Las Bardenas Reales sont
une région désertique qui s'étend au nord de Tudela, à une
centaine de kilomètres au nord-ouest de Zaragoza pour situer. Ce qui
m'a poussé à venir là est très simple. C'est suite à un
reportage dans le magazine Trek consacré à l'aventure à deux pas
de chez soi que je suis tombé sous le charme du coin. Les photos
parlaient d'elles mêmes, montrant un décor incroyable de rochers et
de formations géologiques qui se dressent fièrement au milieu d'un
paysage de désolation, comme à Monument Valley aux États-Unis.
D'ailleurs l'article revendiquait un goût de grands espaces
américains sans prendre l'avion.
Depuis Ordesa, ce n'est
pas vraiment dans le même coin, il faut compter plus de 200km.
Aussi, hier, à peine achevée la randonnée et déposé à Torla par
le bus vers 18 heures, j'ai démarré aussi sec pour m'avancer le
plus possible, question de dormir en route. Comme je n'avais rien
conduit de la journée, j'essaye de diluer un peu les distances
chaque jour. L'itinéraire le plus court (j'ai compté avec la
calculatrice les différentes possibilités), c'est de filer sur
Biescas puis Sabañanigo
et Huesca. De là on remonte légèrement vers Pamplone sur 28
kilomètres pour tourner à gauche à Ayerbe, direction Ejea. Cette
dernière route est une route de campagne toute en virages et étroite
où l'on ne peut pas rouler bien vite.
Des panneaux 90 sont là pour
rappeler la vitesse limite mais elle est impossible à atteindre. En
revanche, sur les autres routes, la limitation de vitesse est à 100.
C'est plus qu'en France et pas plus dangereux. Comme quoi la sécurité
routière n'est qu'une fumisterie. Pourquoi des différences selon
les pays ? La conduite en voiture est la même. C'est juste fait
pour nous embêter et nous soutirer de l'argent avec leurs radars
automatiques. C'en est fini d'admirer le paysage. Il faut toujours
avoir l’œil sur les panneaux et les bas côtés des routes pour
débusquer les radars. Généralement ils ne sont pas cachés du
tout, de sorte qu'on les remarque avant d'être rendu à niveau, la
plupart flashant par l'arrière.
A
moins d'une dizaine de kilomètres d'Ayerbe, peu avant Biscarruès,
il y a un village sur la droite en haut d'une colline qui semble
abandonné. Il était plus de 20 heures quand j'y suis passé aussi
il était grand temps que je m'arrête pour avoir suffisamment de
temps pour m'installer et préparer le dîner avant la tombée du
jour. J'ai pris un petit chemin agricole sur la gauche qui menait en
haut d'une colline. C’est là que j'ai campé, en bordure d'un
champ de terre labourée toute sèche, abrité du vent par un rideau
d'arbre. Car dans le secteur le vent souffle violemment. Il vient
d’ouest et rien ne vient l'arrêter, les Pyrénées étant plus au
nord.
D'ailleurs du haut de ma colline je les aperçois encore. On
reconnaît même la frontière au fait que des nuages gravitent
autour, essayant de descendre en dégoulinant des sommets avant
d'être stoppés nets dans leur descente. Ça donne des montagnes qui
ont l'impression d'être nappées d'une sauce figée. C'est bien
connu, s'il fait mauvais en France, ils suffit de passer la frontière
pour avoir un grand ciel bleu. L'effet est quasiment systématique.
Sur
mon bout de champ, j'ai un peu regretté mon choix. Dans la nuit il y
a eu une fête au village adjacent, pourtant loin dans la vallée et
caché par une autre colline.
Des basses sourdes et un disc-jockey
hurlant des messages qui me parvenaient de temps en temps à la
faveur d'un vent tournant qui amplifiait le phénomène. Les nuits
tranquilles dans mon coin au bord de l'océan me manquent. Pas de
monde, pas de bruit, un petit bout de paradis au cœur du mois
d’août. C'est la raison pour laquelle j'ai raccourci mon périple.
J'ai vu toute ce que je voulais voir mais j'ai optimisé les périodes
de conduite de sorte de pouvoir visiter chaque jour un site
différent.
Bardenas
Reales est un parc naturel et Réserve de la Biosphère. Son
principal accès se fait à une dizaine de kilomètres au nord de
Tudela, juste avant le village d'Arquedas.
Il y a un panneau qui
indique le chemin à prendre. On à peine à imaginer dans quoi on va
pénétrer. La route étroite passe au milieu de champs à travers
une espèce de plateau. Après quelques kilomètres on arrive au
centre des visiteurs, flambant neuf. Quelques touristes sont là à
demander des renseignements, français pour la plupart. L'employée
parle très bien français et met un point d'honneur à tout
expliquer et à détailler les différents itinéraires. Je ne
pensais pas que la zone était si vaste. C'est plein de pistes et de
sentiers pour les promeneurs et les cyclistes. De quoi occuper
pendant plusieurs jours. Le circuit classique consiste à emprunter
une piste circulaire qui fait le tour de la zone centrale du parc sur
une trentaine de kilomètres.
On peut aussi poursuivre vers le nord,
sur une cinquantaine de kilomètres jusqu'à sortir au niveau de
Carcastillo. en traversant des ravines et des petits monts. Pour ma
part, j'ai opté pour le circuit classique, la jauge d'essence
battant un peu de l’aile et pour ménager les pneus de ma vieille
guimbarde. Pas question de crever ici, loin de tout. Je n'ai pas
réussi à obtenir un plan, il fallait attendre son tour en faisant
la queue. J'ai bien écouté les explications puis j'ai décidé
d'aller explorer ça par moi même, la piste devant être facile à
suivre vu qu'il n'y en a qu'une.
Cent mètres après le centre des visiteurs se trouve un premier belvédère
qui permet d'admirer toute la région. Mais il est trop loin pour
permettre de se faire une idée. On aperçoit tout juste des falaises
prometteuses loin derrière. Arrivé à une zone militaire avec
barbelés et tours de guets qui lui donne un petit air de Fort Alamo,
j'ai pris le circuit dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
A l'intérieur de cet anneau, on n'a pas le droit de marcher, c'est
une zone militaire bien que non clôturée. Allez savoir ce qu'ils
manigancent là dedans. Il semblerait que ce soit une zone de tirs.
On n'en saura pas plus. Tant qu'ils ne descendent pas des avions en
vol...
L'avantage
d'effectuer le circuit dans ce sens là c'est qu'on a le soleil dans
le dos la majeure partie du temps ce qui permet de bien appréhender
les paysages. Il y a un cours d'eau qui coule au fond d'un petit
canyon, le Barranco los Cambrones. Plus loin il y a même un petit
lac avec des roseaux tout autour. Pour un désert, cela surprend.
Mais cela est dû à la nature géologique du site. Une petite
explication s'impose, de manière à comprendre comment cette
merveille de la nature a été façonnée. Sa formation géologique
provient d'une phase de sédimentation apparue il y a 10 à 20
millions d'année. Pendant le Tertiaire le choc des plaques
Européenne et Ibérique ont produit le plissement qui a créé les
Pyrénées, la cordillère Ibérique et la Chaîne des Catalanides.
L'élévation de ces trois chaînes montagneuses est à l'origine de
la formation d'un immense bassin fermé, sans ouverture sur la mer,
situé dans ce que nous connaissons aujourd'hui comme la vallée de
l'Ebre.
Les
cours d'eau en provenance des abruptes montagnes se jetaient dans
cette dépression, où étant donné son caractère fermé, se sont
formées plusieurs zones marécageuses et de lacs. Les Bardenas
actuelles allaient se situer dans la zone centrale de ce bassin. Les
rivières emportaient de nombreux matériaux, comme conséquence de
la forte érosion des montagnes. Des pierres, du gravier, des sables,
des argiles, etc... Au fur et à mesure que les rivières avaient
moins de pente et d'énergie, les matériaux les plus lourds (pierres
et graviers) se déposaient en route, et il n'y avait que les
matériaux légers (limons, argiles et quelques sables) qui
arrivaient jusqu'à la zone centrale des lacs et des marécages.
Cette action qui s’est prolongée pendant des millions d'années a
permis que des épaisseurs de sédiments de près de 4000 mètres
s'accumulent.
Une
phase érosive a alors succédé, commencée il y a 10 millions
d'années et s'étendant jusqu'à nous jours. Il y a 10 millions
d'années il s’est produit une ouverture du bassin sur la côte
catalane permettant la sortie de l'eau qui était accumulée vers la
Méditerranée ce qui a provoqué la formation du fleuve Ebre. Dans
le bassin, une fois séché, le processus érosif des matériaux
jusqu'alors accumulés, a commencé. Les dépôts de sédiments,
grâce à un processus de compaction et de sédimentation, se sont
peu à peu transformés en roches sédimentaires.
Celles-ci ne
subissent pas l'effet de l'érosion de la même façon. Les roches
les plus molles (argiles et marnes) s'érodent plus rapidement que
celles qui sont dures (grès, calcaires...). Les mamelons qui
surplombent les collines se sont formés car ils ont une couche de
roche dure dans la partie supérieure (grès, calcaire ou congloméré)
plus résistante à l'érosion ; cette couche protège les
roches qui sont en dessous et qui sont plus molles (surtout les
argiles et les marnes). Castildetierra est l'un des exemples les plus
spectaculaires et les plus connus.
Après
avoir effectué la moitié de la boucle, la piste longe une
cordillère aux allures de curiosité naturelle du far-west
américain, formant des tables (appelées mesas dans les parcs
américains) qui culminent à 500 mètres d'altitude : El
Rallon, La Ralla, Angarillones pour les principales. On ne serait pas
étonné de voir des indiens avec des plumes débarquer torse nu sur
des chevaux. En plus il y a quelques fermes plus ou moins abandonnées
qui donnent une allure fantomatique toute mexicaine. Il ne manque
plus que des buissons qui roulent au vent et le décor est planté. A
la place on a de la pampa à foison. Et des champs labourés où rien
ne pousse dessus.
Car aussi étonnant que cela puisse paraître, le
secteur est un parc régional mais qui connaît une activité
agricole. Sans doute la raison pour laquelle ce n'est pas classé
parc national. Ça en a pourtant le potentiel. En attendant je ne
sais pas ce qu'ils peuvent bien cultiver là dessus et les
agriculteurs semblent eux-même hésiter, laissant les champs nus. De
temps en temps on en voit un passer en pick-up, à vive allure, au
milieu des voitures de touristes. Oh, il n'y a pas beaucoup de
trafic, ceux qui viennent là viennent en connaisseurs. Rien à voir
avec Ordesa. Au moins à l'heure actuelle. Rendez-vous dans 25 ans ?
Au
niveau de la cordillère se trouve la bifurcation qui part vers le
nord du parc. J'ai emprunté la piste sur quelques kilomètres,
pensant me rapprocher des falaises.
En fait la route passe par dessus
et aboutit sur un plateau où il n'y a plus grand chose à voir, à
moins que cela change par la suite. J'ai donc fait demi tour. Depuis
le début je me demande où se trouve cette fameuse Castildetierra,
emblème des Bardenas Reales et principale photo qui illustre à elle
seule toute la région. J'espère que ce n'est pas une curiosité qui
se mérite après des heures de marche. Car pour l'instant je fais
mon touriste américain, photographiant de la voiture comme si je
faisais un safari animalier en Afrique. En fait si j'avais fait le
tour dans l'autre sens je serai passé devant plus tôt. On ne peut
pas rater Castildetierra. C'est une espèce de cheminée qui
ressemble à ces tours de sable que des gamins ont construit sur la
plage et qui se trouvent érodées par la marée.
Elle se trouve au bord d'un petit canyon, avec des montagnes à moitié fondues derrière, striées d’une bande rose horizontale. On voit clairement que le haut du plateau est constitué d'une couche plus dure et que tout ce qui est dessous est en train de se casser la gueule. D'ailleurs il y a certains endroits éboulés, où les couches dures se sont empilées n'importe comment, comme si un immeuble s'était effondré. La tour de Castildetierra n'a plus qu'un tout petit bout de table à son sommet. A terme celui-ci disparaîtra par l'érosion et toute la tour fondra comme neige au soleil. C'est pour cela qu'il est interdit de s'en approcher de trop près, pour éviter de piétiner la base. Ils ont juste mis des rondins de bois pour marquer la limite à ne pas franchir mais tous les touristes vont au delà pour se faire photographier devant.
Il n'y a pas vraiment de gardes, à part à deux ou trois points d'arrêts signalés comme site d'observation où des chapiteaux sont dressés sous lesquels ils attendent au cas où l'on aurait besoin d'un renseignement. Sinon ils servent aussi à faire guide. J'en ai vu un au volant d'une jeep qui débordait de touristes à l'arrière, chamboulés sur la piste cahoteuse comme des chiens à l'arrière d'un pick-up.
Elle se trouve au bord d'un petit canyon, avec des montagnes à moitié fondues derrière, striées d’une bande rose horizontale. On voit clairement que le haut du plateau est constitué d'une couche plus dure et que tout ce qui est dessous est en train de se casser la gueule. D'ailleurs il y a certains endroits éboulés, où les couches dures se sont empilées n'importe comment, comme si un immeuble s'était effondré. La tour de Castildetierra n'a plus qu'un tout petit bout de table à son sommet. A terme celui-ci disparaîtra par l'érosion et toute la tour fondra comme neige au soleil. C'est pour cela qu'il est interdit de s'en approcher de trop près, pour éviter de piétiner la base. Ils ont juste mis des rondins de bois pour marquer la limite à ne pas franchir mais tous les touristes vont au delà pour se faire photographier devant.
Il n'y a pas vraiment de gardes, à part à deux ou trois points d'arrêts signalés comme site d'observation où des chapiteaux sont dressés sous lesquels ils attendent au cas où l'on aurait besoin d'un renseignement. Sinon ils servent aussi à faire guide. J'en ai vu un au volant d'une jeep qui débordait de touristes à l'arrière, chamboulés sur la piste cahoteuse comme des chiens à l'arrière d'un pick-up.
Bardenas
Reales est un paradis du photographe. Malheureusement j'y étais en
plein milieu de la journée. Je n'ose imaginer le spectacle en fin de
journée ou sous un ciel d'orage comme certaines photos que j'ai pu
voir. Mais je ne prétend pas être un photographe, je n'en ai ni la
patience ni la minutie.
Et je juge que mes photos ont une qualité satisfaisante, même si elles ne sont pas exceptionnelles en terme d'effets esthétiques et artistiques. Castildetierra offre des possibilités de photo infinies. Depuis le canyon plus bas ou encore un peu en hauteur juché sur un rocher près du parking. Mais le résultat dont je suis le plus content c'est au ras du sol formé d'une couche argileuse claire et dure comme de la pierre. Ça donne un petit côté lac salé et plat qui contraste fortement avec les couleurs de la tour et sa forme qui semble émerger de nulle part.
Et je juge que mes photos ont une qualité satisfaisante, même si elles ne sont pas exceptionnelles en terme d'effets esthétiques et artistiques. Castildetierra offre des possibilités de photo infinies. Depuis le canyon plus bas ou encore un peu en hauteur juché sur un rocher près du parking. Mais le résultat dont je suis le plus content c'est au ras du sol formé d'une couche argileuse claire et dure comme de la pierre. Ça donne un petit côté lac salé et plat qui contraste fortement avec les couleurs de la tour et sa forme qui semble émerger de nulle part.
En
retournant vers le quartier militaire principal, on ne cesse d'être
ébloui. C'est la plus belle partie du parcours.
Le paysage est semé de ces rochers qui semblent tout droit sortis de Monument Valley, avec une piste qui passe entre. Le magazine ne s'était pas trompé, pas besoin d'aller en Amérique. J'ai mis des photos sur Facebook, je suis sûr que des amis vont croire que je suis là bas. L'une des dernières curiosités avant de refermer la boucle, c'est Cabezo de las Cortinillas. C'est une montagne au sommet tout plat qu'on peut gravir par des marches raides dont certaines ont déjà foutu le camp sous l’effet de l'érosion. Pour celles qui restent, des cavités sont apparues en dessous et certaines sont déjà à moitié dans le vide. Tout cela n’est pas très rassurant. Au sommet, c'est si plat qu'on dirait qu'un bulldozer est passé là haut et a tout rasé.
Le
sol est constitué de graviers avec des herbes sèches et dures qui
grattent à la cheville quand on s'y frotte. Plus bas, il y a une
table où les touristes se font prendre en photo, semblant flotter
dans l'air tant le pied est fin, avec en fond d'autres montagnes au
sommet plat. Amateurs de grands espaces et de déserts, c'est là
qu'il faut venir.
Le paysage est semé de ces rochers qui semblent tout droit sortis de Monument Valley, avec une piste qui passe entre. Le magazine ne s'était pas trompé, pas besoin d'aller en Amérique. J'ai mis des photos sur Facebook, je suis sûr que des amis vont croire que je suis là bas. L'une des dernières curiosités avant de refermer la boucle, c'est Cabezo de las Cortinillas. C'est une montagne au sommet tout plat qu'on peut gravir par des marches raides dont certaines ont déjà foutu le camp sous l’effet de l'érosion. Pour celles qui restent, des cavités sont apparues en dessous et certaines sont déjà à moitié dans le vide. Tout cela n’est pas très rassurant. Au sommet, c'est si plat qu'on dirait qu'un bulldozer est passé là haut et a tout rasé.
C'est
à Bardenas Reales que s'achève mon petit périple de quelques jours
qui de Bordeaux m'aura mené au Monte Perdido en passant par Tarbes,
puis à Ordesa, avant de finir par ici et de remonter sur Pamplone
pour rejoindre Bayonne par la route d'Hendaye que j'ai quittée au
niveau d'Almandoz, direction Elizondo en filant en travers le pays
basque. A présent je vais remonter la côte en m'arrêtant pour des
pauses baignades. Mais cela n'a plus rien à voir avec l'objet de ce
blog...























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