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samedi 28 juin 2014

Tripiti et Lakoudi

Tripiti est à l'opposé de là où l'on est, tout au sud. Tellement au sud que c'est le point le plus au sud de l'Europe. Après il n'y a plus rien. La mer puis l'Afrique. Pour célébrer cet endroit un monument a été érigé en haut d'une falaise trouée. Une chaise en bois géante gravée des mots « Southern point of Europe » et sur les côtés « Smile » et « Relax ». Mais depuis la dernière fois des petits malins se sont sentis obligés de gratter leurs initiales, voulant s'octroyer une part de légende. C'est dommage. C’est un lieu qui appartient à tout le monde et on se doit de le respecter. Ceux qui y mettent leur nom n'ont rien compris à l'esprit de Gavdos. 
Sarakiniko et sa rue principale!
Pour atteindre Tripiti il y a deux voies, un sentier qui part depuis Korfos sur la côte est ou bien un sentier qui démarre du village de Vatsiana perché en haut de la colline. Mais je n'ai jamais réussi à découvrir où commençait le sentier depuis Vatsiana. Il faut dire que je n'ai pas beaucoup cherché. Et puis le chemin au départ de Korfos est très joli. Il faut compter un peu moins de 5 kilomètres et autant au retour.
Mission du jour : trouver un vélo ou un scooter pour se rendre à Korfos. Depuis Agios Ioannis ça fait un peu loin. Aussi on a décidé avec Sébastien de prendre le petit déjeuner à Sarakiniko, plus civilisé, où des pensions proposent des vélos – normalement à leurs clients. Je connais même un endroit sur la route de Sarakiniko qui propose des scooters. 
L'épicerie de Sarakiniko
C'est là que j'avais loué l'an dernier. Cela ne faisait que quelques minutes que nous marchions qu'un pick-up s'est arrêté à notre niveau. Ils parlaient grec mais on a bien compris qu'ils voulaient nous faire monter dans la benne. On a annoncé Sarakiniko et le chauffeur nous a demandé de nous tenir au toit du pick-up. C'est parti pour 5 minutes de fun, cheveux au vent comme à Pékin Express. Il n'y a plus de bus à Gavdos mais des fermiers serviables sont toujours là pour aider. Je me suis déjà fait prendre en stop à maintes reprises en Crète sans jamais avoir à lever le pouce. D'instinct, de voir un individu marcher le long d'une route en plein soleil, ça pousse les conducteurs à s'arrêter. 
On a eu de la chance en plus, car avec le trafic qui sévit ici on serait sûrement arrivé à destination avant qu'une autre voiture ne passe. On est descendu à la jonction pour Sarakiniko. Peu après, là où avant il y avait l'agence de location au nom pompeux de « Gavdos Travel », au bord de la route et dans les pins au milieu de nulle part se dresse désormais une taverne psychédélique, à la décoration mi indienne mi hippie aux chaises bariolées. La druide est là, assise en train de prendre son petit déjeuner. Sans doute pour la sortir de la taverne de là où elle travaille. Il y a aussi un grand type tatoué et torse nu qui tient la taverne. 
Korfos
On lui demande s'il connaît un endroit où louer un vélo. Ni une ni deux il nous dit que ça a changé, que l'agence est désormais à Metochi et il se propose de l'appeler sur le champ. En anglais quand on parle de « bike », les gens pensent toujours à « moto ». Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. En attendant que le gars n'arrive on a décidé de prendre notre petit déjeuner là. Sébastien est un peu réticent, il aurait aimer pousser jusqu'à Sarakiniko pour comparer l'offre avant de prendre une décision. Moi je trouve plus pratique de ne pas avoir à tournicoter et parlementer. Et puis obtenir un vélo d'une pension où l'on ne réside pas, pas sûr que ça fonctionne. Pendant qu'on dégustait un yaourt grec avec muesli, fruits et miel, la druide assise à côté de nous était en train de traficoter des rallonges qu'elle semblait vouloir rafistoler ou tresser. On n'a jamais su ce qu'elle faisait avec, ça n'avançait pas, elle en était toujours au même stade. Peut être est ce une occupation locale comme d'autres tricotent...
Korfos et le port de Karave au fond
Un scooter pétaradent s'est arrêté à notre niveau d'où est descendu un type un peu bourru qui ne s'encombre pas des formalités et politesses. Droit au but, il se propose de me conduire à Sarakiniko pour aller chercher un de ses engins. Il me demande combien de jours je veux louer, m'annonçant un tarif de 15 euros la journée, dégressif selon la durée. Il en faut un au moins pour aujourd’hui. Avec deux jours cela permettrait d'aller demain à Potamos et d'explorer les villages du centre de l'île. Je l'ai donc loué pour deux jours. Par contre l'essence est en dessous du rouge et le type me propose de passer à sa cahute à Metochi pour me faire le plein, une fois le petit déjeuner fini. C’est un scooter mécanique. 
Nouveaux paysages : balade dans les pins
Le loueur m'a reconnu de l'an dernier et de ce fait ne s'est pas fatigué à m'expliquer comment tout cela fonctionnait ; m'ayant fait la démonstration la dernière fois. Hum, est ce que c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas ? Rien n'est moins sûr. Il y a une pédale pour passer les vitesses, une autre pour décélérer, tout cela à gauche. A droite il y en a deux autres dont je ne sais plus à quoi elles servent. Parallèlement il y a un bouton sur le guidon qu'il faut pousser pour lancer l'allumage en tournant en même temps la poignée. Bien compliqué et il m'aura fallu plusieurs essais avant d'arriver à allumer l'engin. Je voyais le moment où le type de la taverne allait nous montrer comment ça marchait.
Metochi est un village sur les hauteurs de Korfos, dont l'embranchement est juste après un camion à pizza qui est plus visité par les chèvres que par les touristes. 
Pour ce qui est d'un village c'est en fait une taverne qui loue des bungalows dans un jardin fleuri autour d'une micro piscine sans eau. Dès qu'il y a une âme ça suffit pour que ça forme un village avec son panneau. Ceux qui sont là auront une jolie vue sur la mer, par contre il faudra se farcir la côte en plein cagnard et quelques kilomètres jusqu'à Korfos. Tranquillité garantie mais praticité nulle. D'ailleurs il n'y a personne là dedans, malgré l'heure matinale personne n'est assis en terrasse et aucun linge n'est suspendu aux bungalows. L'implantation émane certainement d'une longue étude de marché !
Avant de commencer la randonnée pour Trypiti, arrêt baignade obligatoire à Korfos. 
C'est le dernier arrêt baignade possible et mieux vaut commencer à randonner en étant rafraîchi. Korfos est une plage de galets sise dans une baie au bord de laquelle se trouve une taverne et des chambres à louer. Une ravine finit sa course ici, au milieu des pins. L'eau y a une belle couleur bleu turquoise et on a un panorama qui s'étend jusque vers le port, avec la Crète visible au loin. Par temps pas trop brumeux on peut même apercevoir la baie de Matala et son rocher en plein milieu. On peut aussi planter sa tente sous les pins derrière. Comme le vent souffle souvent de l'ouest, ce côté est en général bien abrité et moins fréquenté qu'Agios Ioannis. 
Tripiti en vue
D'habitude je vois toujours une dizaine de campeurs mais là tous les emplacements sont libres, à part à un endroit au fond où je distingue une forme mouvante sans arriver à l'identifier à travers les branches.
Il y a un type qui est passé devant nous armé d'un bâton et le pas pressé. On l'a retrouvé en haut de la colline qui domine Korfos, à une aire de pique nique sous les pins, à reprendre son souffle avec pour toute gourde une bouteille d'eau remplie de vin rouge. Un belge. Il va à Lakoudi, une plage à mi chemin de Trypiti que j'ai prévue de visiter après Trypiti. Il réside à la taverne Panorama qui comme son nom l'indique surplombe Korfos. On y mange très bien. 
Les arches de Tripiti et la chaise en haut à gauche
La fois où j'y suis allé j'avais demandé du poisson et la gérante m'avait attiré dans une grande cuisine en ouvrant son réfrigérateur. Je pouvais choisir le poisson que je voulais, tous aussi moches les uns que les autres mais d'une fraîcheur imbattable. En Grèce ils n'hésitent pas à vous faire venir en cuisine pour vous montrer ce qu'ils sont en train de faire mijoter dans des marmites. C'est moins fastidieux que d'écrire une carte. Pour les prix en revanche c'est secret d'état bien gardé jusqu'à l'addition. Ce serait impensable en France et vu l'état de certaines cuisines de restaurant il vaut mieux ne jamais y mettre un pied. Ici c'est très propre et bien rangé, comme à la maison. Le propriétaire du Panorama est né il y a 50 ans à un village abandonné qu'on aperçoit avant de descendre sur Tripiti. 
Il a donc dû être le témoin du déclin de Gavdos. C'est étonnant car cette île eu son heure de gloire dans le passé. Elle est habitée depuis le Néolithique et a été identifiée dans la mythologie grecque comme Ogygia où Calypso garda Ulysse en captivité. L'île fut très prospère sous l'empire romain et, plus proche de nous, l'apôtre Paul s'y arrêta dans son voyage vers Rome. A l'époque Byzantine, on comptait jusqu'à 8000 habitants. De toute cela il ne reste plus grand chose. Tout a été retourné à la nature.
Le chemin pour Tripiti est un long chemin mais sans difficulté majeure, bien tracé, qui évolue la plupart du temps dans une pinède où les cigales chantent si fort qu'elles vous en perceraient le tympan. 
Il y a juste un endroit où il faut descendre au fond d'une gorge avant de devoir remonter de l'autre côté par un sentier raide. Ensuite on trouve la bifurcation pour Lakoudi sur la gauche, non indiquée, le village abandonné puis le sentier descend dans une vallée au bout de laquelle on aperçoit une plage avec une eau d'un bleu irréel. C'est Trypiti. Derrière la plage se trouve un lac salé asséché qui doit être formé par la mer les jours de grosse tempête. L'été c'est un terrain tout plat avec des algues blanches chevelues toutes sèches qui sert de décorations composées de cailloux divers et variés. Il y a deux endroits de part et d'autre de la plage où l'on peut être à l'ombre sous un cyprès. 
On y trouve aussi un banc bancale et des chaises faites de bric et de broc. Comme à son accoutumée Sébastien est parti en exploration avec masque et tuba. Je lui ai dit de pousser jusqu'aux arches sous la chaise où les rayons de soleil pénètrent comme des faisceaux de projecteur. Moi pendant ce temps je barbote, je me retourne les orteils, je bat des pieds comme un bébé dans son bain. Il ne manque qu'un canard ! Après le déjeuner on est parti en exploration de la chaise. Photo souvenir obligatoire. On se doit d'y monter, c'est plus fort que tout. Un peu plus haut il y a les restes d'un phare en fer tout rouillé qui s'est cassé la gueule comme s'il avait fondu au soleil. Ils en ont mis un autre plus loin, plus moderne avec ses panneaux solaires.
A force de pérégrinations et de bains intempestifs pour se soulager de la chaleur, il était déjà presque 16 heures quand on a décollé de Trypiti pour Lakoudi. Trop tard pour bénéficier de cette plage dans toute sa splendeur. La moitié était déjà dans l'ombre. Pourtant c’est une belle plage tout en bas d'une falaise de calcaire qui n'a rien à envier à Etretat. De l'autre côté de la plage les falaises forment des strates où se superposent des couches violettes, blanches et vertes comme l'argile. Au sol on trouve des rochers roses rayés de blanc comme des bonbons. C'est le paradis des galets dont on trouve toutes les formes et toutes les couleurs, bien éclatantes lorsque les galets sont encore humides mais ternes une fois ramenés chez soi. 
Il vaut mieux les laisser là. Fut un temps où je ramenais plein de trucs pour en faire des décos improbables. Pour les galets j'avais même eu l'idée de les huiler puis de les vernir avant de les disposer sous un cadre en verre pour en faire un tableau. L’œuvre d'art ne vit jamais le jour ! Au bout de la plage se trouve une mini plage séparé du reste par une petite falaise que l'on peut contourner par mer calme, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les vagues venant s'y écraser en faisant rouler les galets dans un grondement de tonnerre. Tant pis, Sébastien ne verra pas la petite grotte qu'elle recèle. On n'a pas revu le Belge, sans doute s'est il arrêté pour de bon en chemin pour cuver son vin.
Lakoudi
Le soir venu on a dîné à Sarakiniko pour changer de l'ordinaire, chez Gertrude à qui j'ai loué une chambre pour mi juillet quand je reviendrai avec Pablo. A une encablure de là il y a Kiki, une taverne dont parle le guide du routard. Ne me demandez pas laquelle c'est, ce guide se fait la spécialité de décrire des endroits impossibles à trouver et d'autres passés sous silence. Seule option : arpenter le village et demander s'ils n'ont pas vu Kiki ! En feuilletant le guide de Sébastien, j'ai eu confirmation que je n’achèterai plus jamais ce guide. A leur description de Gavdos ils disent qu'il n'y a rien à faire à part se prélasser sur la plage d'Agios Ioannis avec les autres naturistes campeurs. Ils ont dû faire comme les autres, ou mieux encore, ne jamais y avoir posé le pied et se sont contentés de glaner des avis. Pour la troisième fois que je viens ici je ne m'ennuie toujours pas, il y a toujours quelque chose à découvrir. Pour qui sait avoir l’œil et qui gardé une certaine fraîcheur...

2 commentaires:

  1. C'est vraiment chouette. Merci de nous faire découvrir tous ces endroits.

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