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dimanche 14 septembre 2014

De Massa à Essaouira

Quand je change d'endroit c'est pour tracer. Je me suis juste octroyé un détour pour voir le front de mer d'Agadir et sa plage réputée interminable en forme de croissant. Pour la première fois je rencontre une ville qui se tient mais elle n'a rien de jolie. Quant à la dite plage, c'est un truc de ville où il est impossible de se garer, avec des gens qui se proposent de vous trouver une place ou encore d'autres qui vous attendent pour vous vendre des babioles. Ça n'engage pas à poser un pied par terre. J'ai donc filé plus au nord, direction Taghazout, paisible village de pécheurs jadis réputé pour ses calamars et ses hippies et devenu désormais la première destination de surf du pays. Alléchant sur le papier. 
Mais dans la réalité je n'ai trouvé qu'un truc en construction longé d'une route où l'on ne peut pas dépasser 20km/h en raison des travaux, le tout pas immédiatement au bord de l'eau. Rien à voir. J'ai donc fait demi tour vers Aourir, le village des bananes, surnommé ainsi en raison des nombreuses bananeraies qui jalonnent l'oued Tamraght d'où une route permet de mener dans la vallée du Paradis, des gorges et des cascades. Aourir est un souk où ânes, motos, charrettes, rickshaws, taxis, chiens et éclopés s'y épanouissent. On y trouve des étals garnis de centaines de bananes qui pendouillent en rideau.
La vallée du Paradis est encore une vaste escroquerie. « Chaudement recommandé, ce détour conduit à 60 km au nord-est d'Agadir, dans les contreforts du Haut Atlas. La gorge est bordée de lauriers roses et de palmiers, prisée pour un pique-nique et la baignade. » 
J'en peux plus de ces taxis!
C’est un truc poussiéreux et moche qui s’enorgueillit de posséder un camping. Qui aurait envie de rester là à passer ses vacances au bord d'une route dont une file à été condamnée par des pierres plutôt que d'essayer de la restaurer ? Du coup les voitures ne peuvent se croiser, il faut se mettre sur le bas côté et laisser passer. Impossible de doubler non plus. Et les marocains ont tendance à avoir le pied endormi. Il est fréquent d'en avoir qui roulent à 30, quand ce n'est pas les camions qui roulent rarement à plus de 5km/h dans les montées. Il y a 40 km à faire comme ça pour rejoindre Immouzer et ses cascades qui doivent être asséchées vu que la vallée est sans eau. Les arbres, des espèces de buissons épineux comme en Namibie, n'ont même plus de feuilles. Las de conduire à 20, j'ai fini par faire demi tour plutôt que de mettre deux heures pour arriver à destination. J'avais prévu d'y passer un jour, encore un lieu que je saute. Avec Taghazout sans intérêt, il ne me reste plus qu'à tracer jusqu'à Essaouira, dernière étape de mon exploration de la côte Atlantique (Essaouira est à l'ouest toute de Marrakech).
Aourir
J'ai un plan : alors que je postais mon blog à Agadir, j'ai vu que je pouvais rejoindre Madrid par un train de nuit jusqu'à Tanger, puis prendre le bateau pour Algeciras en Espagne et enfin le train pour Madrid. Près de 24 heures de voyage mais à un tarif en dessous de 100 euros tout compris. Et puis la traversée du Maroc en train couchette doit être une expérience à raconter. Je pense donc abréger mes souffrances courant de la semaine prochaine, juste après avoir passé quelques jours à Essaouira.
Le long de la route pour Essaouira on croise quelques plages au fond de criques sablonneuses. Je m'imaginais des endroits tranquilles et sauvages, au lieu de ça c'est bordé de bleds infâmes, comme la plage de km25, qui ne mérite même pas d'avoir un nom, transformée en patchwork de terrains de foot pendant que des smalas ont étendu leur bordel à même le parking, à l'ombre d'un drap tendu entre deux portières. 
La route côtière au nord d'Agadir
Les arbres épineux sans feuilles sont transformés en arbres de Noël où guirlandes et boules sont remplacés par des sacs en plastique de diverses couleurs qui y ont fini leur course pour des centaines d'années. La conduite est une épreuve de plus. Tous les véhicules sont au diesel. Je n'en peux plus des taxis collectifs, ces Mercedes bleues qui crachent une odeur qui me file la gerbe. Ce sont des modèles hors d'âge dont plus aucun pays n'autoriserait la mise en circulation tellement ils polluent. Ici ils s'en fichent. Je passe mon temps à me boucher le nez et à ouvrir les vitres pour faire courant d'air une fois que j'ai réussi à doubler.
Arrivé à Essaouira, pour couronner le tout, je me suis fait arrêter par un flic à cause d'un stop que je n'avais pas vu. Il m'a demandé 700 dirhams, soit 70 euros. 
J'ai eu beau lui expliquer que j'étais sans emploi et que je n'avais plus qu'à rentrer sur Marrakech, faute d'argent, cela ne l'a pas ému. Je l'ai donc laissé remplir son PV. Il a mis une certain temps à tourner dans son manuel pour trouver la bonne formule avant de me redonner mon argent, lesté de 200 dirhams, cachés discrètement sous son carnet à souche. Il m'a dit que comme je n'avais pas fait d'histoires, ça ne servait à rien de perdre de l'argent pour l'état et qu'il valait mieux qu'il s'en garde 200 dans la poche ! J'ai repris des couleurs mais qu'un flic se permette ce genre de pratique est bien symptomatique du pays. Sinon, au fait : je suis condamné à rester au Maroc jusqu'au terme prévu : le train espagnol indiquait un tarif par personne dans un carré de 4 et seul, on paye pour les 4. Drôle de subtilité ! Pas moyen donc de quitter le pays, je ne sais pas ce que je vais faire. Quelqu'un pourrait il se renseigner pour me filer l'adresse d'Al-Qaïda qu'on en finisse?

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