C'est sur les conseils du
gérant de l'hôtel Sol e Luna où je loge, que je me suis rendu à
cette excursion. Il faut dire que l'hôtel est quasiment à mi chemin
entre Essaouira et ce bled au bord de l'eau, situé seulement 30
kilomètres au sud. Même mon guide en parle et décrit le coin comme
l'un des premiers spots de surf et de planche à voile du Maroc, en
raison du vent qui semble y souffler plus fort que partout ailleurs,
d'une plage sort d'Essaouira dont j'ai fait le tour, flics compris.
C'est vrai que la plage
est belle, très grande, même si le temps aujourd'hui ne permet pas
de l'apprécier franchement.
Le ciel est plus que voilé et il aura
fallu attendre quelques trouée de ciel moins gris pour prendre des
photos un peu plus belles. Eh oui, au Maroc, il ne fait pas toujours
beau, océan Atlantique oblige. Quelques surfeurs sont dans l'eau et
attendent une vague qui ne vient pas. Ce sont des vagues anarchiques
et modestes qui ne leur permet pas de s'élancer. A peine qu'ils
commencent à surfer qu'il sortent tout de suite du rouleau, ne
sentant pas le truc sous les pieds. Pour ce qui est du vent c'est
pareil, il est aux abonnés absents. Du coup les surfeurs se sont
rabattus au centre de surf juste le long de la route, bâtiment
biscornu sur deux nouveaux qui fait aussi restaurant et café au
premier étage.
C'est là que j'ai pris mon déjeuner. Sinon, sans
surprise le bled est un regroupement d'habitations en perpétuelle
construction (ou démolition), avec tranchées pour y enfouir les
merdes, terrains vagues pleins de détritus où ils font cramer tout
le temps du plastique. Ils adorent ça ici faire brûler les
bouteilles. Ils devraient penser à en faire autant avec les sacs
plastiques mais personne n'y porte attention, ils font partie du
décor. Je suis sûr que le petit marocain à qui on demande à
l'école de dessiner un arbre ne manquera pas d'y ajouter des sacs
plastiques se balançant au vent. De toute façon, à Sidi Kaouki il
n'y a pas d'arbres.
Il y en a avant ou après, mais pas pendant.
Ceux-ci finissent cramés comme les bouteilles. J'en vois encore à
scruter les broussailles, déterrant des souches mortes pour sans
doute faire la cuisine. Car j'ai vu comment ils font dans la médina
d'Essaouira. Les tajines mijotent dans les arrières ruelles, sur des
espèces de grills de la largeur de la tajine où deux ou trois
morceaux de bois se consument en braises.
Pour un bled de quelques
âmes, Sidi Kaouki est quelque peu animé. Il y a une dizaine
d'hôtels et de maisons d'hôtes et deux campings, dont l'un est
fermé, le camping Paradis qui a l'air d'avoir subit un bombardement.
L'animation ne vient pas trop des gens qui s'occupent entre les
transats de la plage, la cahute des surfeurs et des balades le long
de la plage, mais plus de la faune locale. Dromadaires, chevaux,
ânes, chèvres, chiens et chats sont ici plus nombreux que les
hommes. C'est donc leur territoire, ils font ce qu'ils veulent,
dorment sur la route, farfouillent autour des maisons ou viennent se
frotter à la voiture. Au final tout ça est charmant et ce bordel
ambiant va bien à l'endroit pour une fois. A moins que je finisse
par m'y habituer. Je lui trouve même un charme de bout du monde.
C'est très tranquille et c'est ici que j'aurais dû venir faire du
camping sauvage.
C'est plein de chemins qui partent de la route pour
mener au bord de la plage où quelques campings cars se sont arrêtés.
Et sur la plage, en s’écartant du village, il n'y a plus personne.
Elle court sur presque cinq kilomètres. Au delà, la route continue
en longeant la côte.
Dans l'après midi je
suis parti voir un peu où cela allait me mener, cherchant un point
de vue du haut de la falaise qui ferme la plage au sud. Mais aucun
chemin ne mène à cet endroit. En revanche, en continuant encore, on
arrive à un hameau au bord d'un oued où un panneau indique des
cascades. Je suis descendu au fond, en marchant à travers des lopins
de terre desséchés.
Et évidemment, point de cascade. Pour qu'il y
en ait, il faudrait déjà qu'il y ait de l'eau. Ce n'est pas avec
des flaques d'eau croupie verdâtre pleines de moustiques qu'on fait
les chutes du Niagara. Comme la route à cet endroit quitte la côte
pour s'enfoncer plus dans les terres, j'ai fait demi tour en
remarquant dans un virage un petit chemin défoncé qui menait vers
l'océan et quelques dunes. Je me suis garé là pour aller voir de
plus près. Et je ne regrette pas. La plage d'une sauvagerie absolue
est bordée de dunes de sable blond sculptées par le vent. Le sable
y est vierge. Pas d'habitation sur les côtés ou derrière. C'est la
plus belle plage que j'ai vue au Maroc.
Et elle n'est pas dans le
guide. Rien à voir avec Mirleft qui m'avait déçu. D'ordinaire je
trouvais que le Lonely Planet avait des commentaires et
recommandations justes. Là pour le Maroc, c'est la première fois
que je ne suis pas d'accord avec eux. En tout cas, ce n'est pas plus
mal, comme ça personne ne vient par ici. A part quelques pêcheurs
descendus sur la plage à dos de mulet avec quelques enfants qui
batifolent dans l'eau. Par contre la baignade y est très dangereuse.
Dès que j'ai vu l'aspect des vagues, brouillonnes, notamment entre
deux vagues, j'ai tout de suite deviné que quelque chose de pas très
normal se passait sous l'eau. En fait les vagues cachent un relief
accidenté où l'on se retrouve soudain en descente libre jusqu'à ne
plus avoir pied.
Comme j'ai l'habitude de ces phénomènes sur la
côte du sud-ouest, je sais qu'il faut toujours avoir pied, en
gardant une marge de sécurité au cas où une vague nous ferait
reculer de quelques mètres. Étant donné qu'ici on passe direct à
de l'eau au genou jusqu'à plus pied, il ne reste donc plus qu'à
barboter, ce qui est un peu frustrant, surtout pour mes au-revoir à
la mer. Eh oui c'est aujourd'hui qu'a lieu mon dernier bain. J'en ai
bien profité, depuis le 17 mai. Cela fait 4 mois que ça a commencé,
par le nord de la Grèce, l'Andalousie, la Côte d'Azur, la Crète et
le Sud-Ouest. Un été de 4 mois, c'est encore du jamais vu pour moi.
Du coup j'ai les poils et les cheveux tout blond, presque blancs.
Comme un surfeur. Je fais couleur locale ici et les gens me parlent
d'instinct en Anglais, comme si je venais de Californie ou
d'Australie pour surfer sur les vagues du Maroc. Et pour l'été
prochain, je prévois encore quelque chose de plus fort, avec une fin
d'été envisagée vers fin octobre par un retour en Crète jusqu'à
tant que le soleil disparaisse. Je ne vais pas me gêner !









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