J'étais le dernier à
quitter le camp Spekboom ce matin. Les autres ont dû partir aux
aurores pour commencer leur safari. Ceux que j'ai croisé ici avaient
l'air d'être des purs et durs, avec des zooms impressionnants de
photographe animalier. Ça ne rigole pas. Pour ma part, c'est repu de
photos que j'ai pris la piste, ne jetant plus qu'un vague coup d’œil
dans les fourrés, au cas où un léopard viendrait à surgir. Mais
ne rêvons pas. J'ai quand même trouvé ce que je venais chercher à
Addo : les éléphants. Mais eux ne l'entendaient pas de la même
oreille. Et quelles oreilles ! J'ai eu droit à un petit comité
d'adieu, un truc incroyable. Sur ma gauche, j'ai commencé à voir
deux éléphants qui s'avançaient par une trouée dans le bush. Un
couloir à éléphants ! Les voitures qui passaient par là ont
eu l'intelligence de couper le moteur et de profiter du spectacle.
J'étais aux premières loges, arrivé le premier. Comme on était en
travers du passage des éléphants, ils n'ont pas hésité à
contourner les voitures pour passer de l'autre côté de la piste,
d'un pas étonnement léger. J'étais aux anges. Ils déboulaient à
présent de tous les endroits. C'est comme si l'on était à un point
où ils se seraient donné rendez-vous. Je ne sais pas combien il y
en avait mais en tout cas ils devaient bien être plus d'une
vingtaine. La procession a ainsi duré un bon quart d'heure. Un
éléphanteau un peu turbulent gambadait où il voulait et se faisait
remettre dans la bonne direction par un coup de trompe bienveillant.
Les éléphants n'ont pas l'air effrayés par grand chose car on ne
les dérangeait pas le moins du monde. Il faut dire, s'ils avaient
voulu, ils auraient bu écrabouiller les voitures d'un pas. Ils ont
laissé de leur passage des traces au sol humides et boueuses, aussi
rondes qu'une poêle à frire.
Le temps de passer à la
réception laisser la clef et faire le plein d'essence, j’étais
déjà parti vers ma nouvelle destination : la Garden Route, la
route la plus visitée d'Afrique du Sud en raison de la richesse de
ses paysages qui alterne rivières, baies, plages, rochers, lacs,
forêts et montagnes, tout ça en même temps. J'ai prévu de passer
quatre nuits dans cette partie, à différents endroits. C'est aussi
un parc national et ce soir je dors dans la partie la plus à l'est,
le Tsitsikamma, nom donné par la chaîne de montagnes qui longe la
mer. A ce niveau se trouve un camp géré par le parc national. Je
ne sais pas à quoi m'attendre, je n'ai vu aucune brochures ni
photos, ça va être la découverte complète.
Je pensais que le début
de la Garden Route était plus proche que cela de Port Elizabeth.
Mais en fait depuis Addo, il faut compter plus de 200 kilomètres.
Quant à Capetown c'est à près de 800 kilomètres de là. C’est
ce qu'il me reste à parcourir en 5 jours.
Je réalise aujourd'hui
qu'il me reste à peine plus d'une semaine. Ça passe vite. J’avais
déjà repris l'habitude de ne plus savoir quel jour de le semaine on
était, comme l'an dernier. Et j'étais parti pour que ça continue
comme ça indéfiniment. Je retrouve les mêmes sensations, cette
liberté et cette soif de vivre les journées à fond que pendant mon
tour du monde auquel j'aurais pu incorporer l'Afrique du Sud. Mais ça
n'aurait plus été un tour du Pacifique et ça ne justifiait plus le
fait de prendre un congé sabbatique pour s'y rendre. J'avais donc
décidé de remettre l'Afrique du Sud à plus tard, étant donné que
ce n'est pas si loin que cela de la France. Tout comme ce que je
disais l'an dernier, les allemands sont partout. Il ne doit rester
dans leur pays qu'Angela. Ce sont de grands voyageurs et on les
croise où que l'on aille. Ce sont les touristes les plus
représentés. A part ceux qui parlent anglais, dont je ne sais si ce
sont des anglais, des locaux, des australiens ou autres...
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| Garden Route |
Attraits de la Garden
Route oblige, les gens qui vont à Addo passent aussi par là. C'en
est donc fini de la tranquillité du Kwazulu Natal et je ne pense pas
que ça va s'arranger à mesure que je vais me rapprocher de
Capetown. Dès qu'il y a un arrêt quelque part le long de la route
pour voir une curiosité de la nature ou architecturale (comme un
pont), ils sont tous là, avec pour corollaire des fast-food et des
boutiques de souvenirs. Le touriste type n'a pas vraiment l'air
d'avoir un profil d'aventurier. Ce sont des gens qui font très
adeptes de club vacances en groupe organisé. Je me suis arrêté à
l'un des ces fast-food, faute de mieux, et c'était la cohue. Je
m'étais mis en terrasse pour déguster un hamburger aux champignons
où les champignons n'étaient en fait qu'un argument commercial basé
sur une sauce, froide de surcroît, qui devait être en tube et toute
droit sortie du frigo.
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| Vue du camp ce matin |
Alors que j'attaquais péniblement les frites,
j'ai réalisé que je perdais du temps à un truc qui ressemblait
plus à une aire d’autoroute et je n'avais qu'une hâte, arriver à
destination dans le parc national. En général un parc national, ça
filtre la clientèle. On y trouve en principe des gens plus évolués,
plus proches de la nature. On n'y vient pas pour faire du shopping,
la fête ou passer ses soirées en beuveries.
Pour trouver le camp ça
n'a pas été simple. J'ai une carte à une bonne échelle, qui
couvre les secteur Capetown à Port Elizabeth mais on se demande bien
à quoi sont payés les gens qui font les cartes. L'échelle a beau
être grande, ce n'est en fait pas plus détaillé qu'une autre
carte. Je me suis un peu fait avoir sur ce coup là. Tandis que sur
la route je vois plein de bifurcations sur la gauche avec des noms de
village, je n'ai sur la carte qu'une longue ligne droite.
Comme je me
repère au fait qu'il faut que je tourne la première à gauche à un
moment, ça n'aide pas. Je commence même à me dire que je suis peut
être allé trop loin et que j'ai loupé la sortie. Car ici ils sont
capables de mettre un nom de truc inconnu à la place du nom d'une
curiosité touristique. Ça arrive tout le temps. D'ordinaire je me
repère d'ailleurs au numéro des routes et non aux directions, c'est
plus sûr. Par chance, quand je me suis arrêté manger, il y avait
un point information avec une multitudes de dépliants de la région
avec en prime une carte détaillée. C’est avec elle que je vais
composer désormais.
La route pour Storms
River Mouth traverse une forêt de sapins. Depuis que je suis arrivé
à la Garden Route, le paysage a complètement changé. C’est très
vert, très boisé et on a le sentiment d'être à la montagne et non
au bord de mer. Les nuages restent accrochés aux sommets tandis que
le littoral, pourtant distant de dix kilomètres seulement, continue
à bénéficier d'un beau temps ensoleillé. Par contre je suis
triste. Il n'y a plus d'animaux qui me barrent la route. Ça me
manque, je m’étais habitué aux springboks, aux singes aux
éléphants ou aux lions. C'est un autre genre d'aventures qui
m'attend désormais. Passé la réception, le paysage change encore ;
la forêt se compose alors de feuillus et la route ne cesse de
descendre en virages serrés où l'on aperçoit la mer en bas à la
faveur de trouées. C'est très escarpé et les arbres arrivent
jusqu'à la mer. L’endroit me rappelle un peu le parc national Abel
Tasman en Nouvelle-Zélande.
Le camp est situé en
bordure de mer, en haut de rochers avec des vagues démentielles qui
viennent s'y briser, baignant le camp dans une brume d'embruns. La
côte est très sauvage, le camp moins. Il est plein de monde. Il y a
un vent terrible et j'ai bien fait d'avoir pris une « forest
hut », en fait une cabane en bois avec deux lits, une table, du
matériel de cuisine, une terrasse garnie de son fameux barbecue, le
tout niché dans le sous bois de bord de côte. Je ne savais pas que
j'allais être au bord de la mer. Là où je suis je suis bien abrité
du vent, pas comme les campeurs qui peinent à monter leur tente et
qui vont connaître cette nuit du claquement de toile. Par contre,
question vue, il n'y en a pas, sous bois oblige.
Après avoir déposé mes
affaires j'ai donc commencé à explorer les alentours. Ça tombe
bien, il y a une cascade à laquelle on peut se rendre. Sur la plan
ça n'a pas l'air très loin, aussi je décide de rester en tongs et
je n'emporte que le strict minimum en eau.
Pas le temps de me
tartiner de crème solaire ; de toute façon pour une courte
balade, ça ira. Ce que je ne savais pas c'est que la balade est plus
longue que prévue et le soleil tape fort. Le chemin au bout d'un
moment se transforme en jeu de piste dans les rochers qu'il faut
escalader ou descendre, en essayant de garder le cap sur des traces
de pas peintes en jaune pour désigner les endroits par lesquels
passer. Je ne croise que des gens qui arrivent dans l'autre sens,
écarlates, en sueur et tous avec aux pieds de lourdes chaussures de
randonnée. Ça commence à me faire penser que la randonnée a l'air
d''être longue et pénible. Je ne suis assurément pas chaussé
comme il le faudrait, dérapant fréquemment sur les rochers ou me
cognant un orteil. Mais ce que j'ai surtout peur c'est que la lanière
du milieu lâche, avec toutes les contorsions de semelle qu'on doit
faire. Et ça, c'est la mort d'une tong. Manquerait plus que je doive
rentrer pieds nus.
Le paysage est absolument
magnifique. Je me trouve en fait sur le Otter trail qui est un long
sentier de randonnée très réputé qui longe toute la Garden Route
et qui se pratique en 5 jours. Au bout d'un moment, prêt à faire
demi-tour plutôt que de voir une cascade probablement asséchée, je
demande à deux randonneurs si cette maudite cascade est encore loin.
15 à 20 minutes de marche me répondent ils. Ce n’est donc pas le
moment d'abandonner. Ça y est, je n'ai plus d'eau et ce n'est pas à
la cascade je vais pouvoir en remplir. Elle charrie en fait une eau
noire qui fait le bonheur de cormorans qui viennent y plonger à la
recherche de poissons pour changer des poissons de l'océan. Une
cascade au bord de l'océan, ça n'arrive pas tous les jours. Prise
toute seule en photo, on dirait une cascade de montagne, mais grâce
à mon appareil photo qui prend des photos panoramiques, je peux
replacer la scène dans son contexte et ça change tout.
Tandis que je m'amuse
avec mon filtre gris pour faire des effets avec les grosses vagues
qui viennent se briser sur les rochers, je ne remarque pas tout de
suite que quelqu'un est arrivé. Il m'observe, intrigué de me voir à
quatre pattes parmi les fientes d'oiseau. Au bout d'un moment il
vient me voir pour me demander ce que je fais. En parlant photo on a
ainsi sympathisé. Et je n'étais plus le dernier. Lui aussi du reste
est en tong. C'est un jeune hollandais d'origine turque ou
israélienne, étudiant à Amsterdam. Il voyage aussi tout seul et
est arrivé par Capetown. Il se dirige vers Addo, allant de
backpacker en backpacker. On a fait le chemin du retour ensemble, à
papoter, à s'échanger nos tuyaux et coups de cœur. Avec 3 jours
seulement à Capetown je réalise que c’est bien peu. Lui y est
resté 6 jours sur un total de voyage de deux semaines.
J'ai cherché
à faire un compromis, on ne peut pas tout voir, on verra bien. De
retour au parking au soleil couchant, on a vu en fait sur une borne
qu'on n'avait lue ni l'un ni l'autre qu'il faut compter 3 heures et
demie aller/retour et qu'il est conseillé de ne pas commencer la
balade après 14h30. Sur ce coup là on a tout faux ! Mais comme
on était deux, le risque était plus faible, même si nous nous
sommes perdus à maintes reprises dans les rochers, incapables de
trouver les repères jaunes.













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