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dimanche 14 février 2021

Retour au Mercadel

C'est fou la diversité des micro-climats sur cette île. A Arenas Blancas le vent s'est mis à souffler très violemment. Pendant la nuit j'avais la voiture qui valsait au rythme des bourrasques. Le vent peut vite transformer un paradis en enfer. Aussi ce matin je suis content de partir chercher un peu de soleil et de fraîcheur dans les montagnes.
Comme c'est complètement gris et qu'il bruine, je fais l'impasse de l'exploration de la baie d'El Golfo dans sa partie est. Tout juste je m'arrête à la Frontera faire le plein de courses pour la semaine à Terencio Supermercados, qui est assez bien achalandé à ma grande surprise. Je m'attendais à ne trouver que la moitié de ma liste. Par contre mieux vaut regarder les dates,  après avoir vu une promo affichée en rayon dépassée depuis plusieurs mois! Un petit tour à la boulangerie prendre du pain au sésame et me voilà paré pour l'aventure.
En grimpant je m"arrête jeter un oeil à Hoya del Pino. On est très rapidement dans un cul de sac sans vraiment de parking, avec une espèce de cuvette au milieu de bois lugubres aménagée avec des bancs et des table où s'affiche un règlement détaillant les horaires et interdictions. Je ne descends même de la voiture, malgré la présence de drôles de fleurs aux énormes clochettes en papier de riz de couleur ocre qui tombent des rochers comme des lampadaires. 
Les derniers étages de l'amphithéâtre sont noyés dans les nuages. La couche n'est pas très épaisse et le soleil au-dessus arrive à filtrer par de superbes raies de lumière qui magnifient la forêt humide et les fougères de sous-bois. Je suis obligé de m'arrêter, je n'y vois rien sur les côtés ni derrière c'est très pénible. Toutes les vitres de la voiture sont couvertes de sel en raison de la tempête de vent à Arenas Blancas. J'ai l'impression de voir le paysage à travers une vitre dépolie de salle de bain. Le reste du bidon d'eau ayant servi à la lessive y passera. 
Comme je le pensais là haut c'est grand soleil et curieusement il n'y a pas de vent. je ne sais pas où aller je n'ai pas vraiment de plan. Ce qui est sûr c'est que je ne veux pas redescendre sur la côte. Alors je continue sur la crête en direction de Valverde mais tout à coup je sors de la forêt pour retrouver un paysage de Normandie. je fais immédiatement demi-tour pour rejoindre l'embranchement vers el Pinar où la route descend dans la pinède. Seulement très rapidement je vais rejoindre la route par laquelle j'étais arrivé le premier jour. Du coup je prends une piste forestière sur la droite indiquant le Mercadel. Tiens, c'est une idée ça ! Le coin est vraiment splendide et très agréable en journée, alors pourquoi ne pas m'y poser à nouveau?
Sur la piste je croise des paysans un peu bourrus qui ne répondent pas à mes salutations. Plus haut un camion chargé à ras bord de grosses bottes d'aiguilles de pin les attend. À Tenerife j'avais vu la même chose dans la Corona Forestal. Je ne sais pas ce qu'ils font de toutes ces aiguilles, peut-être des toits en chaume. Les aiguilles étant très longues elles sont donc très faciles à ramasser et viennent sous forme de plaques et tapis.
Juste avant l'embranchement pour la Cruz de Los Reyes, au pied du Mercadel, il y a une ravissante fontaine garnie de plantes grasses en rosace qui poussent entre les pierres du mur. Derrière il y a un pin où on voit à travers, Pino Piloto. Ça doit être son nom il y a une pancarte juste à côté. Le feu l'a rongé de l'intérieur mais malgré ça il est toujours vivant.
J'en profite pour remplir les bidons, enfin deux sur les cinq. J'en ai toujours trois qui ne servent jamais alors pour éviter que l'eau ne croupisse je fais un roulement. Sur la gauche, une piste forestière assez pentue et peu fréquentée indique la direction de la Cueva del Mocan. Il y a peut-être un moyen de dégoter un nouveau coin dégagé au milieu des pins avec un replat, aussi je m'avance sur la piste. 
Mais en m'engageant là-dedans je sens que ce n'est pas une bonne idée. La piste est très érodée avec des rigoles profondes un peu partout que la pluie a transformé en torrent express. Il ne faut surtout pas mettre un pneu là-dedans sinon après on est comme dans un rail, on ne peut plus en sortir. A un endroit c'est plein de grosses pierres et ça devient franchement impraticable. C'est de la folie, je décide de rebrousser. 
Sauf qu'avec la pente, impossible de faire marche arrière, la voiture cale. Je dois donc descendre un peu et trouver un endroit un peu plus large et plus plat pour faire demi-tour. Sauf que les rigoles sont toujours là. Évidemment dans le demi-tour, les deux pneus avants sont tombés dedans. Impossible de faire autrement. Pour en sortir la voiture cale. Plus j'essaye plus je m'enlise. Le stress me gagne. 
Heureusement à force de manier la marche arrière, la marche avant en braquant une fois à droite une fois à gauche, j'arrive à me sortir de là et à faire demi-tour, non sans avoir calé une vingtaine de fois. Reste la côte à remonter dans cet eboulis de pierres qui roulent sous les pneus. Il ne faut surtout pas que je cale ou que je perde de la vitesse en plein milieu de la côte, je ne pourrai pas en repartir. Aussi je prends un bon élan en roulant là-dedans comme si de rien n'était. D'ordinaire je fais attention aux pierres, je les contourne pour ne pas risquer de crever. Là je trace ligne droite en écrasant le champignon. Ça passe ou ça casse. Je préfère crever que rester bloqué en bas au fond d'une piste où personne ne passe. Je ne sais même pas quel engin pourrait me sortir de là. Finalement ça passe et pour me remettre de mes émotions je décide de m'arrêter là où j'avais dormi la nuit où il avait fait si froid.  On ne m'y reprendra plus à prendre des pistes forestières comme ça! C'est là que je mesure que la voiture est lourde et que dans une côte il vaut mieux avoir un vrai sol bien plat
Ce coin est tres bien, c'était idiot de ne pas m'arrêter. Je retrouve mes pelures de mandarines restées là comme trace de mon passage. Je sors tout mon matériel de camping, m'étalle allègrement : une chaise par-ci, une table par-là, toutes les portes de la voiture grandes ouvertes, les cléfs posées sur le tableau de bord. Je n'ai à me soucier de rien, je peux m'éclipser, partir en balade et tout laisser en plan clez incluses, personne ne passe par là. Ils sont bien plus occupés à faire vrombir leurs motos là haut sur la piste du Malpaso, weekend oblige. Cette tradition des Canaries se poursuit décidément sur toutes les îles. Les weekends il faut rester bien terré. D'ailleurs la nuit dernière une caravane et des vans se sont installés à Arenas Blancas, faisant déguerpir le camping-car d'allemands qui n'a pas dû apprécier l'intrusion au ras de leurs fenêtres.
Du coin où je suis je vois l'océan moutonner jusqu'à la pointe de El Pinar puis après calme plat. Le Malpaso fait une bonne barrière et comme je suis du bon versant je suis abrité. Au soleil on dépasse les 20 degrés, à l'ombre c'est une autre histoire, à peine 14. Je mets la bière sur un rocher à l'ombre en plein vent pour la sacrifier ce soir.
Puis je décide d'aller dire bonjour au roi d'El Hierro. J'ai le sens de l'orientation, je le retrouve aisément malgré le labyrinthe de pins très serrés qui se ressemblent tous. J'ai apporté ma GoPro pour faire une petite animation afin de l'avoir sur toutes les coutures. Je suis assez content du résultat.
De retour à la voiture je me mets en quête d'un petit pin à prélever pour un des deux pots que j'avais achetés à Ténérife. J'en repère vite un de taille honorable d'environ 1 mètre, qui pousse un peu parmi les rocailles ce qui a réduit son système racinaire et le rend plus facile à déraciner sans trop de dommages. Ça me fait mal au cœur de l'extraire de son environnement dans lequel il s'était habitué et où il s'épanouissait. 
J'ai tout de même choisi un endroit où ils étaient nombreux et se seraient gênés en grandissant. Reste à savoir ce que je vais en faire jusqu'à mon retour. Je le planquerais bien à Ténérife quelque part jusqu'à temps que je parte. J'irai le planter ensuite dans le jardin de mes parents en attendant que j'ai une maison. Ce pin sera ma fierté s'il arrive à se remettre, ils sont si beaux les pins des Canaries !
Encore un coucher de soleil extraordinaire! La mer de nuages s'est invitée juste pour participer au spectacle. Les nuages sont irisés de pourpres et de feu, les pins prennent un vert surréaliste et le sable volcanique une teinte grenat. Du haut de la petite butte qui surplombe le camp le panorama est parfait. 
J'y ai posé ma chaise basse tout l'après-midi. Pour lire ou méditer. À présent c'est de là que je bois une bière fraîche en savourant l'instant présent.
Au même moment je reçois la visite d'un troupeau de brebis d'une centaine de bêtes. Ça sent l'herbe fraichement coupée comme quand on a tondu. Elles sont en liberté et font ce qu'elles veulent il y a ni chien ni berger. Par contre elles ont des cloches qui font un vacarme épouvantable. Du plateau où je suis il y a une herbe fraîche et bien grasse qui doit bien leur plaire. Car ailleurs c'est plutôt stérile, soit des sables volcanique soit des couvertures d'aiguilles de pin. Elles risquent donc de rester un certain temps à brouter voirie passer toute la nuit. 
Comme le jour commence à décliner, je vais à leur rencontre pour les chasser. Mais 20 minutes plus tard alors qu'il fait nuit : grelin grelin. Leur cloche est partie pour me rendre dingue toute la nuit. Obligé de faire à nouveau le chien de berger jusqu'à loin en les guidant au faisceau de ma torche. Elles avancent à petits pas, toutes serrées les unes contre les autres, j'arrive même à en toucher une qui sursaute en faisant un bond. Il y a deux petits qui ferment la marche en sautillant et que leur mère doit pousser du museau pour les remettre dans le troupeau. 
Elles ne doivent rien voir la nuit non plus car elles n'ont de cesse de se prendre des branchages dans les pattes. Du coup je les attire sous une pinede bien obscure pensant ne pas les voir revenir de sitôt, d'autant plus que je rebrousse chemin en courant pour ne pas qu'elles soiet tentées de suivre la lueur de la torche. Peine perdue une demi-heure plus tard les cloches sonnent ! Je ne sais pas comment elles ont fait, il n'y avait aucun chemin pour revenir. Ces bestioles font de vraies fixettes il y a rien à y faire, et la loi du nombre veut que ce soit moi l'intrus. Alors je les ai laissées vivre leur vie de brebis libre...

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