Le problème c'est que la météo n'est pas avec moi. Ce matin un vent affreux souffle de l'ouest à El Medano. Ça tombe très mal parce que la plage est exposée à l'ouest, donc aucun moyen de s'abriter du vent derrière un rocher. Que faire, rester comme ça toute la journée ? Je me tâte et finalement je choisis d'aller dans les montagnes où les pins formeront une barrière. La Corona Forestal au niveau de la barrière où ils avaient fermé la route, sur la piste de Las Lagunetas, sera parfaite. Car weekend oblige ça va être infernal là-haut avec tous les motos et les quads. Mais ce coin est bien, en contrebas de la route donc on les entend peu.
En haut, pas un poil de vent je vais être bien. Mais le rebord à côté de la piste où je peux bivouaquer est complètement labouré d'ornières et tout n'est que poussière. Je n'ai pas tardé à comprendre pourquoi. Alors que tout est sorti pour le déjeuner, j'essuye groupes sur groupes de cyclistes et de motards qui font voler la poussière. Va pour les cyclistes, les motards moins. Ceux ci se plaisent à tout détruire, a faire rugir leur machine, à aller le plus vite possible, à prendre des virages serrés à fond la caisse et à faire voler la poussière, à cheval sur leur moto.
La montagne est vue comme un parc d'attraction et cette piste comme un vrai motocross. Pas etonnant qu'elle soit dans cet état. Dans ces conditions, difficile de préparer à manger. Je dois tout ranger, fermer les portes de la voiture dès que j'entends un bruit de moteur et me mettre en retrait dans les pins le temps que le nuage de poussière soit retombé et les gaz d'échappement disséminés. Le coup de grâce est asséné lorsque j'entends un bruit infernal, une symphonie de tronçonneuses qui grimpe vers moi. Une cohorte de quads. Il y en une quinzaine qui font la course, 2 par engin de malheur, au ras du sol avec casque sur la tête. On dirait des Playmobils, ballotés là-dedans comme ces chiens en plastique sur les tableaux de bord qui dodelinent de la tête. Ils s'arrêtent juste plus haut casser la croûte dans des cris et rires gras. D'autres motos suivent. Mon super coin tranquille me donne l'impression d'être une loge d'observation sur un circuit des 24 heures du Mans ! Et demain dimanche sera encore pire. Je savais pourtant que les weekends il ne faut pas aller en montagne, mais là à ce point!
Je lisais un article sur Gran Canaria (https://www.eldiario.es/canariasahora/ciencia_y_medio_ambiente/presion-humana-desborda-parajes-naturales-gran-canaria-pone-riesgo-especies-endemicas_1_7235091.html). Les choses sont pareilles sinon pires. Les écologistes et riverains demandent au gouvernement de faire quelque chose, de réguler et contrôler. Tous les weekends c'est le même cinéma : des hordes de gens qui se déversent dans les montagnes, c'est noir de monde ils piétinent tout et débarquent avec leur chien qui courent et croquent après des espèces menacées. La fréquentation n'a jamais été aussi élevée. La faute aux restrictions liées au covid. Entre couvre-feu et loisirs réduits à néant, les espaces naturels sont devenus à la mode pour se défouler. Ça n'arrange pas mes affaires. J'étais bien content de trouver que j'étais le seul à apprécier ces endroits là. Comme je regrette El Hierro! Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas y retourner. Le ferry c'est 120 € l'aller-retour avec la voiture. Ça ne m'étonnerait pas que je craque vers la fin et décide de m'enfermer au Mercadel.
Pour l'heure je ne vais pas rester ici à regarder passer les quads et les motos. Je ne serai pas venu pour rien, j'ai laissé le petit pin dans son pot que j'avais prélevé à El Hierro dans la forêt, à l'ombre après l'avoir copieusement arrosé. Ainsi comme je sais que je dois repasser par là avant de prendre le bateau fin mars pour rentrer je vais pouvoir être plus libre. Ça n'était pas une très bonne idée d'avoir une plante avec soi en plein milieu du séjour.
Retour à la case départ à El Medano. Bilan de la journée : 150 km pour rien! J'arrive là-bas le vent n'a pas faibli, bien au contraire il pleut même quelques gouttes, le tout au milieu de tempêtes de sable qui cinglent le visage. J'ai vraiment l'impression de faire n'importe quoi et de ne pas savoir ce que je veux. Un coup je cherche la fraîcheur et la tranquillité dans les montagnes, un coup je veux avoir plus chaud à la mer et aucun ne me convient. Je n'arrive plus à trouver ma place. Pour la première fois de mon séjour j'ai envie de rentrer. C'est un coup de mou ça va passer. C'est juste le choc post El Hierro conjugué à une météo peu propice et au fait qu'on soit un weekend. Les weekends sont affreux partout; même à El Hierro, dimanche dernier, le Malpaso était devenu un motocross pour les gamins qui s'affrontaient dans les sables volcaniques dans des circuits improvisés. J'ai du mal à comprendre l'attrait dans les "sports" mécaniques. Mais aux Canaries ça marche à fond, ils en sont dingues!
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