Potamos est ma plage
préférée de l'île. Mais surtout ne le répétez pas. C'est comme
quand un film est tourné quelque part, après le lieu est perdu. Ce
devrait être interdit. Ça devient un argument touristique qui
draine des packs de touristes à la tonne, avides de se photographier
devant une scène de film. Les gilets rouges - vous vous rappelez ?
Les touristes coréens ou chinois - en sont friands. Plus possible de
mettre sa serviette sur Koh Pih Pih Don, à cause de Di Caprio ou
encore aux Fidji, l'île de Tom Hawks. Prions ensemble qu'un
réalisateur ne tombe jamais sur mon blog !
Depuis Agios Ioannis, il
n'y a pas 36 solutions pour rejoindre Potamos.
La voie officielle
veut que l'on grimpe sur les hauteurs de l'île, jusqu’à rejoindre
la capitale de Gavdos, Kastri, avant de passer sur le plus haut point
qui forme un plateau jusqu'à un phare hors service avant de
redescendre sur le magnifique village d'Ambelos flanqué d'une unique
ferme. De là un sentier raide mène à Potamos, ses sables rouges et
son décor de far-west attenant. Bref, sans motorisation, cela n'est
guère possible. En revanche, le sentier après Pyrgos continue. Et
Potamos est la plage juste après, de l'autre côté du cap.
Seulement Potamos est entouré de hauts canyons abruptes, alors en
venant de Pyrgos je ne vois pas très bien par où on peut passer.
Mais ça ne coûte rien d'essayer et peut être même que j'arriverai
à ouvrir une voie.
Sébastien en est persuadé. Mais lui a mis des
chaussures normales ; forcément il en a trois paires, une pour
chaque usage. Si on y arrive, la druide de la taverne aura plein
d'admiration au fond des yeux en racontant n ospéripéties de la
journée ; ça vaut le coup d'essayer. Au pire, il suffira de
faire demi tour et de passer le reste de la journée à Pyrgos. Il y
a pire comme punition !
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| Arrêt baignade oblige à Lavrakas |
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| Pyrgos et l'ïle de Gavdopula au fond |
On ne change pas une
formule qui marche, la seule qui vaille. Pour toute expédition
gavdosienne, ça commence par un bain à Agios Ioannis, puis à
Lavrakas, après y être parvenu tout ruisselant. Ça y est, j'ai
revêtu ma combinaison fétiche. Le paréo bariolé sur les épaules
porté comme une cape et noué autour du cou par deux de ses
extrémités.
Ça pendouille, ça vole au vent et ça ne ressemble
strictement à rien, mais qui s'en préoccupe ? En tout cas pas
Sébastien qui est le premier à avoir noué son paréo bleu autour
des épaules comme un bohémien. On ne vient pas à Gavdos pour ses
défilés de mode. Ici ils feraient faillite dare dare, tout le monde
étant à poil à longueur de journée voire de nuit. Aujourd'hui les
températures ont fait un bond en avant. Ça me rappelle la fameuse
journée à 42 degrés où j'avais bu près de 5 litres dans la
journée en me demandant ce qui m'arrivait. C'était lors de ma
première venue à Gavdos il y a 5 ans, à la même période.
Aujourd'hui semble être le jour où le record tente d'être battu, à
moins que ce ne soit la marche en plein midi.
Les arrêts baignade
sont à double tranchant. Certes ça permet de se rafraîchir mais ça
retarde d'autant plus l'expédition, de sorte qu'on finit toujours
par marcher aux pires heures qui soient. Et puis dans mon sac à dos
j'ai un ordinateur qui ne sert à rien car j'ai oublié l'adaptateur
qui me permet de transférer les photos dessus. Plus son chargeur et
celui de l'appareil photo, du téléphone, la serviette, un
portefeuille garni à craquer, les crèmes solaires... Sur une épaule
je porte en bandoulière l'appareil photo qui glisse sans cesse et
que je dois remettre en place comme une bretelle de soutien gorge.
Dans une main j'ai le parasol, de l'autre un sac plastique qui
cisaille les doigts garni du pique nique et d'une grande bouteille
d'eau. Ils devraient louer des mules dans ce pays, ça simplifierait
grandement la vie.
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| Potamos en vue! |
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| Sébastien : "y a qu'à passer par là!" |
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| Pyrgos finalement c'est pas si mal! |
Il y a plein d'endroits où il n'y a pas de quoi poser un pied, obligeant à faire de grands écarts et à s'aider du parasol comme d'un bâton pour faire appui. Bien évidemment je suis encore là dedans en tongs, me cognant un orteil ou deux aux pierres quand ce n'est pas la tong qui se tord en vrille sous le pied. Et puis tout à coup les cairns disparaissent. Plus de trace, plus de crottes de biquette. C'est comme si des extra terrestres avaient pour coutume de happer tout ce qui passe par là. L'entêtement est mère de tous les ennuis, tout le monde le sait, c'est comme ça que beaucoup finissent dans la série « Je ne devrais pas être en vie ». On dirait que je suis en bonne position pour le prochain épisode. Seulement je connais mes limites, du moins je les sens. Et quand le corps ordonne de faire demi tour, il faut savoir l'écouter.
Peut être est ce même mon ange gardien qui me le souffle à l'oreille. Pour résumer, il n'y a aucun moyen de rejoindre Potamos en venant de Pyrgos. Tout cela s'achève en précipice impossible à franchir. Sébastien est bien d'accord sur ce constat d'échec. Dès lors, quel est le con qui a mis des cairns ? Est-ce pour guider les chèvres ou est ce un piège, œuvre d'un cannibale de Potamos qui attend sa proie sur la plage ? Car Potamos n'est pas déserte. Certains y habitent dans des cabanes comme celles qu'on peut trouver sur les autres plages autour d'Agios Ioannis. Je me suis toujours demandé de quoi ils vivaient. Pas de point d'eau à la ronde, pas de taverne, pas de possibilité de ravitaillement. En tout cas s'il y a des cannibales prêts à boire mon sang pour se désaltérer, ils doivent être souvent à la diète, personne ne passant par là. Et puis avec moi, le jeu n'en vaut pas la chandelle, il n'y a rien à manger.
Bref, cette petite virée
avortée m'aura coûté des efforts pour rien. Sous la casquette j'ai
des gouttes d'eau qui perlent non stop dans le cou, j'ai le visage en
feu et le cœur qui cogne dans le crâne. Je suis à la limite du
malaise et ce sont les nerfs qui me tiennent. Je me focalise sur mon
prochain objectif : la baignade à Pyrgos. Mais il faut refaire
tout le chemin en sens inverse puis redescendre la portion de falaise
comme l'autre jour. Inutile de dire qu'une fois arrivé sur la plage,
j'ai tout posé en vrac et enlevé les vêtements qui me restaient à
la vitesse de l'éclair avant de de me jeter dans l'eau. Même pas la
force de le faire en marchant un peu au loin. Direct au bord. Un beau
plat dans 5 centimètres d'eau. Sébastien en a fait tout autant et était le premier dans la flotte. Ce que j'aime bien chez lui c'est qu'il est d'un esprit curieux. Il part pendant des heures avec masque et tuba à tournicoter au loin à la recherche de poissons en se posant de temps en temps sur les rochers. Ou alors quand on marche il scrute le sol, à la recherche de vestiges anciens. On a trouvé ainsi des restes de poteries très anciennes qui ne ressemblaient plus qu'à des pierres si on n'y prend pas garde. Sur les plages il retourne les galets, choisit les plus beaux et les garde dans son sac qui s'en trouve encore un peu plus alourdi. C'est une vraie malle aux trésors!









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