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mercredi 10 février 2021

Le Malpaso

Bonne nouvelle, les pistes forestières ne semblent pas être interdites à la circulation. C'est juste à ses risques et périls. Elles figurent d'ailleurs sur la carte comme des routes normales. Dans une île aussi reculée ils devaient manquer de bitume. En plus, escarpé comme c'est, faut les faire monter les camions! 
Je suis parti de bon matin de mon bivouac brumeux pour partir à l'assaut du Malpaso en continuant à grimper par la piste. Au passage je suis passé devant les tronçonneurs, ce sont bien des gardes forestiers qui ne m'ont rien dit quand je suis passé à leur niveau. Je dois vraiment faire tâche avec ma roulotte pas tout terrain immatriculée à l'étranger qui s'entête à rouler sur des pistes chaotiques en plein milieu des bois. Mais bon, c'est un sacré raccourci plutôt que de redescendre rejoindre la route, faire tout le tour et remonter.
La piste finit par rejoindre une route bitumée qui longe la crête mais plus pour très longtemps, la dernière partie menant au Malpaso redevenant une piste... pour mieux se transformer en une belle route dans son tronçon final, route que personne n'emprunte, les randonneurs se garant bien avant lorsque la route principale s'arrête en pensant que c'est la fin. Ce sont les mystères des routes d'El Hierro!
Le Malpaso n'est pas vraiment un sommet, c'est juste un point plus haut que le reste sur une ligne de crête. C'est la domaine des bruyères arborescentes couvertes de fleurs blanches que les abeilles butinent allègrement. On trouve aussi quelques pins épars. La vue du Malpaso est extraordinaire. 
Elle s'ouvre sur un vaste amphithéâtre de 14 km de diamètre, El Golfo, au fond duquel se trouve le village de la Frontera, 3e village de l'île le plus peuplé (4184 habitants!). Ça tombe raide de 1500 m jusqu'au village et l'océan est tout proche on entend même les vagues de là haut. On a l'impression d'être au bord d'un cratère dont la moitié aurait été engloutie, mais d'après les scientifiques on serait plus dans un phénomène comme à Hawaï. Ainsi El Golfo se serait formé suite à un énorme glissement de terrain survenu il y a 50.000 ans. En quelques secondes un bloc de 300 km³ de terre se serait détaché de l'île et aurait plongé dans la mer, provoquant un raz-de-marée de plus de 100 m de haut.
C'est tellement abrupt que la route principale qui permet d'accéder à la Frontera emprunte un tunnel au nord-ouest de l'amphithéâtre qui rejoint Valverde la capitale et ses 5000 habitants. Je n'imagine même pas le boulot que ça a dû être de percer un truc pareil.
De là-haut on voit tout El Hierro. Ça ne paraît pas grand et pourtant on n'en fait pas le tour comme ça. J'aime bien cette île, je regrette juste de ne pas avoir eu la curiosité de m'y rendre plus tôt. Elle est vraiment sauvage et tranquille. C'est une montagne posée dans l'océan. Il n'y vit qu'un peu plus de 11.000 âmes et sa densité n'est que de 40 habitants au kilomètre carré, soit 10 fois moins qu'à Ténérife ou trois fois moins qu'en France. 
Bref il y a de l'espace et moyen de passer inaperçu et de faire ce qu'on veut. Beaucoup disent que quelques jours suffisent pour en faire le tour et voir tous ses charmes et qu'il est inutile d'y consacrer plus de temps car on risque de s'y ennuyer. C'est bon signe. J'aime les endroits où on dit qu'il y a rien à faire en général c'est le contraire. 
Déjà que sur Tenerife je ne croisais pas beaucoup de touristes à part quelques russes sur-représentés que je n'avais jamais vu les autres années  - mais en même temps ils étaient noyés parmi la masse des autres touristes- , ici j'ai l'impression d'être le seul intrus. Pourtant l'île devrait attirer des touristes, ils ont tourné une série franco-espagnole en 2019 (Hierro) qui a eu beaucoup de succès en Espagne et qui montre bien tous les paysages et le caractère singulier des habitants.Tant et si bien qu'une deuxième saison est en cours. J'aimerais bien mettre la main dessus un jour, elle a été diffusée en France sur Arte.
J'aime bien quand j'ai tout sous la main. Du sommet je ne peux rêver mieux, j'ai un peu d'ombre derrière les bruyères, je peux laisser la table les chaises tout dehors, les portes ouvertes. J'ai le soleil, la mer de nuages, un petit bosquet de pins couvert de mousse pas très loin parfait pour faire la sieste. 
Il y a plein de balades à faire, on peut poursuivre jusqu'à l'ermitage de Los Reyes qui constitue un chemin de pèlerinage en suivant le GR 131 aussi appelé camino de la Virgen. Quand on veut aller voir de l'autre côté d'un vallon dodu d'où semble descendre une mer de nuages, on se retrouve vite surpris par un autre vallon ça peut aller très loin comme ça si on veut une vue, c'est le propre des montagnes.
Avec la mer de nuages le décor change tout le temps selon qu'elle monte ou descend. Tantôt l'amphithéâtre est complètement découvert, moins d'une heure après il peut être complètement bouché. J'ai vraiment un gros coup de cœur pour El Hierro. Je me sens si loin de tout, même le coronavirus on a l'impression ici qu'il n'a jamais existé, que le temps s'est arrêté avant qu'il n'arrive. Je remercie Dieu pour la chance d'être là. Il faut savoir savourer ces instants précieux, on n'en a pas beaucoup dans une vie...







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