Au niveau du camp, dans
les rochers il y a plein de « dassies » - c'est comme ça
qu'ils les appellent ici et comme je n'en au encore jamais vus, je ne
connais pas le nom de cette délicieuse bestiole. C'est comme un
chien de prairie... mais dans les rochers. Ils aiment se percher dans
les trous inaccessibles. Ils font aussi des terriers près des
pelouses du camp, là où l'herbe est bien tondue, verte et grasse.
Ils évoluent en bande et détalent dès qu'on les approche à moins
de 20 mètres, ce qui est bien dommage car ils ont une adorable
petite frimousse.
Avant de quitter Storm
River Mouth, je me suis rendu à un pont suspendu qui est sur toutes
les cartes postales. C'est un pont pour piétons uniquement qui passe
par dessus la gorge de Storm River, au niveau où elle arrive à la
mer. On peut aussi rejoindre cet endroit en canoë depuis le camp
puis remonter la gorge.
Pour moi, il est l’heure de quitter Storm
River pour Natur'es Valley, toujours située dans le parc national de
Tsisikamma. Mais juste avant je suis retourné sur mes pas car hier
en arrivant j'avais zappé Big Tree, un endroit dans la forêt où
pousse un arbre qui a connu de nombreuses guerres. Selon les
brochures sont âge varie entre 1000 et 1600 ans. Sur place les
panneaux indiquent qu'il a 1000 ans, j'aurais plus tendance à croire
cette version. Pour arriver au niveau de cet infatigable énergumène,
il suffit de marcher 500 mètres à travers une belle forêt avec des
fougères bien vertes qui poussent au sol. C'est très luxuriant.
Autour de la star, d'autres arbres veulent prendre la relève et
pousser mémé à la retraite. C'est un arbre qui force le respect.
Voyez plutôt : 36,6 mètres de haut et 8,5 mètres de
circonférence. Sans compter que ses rameaux sont très harmonieux.
Cet arbre est un Podocarpus Falcatus.
Nature's Valley n'est
qu'à 40 kilomètres de Storm River, c'est donc un petit saut de puce
que je fais aujourd'hui. Tout comme les prochains jours, étant donné
que la Garden Route s'étend sur une zone de 180 kilomètres de long
et que je lui consacre 4 jours. Je vais dormir dans chacun des quatre
hébergements proposés par le parc national. Question de multiplier
les plaisirs. A un endroit, il y a une attraction mondiale, un saut à
l'élastique où l'on se jette depuis un pont. L'endroit se
revendique comme étant le plus haut saut à l'élastique au monde,
avec 216 mètres de haut. Tiens donc, je croyais que le record
revenait à Queenstown en Nouvelle-Zélande... Le saut depuis la
plate-forme d'observation n'a pas l'air si spectaculaire que ça. En
fait, à partir du moment où l'on saute, il doit se passer 4
secondes avant que l'on commence à remonter et à continuer en
yo-yo.
N’empêche, pendant ces 4 secondes, tout le monde crie,
créant un écho au fond de la vallée. Le gars que j'ai rencontré
hier m'a raconté qu'il avait sauté la veille. Il avait un truc sur
le dos de la main, je pensais que c'était un tatouage mais tous ceux
qui s’apprêtent à sauter ont ça aussi. Sans doute pour pouvoir
les identifier si jamais l'élastique lâche...
Nature's Valley est en
fait un endroit de villégiature au fond d'une vallée très
encaissée. Il n'y a que des résidences secondaires très cossues,
avec toutes un panneau devant qui indique qu'elles sont gardées par
armes à feu. Y aurait-il un détecteur de présence qui déclenche
une série de tirs à la mitraillette si l'on s'approche ? On
trouve aussi un unique restaurant et une épicerie qui vend moins de
choses qu'une boutique souvenirs de parc national. Pas même d'eau
plate. Il y a également une grande plage sauvage de plusieurs
kilomètres, battue par les vents.
Aujourd'hui je suis au camping. Je
croyais qu'il donnait sur la plage mais en fait il est situé à côté
de la rivière qui se jette par là. C'est un petit camping très
tranquille où l'on peut se mettre où l'on veut et où il n'y a que
des vieux retraités qui ont l'air de vivre dans leur caravane toute
l'année, quand on voit tout l'attirail qu'ils ont. Je me suis mis à
l'emplacement numéro 8, sous les arbres et à l'écart des
caravanes. Il n'y a personne en tente et le camping est vide aux
trois quarts, ce qui me réjoui.
Apparemment le coin
n'attire pas autant que Storm River Mouth et c'est tant mieux. Il
faut dire aussi que la catégorie d'hébergement est inférieure,
seulement deux étoiles locales et pas de cottages ou chalets de
luxe. Pas de restaurants non plus ni de prises électriques. Ça
permet donc de faire le tri. Ceux qui viennent là le font pour vivre
simplement. Je préfère de loin un camping basique à un truc style
village de vacances avec piscine à débordement, toboggans,
bungalows et gamins qui hurlent. De toute façon je n'y suis que pour
dormir. Hier à Storm River il y avait une piscine au bord de la mer
et ce n'est que ce matin que je l'ai remarquée...
![]() |
| Le pont d'où se jettent les courageux |
Tandis que je revenais de
l'épicerie avec quelques victuailles pour pique niquer, j'ai été
surpris de trouver sur la route une colonie de babouins en goguette.
Juste quand je disais hier que les animaux en travers de la route me
manquaient. Bien que ce ne soit pas les singes les plus jolis qui
existent - comme ce que j'ai déjà raconté - ils m'ont bien amusé.
Là où normalement les femelles transportent leur rejeton accroché
sur leur ventre, les babouins ont une autre technique. Le petit saute
à califourchon sur le dos de sa mère et hue cocotte ! Ils ne
se dépêchaient pas beaucoup sur la route, grimpant dans les arbres
pour se saisir de baies, mangeant de l'herbe pendant que d'autres se
prélassaient dans des poses improbables, l'un complètement affalé
sur la chaussée comme une descente de lit, ou encore un autre à
genoux, les bras devant et face contre terre, comme s'il implorait
Allah.
J'avais mis les feux de détresse pour signaler le convoi
exceptionnel, question aussi d'éviter que quelqu'un de pressé ne
les fasse déguerpir pour de bon dans la forêt. Il y a un
automobiliste qui est passé et qui m'a baragouiné je ne sais quoi.
C'est étrange d'ailleurs car je crois que les gens parlent d'emblée
une autre langue qui ressemble un peu au hollandais puis se mettent à
parler anglais s'ils voient qu'on a l'air idiot. Ici, c'est la femme
du conducteur qui a fait la traduction, elle m'a demandé de fermer
mes fenêtres sinon ils allaient sauter dans la voiture et tout me
piquer. Tiens, qu'ils essayent, j'ai l’œil ; et si l'un d'eux
veut grimper je le dégommerai à la manière d'un orang-outan. Pour
arriver à avoir une jolie photo d'un babouin il vaut mieux cadrer
les plus jeunes, attendre qu'ils soient assis ou bien couper la photo
au montage. En cause, leur arrière train pelé, rouge sanguinolent
qui fait limite maladif. Chez certains on dirait même des tumeurs.
![]() |
| Nature's Valley |
Après cet épisode
récréatif, j'ai repris la route par laquelle j'étais arrivé ce
matin, pour m’arrêter au niveau d'un endroit où l'on a un beau
point de vue sur la vallée. J'ai dû faire vite car un soleil voilé
est sorti quelques instants seulement avant que le temps n'empire. Je
jongle ainsi depuis ce matin avec une dépression qui arrive et qui
met du temps à s’installer. Je préfère qu'il pleuve un bon coup
et que ça passe plutôt qu'un ciel mou qui hésite sur ce qu'il doit
faire. En redescendant de mon perchoir, je me suis arrêté au niveau
de la rivière où se termine le Otter trail qui partait de Storm
River. Il y a à cet endroit une petite promenade aménagée que l'on
peut faire dans la forêt, un sentier botanique où sur chaque arbre
figure son nom en latin. Le problème avec les arbres et arbustes
c'est qu'ils se ressemblent tous. Je ne sais pas comment font les
botanistes pour les différencier.
C'est limite chiant, je préfère
voir les animaux qui eux sont bien immédiatement identifiables. En
parlant de bêtes, j'ai revu des babouins. Ils étaient assis par
terre le long de la rivière, occupés à se saisir de grandes herbes
dont ils ne mangeaient que la base, bien charnue et sucrée. Les plus
jeunes retournaient le sable et se saisissaient de trucs comme des
fruits à coque. Il y avait aussi des petits insouciants dont le
grand jeu était de grimper dans un arbre, de se laisser glisser sur
les branches et de tomber au sol dans un grand « vlam ».
Et ils recommençaient, imperturbables sous la pluie qui tombait de
plus en plus drue, regardant de temps à autre le ciel quand un
éclair le traversait.
A la Garden Route, ils
auraient pu programmer l'arrosage après mon passage ! Dès 15
heures un orage carabiné est arrivé. Un vrai déluge, les routes se
sont transformées en rivières et en flaques géantes.
Alors que ma
tente était jusqu'à présent sous les arbres, j'ai dû la déplacer
en catastrophe en terrain découvert, près d'une mare putride, pour
éviter de grosses gouttes d'eau qui tombaient sur la toile et
pouvaient risquer de la traverser. Sans compter que si ça venait à
se calmer dans la nuit, les arbres continuent de s’égoutter
pendant des heures. Par contre pour le temps je relativise. J'ai
quand même la chance d'être en Afrique du Sud, je ne vais pas me
plaindre. Et la pluie fait partie de la nature, elle est vitale.
C'est juste un mauvais moment à passer avant que le soleil ne
revienne plus radieux que jamais.
Au camp, mon emplacement
n'a pas d'électricité. J'ai fini par trouver un genre de chapiteau
avec des bornes où j'ai pu recharger l'ordinateur et m'occuper des
photos du jour. La journée était morte, je n'avais plus rien
d'autre à faire. C'est handicapant de toujours devoir être
tributaire d'une prise de courant.
Il y a bien des convertisseurs à
brancher sur la prise allume cigare qui transforment du 12V en 220
mais celui que j'avais acheté est mort au bout du deuxième voyage.
En fait il fonctionne très bien, sauf qu'il me fait sauter les
fusibles partout où je le branche ! Dans la première voiture
il avait fonctionné une minute et avec la nouvelle ça a recommencé.
L'allume cigare ne fonctionne plus ce qui me fait penser à un
problème de court circuit. Heureusement que ça n'a pas grillé la
batterie de la voiture. Il doit donc exister d'autres systèmes. Il
faudrait que Scott Ramsay, le baroudeur d'Afrique du Sud me livre ses
secrets. Il en a déjà raconté quelques uns dans Get Away magazine.
Comme il avait lui aussi un blog, il avait acquis un système pour
capter internet de n'importe où en passant par le satellite. Ça
s'appelle « Evosat BGAN unit » et ça vaut la modique
somme de 3200$, communications non incluses. Il y a du bon à être
sponsorisé. Moi je ne le suis pas, alors je dois faire avec les
moyens du bord...












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