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samedi 13 septembre 2014

Massa

Si ce n'était la présence du parc national de Sous-Massa, rien ne m'aurait poussé à me rendre ici, après avoir traversé un village plein de monde, qui s'étire en longueur en surplombant une large rivière. Le parc est le plus important du pays et couvre une superficie de 330 km2. Le Lonely Planet m'a encouragé à faire ce petit détour, à seulement 55 kilomètres au sud d'Agadir. Il dit que le site est spectaculaire et sauvage, composé de falaises, de dunes, de terres agricoles, de steppes côtières et de forêts. Le parc a été créé en 1991 en raison de son importance pour les oiseaux, notamment l'ibis chauve dont la moitié de la population mondiale vit ici.
On y rencontre aussi des chacals, des renards roux, des chats sauvages, des genettes, des sangliers eurasiens, des gazelles de Dorcas, des addax, des autruches à cou rouge et des Oryx d'Arabie. Tout un programme !
Les rabatteurs sont évidemment aussi de la partie. Je me suis fait suivre par une moto alors que je cherchais non pas le parc mais la côte où se trouve un camping fléché depuis la route d'Agadir, à Massa Beach. Le bled n'est sur aucune carte. En revanche il a le mérite de disposer d'un camping presque vide, hormis un camping-car esseulé et de deux bungalows-huttes occupés. Les campings au Maroc ne payent pas de mine. Ils sont situés à l'intérieur d'une enceinte de béton, jamais bien grande, dénués de toute ombre et plus que spartiates. On dirait qu'ils sont abandonnés. 
Une barrière ferme l'entrée et la sortie. J'ai été accueilli par un gars occupé avec d'autres à des travaux d’embellissement (sic). Il m'a proposé ses bungalows, que j'ai déclinés au profit de ma tente que j'ai installée où j'ai voulu, un peu en contrebas, contre la clôture, tout au bord de la plage. Les rouleaux de l'océan me berceront et couvriront les éventuels bruits nocturnes. On m'avait dit que les musulmans n'aimaient pas les chiens. Que nenni ! Il y en a. Certes, ce n'est pas l'Inde, mais je ne sais pas ce qu'ils foutent là. A propos de l'Inde, ce que j'ai vu du Maroc me rappelle beaucoup ce pays. Le même bordel désorganisé, la saleté, le non respect de l'environnement, le bruit, et j'en passe des meilleurs...
Il y a un café restaurant au bord de la plage, attenant au camping. Ça tombe bien. C’est miteux comme le reste, mais au moins y a pas à chercher et puis ça améliorera l’ordinaire. Il faut réserver à l'avance, dixit la réception. J'y suis donc allé sitôt la tente montée, commander une tajine au poulet. Le serveur m'a demandé à quelle heure je souhaitais dîner. Il était 19h15, je lui ai dit à 20 heures mais il m'a répondu que ce n'était pas possible, que la tajine demandait une heure de préparation. Au moins, c'est du fait maison et pas congelé. Et puis une heure de cuisson, ça tuera bien les méchantes bactéries. En revanche j'ai gentiment décliné la salade du chef ou marocaine dont il me louait les mérites. 
Côté fruits et légumes, on va s'en passer durant le séjour. Finalement ici ce n'est pas trop mal. La plage a de beau rouleaux et disparaît au nord à l'infini, en direction de l'embouchure de la rivière Massa. J'ai donc réservé pour deux nuits. Et puis la tajine poulet avec ses citrons confits est un délice. C'est le meilleur du plat avec les olives vertes mijotées.
Je me suis réveillé ce matin avec un ciel complètement gris comme s'il allait pleuvoir. C'était un gros brouillard élevé qui a fini par se dissiper vers 10 heures. En revanche tout dans la tente était humide. J'ai la même tente que celle dont je me servais en Crète ou encore en Andalousie, la fameuse sans mat tout en moustiquaire. 
Aussi c'est comme si je dormais à la belle étoile. Sitôt le petit déjeuner pris (deux croissants rassis achetés au Carrefour de Marrakech et une brique de jus d'orange), je suis retourné 7 kilomètres sur mes pas, pour traverser la rivière et me rendre à la bifurcation d'où part une piste qui longe la rive droite du Massa. A cet endroit comme hier, les motos attendaient le touriste. Il ne faut pas répondre aux sollicitations, ne jamais s'arrêter et tracer pour montrer qu'on sait où l'on va. Et ça marche, ils n'insistent pas. Sur la piste on a de beaux points de vue sur la rivière bordée de roseaux et de genre de tamaris. Des champs fleuris s’épanouissent le long des rives où femmes et hommes sont occupés à couper et ramasser du fourrage qu'ils rassemblent ensuite au fond de grandes hottes positionnées sur les flancs de mulets qui attendent paisiblement la fin du chargement en broutant ce qui se trouve à leurs pieds. 
Des hérons attendent le poisson leurs échasses solidement ancrées au fond de la vase. Pour le reste du parc, la piste s'arrête au niveau d'un parking impossible à atteindre entre sable et rochers. Il faudrait un 4x4. En plus, pour atteindre l'embouchure de la rivière, il faut prendre un sentier qui s'étire sur plusieurs kilomètres. Le parc est donc difficile d'accès et ne brille pas trop pour son paysage exceptionnel. C'est simplement une zone humide qui contraste avec l'aridité ambiante. Au final, je n'en aurai pas vu grand chose, me plaisant plus à observer les paysans avec leurs ânes. C'est toujours une sortie de gagnée, c'est la première fois que je trouve quelque chose de plaisant à photographier.
De retour à Massa Beach, je me suis pris à explorer le village en voiture. On me regardait comme un extra terrestre et les gens déboulaient de partout. Malheur avec les demi tours, en reculant on manque toujours renverser quelqu'un. Et avec toutes ces femmes voilées, on a l'impression de devoir tracer à travers une armée de fantômes, comme ces films d’horreur où un survivant se retrouve seul face à des zombies. Ça me faisait le même effet. J'ai donc regagné dare-dare le camping où j'ai laissé la voiture avant de partir explorer le rivage vers le sud, là où des rochers s'élèvent. Je cherchais une petite crique tranquille. Des criques il y en a, mais elles ne sont pas propices à la baignade. 
Il y a des grosses vagues et des rochers acérés tout autour qui n'attendent que de nous lacérer. Pendant que les hommes sont à la pêche les femmes retournent les rochers à la recherche de coquillages. On trouve dans quelques criques des cabanes faites de bric et de broc d'où s'élèvent des odeurs de barbecue. Certaines ont l'eau et d'autres des panneaux solaires. Je suis sûr que certains vivent à demeure dans ces cabanes de pécheur. En attendant l’heure du déjeuner, j'ai fait une sieste, abrité du soleil ardent par l'ombre d'une falaise. Pour le repas, je suis retourné à l'Ibis Chauve (à défaut de l'avoir vu dans le parc), où j'ai commandé une omelette et des frites. Autant profiter d'un restaurant qui ne m'a pas encore rendu malade. C'est une adresse à conserver...
Pour l'après midi, je suis parti dans l'autre sens de la plage, dans le but de rejoindre le plus possible l'embouchure du Massa et voir un peu mieux le parc national. Mais la plage qui s'étire de Massa Beach est très grande. Le côté nord est le plus joli. C'est une plage sauvage où l'on ne rencontre personne une fois dépassé la plage publique où tout le monde s'agglutine autour des autos tamponneuses, des parasols et des détritus, le tout sous un haut parleur qui crache de la musique quand ce n'est pas des appels à la prière. Il se mettent tous alors à genoux et embrassent le sable, avant de se faire lécher les fesses par une vague qu'ils n'ont pas vu venir. Et là, c'est la panique.
Les femmes qui n'ont pas enlevé leur voile pataugent dans la flotte, complètement trempées, façon concours de T-shirt mouillés local. Qu'on se rassure, il n'y a rien de sexy dans la scène, l'honneur est sauf. Les hommes ont de la vitalité débordante pour arriver à être émoustillés par un tas d'habits sans forme.
Plus loin sur la plage, c'est la zone des chameaux. Ou des dromadaires, je ne sais jamais lequel n'a qu'une bosse. Il y en a trois. Ils ont les pattes de devant liées pour éviter qu'ils ne foutent le camp. Ils restent là à roupiller, en attendant que leurs maîtres ne viennent les chercher au cas où les deux chameaux à l'entrée de la plage destinés à des balades ne suffiraient pas. 
Ceux là sont chameaux de réserve. C'est un animal impressionnant, surtout quand il se met debout. On se demande où il va puiser la force de déplier tout ça. Ça a une petite tête, à peine plus grosse que celle d'un cheval mais alors ça a des pattes interminables. Sans compter le cou. On peut les approcher de près ils n'en ont rien à faire et gardent une posture hautaine et digne imperturbable. Ils pourraient nous piétiner s'ils voulaient. Je me suis étendu sur le sable juste après. Il me faudrait un parasol car le soleil chauffe fort. Heureusement il y a des passages de nappes de brume qui font un peu écran. Je suis allé me baigner et l'eau est bonne. 
C'est une bonne nouvelle. Sans doute que Mirleft devait avoir un courant froid. Au final, j'ai passé une bonne journée. Pas exceptionnelle, mais j'ai trouvé à m'amuser. L'appareil photo en témoigne, passant d'une dizaine de photos les précédents jours à 89 aujourd'hui. C'est un signe qui ne trompe pas. Peut être devrais-je rester plus longtemps mais j'ose toujours espérer trouver quelque chose de mieux plus au nord. On verra bien. Quoi qu'il en soit, on ne peut pas dire que Massa mérite le déplacement depuis la France !

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