En descendant, cette fois je me suis arrêté photographier les plantes aux grosses corolles en papier de riz couleur tabac. Je trace direct à Charco Los Sargos, un coin où l'on accède à l'océan par un escalier raide. On y trouve des terrasses de bois entre les rochers pour permettre de poser sa serviette.
Il y a aussi de nombreux belvédères au ras de la falaise pour contempler l'océan en furie. Je n'arrive pas à m'approcher au ras même en rampant. C'est fou, j'éprouve un malaise, j'ai l'impression de ne plus avoir de jambes et le cœur qui cogne. Le vent n'arrange rien non plus à l'histoire qui pousse par rafales très déstabilisantes.
Un escalier mène dans une espèce de crique encaissée, un boyau dont les parois de basalte ont une drôle de forme arrondie et luisante. Un autre descend la falaise en ligne droite avec juste une rambarde pour se tenir, rambarde qui n'est plus, le vent les vagues et la rouille l'ayant complètement couchée à terre.
Si malgré tout on veut descendre sur des marches glissantes suspendues dans le vide, on rejoint une échelle de fer qui se jette dans une piscine naturelle. Pour ce qui est de la piscine c'est plutôt un bassin d'enfer plein de remous et d'écume avec des vagues énormes qui finissent leur course effrénée là-dedans.
Il faudrait être fou pour s'y baigner, à moins de chercher à se noyer. Je suppose que l'endroit doit être agréable certains jours sans vent ni vague et à marée basse. Ça ne doit pas être souvent !
À part ses accès à l'océan, la côte n'a rien de particulier. C'est une région agricole où l'on cultive la banane et les ananas. Il n'y a pas un arbre ni même un cactus.
Un peu plus loin au nord-est on tombe sur La Maceta, une autre plage, plus abritée et plus aménagée. On y trouve 3 piscines plus ou moins naturelles qui se remplissent par quelques vagues et dont l'eau est retenue par des murets entre les rochers. Il y a de drôles d'algues chevelues et plein de poissons. J'ai même aperçu un de ces poissons tigrés noir et blanc des mers tropicales.
Quelques retraités enchaînent des longueurs pendant que d'autres sont avec masque et tuba à explorer les fonds. L'un d'entre eux est sorti en moins de 5 minutes avec un immense calamar tout gigotant. Un calamar, une pieuvre ou je ne sais quoi, enfin un truc flasque et visqueux de couleur pourpre avec plein de bras. Le pêcheur devait être un local car il est parti aussi sec.
Le village de Las Puntas ferme la baie de El Golfo un peu plus loin, par un hôtel surprenant, Punta Grande. Il se trouve sur une jetée battue par les vagues. C'est un tout petit hôtel qui ressemble à un bateau avec sa terrasse en poupe garnie d'une ancre. Il figure dans le livre Guinness des records comme le plus petit hôtel au monde et est devenu dès lors un emblème d'El Hierro. Il dispose seulement de 3 chambres.
L'édifice original a été construit en 1884 avant d'être restauré 100 ans plus tard et converti en hôtel en 1987. Depuis 2018 il appartient à Davide et Paula Nahmias que j'ai aperçus descendant de leur voiture les bras chargés de cartons de victuailles. L'hôtel est ouvert à la visite sur réservation effectuée au moins un mois à l'avance, le samedi uniquement, entre 11h et 13h et de 15h à 17h, ceci afin de préserver l'intimité des pensionnaires. L'hôtel compte aussi un restaurant mais réservé à ses clients. Ça ne doit pas aller chercher plus loin que 3 tables cette affaire !
Le cadre de l'hôtel est vraiment unique. En plein dans les embruns, entouré de gouffres insondables et au pied de l'extrémité nord-est de l'amphithéâtre avec ses falaises de plus de 1000 mètres de haut. Juste à côté part un petit sentier qui longe le littoral et permet de rejoindre la Maceta. En chemin on trouve une arche qui forme un pont très étroit et très fin entre deux avancées rocheuses sous lequel s'engouffrent des vagues démentes. Un peu plus loin on tombe sur El Rio, un genre de piscine très étroite entre deux rochers qui est censée évoquer un ruisseau. Mais avec un océan aussi déchaîné tout est englouti.
Je reprends la voiture pour me rendre à l'autre extrémité d'El Golfo. J'ai envie de repasser une dernière journée à Arenas Blancas. En plus là-bas ça doit bien être abrité par les flancs du Malpaso qui y tombent à pic. Cette fois je m'arrête juste avant à Pozo de la Salud. C'est un établissement thermal tout au bord de la falaise dont on vient pour ses eaux considérées comme minéro-médicinales. Comptez environ 80 € pour la chambre.
À l'extérieur au ras de la falaise il y a un cheminement avec des terrasses et balcons dans les rochers. On trouver à un endroit un puits fermé par une trappe en bois surmonté d'un mât et d'une manivelle pour y descendre un seau. Ce puits a été foré entre 1702 et 1704 pour fournir de l'eau potable aux habitants. Et, malgré le fait que ses eaux sortaient un peu saumâtres, ils étaient très bien habitués à abreuver les animaux, qui les acceptaient avec plaisir.
Au fil du temps, il a été constaté que les personnes qui buvaient l'eau de ce puits étaient en meilleure santé. Au XIXe siècle, la renommée de ces eaux s'est étendue aux autres îles qui envoyaient leurs patients à la santé fragile. Un médecin dépêché de Tenerife est venu vérifier les propriétés des eaux et en 1844 la source a été déclarée eau minérale médicinale. À partir de là on a commencé à la collecter dans des cruches exportées jusqu'à Cuba et Porto Rico!
Contrairement à ce que je pensais Arenas Blancas est à nouveau battue par les vents. Bien que les vents soufflent de l'autre côté de l'île ils arrivent à la contourner en prenant de la force le long des falaises. Ajoutez à cela qu'il fait plus de 30 degrés sans possibilité de trouver un coin à l'ombre et qu'il y a plein de mouches, j'ai estimé pendant le déjeuner que je serais mieux à nouveau dans les montagnes. Me voilà donc de retour au Mercadel! Et c'est en effet nettement mieux. C'est boisé moins venté, on ne peut plus calme, ni trop chaud ni trop froid. Ce n'est pas pour rien que j'avais eu un coup de foudre pour ce coin. Je ne bouge plus les prochains jours. Il y a juste jeudi où j'aurai besoin de redescendre explorer la dernière partie de la côte nord-est que je ne connais pas encore, avant de prendre le bateau vendredi de retour pour Ténérife.
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