Si ce n'était la
présence du parc national de Sous-Massa, rien ne m'aurait poussé à
me rendre ici, après avoir traversé un village plein de monde, qui
s'étire en longueur en surplombant une large rivière. Le parc est
le plus important du pays et couvre une superficie de 330 km2.
Le Lonely Planet m'a encouragé à faire ce petit détour, à
seulement 55 kilomètres au sud d'Agadir. Il dit que le site est
spectaculaire et sauvage, composé de falaises, de dunes, de terres
agricoles, de steppes côtières et de forêts. Le parc a été créé
en 1991 en raison de son importance pour les oiseaux, notamment
l'ibis chauve dont la moitié de la population mondiale vit ici.
On y
rencontre aussi des chacals, des renards roux, des chats sauvages,
des genettes, des sangliers eurasiens, des gazelles de Dorcas, des
addax, des autruches à cou rouge et des Oryx d'Arabie. Tout un
programme !
Les rabatteurs sont
évidemment aussi de la partie. Je me suis fait suivre par une moto
alors que je cherchais non pas le parc mais la côte où se trouve un
camping fléché depuis la route d'Agadir, à Massa Beach. Le bled
n'est sur aucune carte. En revanche il a le mérite de disposer d'un
camping presque vide, hormis un camping-car esseulé et de deux
bungalows-huttes occupés. Les campings au Maroc ne payent pas de
mine. Ils sont situés à l'intérieur d'une enceinte de béton,
jamais bien grande, dénués de toute ombre et plus que spartiates.
On dirait qu'ils sont abandonnés.
Une barrière ferme l'entrée et
la sortie. J'ai été accueilli par un gars occupé avec d'autres à
des travaux d’embellissement (sic). Il m'a proposé ses bungalows,
que j'ai déclinés au profit de ma tente que j'ai installée où
j'ai voulu, un peu en contrebas, contre la clôture, tout au bord de
la plage. Les rouleaux de l'océan me berceront et couvriront les
éventuels bruits nocturnes. On m'avait dit que les musulmans
n'aimaient pas les chiens. Que nenni ! Il y en a. Certes, ce
n'est pas l'Inde, mais je ne sais pas ce qu'ils foutent là. A propos
de l'Inde, ce que j'ai vu du Maroc me rappelle beaucoup ce pays. Le
même bordel désorganisé, la saleté, le non respect de
l'environnement, le bruit, et j'en passe des meilleurs...
Il y a un café
restaurant au bord de la plage, attenant au camping. Ça tombe bien.
C’est miteux comme le reste, mais au moins y a pas à chercher et
puis ça améliorera l’ordinaire. Il faut réserver à l'avance,
dixit la réception. J'y suis donc allé sitôt la tente montée,
commander une tajine au poulet. Le serveur m'a demandé à quelle
heure je souhaitais dîner. Il était 19h15, je lui ai dit à 20
heures mais il m'a répondu que ce n'était pas possible, que la
tajine demandait une heure de préparation. Au moins, c'est du fait
maison et pas congelé. Et puis une heure de cuisson, ça tuera bien
les méchantes bactéries. En revanche j'ai gentiment décliné la
salade du chef ou marocaine dont il me louait les mérites.
Côté
fruits et légumes, on va s'en passer durant le séjour. Finalement
ici ce n'est pas trop mal. La plage a de beau rouleaux et disparaît
au nord à l'infini, en direction de l'embouchure de la rivière
Massa. J'ai donc réservé pour deux nuits. Et puis la tajine poulet
avec ses citrons confits est un délice. C'est le meilleur du plat
avec les olives vertes mijotées.
Je me suis réveillé ce
matin avec un ciel complètement gris comme s'il allait pleuvoir.
C'était un gros brouillard élevé qui a fini par se dissiper vers
10 heures. En revanche tout dans la tente était humide. J'ai la même
tente que celle dont je me servais en Crète ou encore en Andalousie,
la fameuse sans mat tout en moustiquaire.
Aussi c'est comme si je
dormais à la belle étoile. Sitôt le petit déjeuner pris (deux
croissants rassis achetés au Carrefour de Marrakech et une brique de
jus d'orange), je suis retourné 7 kilomètres sur mes pas, pour
traverser la rivière et me rendre à la bifurcation d'où part une
piste qui longe la rive droite du Massa. A cet endroit comme hier,
les motos attendaient le touriste. Il ne faut pas répondre aux
sollicitations, ne jamais s'arrêter et tracer pour montrer qu'on
sait où l'on va. Et ça marche, ils n'insistent pas. Sur la piste on
a de beaux points de vue sur la rivière bordée de roseaux et de
genre de tamaris. Des champs fleuris s’épanouissent le long des
rives où femmes et hommes sont occupés à couper et ramasser du
fourrage qu'ils rassemblent ensuite au fond de grandes hottes
positionnées sur les flancs de mulets qui attendent paisiblement la
fin du chargement en broutant ce qui se trouve à leurs pieds.
Des
hérons attendent le poisson leurs échasses solidement ancrées au
fond de la vase. Pour le reste du parc, la piste s'arrête au niveau
d'un parking impossible à atteindre entre sable et rochers. Il
faudrait un 4x4. En plus, pour atteindre l'embouchure de la rivière,
il faut prendre un sentier qui s'étire sur plusieurs kilomètres. Le
parc est donc difficile d'accès et ne brille pas trop pour son
paysage exceptionnel. C'est simplement une zone humide qui contraste
avec l'aridité ambiante. Au final, je n'en aurai pas vu grand chose,
me plaisant plus à observer les paysans avec leurs ânes. C'est
toujours une sortie de gagnée, c'est la première fois que je trouve
quelque chose de plaisant à photographier.
De retour à Massa Beach,
je me suis pris à explorer le village en voiture. On me regardait
comme un extra terrestre et les gens déboulaient de partout. Malheur
avec les demi tours, en reculant on manque toujours renverser
quelqu'un. Et avec toutes ces femmes voilées, on a l'impression de
devoir tracer à travers une armée de fantômes, comme ces films
d’horreur où un survivant se retrouve seul face à des zombies. Ça
me faisait le même effet. J'ai donc regagné dare-dare le camping où
j'ai laissé la voiture avant de partir explorer le rivage vers le
sud, là où des rochers s'élèvent. Je cherchais une petite crique
tranquille. Des criques il y en a, mais elles ne sont pas propices à
la baignade.
Il y a des grosses vagues et des rochers acérés tout
autour qui n'attendent que de nous lacérer. Pendant que les hommes
sont à la pêche les femmes retournent les rochers à la recherche
de coquillages. On trouve dans quelques criques des cabanes faites de
bric et de broc d'où s'élèvent des odeurs de barbecue. Certaines
ont l'eau et d'autres des panneaux solaires. Je suis sûr que
certains vivent à demeure dans ces cabanes de pécheur. En attendant
l’heure du déjeuner, j'ai fait une sieste, abrité du soleil
ardent par l'ombre d'une falaise. Pour le repas, je suis retourné à
l'Ibis Chauve (à défaut de l'avoir vu dans le parc), où j'ai
commandé une omelette et des frites. Autant profiter d'un restaurant
qui ne m'a pas encore rendu malade. C'est une adresse à conserver...
Pour l'après midi, je
suis parti dans l'autre sens de la plage, dans le but de rejoindre le
plus possible l'embouchure du Massa et voir un peu mieux le parc
national. Mais la plage qui s'étire de Massa Beach est très grande.
Le côté nord est le plus joli. C'est une plage sauvage où l'on ne
rencontre personne une fois dépassé la plage publique où tout le
monde s'agglutine autour des autos tamponneuses, des parasols et des
détritus, le tout sous un haut parleur qui crache de la musique
quand ce n'est pas des appels à la prière. Il se mettent tous alors
à genoux et embrassent le sable, avant de se faire lécher les
fesses par une vague qu'ils n'ont pas vu venir. Et là, c'est la
panique.
Les femmes qui n'ont pas enlevé leur voile pataugent dans
la flotte, complètement trempées, façon concours de T-shirt
mouillés local. Qu'on se rassure, il n'y a rien de sexy dans la
scène, l'honneur est sauf. Les hommes ont de la vitalité débordante
pour arriver à être émoustillés par un tas d'habits sans forme.
Plus loin sur la plage,
c'est la zone des chameaux. Ou des dromadaires, je ne sais jamais
lequel n'a qu'une bosse. Il y en a trois. Ils ont les pattes de
devant liées pour éviter qu'ils ne foutent le camp. Ils restent là
à roupiller, en attendant que leurs maîtres ne viennent les
chercher au cas où les deux chameaux à l'entrée de la plage
destinés à des balades ne suffiraient pas.
Ceux là sont chameaux
de réserve. C'est un animal impressionnant, surtout quand il se met
debout. On se demande où il va puiser la force de déplier tout ça.
Ça a une petite tête, à peine plus grosse que celle d'un cheval
mais alors ça a des pattes interminables. Sans compter le cou. On
peut les approcher de près ils n'en ont rien à faire et gardent une
posture hautaine et digne imperturbable. Ils pourraient nous piétiner
s'ils voulaient. Je me suis étendu sur le sable juste après. Il me
faudrait un parasol car le soleil chauffe fort. Heureusement il y a
des passages de nappes de brume qui font un peu écran. Je suis allé
me baigner et l'eau est bonne.
C'est une bonne nouvelle. Sans doute
que Mirleft devait avoir un courant froid. Au final, j'ai passé une
bonne journée. Pas exceptionnelle, mais j'ai trouvé à m'amuser.
L'appareil photo en témoigne, passant d'une dizaine de photos les
précédents jours à 89 aujourd'hui. C'est un signe qui ne trompe
pas. Peut être devrais-je rester plus longtemps mais j'ose toujours
espérer trouver quelque chose de mieux plus au nord. On verra bien.
Quoi qu'il en soit, on ne peut pas dire que Massa mérite le
déplacement depuis la France !













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