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mardi 23 septembre 2014

Autour du Djebel Toubkal

Hier en quittant la vallée de l'Ourika, j'ai bifurqué pour prendre une route qui monte à 2650 mètres d'altitude au niveau d'Oukaïmeden, village connu pour être l'unique station de ski du Maroc. En revanche, les nuages qui commençaient à s'accumuler au bas de la vallée étaient de plus en plus nombreux en altitude, de sorte que je me suis retrouvé dans une purée de pois. Dans ces conditions, autant remettre l'excursion au lendemain. Je me suis donc mis en quête d'un endroit où planter la tente. J'ai rapidement écarté cette solution en raison du froid qui sévit à 2000 mètres, de l'humidité ambiante qui s'est vite transformée en petite pluie et de la présence de hameaux un peu partout d'où des aboiements divers et variés s'élevaient, traversant des vallées. 
J'ai trouvé un petit chemin qui partait en s’enfonçant dans une forêt de pins qui sentait bon la résine, en direction d'un col. Je me suis garé à ce niveau, pour passer la nuit dans la voiture. Comme le siège passager ne se rabat pas complètement, j'ai trouvé l'astuce. Je bourre le creux entre l'assise et le dossier par des vêtements, mets le tapis de sol par dessus et gare la voiture dans le sens de la pente de manière à avoir l'avant surélevé, ce qui a pour effet de mettre le siège à l'horizontal. De cette façon je n'y dors pas trop mal. Sauf cette fois ci. À 22h30, alors qu'il faisait nuit depuis presque 3 heures et que je dormais comme un loir, un gros 4x4 s'est radiné, ralentissant à mon niveau pour se garer en braquant ses phares sur la voiture afin d'éclairer tout l'intérieur. 
J'ai regardé si je voyais un logo de police sur la carrosserie, il n'y avait rien d'écrit. Pendant ce temps ça palabrait à l'intérieur, avant que quelqu'un ne descende pour venir voir de plus près. Que faire ? J'étais prêt à bondir hors de mon sac de couchage pour passer côté conducteur mais la jeep derrière me bouchait la manœuvre. Pas de panique. Je me suis redressé, ai levé la main pour saluer en souriant. Le type en a fait de même avant de remonter dans sa jeep. En attendant ça fait flipper. Pour le reste de la nuit, je n'ai plus compté le nombre de mobylettes et de voitures qui sont passées par là quelque soit l'heure en me réveillant à chaque passage. 
La montagne où l'on skie
Pourtant j'étais parti explorer la piste plus loin et elle n'en finissait plus, se dirigeant vers les montagnes sans aucun village alentour. C'était une belle piste forestière. Sauf qu'au Maroc, on peut se croire perdu dans la nature mais on ne l'est jamais. Je ne sais pas comment ils font pour être partout. Ils se multiplient la nuit venue ou quoi ?
Ce matin le soleil brille et découvre un paysage inédit. Le coin où j'ai passé la nuit est très beau, au pied de montagnes de couleur rouille qui contraste avec le vert des pins et des chênes verts. Je me suis mis en route aussi sec, le temps en montagne étant souvent beau le matin pour finir très couvert l'après midi. 
Je connais ces phénomènes météorologiques, ils ont lieu dans toutes les montagnes du monde. En plus la lumière du matin offre de beaux contrastes entres versants illuminés et d'autres restés dans l'obscurité au milieu de nappes de brume mystérieuse où les rayons de lumière filtrent à travers. La route pour Oukaïmeden n'en finit plus de grimper, entre gorges et canyons. C'est très beau, sans doute le plus beau paysage que j'ai vu pour l'instant au Maroc. On traverse de petits villages très montagnards où les villageois tirent des ânes ou suivent un troupeau de brebis, appuyés sur une grande canne. Il y a aussi des petits champs minuscules, étagés en terrasse.
Ça a l'air plus sympa par là. Les gens me saluent sur mon passage, les enfants crient et bondissent vers la voiture. Les femmes sont habillées comme des gitanes, avec des vêtement très colorés, des genres de manteaux de laine. Elles ont laissé tomber le voile pour porter comme un foulard noué sur la tête. Les gamines me font rire. Elles ont des coiffures improbables, toutes pareilles. Elles portent une tresse derrière pendant que devant leurs cheveux drus et frisés partent dans toutes les directions comme si un pétard avait explosé en plein milieu.
Je pensais que d'Oukaïmeden je verrais le Djebel Toubkal qui semble le dominer sur la carte. 
Mais ce n'est pas le cas. Il n'y a aucun sommet enneigé à la ronde. La station de ski semble comme abandonnée hors saison. Il y a de grands hôtels clubs délabrés et quelques restaurants, dont le Courchevel. On y trouve aussi des boutiques de location de matériel de ski et de surf. Depuis la station il y a des tire-culs qui mènent à de petits sommets mais aussi un télésiège qui monte jusqu'à 3243 mètres, en faisant le plus haut d'Afrique ! C'est une petite station de 7 pistes qui sont transformées l'été en zones de pâturages pour les brebis. Sur les côtés il y a un nombre incalculable de cabanes de terre cuite qui ressemblent de loin à des tanières. 
Par contre, là comme ailleurs, impossible de poser un pied à terre. Pour les photos vous êtes priés de faire vite et depuis la voiture. Malgré ces précautions d'usage, il y a toujours une mobylette qui arrive sans l'avoir vue venir avec une cargaison de babioles à refourguer. C'est la génération spontanée. A croire qu'ils sont postés partout avec des jumelles. Impossible de passer inaperçu au Maroc, c'est bien ce que je reproche en premier à ce pays. Les incessantes sollicitations sont épuisantes. J'ai fini par acheter une améthyste à un type qui m'a eu avec « c'est pour ma famille, j'ai trois enfants, la vie est rude par ici, aide moi, ça te fera un beau souvenir aussi». 
La pierre qu'il m'a montrée est magnifique. Elle est toute noire et a la forme d'un œuf d'autruche. Elle a été coupée en deux et les deux parties s’emboîtent parfaitement sans laisser d’interstice. Quand on l'ouvre c'est incroyable. Il y a plein de cristaux d'un violet électrique qui tapissent l'intérieur de cette coquille d’œuf. C'est magique. Il voulait aussi me vendre une autre pierre, beige celle là avec des cristaux aux reflets rubis et or. Une pure merveille qu'il me faisait pour 5 euros de plus. Je ne vais pas ramener toutes les pierres d'Afrique, je me suis contenté de l'améthyste. L'histoire ne dit pas si elle est d'ici. Car je crois que ce sont des roches volcaniques. Quoique en dessous du Djebel Toubkal, il y a un autre sommet, le Djebel Siroua, ancien volcan qui culmine à 3304 mètres. Qui sait...
Imlil
En descendant d'Oukaïmeden, on rejoint les gorges de Moualy Brahim, juste avant le village d'Asni, bordélique, sale, encombré, aux routes défoncées, noir de monde avec des stands de tout et n'importe quoi posés par terre sur un drap. Un grand classique. Les gens circulent dans des estafettes de plombier remplies à craquer où les derniers passagers se tiennent debout accrochés aux portières, une jambe dehors. On y trouve quelques restaurants aux chaises en plastique fondues au soleil à la vue desquels mon estomac n'a fait qu'un tour. C'est ici qu'on rejoint Imlil, 17 kilomètres plus loin, après être entré dans une vallée fermée par les cimes enneigées du Djebel Toubkal. J'ai de la chance de voir le sommet avec la neige. 
C’est seulement depuis dimanche. Imlil est célèbre pour être le point de départ de randonnées dans le parc national du Toubkal et pour l'ascension au sommet du même nom, au cours d'un trek de 22 kilomètres effectué sur deux jours avec 3313 mètres de dénivelé et autant au retour. Un truc de fou dont je me suis abstenu. On peut aussi choisir un autre trek qui rejoint la vallée de l'Ourika en trois jours. Bref, il y a fort à faire dans le coin. La vallée s'ouvre par des vergers pleins de pommes puis s'achève par des noyers où tous les paysans du coin sont venus armés d'une longue tige pour remplir de grands sacs de jute. 
Dès qu'il y a quelques chose à voir, ça rameute les rabatteurs inéluctablement. Il y a même une voiture qui m'a doublé sans me doubler pour ouvrir sa vitre à mon niveau : « j'ai des chambres à Imlil, suis moi ». Tout le long de la route les panneaux de chambres à louer ne manquent pas. Il y a chez Hamid, vous savez le célèbre proctologue Hamid Mefes, confrère du non moins célèbre gynécologue Imraz Latouf rencontré sur les bancs de l'université de Casablanca...
Imlil est comme Setti Fatma et ses cascades hier. Viens que je te gare là et autres routes interdites. Dire que je comptais passer la nuit ici. 
D'une il n'y a aucun endroit où l'on puisse se garer discret et planter la tente loin de tout bruit et civilisation - j'en ai fait mon deuil depuis belle lurette - et de deux les gîtes sont des taudis. En plus d'Imlil on est trop près du Djebel Toubkal pour en apercevoir le sommet, caché derrière d'autres monts. Bref, aucun intérêt que ce village dont je me suis extrait au plus vite. Du coup que faire ? Je n'ai plus rien à voir dans le secteur et dormir dans la voiture pendant encore deux jours après l'expérience d'hier ne me dit rien qui vaille. Surtout qu'un ami m'a prévenu par SMS qu'un randonneur s'était fait enlever par des djihadistes dans les montagnes en Algérie et devait être exécuté demain. 
Du coup tout le monde m'envoie des messages et s'inquiète pour moi. J'ai donc décidé de regagner Marrakech. Je me suis arrêté en chemin pour réserver sur internet un truc à l'écart de la ville mais pas trop loin, avec piscine, où je puisse me détendre en paix avant de prendre l'avion jeudi. Je l'ai bien mérité, après toutes ces péripéties !



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