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samedi 9 février 2013

Nature's Valley

Au niveau du camp, dans les rochers il y a plein de « dassies » - c'est comme ça qu'ils les appellent ici et comme je n'en au encore jamais vus, je ne connais pas le nom de cette délicieuse bestiole. C'est comme un chien de prairie... mais dans les rochers. Ils aiment se percher dans les trous inaccessibles. Ils font aussi des terriers près des pelouses du camp, là où l'herbe est bien tondue, verte et grasse. Ils évoluent en bande et détalent dès qu'on les approche à moins de 20 mètres, ce qui est bien dommage car ils ont une adorable petite frimousse.
Avant de quitter Storm River Mouth, je me suis rendu à un pont suspendu qui est sur toutes les cartes postales. C'est un pont pour piétons uniquement qui passe par dessus la gorge de Storm River, au niveau où elle arrive à la mer. On peut aussi rejoindre cet endroit en canoë depuis le camp puis remonter la gorge. 
Pour moi, il est l’heure de quitter Storm River pour Natur'es Valley, toujours située dans le parc national de Tsisikamma. Mais juste avant je suis retourné sur mes pas car hier en arrivant j'avais zappé Big Tree, un endroit dans la forêt où pousse un arbre qui a connu de nombreuses guerres. Selon les brochures sont âge varie entre 1000 et 1600 ans. Sur place les panneaux indiquent qu'il a 1000 ans, j'aurais plus tendance à croire cette version. Pour arriver au niveau de cet infatigable énergumène, il suffit de marcher 500 mètres à travers une belle forêt avec des fougères bien vertes qui poussent au sol. C'est très luxuriant. Autour de la star, d'autres arbres veulent prendre la relève et pousser mémé à la retraite. C'est un arbre qui force le respect. Voyez plutôt : 36,6 mètres de haut et 8,5 mètres de circonférence. Sans compter que ses rameaux sont très harmonieux. Cet arbre est un Podocarpus Falcatus.
Nature's Valley n'est qu'à 40 kilomètres de Storm River, c'est donc un petit saut de puce que je fais aujourd'hui. Tout comme les prochains jours, étant donné que la Garden Route s'étend sur une zone de 180 kilomètres de long et que je lui consacre 4 jours. Je vais dormir dans chacun des quatre hébergements proposés par le parc national. Question de multiplier les plaisirs. A un endroit, il y a une attraction mondiale, un saut à l'élastique où l'on se jette depuis un pont. L'endroit se revendique comme étant le plus haut saut à l'élastique au monde, avec 216 mètres de haut. Tiens donc, je croyais que le record revenait à Queenstown en Nouvelle-Zélande... Le saut depuis la plate-forme d'observation n'a pas l'air si spectaculaire que ça. En fait, à partir du moment où l'on saute, il doit se passer 4 secondes avant que l'on commence à remonter et à continuer en yo-yo. 
N’empêche, pendant ces 4 secondes, tout le monde crie, créant un écho au fond de la vallée. Le gars que j'ai rencontré hier m'a raconté qu'il avait sauté la veille. Il avait un truc sur le dos de la main, je pensais que c'était un tatouage mais tous ceux qui s’apprêtent à sauter ont ça aussi. Sans doute pour pouvoir les identifier si jamais l'élastique lâche...
Nature's Valley est en fait un endroit de villégiature au fond d'une vallée très encaissée. Il n'y a que des résidences secondaires très cossues, avec toutes un panneau devant qui indique qu'elles sont gardées par armes à feu. Y aurait-il un détecteur de présence qui déclenche une série de tirs à la mitraillette si l'on s'approche ? On trouve aussi un unique restaurant et une épicerie qui vend moins de choses qu'une boutique souvenirs de parc national. Pas même d'eau plate. Il y a également une grande plage sauvage de plusieurs kilomètres, battue par les vents. 
Aujourd'hui je suis au camping. Je croyais qu'il donnait sur la plage mais en fait il est situé à côté de la rivière qui se jette par là. C'est un petit camping très tranquille où l'on peut se mettre où l'on veut et où il n'y a que des vieux retraités qui ont l'air de vivre dans leur caravane toute l'année, quand on voit tout l'attirail qu'ils ont. Je me suis mis à l'emplacement numéro 8, sous les arbres et à l'écart des caravanes. Il n'y a personne en tente et le camping est vide aux trois quarts, ce qui me réjoui.
Apparemment le coin n'attire pas autant que Storm River Mouth et c'est tant mieux. Il faut dire aussi que la catégorie d'hébergement est inférieure, seulement deux étoiles locales et pas de cottages ou chalets de luxe. Pas de restaurants non plus ni de prises électriques. Ça permet donc de faire le tri. Ceux qui viennent là le font pour vivre simplement. Je préfère de loin un camping basique à un truc style village de vacances avec piscine à débordement, toboggans, bungalows et gamins qui hurlent. De toute façon je n'y suis que pour dormir. Hier à Storm River il y avait une piscine au bord de la mer et ce n'est que ce matin que je l'ai remarquée...

Le pont d'où se jettent les courageux
Tandis que je revenais de l'épicerie avec quelques victuailles pour pique niquer, j'ai été surpris de trouver sur la route une colonie de babouins en goguette. Juste quand je disais hier que les animaux en travers de la route me manquaient. Bien que ce ne soit pas les singes les plus jolis qui existent - comme ce que j'ai déjà raconté - ils m'ont bien amusé. Là où normalement les femelles transportent leur rejeton accroché sur leur ventre, les babouins ont une autre technique. Le petit saute à califourchon sur le dos de sa mère et hue cocotte ! Ils ne se dépêchaient pas beaucoup sur la route, grimpant dans les arbres pour se saisir de baies, mangeant de l'herbe pendant que d'autres se prélassaient dans des poses improbables, l'un complètement affalé sur la chaussée comme une descente de lit, ou encore un autre à genoux, les bras devant et face contre terre, comme s'il implorait Allah. 
J'avais mis les feux de détresse pour signaler le convoi exceptionnel, question aussi d'éviter que quelqu'un de pressé ne les fasse déguerpir pour de bon dans la forêt. Il y a un automobiliste qui est passé et qui m'a baragouiné je ne sais quoi. C'est étrange d'ailleurs car je crois que les gens parlent d'emblée une autre langue qui ressemble un peu au hollandais puis se mettent à parler anglais s'ils voient qu'on a l'air idiot. Ici, c'est la femme du conducteur qui a fait la traduction, elle m'a demandé de fermer mes fenêtres sinon ils allaient sauter dans la voiture et tout me piquer. Tiens, qu'ils essayent, j'ai l’œil ; et si l'un d'eux veut grimper je le dégommerai à la manière d'un orang-outan. Pour arriver à avoir une jolie photo d'un babouin il vaut mieux cadrer les plus jeunes, attendre qu'ils soient assis ou bien couper la photo au montage. En cause, leur arrière train pelé, rouge sanguinolent qui fait limite maladif. Chez certains on dirait même des tumeurs.
Nature's Valley
Après cet épisode récréatif, j'ai repris la route par laquelle j'étais arrivé ce matin, pour m’arrêter au niveau d'un endroit où l'on a un beau point de vue sur la vallée. J'ai dû faire vite car un soleil voilé est sorti quelques instants seulement avant que le temps n'empire. Je jongle ainsi depuis ce matin avec une dépression qui arrive et qui met du temps à s’installer. Je préfère qu'il pleuve un bon coup et que ça passe plutôt qu'un ciel mou qui hésite sur ce qu'il doit faire. En redescendant de mon perchoir, je me suis arrêté au niveau de la rivière où se termine le Otter trail qui partait de Storm River. Il y a à cet endroit une petite promenade aménagée que l'on peut faire dans la forêt, un sentier botanique où sur chaque arbre figure son nom en latin. Le problème avec les arbres et arbustes c'est qu'ils se ressemblent tous. Je ne sais pas comment font les botanistes pour les différencier. 
C'est limite chiant, je préfère voir les animaux qui eux sont bien immédiatement identifiables. En parlant de bêtes, j'ai revu des babouins. Ils étaient assis par terre le long de la rivière, occupés à se saisir de grandes herbes dont ils ne mangeaient que la base, bien charnue et sucrée. Les plus jeunes retournaient le sable et se saisissaient de trucs comme des fruits à coque. Il y avait aussi des petits insouciants dont le grand jeu était de grimper dans un arbre, de se laisser glisser sur les branches et de tomber au sol dans un grand « vlam ». Et ils recommençaient, imperturbables sous la pluie qui tombait de plus en plus drue, regardant de temps à autre le ciel quand un éclair le traversait.
A la Garden Route, ils auraient pu programmer l'arrosage après mon passage ! Dès 15 heures un orage carabiné est arrivé. Un vrai déluge, les routes se sont transformées en rivières et en flaques géantes. 
Alors que ma tente était jusqu'à présent sous les arbres, j'ai dû la déplacer en catastrophe en terrain découvert, près d'une mare putride, pour éviter de grosses gouttes d'eau qui tombaient sur la toile et pouvaient risquer de la traverser. Sans compter que si ça venait à se calmer dans la nuit, les arbres continuent de s’égoutter pendant des heures. Par contre pour le temps je relativise. J'ai quand même la chance d'être en Afrique du Sud, je ne vais pas me plaindre. Et la pluie fait partie de la nature, elle est vitale. C'est juste un mauvais moment à passer avant que le soleil ne revienne plus radieux que jamais.
Au camp, mon emplacement n'a pas d'électricité. J'ai fini par trouver un genre de chapiteau avec des bornes où j'ai pu recharger l'ordinateur et m'occuper des photos du jour. La journée était morte, je n'avais plus rien d'autre à faire. C'est handicapant de toujours devoir être tributaire d'une prise de courant. 
Il y a bien des convertisseurs à brancher sur la prise allume cigare qui transforment du 12V en 220 mais celui que j'avais acheté est mort au bout du deuxième voyage. En fait il fonctionne très bien, sauf qu'il me fait sauter les fusibles partout où je le branche ! Dans la première voiture il avait fonctionné une minute et avec la nouvelle ça a recommencé. L'allume cigare ne fonctionne plus ce qui me fait penser à un problème de court circuit. Heureusement que ça n'a pas grillé la batterie de la voiture. Il doit donc exister d'autres systèmes. Il faudrait que Scott Ramsay, le baroudeur d'Afrique du Sud me livre ses secrets. Il en a déjà raconté quelques uns dans Get Away magazine. Comme il avait lui aussi un blog, il avait acquis un système pour capter internet de n'importe où en passant par le satellite. Ça s'appelle « Evosat BGAN unit » et ça vaut la modique somme de 3200$, communications non incluses. Il y a du bon à être sponsorisé. Moi je ne le suis pas, alors je dois faire avec les moyens du bord...

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