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vendredi 12 septembre 2014

Traversée de l'Anti-Atlas

Vallée des Amelnn
Dans ma précipitation de faire demi-tour hier, j'en ai oublié de bifurquer pour Aït-Benhaddou à 9 km au nord de la route pour Ouarzazate. J'ai d'ailleurs tiré une photo de la piste qui traverse le désert pour y mener (voir la photo de l'épisode d'hier). C'est un peu dommage, c'était un village aux murailles de couleur rouge entouré d'une palmeraie et classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Il a servi de décor à nombre de films hollywoodiens, dont les célèbres « Laurence d'Arabie », « Le diamant du Nil » ou encore « Gladiator ». Tant pis, on se repassera les films ! Car avec le changement inopiné de programme, j'ai dû prendre la route d'Agadir d'où je devais bifurquer pour Tafraout, peu après Taliouine, afin de quitter la nationale pour me retrouver sur une petite route où j'espérais trouver plus de calme et un coin pour planter la tente. 
De Ouarzazate, compter plus de 150 kilomètres. Sachant que j'ai quitté Ouarzazate à 17 heures, j'ai dû tracer sans avoir le temps de m'arrêter, juste pour faire un plein d'essence, le deuxième de la journée.
Au Maroc, il y a une heure en moins alors que c'est sous la même latitude que la France. Il y fait donc nuit une heure plus tôt. Une fois arrivé sur la route de Tafraout, j'ai juste fait quelques kilomètres, pour dépasser les bleds. La route longe le lit d'un oued asséché et je guettais des chemins agricoles qui me permettraient de cacher ma voiture à l'écart. J'ai fini par en trouver un, tout de pierres qui roulent. 
J'ai planté la tente dans le lit d'une espèce de ruisseau asséché qui faisait juste la largeur de la tente et que j'ai débarrassé de ses pierres, juste avant que la nuit ne soit là. Dès le soleil parti elle arrive tout de suite, comme sous les tropiques.
Ce matin il me reste 170 kilomètres jusqu'à Taroudant où je compte passer deux nuits pour explorer l'anti-atlas. C'est une base recommandée par le Lonely Planet. La route traverse des oueds sans pont. Elle est souvent défoncée, remplie de nids de poules et les lacets sont légion. Au point de me filer la nausée. Il faut aussi compter sur les troupeaux de chèvres qui font un peu ce qu'elles veulent pendant que leur berger se repose sur un rocher au loin. 
Parfois ce sont des troupeaux d'ânes qui avancent côte à côte sur la route, nonchalamment. Avec la voiture vous pouvez essayer de les contourner, ils n'en ont rien à faire, ils ne se poussent pas, têtus sur leur petit trajet qu'ils ne veulent pas dévier d'un sabot. J'aime les ânes. Ils sont placides, on dirait qu'ils sourient tout le temps. Ils sont discrets et ne demandent rien en échange des grands services qu'ils rendent. J’adorerais en avoir un et m'élancer sur les routes. Ça me ferait un convoi de chargement et un copain. J'aime grattouiller leur museau blanc pendant qu'ils ferment les yeux de bonheur.

Route pour Tafraout

Descente vers Tiznit avec l'océan au fond
Dans l'anti-atlas il y a peu de végétation. Pas mal de cactus mais moins d'oasis. Je crois que celles ci sont souvent artificielles car sorti des villages on ne croise plus aucun arbre. Parfois on trouve des pins mais ils sont trop alignés pour être naturels. Sur la route de Tafraout ils ont inventé les bornes qui reculent. C'est un truc qui rend fou. Vous voyez Tafraout style à 45 kilomètres et puis une dizaine de kilomètres plus loin, vous trouvez Tafraout à 50 kilomètres. De temps en temps un écureuil traverse la voie, tout affolé. Ce sont les mêmes qu'en Namibie, ils sont gris argentés avec le ventre plus clair. Pour ce qui est du reste de la faune, je n'ai rien vu d'autre, à part celle des nombreux souks que j'ai dû traverser dans les villages.
Une plage au nord de Mirleft
Ils y vendent de tout, par terre, les produits disposés sur un drap avec plein de gens agglutinés tout autour. Impossible de passer, c'est comme les ânes. Pas moyen de klaxonner non plus, ils sont chez eux, c'est moi l'intrus.
Il était midi quand je suis enfin arrivé à Tafraout. J'ai trouvé un village sale et bordélique, sans unité architecturale, où les maisons semblent être en perpétuelle reconstruction suite à un bombardement qui n'a jamais eu lieu. Première nouvelle, il y a des touristes. Des groupes qui ont dû faire une sortie depuis Agadir. Car la ville est prisé des guides : « Nichée dans la somptueuse vallée des Ammeln, la bourgade de Tafraout est entourée de montagnes de granit rouge. 
Plaisante et détendue, elle constitue une bonne base pour explorer la région ». Rectificatif, les montagnes sont une dizaine de kilomètres avant. Je me suis encore fait avoir par une photo où l'on voit un village de maisons rouges accroché au flanc de montagnes imposantes. Ce n'est pas Tafraout. Il y a tromperie sur la marchandise. Les montagnes, même si elles sont jolies ne cassent pas trois pattes à un canard. J'arrive bien à prendre quelques clichés, mais encore aujourd'hui il n'y a aucun endroit où j'ai envie de m'arrêter pour profiter et partir à la découverte des sites alentours. Pourtant autour de Tafraout il y a des gorges et oasis à parcourir mais c'est encore des dizaines de kilomètres de détour en plus. Je n'en peux plus. 
Massa Beach
Il reste 130 kilomètres jusqu'à Tiznit et 40 de plus jusqu'à Mirleft. C'est donc jouable pour arriver en début d'après midi à l'océan où je pourrai enfin me reposer et profiter. Tout comme le haut atlas, je n'aurai fait que traverser en bagnole l'anti-atlas. Je ne ressens rien sur mon passage, je me demande même ce que je fais là. La Crète me plaît par exemple bien plus. Et puis côté culture et traditions c’est plus proche de nous que les femmes voilées des pieds à la tête quand elles ne portent pas des gants pour cacher leur mains. Je n'ai jamais été attiré par les pays du Maghreb. Je pensais que les paysages me feraient passer outre mes préjugés mais ils ne suffisent pas.
Mirleft est encore une vaste escroquerie. « L'une des plus belles routes de la région file au sud d'Aglou Plage et offre des vues magnifiques sur l'océan, des collines escarpées et quelques criques désertes. Vient ensuite Mirleft et ses cafés attrayants sous les arcades roses et bleues de l'artère principale ». Tu parles, c'est encore une ville qui ne ressemble à rien, où tout est déglingué. 
Massa Beach
Depuis que je suis arrivé au Maroc, je n'ai vu aucun restaurant décent où me rassasier. Ce sont des trucs miteux dans des établissements à moitié en ruine d'où la tourista ne demande qu'à sortir comme ces serpents qui dégueulent des boîtes de farce et attrape. Et l'océan alors ? Les plages sont couvertes de détritus, de plastiques qu'on retrouve partout dans les buissons, donnant un paysage qui ressemble plus à un dépôt d'ordures. On ne peut pas s'y baigner, l'eau est très froide. Si froide que la différence de température plonge la côte dans un brouillard comme en Namibie. L'eau était plus chaude à Bordeaux. Qu'est ce que je fais ici ? C'en est rendu à un point que j'ai cherché à rentrer plus tôt en prenant un autre billet d'avion. Mais les dates sont trop proches, il n'y a aucun tarif décent avant octobre. Je suis donc coincé au Maroc pour 2 semaines et je ne vois pas ce que je vais y faire. Il ne me reste plus qu'à aller plus au nord, vers des stations réputées comme Agadir ou Essaouira, ou au moins je pourrai trouver des restaurants dans lesquels je puisse manger. Car les crackers et les fruits secs, ça va bien un temps. Après 4 repas comme ça il est temps de manger un peu mieux. Ce soir j'ai pris la route pour Agadir d'où j'ai bifurqué pour Massa, à la limite d'un parc national côtier où j'espère trouver quelque chose de plus sauvage et préservé.

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