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samedi 13 février 2021

Au bonheur du botaniste

À Arenas Blancas il y a une diversité incroyable de petites plantes adaptées au vent, au soleil, au sel des embruns, à la sécheresse et au milieu pauvre que représente des roches basaltiques. Vu comme ça on pourrait penser que la vie végétale s'est faite la malle. C'est tout le contraire qui se produit, on trouve des petites plantes extraordinaires et valeureuses qu'on ne croise nulle part ailleurs. Elle ne sont jamais plus hautes que 20 cm et c'est à peine si on les remarque. Pourtant il y en a tellement qu'on ne sait plus où poser le pied. Je marche sur la pointe des pieds pour ne pas les abîmer. Réduire ainsi à néant la vie d'une plante après tous les efforts qu'elle a mis pour survivre me fait mal au cœur.
Il y a une multitude de minuscules pousses turgescentes qui sortent entre les cailloux dans une palette de vert pâle, de vert foncé, d'orange et de rouge. C'est Mesembryanthemum nodiflorum, la ficoïde nodiflore, une plante de la famille des Aïzoacées habitant les zones littorales d'Afrique du Nord, des îles Canaries et du bassin méditerranéen. C'est une succulente qui est protégée dans le sud de la France (c'est peut-être pour ça que je ne l'ai jamais vue), mais considérée comme invasive sur le continent australien.  Les feuilles succulentes sont couvertes de papilles pour ne pas bruler sous les rayons du soleil et éviter au mieux les déperditions d’eau. Non seulement la plante supporte la salinité du sol, mais en plus, même en sol non salin, elle concentre le sel dans ses feuilles. Ainsi le sel maintenu dans les feuilles est lessivé dans le sol lorsque la plante est morte, débarrassant alord sa descendance de la concurrence des autres plantes plus sensibles au sel.
On trouve aussi une plante pleine de circonvolutions charnues comme une oreille dont la couleur varie du vert au rouge. Ellle est en cloque avec des feuilles ourlées de drôles de vesicules translucides comme des gouttelettes de rosée. C'est Mesembryanthemum crystallinum, une autre ficoïde, glaciale celle-là (c'est son nom à cause de ses drôles de cristaux). Elle est originaire du sud-est de l'Afrique. Les feuilles sont comestibles cuisinées à la manière des épinards ou crues en salade. Elles ont un goût iodé à la manière de la salicorne. Lorsqu'elle est petite, elle a une forme rigolote qui ressemble à un masque de guerrier africain pas commode.
Une plante un peu plus haute que les autres a une inflorescence en forme de bourgeons rouge, avec des feuilles grasses de la même couleur tendant vers le vert à la base. C'est une succulente de la famille des Crassulaceae mais je ne suis pas arrivé à avoir son nom exact. Pourtant elle est assez répandue et s'épanouit par plaques.
Toujours au ras du sol on trouve une plante aux fleurs jaunes qui rappelent le genêt. C'est une plante rampante dont les feuilles semblent d'un vert grisâtre car elles sont couvertes de très nombreux poils blancs. La Luzerne marine (Medicago marina) est une plante appartenant à la famille des Légumineuses, d'où la forme de la fleur. Elle pousse sur les sables du littoral, aussi bien autour de la Méditerranée que de l'Atlantique.
Une autre plante qu'on trouve par chez nous c'est la lavande de mer dont les fleurs rose pâle sont disposés en inflorescences rappelant la brosse d'un balais. Je ne serais pas étonné que la plante se conserve telle quelle une fois ramassée. Elle se plaît à pousser dans des endroits incongrus, dans l'anfractuosité d'un rocher et forme alors de belles touffes de couleur qui émergent du basalte.
Autre curiosité, une nouvelle succulente dont les feuilles vertes sont auréolées de pourpre, Phedimus spurius "Fuldaglut".
Enfin pour terminer parmi les espèces les plus marquantes, on trouve la frankénie hirsute, Frankenia hirsuta, aux petit fleurs roses dotées de 5 pétales denticulés qui ressemblent un peu à une petite églantine miniature.
Comme la lavande de mer elle pousse sur les rochers mais préfère quand il y a un peu de sable pour s'enraciner. C'est une plante subtropicale, on la trouve sur quelques zones de la façade atlantique, en Méditerranée, ainsi que dans les zones désertiques d’Asie et d’Afrique proches. En France, elle est surtout fréquente sur le littoral de la Provence, elle est plus rare ailleurs.
La frankénie hirsute fait partie d'une communauté de plantes halophiles des terrains rocheux exposés aux embruns.
Bref c'est une grande variété de plantes très bien adaptées à ce climat particulier. Ça m'a fait plaisir de les rencontrer et de les saluer.

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