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dimanche 28 février 2021

Dernier jour à Maspalomas


Je ne comptais pas publier de nouveaux articles sur Maspalomas que je trouve avoir suffisamment documenté, mais il y a toujours quelque chose de nouveau. J'aime bien flâner dans les dunes et tracer en dehors des sentiers. Il y a moyen de rejoindre l'océan sans trop d'effort, par un raccourci qui reste toujours au pied des dunes. 
Il suffit de les longer, en passant d'un lac asséché à un autre. C'est très joli parce que ça fait un vallon, un peu comme ces goulots de parcours de snowpark au ski, les half-pipe. Le sable de par sa texture n'est d'ailleurs pas sans ressembler un peu à la neige. Sous les effets du soleil il prend un aspect de satin. 
C'est un troisième jour de vent. Mais il ne souffle désormais que par bourrasques. Et iI change de direction tous les jours. Un coup de l'est un coup de l'ouest, aujourd'hui c'est le sud. Je teste la chaise basse à la plage, confortablement installée au pied d'une dune. Eh bien c'est plutôt pas mal. 
Avec le parasol je suis complètement à l'ombre jambes comprises. C'est très confortable, bon après ça fait un peu vieux pépé. Le fauteuil se replie complètement dans une housse de 30 cm sur 10 et c'est tout léger parce que sa structure est en aluminium, du coup ça ne m'encombre pas. Ils font des trucs bien chez Decathlon ! 
En rentrant je suis tombé sur un endroit complètement différent, au fond d'un petit lac temporaire couvert de sel. C'est plein de plantes halophiles de couleur violet tout autour, de restes d'arbustes morts, au pied de petites dunes avec en toile de fond le barranco de Fataga (celui dans lequel je dors) qui fend les montagnes. 
Et voilà tout a une fin. Une semaine de séjour balnéaire est suffisante. L'appel des montagnes se fait ressentir à nouveau. À ce sujet d'ailleurs la nuit dernière j'ai été bien embêté. En arrivant au fond du ravin c'était plein de voitures et de lupiottes qui dansaient le long du chemin. C'était le lieu de passage de coureurs, ceux qui s'amusent à courir dans les montagnes. La discipline a un nom : le trail. À part la dimension sportive, je ne vois pas trop l'intérêt de tracer dans des paysages sublimes sans en profiter. 
Je me suis quand même installé à l'endroit où j'ai l'habitude de dormir mais les coureurs passaient les uns après les autres au cul de la voiture avec des 4x4 qui les suivaient pour vérifier que tout allait bien. Comme au tour de France ! A 21h et après 2h de nuit je me suis dit que c'était bien tardif pour qu'ils mettent autant de temps à rentrer chez eux. À ce rythme ça ne s'arrêterait jamais. 
Du coup je suis allé voir sur internet s'il n'y avait pas un événement spécial. En plus, les jours précédents ils avaient installé des fanions autour des cactus comme pour délimiter un parcours. Et bien il ne faut pas chercher plus loin, c'est la Transgrancanaria! C'est une compétition sportive très courue, c'est le cas de le dire. Les trailers viennent du monde entier pour y participer, chaque année il y en a de plus en plus. En 2003 lors de sa création ils n'étaient qu'une soixantaine, ils sont désormais plusieurs milliers. 
Il se sont élancés vendredi soir depuis la capitale Las Palmas. Le parcours passe par l'intérieur et les points les plus élevés de l'île. Il compte 128 km, 7500 m de dénivelé positif avec un plus haut à 1938 m. C'est au premier arrivé à Maspalomas. Un truc de fou. Tout ça sans s'arrêter ni dormir. Avec juste leur petit short flottant et leurs débardeurs, je ne sais pas comment ils ont passé la nuit dernière là haut il devait faire moins de 5 degrés. Certes quand on court on a chaud. Mais bon j'ai du mal à voir où est le plaisir de courir dans la nuit sur des chemins escarpés à la lueur d'une lampe frontale. 
Le vainqueur cette année est arrivé vers 14h, 20 minutes avant le suivant. C'est un français, Aurélien Dunand-Pallaz, un gars de 28 ans d'Albertville, champion de France de trail. Il a fait tout ça en 13h42mn43s. Chapeau l'exploit. Il pique la place à l'espagnol Pau Capell qui avait remporté les 4 dernières éditions. C'est émouvant de se dire qu'ils passent tous au ras de ma voiture après tant d'efforts. J'ai même honte d'être là sur leur chemin claquemuré dans ma roulotte. En plus la compétition se termine aujourd'hui à 10h. Du coup ça ne sert à rien de rester là, il y aura du passage toute la nuit. 
Je me suis enfoncé dans le barranco, après la jonction ou ils arrivent, dans un chemin en très mauvais état avec des abords par endroit qui dégringoleaient dans le précipice. Tout ça pour longer la carrière qui était toujours en état de fonctionnement avec des bruits de ferraille qui cognait au rythme des aboiements d'un cabot. Impossible de faire demi-tour, j'ai tout fait en marche arrière. À la lueur rouge faiblarde des phares arrière ça n'est pas une mince affaire. Finalement j'ai rejoint le parking devant la carrière. Pour une dernière nuit ça le fera bien. Sauf qu'à 1h50 tapantes j'ai été réveillé par des groupes de jeunes qui faisaient la fête en jetant leurs bouteilles en verre contre les rochers. J'ai décampé. Direction le parking derrière le Riu Palace, là où sont les camping-car. 
En traversant Maspalomas complètement déserte, j'ai réalisé qu'il y avait un couvre-feu. Mince! Je ne pouvais quand même pas m'arrêter là au bord de l'avenue. J'ai préféré continuer en appuyant sur l'accélérateur et en priant de ne pas croiser de ronde de flics. Sur le parking ça n'était pas mieux il y avait une dizaine de jeunes sur le balcon d'un premier étage à boire et gueuler. J'ai fini dans une petite rue. De toute façon avec le couvre-feu je ne vais pas être emmerdé par le passage. Ce soir je serai dans les montagnes, je vais retrouver des endroits un peu plus sympas...

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