais sans arbre.
A
l'intérieur du camp c’est la même chose, la végétation est
maigre mais suffisante pour cacher les bestioles. En parlant d'elles
je voulais arriver suffisamment tôt cet après midi pour commencer
un safari. Je suis content, à 15 heures j'étais arrivé à
destination. Le temps de poser la tente sur une aire minuscule où
tout le monde est à touche touche et qui jouxte le coin des
caravanes, et à moi les bêtes.
Bon, où sont les
éléphants ? Car pour l'instant c'est plus de touristes dont le
parc regorge. Il y en a partout dans leurs voitures ; quand je
freine parce que je crois avoir vu quelque chose, il faut désormais
que je regarde dans le rétroviseur. Ça m’énerve, c'est l'usine.
Je regrette iMfolozi où je ne croisais quasiment personne. Là, avec
le trafic - dont la majorité appartient à des 4x4 bien bruyants -
les animaux se cachent. Ils devraient limiter le nombre de personnes
admises.
J'ai aussi fini au camping car tout était complet sur le
camp principal en terme de cottages, chalets, rondavels
(j'expliquerai plus tard ce que c'est car je vais dormir là dedans
dans quelques jours), tree huts et autres. Il ne restait plus rien,
ce qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Le tourisme de
masse guette.
Si je « spot
anything how », eux ils « hunt anything how » !
Personne n'a compris qu'en laissant le moteur tourner à l'arrêt ça
n'allait pas faire venir les animaux. Quand enfin je trouve un coin
isolé près d'une mare et que je me tapis au fond du siège ne
laissant que deux yeux dépasser et mon appareil, il faut toujours
qu'il y en ait un qui arrive et qui s'arrête à mon niveau. Car
voiture arrêtée = signe que quelque chose se passe. Eh bien non,
pas avec moi ! Je fais comme le lion, j'attends. Mais ici,
impossible d'attendre, tout le monde est pressé et veut de
l'éléphant.
![]() |
| J'aimerais bien, moi, qu'il se montre! |
Moi aussi j'en voudrais bien un mais en attendant je me
console avec les oiseaux, les paysages ou les fleurs. Parmi les
buissons il y a des tas de couleur fauve que j'ai au début pris pour
un dos de lion dépassant des herbes. Eh bien pas du tout, ce sont
des termitières géantes qui font plus d'un mètre de haut. A un
moment, j'étais content, j'ai vu une hyène traverser. Je me suis
arrêté plus loin, coupant tout, attendant qu'elle retraverse
chercher son petit qui l'appelait de l'autre côté. De gros 4x4 sont
arrivés au milieu d'un nuage de poussière rouge et après même le
petit ne disait plus rien. Bref, je suis rentré au camp bredouille.
Ce n'est pas faute d'être resté parmi les derniers, passant la
barrière à 18h26, soit 4 minutes avant la fermeture.
J'ai fini au restaurant
une demie heure plus tard, où j'avais réservé ma table en
arrivant. On va m'accuser de faire du racisme, mais au moment de
demander l'addition au serveur, avec les éclairages qui le mettaient
en contre jour (il avait bien besoin de ça!), je ne savais plus où
il fallait que je regarde.
Parler à une tête sans visage, ça fait
une drôle d'impression. Heureusement il a fini par sourire et comme
un flash surgi de la nuit, j'ai su alors m'orienter ! Je voulais
faire l'appoint mais je n'y comprends rien avec leurs pièces. Par
exemple, la pièce de 5 rands existe en version allégée qui donne
l'impression à la version classique d'avoir 3 pièces collées entre
elles. Du coup mes pièces s’entassent. De temps en temps une bonne
âme m'en déleste, comme au curio shop d'iMfolozi où j'avais tout
déballé sur la table pendant que la caissière choisissait ce
qu'elle voulait en se grattant un sourcil, perplexe elle aussi.











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