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jeudi 11 septembre 2014

Routes de l'Atlas

L'arrivée à Marrakech est épique. Il faut passer l'immigration en tendant ces fameuses cartes cartonnées. Les avions arrivent tous le matin à la même heure, tôt, aussi les douaniers sont en sous effectif. Pour faire tenir tout le monde ils avaient mis des plots pour faire ces fameuses files qui se mordent la queue. Plus les avions arrivaient, plus ça bouchait, au point que les gens faisaient à présent la queue sur le tarmac. Ça n'avançait pas, cela faisait une heure déjà que j'avais péniblement fait deux virages. Personne pour avoir l'idée de mettre d'autres agents en poste pour écluser le flux. A la place, ils n'ont trouvé rien de mieux à faire que d'ouvrir une file pour permettre aux parents avec enfants de doubler tout le monde. 
Et le type qui avait ouvert le plot est parti vaquer, laissant tous les gens s’engouffrer dans la brèche, avec ou sans môme, oubliant de refermer le cordon derrière lui. Un beau merdier. Les esprits se sont échauffés, les gens en venaient aux mains. Il y avait bien d'autres douaniers mais ils se contentaient de regarder le train passer sans réagir, les bras croisés. Des décérébrés. Quant à ceux en poste ils avaient deux de tension et se levaient tout le temps de leur siège pour aller pisser ou donner un coup de fil en traînant des pieds. Au bout d'une heure et demie de ce traitement, les gens se sont mis à frapper des pieds et à huer les douaniers, ce qui n'a rien changé. J'en ai fait des aéroports merdiques, celui ci bat tous les autres haut la main. Au final il m'aura fallu deux heures pour me faire tamponner un passeport à la noix. Bienvenue au Maroc ! On sait pourquoi le mot « souk » est passé dans la langue française...
Après avoir récupéré la voiture, direction Ouarzazate. Qu'on me sorte de ce merdier. Rien à cirer de Marrakech. Des gens à moto se proposent sans cesse de vous guider sur le chemin. Le mieux c’est de les ignorer. Question panneaux, c'est le souk aussi. Ou enfin le manque de souk : il n'y en a pas. Les ronds points s’enchaînent sans que rien ne soit indiqué. Au bout d'un moment un pauvre panneau a fini par faire son apparition mais pour indiquer un bled qui n'était même pas sur la carte. Par bonheur je suis passé devant un Carrefour où j'ai pu en profiter pour acheter quelques vivres, avant de passer à une station service où j'ai pu demander mon chemin. J'étais en fait sur la route de la vallée de l'Ourika. A défaut de panneau, je suivais la direction des montagnes qui annonçaient l'Atlas, puisque c'est par là que j'allais. Mais il fallu que je bifurque à un moment pour pouvoir rejoindre enfin la route pour Ouarzazate, où j'avais prévu de passer pour me rendre aux gorges du Dadès puis de là, plus à l'est vers l'Erg Chebbi, aux contreforts du Sahara.
La première chose qui frappe sur les routes ce sont les ânes. Il y en a légion, avec des gens juchés en amazone dessus, qui semblent à moitié roupiller, bercés par le déhanchement de la bête. Il y en a même en pleine ville. Après ce sont les vélos et les mobylettes. Tout ça fait la moitié du trafic. Le reste se partage entre des camions qui transportent des tas de trucs qu'on ne parvient pas à identifier et qui dépassent des mètres au dessus de la benne ainsi que des voitures qu'on avait oubliées. Peugeot 505 déglinguées pour les taxis, 4L ou R5 connaissent ici une nouvelle vie. On trouve parfois au milieu de la route des couvertures, ou autres objets tombés du camion. Dans les bleds les gens conduisent n'importe comment. A double sens, au milieu de la route, sur le bas côté. Ils s'arrêtent sans prévenir, pour déposer un truc ou prendre quelqu'un. Ça grouille de monde. Surtout des enfants, on en croise partout, même le long des routes des endroits les plus reculés. Ils tendent parfois des seaux remplis d'amandes cueillies de l'arbre.
Pour les points de vue, on ne peut pas s'arrêter. Ou ça dépend si l'on veut acheter quelque chose. Il y a toujours un étal avec quelqu'un qui montre ses plus beaux minéraux. Les pierres, minéraux et fossiles sont la spécialité de la région. Avec l'huile d'argan, quand elle ne s'appelle pas huile d'argane. Toujours bio, il suffit juste de s'arrêter sur le bord de la route pour en avoir. Si ça intéresse quelqu'un. De mon côté je fuis toute sollicitation alors je ne m'arrête pas, ou alors sur le bas côté, en mettant les warnings, là où il n'y a pas de stand. Ça laisse peu de choix. Les villages que je traverse sont pittoresques et se confondent avec le paysage. Ce sont des villages de terre rouge, la même que celle qu'on trouve partout. Les toits, plats, sont recouverts d'une espèce de bouse de terre séchée. Les maisons inhabitées ne finissent pas en ruine mais semblent fondre chaque fois que la pluie arrive, donnant des quartiers de village qui ressemblent à ces châteaux forts de gamins pris d'assaut par la marée.
Piste pour Aït-Benhadou
Le Lonely Planet ne dit rien des distances et ma carte aux 1/1.000.000 m'a induit en erreur quant à la possibilité du circuit que j'avais concocté. Une vingtaine de kilomètres après Ouarzazate j'ai décidé de faire demi tour quand j'ai aperçu une borne indiquant Agadir à 380 kilomètres. Agadir, c'est à l'océan. Et j'ai prévu d'y aller. Pas à Agadir, mais plus au sud encore. Dans tous les cas, si je poursuis mon exploration, je devrai faire demi tour. Les gorges de Dadès sont encore loin. Sur la carte ça a l'air aussi « près » que Marrakech, à 4 heures de là. A quoi bon conduire des heures pour rester quelques heures dans une gorge ? Que m'en restera-t-il à part des photos ? Aller à un endroit parce qu'il faut le voir, j'en suis revenu. 
Pour le début du Sahara, ce sera pareil. Tant pis. J'ai vu les dunes rouges de Namibie, ça compense. Je n'ai plus qu'une idée en tête, rejoindre la côte et me la couler douce à l'océan. Le fait que je sorte de plus d'un mois de tranquillité caché dans un bois de la côte du sud-ouest y est pour beaucoup. Le dépaysement et le bien être, on peut le trouver à deux pas de chez soi, pas la peine d'aller à l'autre bout du monde. Du coup je cherche à retrouver cette ambiance, et tant pis si je n'aurai pas vu grand chose du Maroc. Ce qui compte c’est ce qui emplit l'âme plus que ce qui emplit la vue.

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