![]() |
| Vallée des Amelnn |
Dans ma précipitation de
faire demi-tour hier, j'en ai oublié de bifurquer pour Aït-Benhaddou
à 9 km au nord de la route pour Ouarzazate. J'ai d'ailleurs tiré
une photo de la piste qui traverse le désert pour y mener (voir la
photo de l'épisode d'hier). C'est un peu dommage, c'était un
village aux murailles de couleur rouge entouré d'une palmeraie et
classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Il a servi de décor à
nombre de films hollywoodiens, dont les célèbres « Laurence
d'Arabie », « Le diamant du Nil » ou encore
« Gladiator ». Tant pis, on se repassera les films !
Car avec le changement inopiné de programme, j'ai dû prendre la
route d'Agadir d'où je devais bifurquer pour Tafraout, peu après
Taliouine, afin de quitter la nationale pour me retrouver sur une
petite route où j'espérais trouver plus de calme et un coin pour
planter la tente.
De Ouarzazate, compter plus de 150 kilomètres.
Sachant que j'ai quitté Ouarzazate à 17 heures, j'ai dû tracer
sans avoir le temps de m'arrêter, juste pour faire un plein
d'essence, le deuxième de la journée.
Au Maroc, il y a une
heure en moins alors que c'est sous la même latitude que la France.
Il y fait donc nuit une heure plus tôt. Une fois arrivé sur la
route de Tafraout, j'ai juste fait quelques kilomètres, pour
dépasser les bleds. La route longe le lit d'un oued asséché et je
guettais des chemins agricoles qui me permettraient de cacher ma
voiture à l'écart. J'ai fini par en trouver un, tout de pierres qui
roulent.
J'ai planté la tente dans le lit d'une espèce de ruisseau
asséché qui faisait juste la largeur de la tente et que j'ai
débarrassé de ses pierres, juste avant que la nuit ne soit là. Dès
le soleil parti elle arrive tout de suite, comme sous les tropiques.
Ce matin il me reste 170
kilomètres jusqu'à Taroudant où je compte passer deux nuits pour
explorer l'anti-atlas. C'est une base recommandée par le Lonely
Planet. La route traverse des oueds sans pont. Elle est souvent
défoncée, remplie de nids de poules et les lacets sont légion. Au
point de me filer la nausée. Il faut aussi compter sur les troupeaux
de chèvres qui font un peu ce qu'elles veulent pendant que leur
berger se repose sur un rocher au loin.
Parfois ce sont des troupeaux
d'ânes qui avancent côte à côte sur la route, nonchalamment. Avec
la voiture vous pouvez essayer de les contourner, ils n'en ont rien à
faire, ils ne se poussent pas, têtus sur leur petit trajet qu'ils ne
veulent pas dévier d'un sabot. J'aime les ânes. Ils sont placides,
on dirait qu'ils sourient tout le temps. Ils sont discrets et ne
demandent rien en échange des grands services qu'ils rendent.
J’adorerais en avoir un et m'élancer sur les routes. Ça me ferait
un convoi de chargement et un copain. J'aime grattouiller leur
museau blanc pendant qu'ils ferment les yeux de bonheur.
![]() |
| Route pour Tafraout |
![]() |
| Descente vers Tiznit avec l'océan au fond |
Dans l'anti-atlas il y a
peu de végétation. Pas mal de cactus mais moins d'oasis. Je crois
que celles ci sont souvent artificielles car sorti des villages on ne
croise plus aucun arbre. Parfois on trouve des pins mais ils sont
trop alignés pour être naturels. Sur la route de Tafraout ils ont
inventé les bornes qui reculent. C'est un truc qui rend fou. Vous
voyez Tafraout style à 45 kilomètres et puis une dizaine de
kilomètres plus loin, vous trouvez Tafraout à 50 kilomètres. De
temps en temps un écureuil traverse la voie, tout affolé. Ce sont
les mêmes qu'en Namibie, ils sont gris argentés avec le ventre plus
clair. Pour ce qui est du reste de la faune, je n'ai rien vu d'autre,
à part celle des nombreux souks que j'ai dû traverser dans les
villages.
![]() |
| Une plage au nord de Mirleft |
Ils y vendent de tout, par terre, les produits disposés
sur un drap avec plein de gens agglutinés tout autour. Impossible de
passer, c'est comme les ânes. Pas moyen de klaxonner non plus, ils
sont chez eux, c'est moi l'intrus.
Il était midi quand je
suis enfin arrivé à Tafraout. J'ai trouvé un village sale et
bordélique, sans unité architecturale, où les maisons semblent
être en perpétuelle reconstruction suite à un bombardement qui n'a
jamais eu lieu. Première nouvelle, il y a des touristes. Des groupes
qui ont dû faire une sortie depuis Agadir. Car la ville est prisé
des guides : « Nichée dans la somptueuse vallée des
Ammeln, la bourgade de Tafraout est entourée de montagnes de granit
rouge.
Plaisante et détendue, elle constitue une bonne base pour
explorer la région ». Rectificatif, les montagnes sont une
dizaine de kilomètres avant. Je me suis encore fait avoir par une
photo où l'on voit un village de maisons rouges accroché au flanc
de montagnes imposantes. Ce n'est pas Tafraout. Il y a tromperie sur
la marchandise. Les montagnes, même si elles sont jolies ne cassent
pas trois pattes à un canard. J'arrive bien à prendre quelques
clichés, mais encore aujourd'hui il n'y a aucun endroit où j'ai
envie de m'arrêter pour profiter et partir à la découverte des
sites alentours. Pourtant autour de Tafraout il y a des gorges et
oasis à parcourir mais c'est encore des dizaines de kilomètres de
détour en plus. Je n'en peux plus.
![]() |
| Massa Beach |
Il reste 130 kilomètres jusqu'à
Tiznit et 40 de plus jusqu'à Mirleft. C'est donc jouable pour
arriver en début d'après midi à l'océan où je pourrai enfin me
reposer et profiter. Tout comme le haut atlas, je n'aurai fait que
traverser en bagnole l'anti-atlas. Je ne ressens rien sur mon
passage, je me demande même ce que je fais là. La Crète me plaît
par exemple bien plus. Et puis côté culture et traditions c’est
plus proche de nous que les femmes voilées des pieds à la tête
quand elles ne portent pas des gants pour cacher leur mains. Je n'ai
jamais été attiré par les pays du Maghreb. Je pensais que les
paysages me feraient passer outre mes préjugés mais ils ne
suffisent pas.
Mirleft est encore une
vaste escroquerie. « L'une des plus belles routes de la région
file au sud d'Aglou Plage et offre des vues magnifiques sur l'océan,
des collines escarpées et quelques criques désertes. Vient ensuite
Mirleft et ses cafés attrayants sous les arcades roses et bleues de
l'artère principale ». Tu parles, c'est encore une ville qui
ne ressemble à rien, où tout est déglingué.
![]() |
| Massa Beach |
Depuis que je suis
arrivé au Maroc, je n'ai vu aucun restaurant décent où me
rassasier. Ce sont des trucs miteux dans des établissements à
moitié en ruine d'où la tourista ne demande qu'à sortir comme ces
serpents qui dégueulent des boîtes de farce et attrape. Et l'océan
alors ? Les plages sont couvertes de détritus, de plastiques
qu'on retrouve partout dans les buissons, donnant un paysage qui
ressemble plus à un dépôt d'ordures. On ne peut pas s'y baigner,
l'eau est très froide. Si froide que la différence de température
plonge la côte dans un brouillard comme en Namibie. L'eau était
plus chaude à Bordeaux. Qu'est ce que je fais ici ? C'en est
rendu à un point que j'ai cherché à rentrer plus tôt en prenant
un autre billet d'avion. Mais les dates sont trop proches, il n'y a
aucun tarif décent avant octobre. Je suis donc coincé au Maroc pour
2 semaines et je ne vois pas ce que je vais y faire. Il ne me reste
plus qu'à aller plus au nord, vers des stations réputées comme
Agadir ou Essaouira, ou au moins je pourrai trouver des restaurants
dans lesquels je puisse manger. Car les crackers et les fruits secs,
ça va bien un temps. Après 4 repas comme ça il est temps de manger
un peu mieux. Ce soir j'ai pris la route pour Agadir d'où j'ai
bifurqué pour Massa, à la limite d'un parc national côtier où
j'espère trouver quelque chose de plus sauvage et préservé.










Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire