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jeudi 18 février 2021

Las Playas

Dernier lieu à découvrir de El Hierro et j'en aurai fait le tour : Las Playas. C'est une baie au milieu de la côte orientale qui s'allonge sur une vingtaine de kilomètres. Pour y accéder il faut rejoindre Valverde la ville principale de l'île, puis descendre vers le port. 
Je quitte donc le Mercadel, sans effusion ni sentimentalisme à la noix à se dire au revoir, à contempler une dernière fois le paysage en ressentant un pincement au cœur. Ça ne sert à rien sinon à se faire du mal. La nature n'en avait rien à faire que je sois là ou pas. 
La voiture est couverte d'une fine poussière ocre venue du Sahara alors en passant devant la fontaine je l'ai un peu lavée. J'ai sacrifié la totalité de mes bidons la dernière fois pour la lessive. Sauf qu'arrivé au 3e remplissage, l'eau s'est tarie. Elle ne coulait plus que par un mince filet qui m'a demandé une vingtaine de minutes pour remplir le reste. Ce qui me fait dire que la fontaine ne doit pas vraiment être une fontaine et qu'il doit y avoir une citerne enfouie. 
Pour rejoindre Valverde il y a plusieurs itinéraires dont l'un suit la crête de l'amphithéâtre d'El Golfo avec de nombreux miradors. Seulement voilà, la brume est toujours là, ce qui est dommage pour la vue qui serait sans cela somptueuse. 
Il y a un endroit très joli, la Hoya de Fileba, le long de la route où l'on peut s'arrêter. Un cours sentier mène aux bords d'un joli volcan où l'on peut contempler un cratère de 450 m de diamètre et 160 m de profondeur colonisé par quelques pins.
Au fur et à mesure que l'on progresse vers Valverde, la forêt de pins s'arrête subitement sans que l'on n'ait changé d'altitude. Ça devient une zone de pâturages moche. Je me demandais à quoi ressembleraient les Canaries sans l'activité humaine. Est-ce qu'elles seraient complètement boisées, les pins arriveraient-ils jusqu'à la mer? Curieusement la forêt s'arrête souvent aux premiers villages. Et le fait qu'ici elles disparaissent sans raison climatique ou topographique au profit de prairies me fait penser que c'est bien l'homme qui est derrière tout ça. 
Valverde est un village tout en corniche perché entre 600 et 700 mètres d'altitude. Avec ses 5069 habitants c'est la capitale d'El Hierro. Son nom signifie la vallée verte. Mais c'est le vert des champs, pas celui de la forêt. Par contre il y a plein de fleurs : du mimosa d'été, des capucines, des fleurs qu'on a chez nous l'été mais ici la saison n'a jamais dû s'arrêter.
Le port se situe à 7 km en contrebas. C'est là où commence la côte Las Playas. Il y a de nombreuses criques et plages rocheuses, certaines couvertes de sable noir. C'est une région très aride parsemée de cactus, aloe vera et vérodes. Il faut passer un tunnel à une seule voie pour rejoindre la partie la plus impressionnante. C'est une grande baie qui s'ouvre sur un rocher percé situé au large, le Roque Bonanza. Mais surtout le plus beau c'est que la côte forme comme un canyon de parois verticales de plus de 1000 m de haut dont la crête est couverte de pins. Je comptais passer la journée dans cette baie en attendant le bateau pour demain mais le vent souffle encore ici violemment alors qu'il s'était calmé dans les montagnes. 
Il y a une route qui ne figure sur aucun guide ni aucune carte qui permet de rejoindre le sommet du canyon à Isora. C'est du moins ce qu'affiche un petit panneau en bois. Je la prends et on verra bien si ça se termine en chemin de terre! On a du mal à imaginer par où elle peut passer, d'en bas on n'aperçoit même pas son tracé. La route ne s'embarrasse pas de lacets interminables, elle part direct dans une cote très inclinée. On ne peut évidemment pas passer autre chose que la première et dans certains virages trop serrés on cale. 
La route est très impressionnante et traverse plusieurs ravins de toute beauté. Il y a de petits panneaux disséminés un peu partout qui indiquent les différentes curiosités : barrancos, grottes... Finalement on arrive bien à Isora, c'est un sacré raccourci qui évite de passer par Valverde. Du coup je repasserai par là pour prendre le bateau. 
Il y a un mirador au bout du village qui surplombe le Roque Bonanza qu'on aperçoit à peine. On est tellement haut et ça descend tellement à pic qu'on a l'impression d'être en avion. 
De là je rejoins la route d'El Pinar. Retour dans la pinède, j'avais raison de ne pas lui avoir dit au revoir! Il y a un autre mirador, celui de Las Playas qui offre une vue tout aussi vertigineuse à travers les pins. 
C'est l'endroit parfait pour déjeuner. Là haut je suis abrité du vent, ça sent bon, c'est plein de gazouillis et d'abeilles qui butinent. Depuis que je suis arrivé aux Canaries c'est dans les forêts des montagnes que je me sens le mieux. Tant et si bien que je me demande quelle sera la prochaine île. La plus proche c'est la Gomera où j'ai envie de retourner mais d'après mes souvenirs sa forêt est constituée de bruyères geantes et de lauriers, ce qui a un autre charme mais est moins joli pour installer son camp. 
Surtout qu'elle est dans un parc national et qu'il ne sera donc pas possible d'y rester la nuit. L'autre option sur laquelle je penche c'est Gran Canaria mais qui tarde à rouvrir. L'île est très diversifiée et je sais qu'en son centre elle abrite une très belle forêt de pins. Elle a été fermée en même temps que Lanzarote, ses indicateurs sont meilleurs, elle devrait donc rouvrir mais ils retardent leur décision à dimanche pour laisser passer le carnaval.
Le Mirador de Las Playas est très bien mais étant exposé à l'est il passe rapidement à l'ombre, ce qui m'a fait changer de coin pour passer la nuit. Je m'enfonce donc dans la pinède mais j'aimerais éviter de me retrouver au Mercadel à reprendre la longue même piste. Ça tombe bien il y a un endroit qui a l'air prometteur qui mène à un plateau perdu dans la forêt, Aula de la Naturaleza. C'est une zone récréative de pique-nique. Sauf qu'elle est pleine de migrants qui jouent au foot contre un mur pendant que d'autres glandent en me saluant de la main. Ils ne sont pas méchants du tout mais je ne reste pas. S'ils les ont planqué là c'est parce que 44 personnes ont le covid. C'est ce que j'ai lu aux informations. D'ailleurs ça fait trois mois que les habitants en ont marre et qu'ils demandent au gouvernement qu'ils soient relocalisés sur une autre île. Car ce nombre de cas rentre dans les statistiques. De par la population faible sur l'île, c'est pour cette raison qu'elle est classée au niveau 2 des restrictions. 
Au final j'ai pris la piste du Mercadel! Mais je me suis arrêté avant, sur un terre-plein au bord de la piste. J'ai fini mon livre et je suis bien triste. Ça me fait toujours ça quand un livre que j'ai trouvé passionnant se termine, surtout si c'est un récit et que je me suis attaché à l'auteur. C'est comme si un lien s'était créé. On voudrait une suite, savoir ce que l'auteur devient.  Comme le livre de Mark Boyle a été écrit en 2009, je suis allé chercher sur internet. Il a produit d'autres livres depuis, mais ils n'ont pas été traduits en français, dommage. En tout cas chapeau le bonhomme, quelle expérience. Et quelle clairvoyance et philosophie! 


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