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vendredi 8 février 2013

Storms River Mouth

J'étais le dernier à quitter le camp Spekboom ce matin. Les autres ont dû partir aux aurores pour commencer leur safari. Ceux que j'ai croisé ici avaient l'air d'être des purs et durs, avec des zooms impressionnants de photographe animalier. Ça ne rigole pas. Pour ma part, c'est repu de photos que j'ai pris la piste, ne jetant plus qu'un vague coup d’œil dans les fourrés, au cas où un léopard viendrait à surgir. Mais ne rêvons pas. J'ai quand même trouvé ce que je venais chercher à Addo : les éléphants. Mais eux ne l'entendaient pas de la même oreille. Et quelles oreilles ! J'ai eu droit à un petit comité d'adieu, un truc incroyable. Sur ma gauche, j'ai commencé à voir deux éléphants qui s'avançaient par une trouée dans le bush. Un couloir à éléphants ! Les voitures qui passaient par là ont eu l'intelligence de couper le moteur et de profiter du spectacle. 
J'étais aux premières loges, arrivé le premier. Comme on était en travers du passage des éléphants, ils n'ont pas hésité à contourner les voitures pour passer de l'autre côté de la piste, d'un pas étonnement léger. J'étais aux anges. Ils déboulaient à présent de tous les endroits. C'est comme si l'on était à un point où ils se seraient donné rendez-vous. Je ne sais pas combien il y en avait mais en tout cas ils devaient bien être plus d'une vingtaine. La procession a ainsi duré un bon quart d'heure. Un éléphanteau un peu turbulent gambadait où il voulait et se faisait remettre dans la bonne direction par un coup de trompe bienveillant. Les éléphants n'ont pas l'air effrayés par grand chose car on ne les dérangeait pas le moins du monde. Il faut dire, s'ils avaient voulu, ils auraient bu écrabouiller les voitures d'un pas. Ils ont laissé de leur passage des traces au sol humides et boueuses, aussi rondes qu'une poêle à frire.
Le temps de passer à la réception laisser la clef et faire le plein d'essence, j’étais déjà parti vers ma nouvelle destination : la Garden Route, la route la plus visitée d'Afrique du Sud en raison de la richesse de ses paysages qui alterne rivières, baies, plages, rochers, lacs, forêts et montagnes, tout ça en même temps. J'ai prévu de passer quatre nuits dans cette partie, à différents endroits. C'est aussi un parc national et ce soir je dors dans la partie la plus à l'est, le Tsitsikamma, nom donné par la chaîne de montagnes qui longe la mer. A ce niveau se trouve un camp géré par le parc national. Je ne sais pas à quoi m'attendre, je n'ai vu aucune brochures ni photos, ça va être la découverte complète.
Je pensais que le début de la Garden Route était plus proche que cela de Port Elizabeth. Mais en fait depuis Addo, il faut compter plus de 200 kilomètres. Quant à Capetown c'est à près de 800 kilomètres de là. C’est ce qu'il me reste à parcourir en 5 jours. 
Je réalise aujourd'hui qu'il me reste à peine plus d'une semaine. Ça passe vite. J’avais déjà repris l'habitude de ne plus savoir quel jour de le semaine on était, comme l'an dernier. Et j'étais parti pour que ça continue comme ça indéfiniment. Je retrouve les mêmes sensations, cette liberté et cette soif de vivre les journées à fond que pendant mon tour du monde auquel j'aurais pu incorporer l'Afrique du Sud. Mais ça n'aurait plus été un tour du Pacifique et ça ne justifiait plus le fait de prendre un congé sabbatique pour s'y rendre. J'avais donc décidé de remettre l'Afrique du Sud à plus tard, étant donné que ce n'est pas si loin que cela de la France. Tout comme ce que je disais l'an dernier, les allemands sont partout. Il ne doit rester dans leur pays qu'Angela. Ce sont de grands voyageurs et on les croise où que l'on aille. Ce sont les touristes les plus représentés. A part ceux qui parlent anglais, dont je ne sais si ce sont des anglais, des locaux, des australiens ou autres...
Garden Route
Attraits de la Garden Route oblige, les gens qui vont à Addo passent aussi par là. C'en est donc fini de la tranquillité du Kwazulu Natal et je ne pense pas que ça va s'arranger à mesure que je vais me rapprocher de Capetown. Dès qu'il y a un arrêt quelque part le long de la route pour voir une curiosité de la nature ou architecturale (comme un pont), ils sont tous là, avec pour corollaire des fast-food et des boutiques de souvenirs. Le touriste type n'a pas vraiment l'air d'avoir un profil d'aventurier. Ce sont des gens qui font très adeptes de club vacances en groupe organisé. Je me suis arrêté à l'un des ces fast-food, faute de mieux, et c'était la cohue. Je m'étais mis en terrasse pour déguster un hamburger aux champignons où les champignons n'étaient en fait qu'un argument commercial basé sur une sauce, froide de surcroît, qui devait être en tube et toute droit sortie du frigo. 
Vue du camp ce matin
Alors que j'attaquais péniblement les frites, j'ai réalisé que je perdais du temps à un truc qui ressemblait plus à une aire d’autoroute et je n'avais qu'une hâte, arriver à destination dans le parc national. En général un parc national, ça filtre la clientèle. On y trouve en principe des gens plus évolués, plus proches de la nature. On n'y vient pas pour faire du shopping, la fête ou passer ses soirées en beuveries.
Pour trouver le camp ça n'a pas été simple. J'ai une carte à une bonne échelle, qui couvre les secteur Capetown à Port Elizabeth mais on se demande bien à quoi sont payés les gens qui font les cartes. L'échelle a beau être grande, ce n'est en fait pas plus détaillé qu'une autre carte. Je me suis un peu fait avoir sur ce coup là. Tandis que sur la route je vois plein de bifurcations sur la gauche avec des noms de village, je n'ai sur la carte qu'une longue ligne droite. 
Comme je me repère au fait qu'il faut que je tourne la première à gauche à un moment, ça n'aide pas. Je commence même à me dire que je suis peut être allé trop loin et que j'ai loupé la sortie. Car ici ils sont capables de mettre un nom de truc inconnu à la place du nom d'une curiosité touristique. Ça arrive tout le temps. D'ordinaire je me repère d'ailleurs au numéro des routes et non aux directions, c'est plus sûr. Par chance, quand je me suis arrêté manger, il y avait un point information avec une multitudes de dépliants de la région avec en prime une carte détaillée. C’est avec elle que je vais composer désormais.
La route pour Storms River Mouth traverse une forêt de sapins. Depuis que je suis arrivé à la Garden Route, le paysage a complètement changé. C’est très vert, très boisé et on a le sentiment d'être à la montagne et non au bord de mer. Les nuages restent accrochés aux sommets tandis que le littoral, pourtant distant de dix kilomètres seulement, continue à bénéficier d'un beau temps ensoleillé. Par contre je suis triste. Il n'y a plus d'animaux qui me barrent la route. Ça me manque, je m’étais habitué aux springboks, aux singes aux éléphants ou aux lions. C'est un autre genre d'aventures qui m'attend désormais. Passé la réception, le paysage change encore ; la forêt se compose alors de feuillus et la route ne cesse de descendre en virages serrés où l'on aperçoit la mer en bas à la faveur de trouées. C'est très escarpé et les arbres arrivent jusqu'à la mer. L’endroit me rappelle un peu le parc national Abel Tasman en Nouvelle-Zélande.


Le camp est situé en bordure de mer, en haut de rochers avec des vagues démentielles qui viennent s'y briser, baignant le camp dans une brume d'embruns. La côte est très sauvage, le camp moins. Il est plein de monde. Il y a un vent terrible et j'ai bien fait d'avoir pris une « forest hut », en fait une cabane en bois avec deux lits, une table, du matériel de cuisine, une terrasse garnie de son fameux barbecue, le tout niché dans le sous bois de bord de côte. Je ne savais pas que j'allais être au bord de la mer. Là où je suis je suis bien abrité du vent, pas comme les campeurs qui peinent à monter leur tente et qui vont connaître cette nuit du claquement de toile. Par contre, question vue, il n'y en a pas, sous bois oblige.
Après avoir déposé mes affaires j'ai donc commencé à explorer les alentours. Ça tombe bien, il y a une cascade à laquelle on peut se rendre. Sur la plan ça n'a pas l'air très loin, aussi je décide de rester en tongs et je n'emporte que le strict minimum en eau. 
Pas le temps de me tartiner de crème solaire ; de toute façon pour une courte balade, ça ira. Ce que je ne savais pas c'est que la balade est plus longue que prévue et le soleil tape fort. Le chemin au bout d'un moment se transforme en jeu de piste dans les rochers qu'il faut escalader ou descendre, en essayant de garder le cap sur des traces de pas peintes en jaune pour désigner les endroits par lesquels passer. Je ne croise que des gens qui arrivent dans l'autre sens, écarlates, en sueur et tous avec aux pieds de lourdes chaussures de randonnée. Ça commence à me faire penser que la randonnée a l'air d''être longue et pénible. Je ne suis assurément pas chaussé comme il le faudrait, dérapant fréquemment sur les rochers ou me cognant un orteil. Mais ce que j'ai surtout peur c'est que la lanière du milieu lâche, avec toutes les contorsions de semelle qu'on doit faire. Et ça, c'est la mort d'une tong. Manquerait plus que je doive rentrer pieds nus.
Le paysage est absolument magnifique. Je me trouve en fait sur le Otter trail qui est un long sentier de randonnée très réputé qui longe toute la Garden Route et qui se pratique en 5 jours. Au bout d'un moment, prêt à faire demi-tour plutôt que de voir une cascade probablement asséchée, je demande à deux randonneurs si cette maudite cascade est encore loin. 15 à 20 minutes de marche me répondent ils. Ce n’est donc pas le moment d'abandonner. Ça y est, je n'ai plus d'eau et ce n'est pas à la cascade je vais pouvoir en remplir. Elle charrie en fait une eau noire qui fait le bonheur de cormorans qui viennent y plonger à la recherche de poissons pour changer des poissons de l'océan. Une cascade au bord de l'océan, ça n'arrive pas tous les jours. Prise toute seule en photo, on dirait une cascade de montagne, mais grâce à mon appareil photo qui prend des photos panoramiques, je peux replacer la scène dans son contexte et ça change tout.
Tandis que je m'amuse avec mon filtre gris pour faire des effets avec les grosses vagues qui viennent se briser sur les rochers, je ne remarque pas tout de suite que quelqu'un est arrivé. Il m'observe, intrigué de me voir à quatre pattes parmi les fientes d'oiseau. Au bout d'un moment il vient me voir pour me demander ce que je fais. En parlant photo on a ainsi sympathisé. Et je n'étais plus le dernier. Lui aussi du reste est en tong. C'est un jeune hollandais d'origine turque ou israélienne, étudiant à Amsterdam. Il voyage aussi tout seul et est arrivé par Capetown. Il se dirige vers Addo, allant de backpacker en backpacker. On a fait le chemin du retour ensemble, à papoter, à s'échanger nos tuyaux et coups de cœur. Avec 3 jours seulement à Capetown je réalise que c’est bien peu. Lui y est resté 6 jours sur un total de voyage de deux semaines. 
J'ai cherché à faire un compromis, on ne peut pas tout voir, on verra bien. De retour au parking au soleil couchant, on a vu en fait sur une borne qu'on n'avait lue ni l'un ni l'autre qu'il faut compter 3 heures et demie aller/retour et qu'il est conseillé de ne pas commencer la balade après 14h30. Sur ce coup là on a tout faux ! Mais comme on était deux, le risque était plus faible, même si nous nous sommes perdus à maintes reprises dans les rochers, incapables de trouver les repères jaunes.

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