Quand je change d'endroit
c'est pour tracer. Je me suis juste octroyé un détour pour voir le
front de mer d'Agadir et sa plage réputée interminable en forme de
croissant. Pour la première fois je rencontre une ville qui se tient
mais elle n'a rien de jolie. Quant à la dite plage, c'est un truc de
ville où il est impossible de se garer, avec des gens qui se
proposent de vous trouver une place ou encore d'autres qui vous
attendent pour vous vendre des babioles. Ça n'engage pas à poser un
pied par terre. J'ai donc filé plus au nord, direction Taghazout,
paisible village de pécheurs jadis réputé pour ses calamars et ses
hippies et devenu désormais la première destination de surf du
pays. Alléchant sur le papier.
Mais dans la réalité je n'ai trouvé
qu'un truc en construction longé d'une route où l'on ne peut pas
dépasser 20km/h en raison des travaux, le tout pas immédiatement au
bord de l'eau. Rien à voir. J'ai donc fait demi tour vers Aourir, le
village des bananes, surnommé ainsi en raison des nombreuses
bananeraies qui jalonnent l'oued Tamraght d'où une route permet de
mener dans la vallée du Paradis, des gorges et des cascades. Aourir
est un souk où ânes, motos, charrettes, rickshaws, taxis, chiens et
éclopés s'y épanouissent. On y trouve des étals garnis de
centaines de bananes qui pendouillent en rideau.
La vallée du Paradis est
encore une vaste escroquerie. « Chaudement recommandé, ce
détour conduit à 60 km au nord-est d'Agadir, dans les contreforts
du Haut Atlas. La gorge est bordée de lauriers roses et de palmiers,
prisée pour un pique-nique et la baignade. »
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| J'en peux plus de ces taxis! |
C’est un truc
poussiéreux et moche qui s’enorgueillit de posséder un camping.
Qui aurait envie de rester là à passer ses vacances au bord d'une
route dont une file à été condamnée par des pierres plutôt que
d'essayer de la restaurer ? Du coup les voitures ne peuvent se
croiser, il faut se mettre sur le bas côté et laisser passer.
Impossible de doubler non plus. Et les marocains ont tendance à
avoir le pied endormi. Il est fréquent d'en avoir qui roulent à 30,
quand ce n'est pas les camions qui roulent rarement à plus de 5km/h
dans les montées. Il y a 40 km à faire comme ça pour rejoindre
Immouzer et ses cascades qui doivent être asséchées vu que la
vallée est sans eau. Les arbres, des espèces de buissons épineux
comme en Namibie, n'ont même plus de feuilles. Las de conduire à
20, j'ai fini par faire demi tour plutôt que de mettre deux heures
pour arriver à destination. J'avais prévu d'y passer un jour,
encore un lieu que je saute. Avec Taghazout sans intérêt, il ne me
reste plus qu'à tracer jusqu'à Essaouira, dernière étape de mon
exploration de la côte Atlantique (Essaouira est à l'ouest toute de
Marrakech).
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| Aourir |
J'ai un plan : alors
que je postais mon blog à Agadir, j'ai vu que je pouvais rejoindre
Madrid par un train de nuit jusqu'à Tanger, puis prendre le bateau
pour Algeciras en Espagne et enfin le train pour Madrid. Près de 24
heures de voyage mais à un tarif en dessous de 100 euros tout
compris. Et puis la traversée du Maroc en train couchette doit être
une expérience à raconter. Je pense donc abréger mes souffrances
courant de la semaine prochaine, juste après avoir passé quelques
jours à Essaouira.
Le long de la route pour
Essaouira on croise quelques plages au fond de criques sablonneuses.
Je m'imaginais des endroits tranquilles et sauvages, au lieu de ça
c'est bordé de bleds infâmes, comme la plage de km25, qui ne mérite
même pas d'avoir un nom, transformée en patchwork de terrains de
foot pendant que des smalas ont étendu leur bordel à même le
parking, à l'ombre d'un drap tendu entre deux portières.
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| La route côtière au nord d'Agadir |
Les arbres
épineux sans feuilles sont transformés en arbres de Noël où
guirlandes et boules sont remplacés par des sacs en plastique de
diverses couleurs qui y ont fini leur course pour des centaines
d'années. La conduite est une épreuve de plus. Tous les véhicules
sont au diesel. Je n'en peux plus des taxis collectifs, ces Mercedes
bleues qui crachent une odeur qui me file la gerbe. Ce sont des
modèles hors d'âge dont plus aucun pays n'autoriserait la mise en
circulation tellement ils polluent. Ici ils s'en fichent. Je passe
mon temps à me boucher le nez et à ouvrir les vitres pour faire
courant d'air une fois que j'ai réussi à doubler.
Arrivé à Essaouira,
pour couronner le tout, je me suis fait arrêter par un flic à cause
d'un stop que je n'avais pas vu. Il m'a demandé 700 dirhams, soit 70
euros.
J'ai eu beau lui expliquer que j'étais sans emploi et que je
n'avais plus qu'à rentrer sur Marrakech, faute d'argent, cela ne l'a
pas ému. Je l'ai donc laissé remplir son PV. Il a mis une certain
temps à tourner dans son manuel pour trouver la bonne formule avant
de me redonner mon argent, lesté de 200 dirhams, cachés
discrètement sous son carnet à souche. Il m'a dit que comme je
n'avais pas fait d'histoires, ça ne servait à rien de perdre de
l'argent pour l'état et qu'il valait mieux qu'il s'en garde 200 dans
la poche ! J'ai repris des couleurs mais qu'un flic se permette
ce genre de pratique est bien symptomatique du pays. Sinon, au fait :
je suis condamné à rester au Maroc jusqu'au terme prévu : le
train espagnol indiquait un tarif par personne dans un carré de 4 et
seul, on paye pour les 4. Drôle de subtilité ! Pas moyen donc
de quitter le pays, je ne sais pas ce que je vais faire. Quelqu'un
pourrait il se renseigner pour me filer l'adresse d'Al-Qaïda qu'on
en finisse?






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