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vendredi 19 septembre 2014

Sidi Kaouki

C'est sur les conseils du gérant de l'hôtel Sol e Luna où je loge, que je me suis rendu à cette excursion. Il faut dire que l'hôtel est quasiment à mi chemin entre Essaouira et ce bled au bord de l'eau, situé seulement 30 kilomètres au sud. Même mon guide en parle et décrit le coin comme l'un des premiers spots de surf et de planche à voile du Maroc, en raison du vent qui semble y souffler plus fort que partout ailleurs, d'une plage sort d'Essaouira dont j'ai fait le tour, flics compris.
C'est vrai que la plage est belle, très grande, même si le temps aujourd'hui ne permet pas de l'apprécier franchement. 
Le ciel est plus que voilé et il aura fallu attendre quelques trouée de ciel moins gris pour prendre des photos un peu plus belles. Eh oui, au Maroc, il ne fait pas toujours beau, océan Atlantique oblige. Quelques surfeurs sont dans l'eau et attendent une vague qui ne vient pas. Ce sont des vagues anarchiques et modestes qui ne leur permet pas de s'élancer. A peine qu'ils commencent à surfer qu'il sortent tout de suite du rouleau, ne sentant pas le truc sous les pieds. Pour ce qui est du vent c'est pareil, il est aux abonnés absents. Du coup les surfeurs se sont rabattus au centre de surf juste le long de la route, bâtiment biscornu sur deux nouveaux qui fait aussi restaurant et café au premier étage. 
C'est là que j'ai pris mon déjeuner. Sinon, sans surprise le bled est un regroupement d'habitations en perpétuelle construction (ou démolition), avec tranchées pour y enfouir les merdes, terrains vagues pleins de détritus où ils font cramer tout le temps du plastique. Ils adorent ça ici faire brûler les bouteilles. Ils devraient penser à en faire autant avec les sacs plastiques mais personne n'y porte attention, ils font partie du décor. Je suis sûr que le petit marocain à qui on demande à l'école de dessiner un arbre ne manquera pas d'y ajouter des sacs plastiques se balançant au vent. De toute façon, à Sidi Kaouki il n'y a pas d'arbres. 
Il y en a avant ou après, mais pas pendant. Ceux-ci finissent cramés comme les bouteilles. J'en vois encore à scruter les broussailles, déterrant des souches mortes pour sans doute faire la cuisine. Car j'ai vu comment ils font dans la médina d'Essaouira. Les tajines mijotent dans les arrières ruelles, sur des espèces de grills de la largeur de la tajine où deux ou trois morceaux de bois se consument en braises.
Pour un bled de quelques âmes, Sidi Kaouki est quelque peu animé. Il y a une dizaine d'hôtels et de maisons d'hôtes et deux campings, dont l'un est fermé, le camping Paradis qui a l'air d'avoir subit un bombardement. 
L'animation ne vient pas trop des gens qui s'occupent entre les transats de la plage, la cahute des surfeurs et des balades le long de la plage, mais plus de la faune locale. Dromadaires, chevaux, ânes, chèvres, chiens et chats sont ici plus nombreux que les hommes. C'est donc leur territoire, ils font ce qu'ils veulent, dorment sur la route, farfouillent autour des maisons ou viennent se frotter à la voiture. Au final tout ça est charmant et ce bordel ambiant va bien à l'endroit pour une fois. A moins que je finisse par m'y habituer. Je lui trouve même un charme de bout du monde. C'est très tranquille et c'est ici que j'aurais dû venir faire du camping sauvage. 
C'est plein de chemins qui partent de la route pour mener au bord de la plage où quelques campings cars se sont arrêtés. Et sur la plage, en s’écartant du village, il n'y a plus personne. Elle court sur presque cinq kilomètres. Au delà, la route continue en longeant la côte.
Dans l'après midi je suis parti voir un peu où cela allait me mener, cherchant un point de vue du haut de la falaise qui ferme la plage au sud. Mais aucun chemin ne mène à cet endroit. En revanche, en continuant encore, on arrive à un hameau au bord d'un oued où un panneau indique des cascades. Je suis descendu au fond, en marchant à travers des lopins de terre desséchés. 
Et évidemment, point de cascade. Pour qu'il y en ait, il faudrait déjà qu'il y ait de l'eau. Ce n'est pas avec des flaques d'eau croupie verdâtre pleines de moustiques qu'on fait les chutes du Niagara. Comme la route à cet endroit quitte la côte pour s'enfoncer plus dans les terres, j'ai fait demi tour en remarquant dans un virage un petit chemin défoncé qui menait vers l'océan et quelques dunes. Je me suis garé là pour aller voir de plus près. Et je ne regrette pas. La plage d'une sauvagerie absolue est bordée de dunes de sable blond sculptées par le vent. Le sable y est vierge. Pas d'habitation sur les côtés ou derrière. C'est la plus belle plage que j'ai vue au Maroc. 
Et elle n'est pas dans le guide. Rien à voir avec Mirleft qui m'avait déçu. D'ordinaire je trouvais que le Lonely Planet avait des commentaires et recommandations justes. Là pour le Maroc, c'est la première fois que je ne suis pas d'accord avec eux. En tout cas, ce n'est pas plus mal, comme ça personne ne vient par ici. A part quelques pêcheurs descendus sur la plage à dos de mulet avec quelques enfants qui batifolent dans l'eau. Par contre la baignade y est très dangereuse. Dès que j'ai vu l'aspect des vagues, brouillonnes, notamment entre deux vagues, j'ai tout de suite deviné que quelque chose de pas très normal se passait sous l'eau. En fait les vagues cachent un relief accidenté où l'on se retrouve soudain en descente libre jusqu'à ne plus avoir pied. 
Comme j'ai l'habitude de ces phénomènes sur la côte du sud-ouest, je sais qu'il faut toujours avoir pied, en gardant une marge de sécurité au cas où une vague nous ferait reculer de quelques mètres. Étant donné qu'ici on passe direct à de l'eau au genou jusqu'à plus pied, il ne reste donc plus qu'à barboter, ce qui est un peu frustrant, surtout pour mes au-revoir à la mer. Eh oui c'est aujourd'hui qu'a lieu mon dernier bain. J'en ai bien profité, depuis le 17 mai. Cela fait 4 mois que ça a commencé, par le nord de la Grèce, l'Andalousie, la Côte d'Azur, la Crète et le Sud-Ouest. Un été de 4 mois, c'est encore du jamais vu pour moi. Du coup j'ai les poils et les cheveux tout blond, presque blancs. Comme un surfeur. Je fais couleur locale ici et les gens me parlent d'instinct en Anglais, comme si je venais de Californie ou d'Australie pour surfer sur les vagues du Maroc. Et pour l'été prochain, je prévois encore quelque chose de plus fort, avec une fin d'été envisagée vers fin octobre par un retour en Crète jusqu'à tant que le soleil disparaisse. Je ne vais pas me gêner !

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