Pour les trois derniers
jours qui me restent, j'ai décidé de ne pas partir du Maroc fâché
avec l'Atlas. Je vais donc retourner dedans, moins pressé que le
premier jour, et surtout moins loin. Hier encore je ne savais pas
quel coin choisir. J'avais initialement prévu une virée à l'est,
avec les cascades d'Ouzoud et la vallée de l'Aït Bougoumez. Mais il
y a un équivalent au sud de Marrakech, deux fois moins loin avec des
sites à voir comme la vallée de l'Ourika, le parc national du
Toubkal qui abrite le plus haut sommet de toute l'Afrique du nord
avec ses 4167 mètres, les gorges de Moulay Brahim et d'autres routes
pittoresques. Une recherche de photos sur internet m'a convaincu
d'explorer le sud. En plus, comme c'est moins loin, je n'aurai pas le
stress jeudi d'arriver à temps à l'aéroport pour rendre la voiture
sur les coups de 10 heures.
Ce matin c'est la petite
forme, je me suis levé avec des crampes abdominales. Un petit tour
aux toilettes a confirmé ce que je pensais : la tourista !
Et une carabinée, tant qu'à faire. Il fallait bien qu'elle arrive,
pourtant je faisais attention, ne m'octroyant que des truc bien
cuits. L'avantage c'est que ça me purge !Je pense savoir où je
me suis chopé ça. A un café restaurant de la place Djemaa el-Fna,
juste avant le café de France. Pour atteindre la terrasse
panoramique on traversait des couloirs et des escaliers lugubres qui
donnaient l'impression de mener à l'arrière des cuisines. Arrivé
sur la terrasse il n'y avait que 3 ou 4 personnes. Les toilettes
n'étaient pas bien brillantes et la table où je me suis assis a été
nettoyée d'un coup de manche.
Le type, peu aimable, m'a refusé le
menu sous prétexte que c'était dimanche, alors que rien ne
l'indiquait sur la carte. Sans doute pour faire monter son chiffre
d'affaires. J'avais commandé une tajine aux olives et citron et un
thé vert. Rien qui à priori puisse me rendre malade. Mais le faible
débit du restaurant doit être responsable du truc. Si ça se trouve
c'est préparé à l'avance, gardé dans un frigo la porte ouverte et
réchauffé à la dernière minute. On va dire que je l'ai bien
cherché. Pas forcément, j'ai évité tous les snacks de rue et les
banquets nocturnes de la place et leurs barbecues en plein air. Au
final, il y avait peut être moins de risque vu le nombre de
personnes qui s'assoient autour de ces grandes tables communes.
La
tourista ça ne m'est arrivé que deux fois dans ma vie, la première
étant l'Inde. Ce qui achève de confirmer la ressemblance que je
trouve entre les deux pays.
Du coup plus question de
restaurants. Avant de quitter Marrakech, je suis passé au Carrefour. Ce sera crackers et fruits secs pour les trois derniers jours. Retour
aux basiques. Seules deux caisses étaient ouvertes mais avec quatre
caissières autour de chaque, regardant l'objet comme un truc
indomptable. Il faut bien ça pour arriver à les faire fonctionner !
La vallée commence après Dar-Caïd Ouriki, un bled pouilleux comme
tous les autres, gorgé de monde qui marche au milieu de la route et
d’animaux qui traversent, le tout dans une odeur pestilentielle.
L'entrée de la vallée est très verte, avec de nombreux amandiers
et oliviers qui forment comme une forêt le long du lit de la rivière. En raison
des pluies d'hier, le débit de la rivière est impressionnant et
tumultueux. L'eau a une couleur boueuse et charrie tout ce qu'elle a
pu trouver sur son chemin depuis les pentes du Jebel Toubkal, le
fameux sommet de 4167 mètres de haut. Sur les hauteurs, des villages
pittoresques en terre cuite avec leur mosquée au milieu semblent
suspendus dans les airs. Puis la vallée se rétrécit, formant comme
une gorge. De l'autre côté de la rive, il y a de nombreux
restaurants auxquels on accède par des ponts suspendus branlants, en
bambou, qui ne demandent qu'à se retourner dès qu'on pose le pied
dessus. Il y a un monde fou qui visite la vallée.
Beaucoup de
navettes touristiques venues de Marrakech pour une sortie à la
journée. Dans le souk, on ne compte plus le nombre d'agences de
voyages spécialisées dans ces excursions. Du coup, ça ne roule
pas, 30 à 40 km/h au mieux.
La vallée de l'Ourika
s'achève par des cascades dont je n'aurai rien vu. En effet elles se
trouvent dans le village de Setti Fatma et dès que l'on arrive là
dedans des jeunes suivent en courant derrière la voiture comme des
clebs, pour vous faire garer à leur parking privé. Les gens font
barrage pour qu'on ne puisse pas continuer. Il est plus facile
d'avancer dans un troupeau de brebis. C'est des grands signes de bras
façon flics pour vous indiquer de vous garer là.
Ils vous disent
« Où vas tu, la route est finie », « Il n'y a plus
rien », « non, non, pas par là, ici les cascades »...
Sourd à leurs remarques, je continue à la limite d'en écraser
plusieurs. On verra bien où elle s'arrête cette route, j'ai le
droit de savoir. Ce que je cherche c’est surtout à quitter ce
village maudit et à me rapprocher le plus possible du Jebel Toubkal
dont on aperçoit la cime enneigée dès l'entrée du village. Les
cascades, je m'en fiche. Je préfère m'en passer que d'avoir une
meute à mes trousses pour m'y conduire. La route finit bien en cul
de sac mais c'est plusieurs kilomètres après les cascades.
Et c'est
la partie la plus jolie de la vallée. Personne ne vient par là, les
barrages des jeunes ayant bien fonctionné pour tout ceux qui
arrivent aux cascades. Quelques personnes ont réussi à s'extraire
du village, attirées par des vues merveilleuses sur la vallée et
frustrées d'être garées si loin. Après la route un chemin
continue en fait, au delà de noyers dont les villageois sont occupés
à remplir de gros sacs. Il grimpe en lacets sur les pentes d'une
montagne dénudée. Je l'ai emprunté un peu pour bénéficier d'une
vue panoramique sur la vallée mais j'ai dû faire demi tour très
vite, le chemin étant plein d'ornières et impraticable avec un
véhicule normal.








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