L'arrivée à Marrakech
est épique. Il faut passer l'immigration en tendant ces fameuses
cartes cartonnées. Les avions arrivent tous le matin à la même
heure, tôt, aussi les douaniers sont en sous effectif. Pour faire
tenir tout le monde ils avaient mis des plots pour faire ces fameuses
files qui se mordent la queue. Plus les avions arrivaient, plus ça
bouchait, au point que les gens faisaient à présent la queue sur le
tarmac. Ça n'avançait pas, cela faisait une heure déjà que
j'avais péniblement fait deux virages. Personne pour avoir l'idée
de mettre d'autres agents en poste pour écluser le flux. A la place,
ils n'ont trouvé rien de mieux à faire que d'ouvrir une file pour
permettre aux parents avec enfants de doubler tout le monde.
Et le
type qui avait ouvert le plot est parti vaquer, laissant tous les
gens s’engouffrer dans la brèche, avec ou sans môme, oubliant de
refermer le cordon derrière lui. Un beau merdier. Les esprits se
sont échauffés, les gens en venaient aux mains. Il y avait bien
d'autres douaniers mais ils se contentaient de regarder le train
passer sans réagir, les bras croisés. Des décérébrés. Quant à
ceux en poste ils avaient deux de tension et se levaient tout le
temps de leur siège pour aller pisser ou donner un coup de fil en
traînant des pieds. Au bout d'une heure et demie de ce traitement,
les gens se sont mis à frapper des pieds et à huer les douaniers,
ce qui n'a rien changé. J'en ai fait des aéroports merdiques, celui
ci bat tous les autres haut la main. Au final il m'aura fallu deux
heures pour me faire tamponner un passeport à la noix. Bienvenue au
Maroc ! On sait pourquoi le mot « souk » est passé
dans la langue française...
Après avoir récupéré
la voiture, direction Ouarzazate. Qu'on me sorte de ce merdier. Rien
à cirer de Marrakech. Des gens à moto se proposent sans cesse de
vous guider sur le chemin. Le mieux c’est de les ignorer. Question
panneaux, c'est le souk aussi. Ou enfin le manque de souk : il
n'y en a pas. Les ronds points s’enchaînent sans que rien ne soit
indiqué. Au bout d'un moment un pauvre panneau a fini par faire son
apparition mais pour indiquer un bled qui n'était même pas sur la
carte. Par bonheur je suis passé devant un Carrefour où j'ai pu en
profiter pour acheter quelques vivres, avant de passer à une station
service où j'ai pu demander mon chemin. J'étais en fait sur la
route de la vallée de l'Ourika. A défaut de panneau, je suivais la
direction des montagnes qui annonçaient l'Atlas, puisque c'est par
là que j'allais. Mais il fallu que je bifurque à un moment pour
pouvoir rejoindre enfin la route pour Ouarzazate, où j'avais prévu
de passer pour me rendre aux gorges du Dadès puis de là, plus à
l'est vers l'Erg Chebbi, aux contreforts du Sahara.
La première chose qui
frappe sur les routes ce sont les ânes. Il y en a légion, avec des
gens juchés en amazone dessus, qui semblent à moitié roupiller,
bercés par le déhanchement de la bête. Il y en a même en pleine
ville. Après ce sont les vélos et les mobylettes. Tout ça fait la
moitié du trafic. Le reste se partage entre des camions qui
transportent des tas de trucs qu'on ne parvient pas à identifier et
qui dépassent des mètres au dessus de la benne ainsi que des
voitures qu'on avait oubliées. Peugeot 505 déglinguées pour les
taxis, 4L ou R5 connaissent ici une nouvelle vie. On trouve parfois
au milieu de la route des couvertures, ou autres objets tombés du
camion. Dans les bleds les gens conduisent n'importe comment. A
double sens, au milieu de la route, sur le bas côté. Ils s'arrêtent
sans prévenir, pour déposer un truc ou prendre quelqu'un. Ça
grouille de monde. Surtout des enfants, on en croise partout, même
le long des routes des endroits les plus reculés. Ils tendent
parfois des seaux remplis d'amandes cueillies de l'arbre.
Pour les points de vue,
on ne peut pas s'arrêter. Ou ça dépend si l'on veut acheter
quelque chose. Il y a toujours un étal avec quelqu'un qui montre ses
plus beaux minéraux. Les pierres, minéraux et fossiles sont la
spécialité de la région. Avec l'huile d'argan, quand elle ne
s'appelle pas huile d'argane. Toujours bio, il suffit juste de
s'arrêter sur le bord de la route pour en avoir. Si ça intéresse
quelqu'un. De mon côté je fuis toute sollicitation alors je ne
m'arrête pas, ou alors sur le bas côté, en mettant les warnings,
là où il n'y a pas de stand. Ça laisse peu de choix. Les villages
que je traverse sont pittoresques et se confondent avec le paysage.
Ce sont des villages de terre rouge, la même que celle qu'on trouve
partout. Les toits, plats, sont recouverts d'une espèce de bouse de
terre séchée. Les maisons inhabitées ne finissent pas en ruine
mais semblent fondre chaque fois que la pluie arrive, donnant des
quartiers de village qui ressemblent à ces châteaux forts de gamins
pris d'assaut par la marée.
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| Piste pour Aït-Benhadou |
Le Lonely Planet ne dit
rien des distances et ma carte aux 1/1.000.000 m'a induit en erreur
quant à la possibilité du circuit que j'avais concocté. Une
vingtaine de kilomètres après Ouarzazate j'ai décidé de faire
demi tour quand j'ai aperçu une borne indiquant Agadir à 380
kilomètres. Agadir, c'est à l'océan. Et j'ai prévu d'y aller. Pas
à Agadir, mais plus au sud encore. Dans tous les cas, si je poursuis
mon exploration, je devrai faire demi tour. Les gorges de Dadès sont
encore loin. Sur la carte ça a l'air aussi « près » que
Marrakech, à 4 heures de là. A quoi bon conduire des heures pour
rester quelques heures dans une gorge ? Que m'en restera-t-il à
part des photos ? Aller à un endroit parce qu'il faut le voir,
j'en suis revenu.
Pour le début du Sahara, ce sera pareil. Tant pis.
J'ai vu les dunes rouges de Namibie, ça compense. Je n'ai plus
qu'une idée en tête, rejoindre la côte et me la couler douce à
l'océan. Le fait que je sorte de plus d'un mois de tranquillité
caché dans un bois de la côte du sud-ouest y est pour beaucoup. Le
dépaysement et le bien être, on peut le trouver à deux pas de chez
soi, pas la peine d'aller à l'autre bout du monde. Du coup je
cherche à retrouver cette ambiance, et tant pis si je n'aurai pas vu
grand chose du Maroc. Ce qui compte c’est ce qui emplit l'âme plus
que ce qui emplit la vue.







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