L'arrivée par la route
d'Agadir descend à travers une forêt de cyprès et de pins sur 10
kilomètres avant Essaouira qui surprend par un littoral jusqu'ici
dénué de toute végétation. Ça donne un petit côté
méditerranéen au paysage. On arrive alors le long d'une plage
bordée d'une promenade agrémentée de restaurants de plage qui se
tiennent. L'un d'eux est devenu ma cantine. Pourquoi aller ailleurs
alors que je n'ai pas été malade, qu'on a vu sur la plage et qu'on
peut se garer juste derrière sur le boulevard ? De plus
Essaouira est une destination internationale, prisée de touristes
pour la plupart anglais et même américains. Cela fait tout de suite
monter le standing.
Signe qui ne trompe pas, les toilettes sont
nettoyées et disposent de papier pour s'essuyer, chose impensable
avant. Il faut dire qu’avec ce que j'ai vu jusqu'à présent, on ne
peut pas dire que ça incite les touristes à s'y rendre. En fait au
Maroc, il faut venir dans les grandes villes et y rester. Ce que font
la plupart. Pour un tourisme nature, il faut venir en camping-car
(encore que, pour trouver un coin où s'arrêter, faut chercher, les
chemins forestiers ou agricoles qu'on trouve partout en Europe, ici
il n'y en a pas), afin d'être autonome que ce soit pour la
nourriture ou le logement. Moi, je suis entre les deux, ce qui
explique que ça n'aille pas.
Le bout du boulevard de
la plage conduit à un port et aux remparts de la médina. C'est là
que se trouve le coin pittoresque d'Essaouira. Si on continue à
l'est et vers le nord, la ville nouvelle redevient une horreur comme
celles que j'ai vu jusqu'à présent. C'est un trafic de rickshaws,
de mobylettes pétaradantes, de calèches et d'ânes qui marquent
miraculeusement l'arrêt aux stops. Aucun touriste ne se rend là, à
part pour le seul supermarché du coin, comparable à ce qu'on peut
trouver en Europe. C'est une grande avancée car depuis le Carrefour
de Marrakech, question ravitaillement, les épiceries sont des
espèces de placard devant lequel se tient un type à qui on demande
ce qu'on veut. Ou du moins ce qu'il a.
D'où le souci que j'avais
voyant mes provisions se réduire à peau de chagrin. De toute façon,
ça ne sert à rien de se prendre à manger. Les restaurants sont bon
marché. 5 euros la tajine, autant pour l'assiette marocaine composée
de trois spécialités délicieuses. J'ai décidé de voir le bon
côté des choses. Au Maroc il fait chaud, même trop chaud parfois
en pleine journée. Heureusement l'air de la mer, plus frais,
rafraîchit l’atmosphère. A défaut de sites naturels
exceptionnels, c’est déjà ça.
Ce matin je me suis perdu
dans les ruelles de la médina. C'était agréable de flâner comme
ça ; du coup j'envisage de passer une nuit ou deux à Marrakech
qui vaut sans doute le détour.
Le port est l'attraction phare
d'Essaouira. C'est l'endroit rêvé pour prendre des photos de
tranches de vie, l'air de rien. Les pécheurs sont affairés à
décharger leurs cargaisons de poissons, pour la plupart de la
sardine. Les bateaux sont des espèces de grosses coques de noix très
larges. D'autres embarcations, plus petites mais plus grandes que des
barques, toutes bleues, viennent s'entasser entre les gros bateaux.
Le port est si encombré que vous ne verrez pas l'eau. L'arrivée
d'un bateau est un événement où toute la foule se presse, aidant
pour certains à faire passer les cagettes de mains en mains. Par
terre des petits vieux raccommodent des filets rouges interminables
tandis que les chats s'en donnent à cœur joie à grignoter les
restes de poisson vidés que les pécheurs abandonnent à même le
sol.
Il règne une odeur insoutenable. Les mouettes aussi adorent et
offrent le spectacle d'un ballet aérien au dessus du port et contre
les remparts de la médina, parfait pour compléter le tableau.
Question photos, il y a de quoi faire. D'ailleurs les touristes y
viennent en nombre, déguster aussi un jus d'orange frais que des
marchands vendent dans des espèces de cabanons.
Essaouira a été conçue
par un architecte français qui a dessiné Saint Malo. D'où une
ambiance particulière presque familière de port de pèche breton.
Mais dès que l'on entre dans la médina, les échoppes d’artisanat
local, de tentures et d'abats jours rappellent bien qu'on est au
Maroc.
Contre toute attente je n'ai pas été sollicité pour entrer
en passant devant chacune d'elles. Le gros de la ville et des
fortifications datent du XVIIIe siècle mais la cité remonte à
l'époque des Phéniciens. Elle fut occupée aussi par les portugais
au XVe siècle qui l'appelèrent Mogador. On retrouve ce nom un peu
partout, depuis le nom d'hôtels, de restaurants, ou encore d'une île
face à la baie. Cette île fut habitée du temps des phéniciens et
des romains qui y produisaient du pourpre à partir de coquillages
locaux. Depuis la plage on voit des fortifications, une mosquée et
une prison abandonnée. L'île est de nos jours interdite d'accès et
devenue une réserve pour une espèce de faucon protégé.
L'ambiance à Essouira
est moins traditionnelle qu'ailleurs. Ici les jeunes ont laissé
tomber la tunique, pourtant pratique pour se changer et enfiler le
maillot de bain (vu à Massa), pour le survêtement tout polyester
façon jeune de banlieue. Certaines femmes ne portent plus le voile,
de façon plus que minoritaire devant les 99% qui en portent
toujours. Parallèlement des burqas font leur apparition alors que je
n'en ai jamais vu avant. Qu’est ce qui est le mieux ? Ces
espèces de robes de chambre informes aux couleurs passées par le
soleil ou une burqa toute noire et toute simple ? Entre les deux
mon cœur balance.
D'ailleurs qui dit que les femmes sont bien des
femmes ? Pour se travestir, rien de plus facile. Enroulez moi ça
d'un drap, voilez moi le tout et le tour est joué !
Après la balade dans la
médina, j'ai pris mon déjeuner au restaurant de la plage puis j'ai
filé en direction du sud de la baie, en dehors de la ville. Il
suffit de se garer au dernier parking puis de marcher le long de la
plage où des dromadaires vous attendent pour une balade. A moins de
préférer louer un quad pour un circuit dans des petites dunes face
à un rocher. Après avoir franchi un oued asséché, la plage
devient déserte et fantomatique avec des nappes de brume qui
circulent à la surface du sable, issues de l'évaporation de la mer.
Toute la côte est constamment embrumée. Même dans les terres je
n'ai jamais vu un vrai ciel bleu, il est toujours d'un bleu pâle qui
me rappelle le ciel indien. L'eau n’est pas bien chaude. Il n'y
avait en fait qu'à Massa qu'elle était meilleure. En plus, question
vagues il n'y en a pas alors qu'Essaouira est connue pour ses vagues
et son vent qui lui a valu le surnom de la capitale du vent
africaine. Ce n'est pas plus mal au final, comme ça je peux passer
l'après midi tranquille sur la plage, au creux d'une dune où je me
suis construit une sorte de cabane avec des branches d'arbustes et
mon paréo afin de me protéger du soleil.
Finalement ce n'est pas
trop mal ici. J'ai même trouvé un kiosque à journaux qui vend des
quotidiens français, me permettant d'avoir aussi de la lecture.
C'est mieux que Massa. Le fait de voir des touristes me plaît aussi
davantage. Je me sens plus chez moi. Du coup, je crois que je vais
rester là jusqu'à ce week-end. D'autant que j'ai trouvé un coin où
planter la tente à l'extérieur de la ville, au bout d'une route cul
de sac où je peux me mettre sous des cyprès les pieds dans le
sable. Personne n'y passe, à part des chèvres en journée. Je
partirai ensuite passer un jour ou deux sur Marrakech avant de filer
visiter des cascades, une gorge et une vallée admirable à seulement
150 kilomètres au nord est de Marrakech. Les choses semblent enfin
s'arranger un peu...











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