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mardi 10 juin 2014

Cerro Gordo

La côte autour d'Almuñécar est remarquable. C'est très escarpé. J'ai découvert ça par hasard en choisissant de prendre la route côtière plutôt que l'autoroute. En effet en venant d'Almeria, l'autoroute n'est pas encore complètement terminée. Elle disparaît à plusieurs reprises vers une nationale puis réapparaît au détour d'en sens giratoire où il faut alors à nouveau grimper dans les hauteurs pour au final après un kilomètre ou deux redescendre pour cause de travaux. Las de ces détours qui ne servent à rien, j'ai décidé de rester sur la nationale. Le coin d'Almuñecar me rappelle un peu la côte d'Azur. Il y a des villas perchées en haut des collines, surplombant la mer. La côte à cet endroit s'appelle la Costa Tropical. On est en province de Grenade. 
La Herradura
L'eau a une belle couleur bleu clair rendue par les plages de galets. Je n'ai pas visité Almuñécar. Pourtant un joli château domine la ville et la baie, datant du XVIe siècle et construit par dessus des fortifications romaines et musulmanes. Il y a une reproduction de squelette humain dans un donjon paraît-il, vrai squelette que l'on retrouva là un jour mais qui fut remplacé par une copie pour ne pas effrayer les gens.
Après Almuñécar on passe à La Herradura sans vraiment s'en rendre compte. C'est un lieu de villégiature pour windsurfers qui s’entraînent au bord d'une grande et belle plage pendant que d'autres s'initient au parachute ascensionnel. Il faut prendre la sortie Cerro Gordo juste après. 
Vue depuis le mirador
Cette route qui semble vouloir mener nulle part, finit par arriver au bout de maints lacets à un mirador où un restaurant propose une vue exceptionnelle sur La Herradura mais mieux encore vers l'ouest, sauvage, constitué de pinèdes et de falaises qui se jettent dans la mer. L'endroit est miraculeusement conservé intact, sans doute à cause du relief impossible. Juste derrière le restaurant on trouve un petit sentier qui mène à un point de vue, juste au pied d'une tour. Ce ne sont pas les tours de Manhattan, mais plus une petite tour toute ronde dont on se demande ce qu'elle vient faire là. J'ai vraiment été séduit par ce petit coin et j'y aurais bien planté la tente, à l'écart de la route, pour profiter du spectacle jusqu'au dernières lueurs du jour. Mais c'est aussi un coin à merdes. Dès qu'on s'écarte du chemin, c'en est truffé ! Tant pis.
En revanche, passé le mirador, la route redescend et à un moment il est indiqué « plage naturiste de Cantarrijan ». J'ai voulu y faire un saut mais le chemin qui part de la route se termine rapidement en sens interdit pour raison de voie d'accès aux véhicules anti incendie. J'ai bravé l'interdiction mais peu après se trouve une grille devant laquelle il est interdit de stationner. Je ne me voyais pas retourner sur la route et essayer de m'y garer pour redescendre à pied. La route est très loin et haut perchée par rapport à la côte, cela allait me prendre des heures. C'est quand même bizarre qu'une plage soit indiquée mais qu'on ne puisse pas s'y rendre. En plus, aucune voiture n'est garée plus haut. 
Plage en vue!
J'ai repris la route et là, au détour d'un virage j'ai aperçu la plage. Et il y avait plein de parasols dessus et de voitures garées au bord. Grâce à la vue dégagée, j'ai vu que les gens y accédaient par une piste de terre en bas de la vallée. Il y avait donc forcément un autre accès. A moi de le dénicher.
Ce fut chose vite trouvée. Tout le chemin est encore interdit au stationnement, sans doute afin de dissuader des campeurs éventuels de s'y installer. Pourtant vu le cadre, les cigales et les pins qui entêtent sans compter la plage à deux pas, la tentation est grande. Le chemin se termine par un vaste parking et un restaurant où plein de gens se reposent à poil en sirotant un verre ou en déjeunant. 
C'est un bébé chamois non?
Si j'avais su, j'aurais mangé là, c'était tout de même mieux qu'au Mac Donald d'Almuñécar sur un parking de supermarché. Devant le restaurant c'est plage aménagée, plein de parasols en osier tressé et de transats. De ce que j’entends, ça parle plus anglais là dedans qu'espagnol. Je ne sais pas d'où ils viennent tous, il n'y a pas aux alentours de si grosses villes que ça, même si Malaga n'est qu'à 60 kilomètres de là. A moins qu'Almuñécar soit plus célèbre que je ne le pense. D’ailleurs j'en connaissais déjà le nom, je ne sais pas pourquoi.
Aujourd'hui la mer est démontée. Il n'y a que deux ou trois personnes téméraires dans l'eau qui ont dû dépasser les rouleaux pour se baigner au delà en eau sure. Il ne faut pas croire que la Méditerranée est une mer d'huile. Il y a parfois de grosses vagues mais celles ci ne naissent qu'au bord du rivage. Pas de quoi faire du surf ! 
En revanche on peut s'y faire très mal. J'ai vu quelqu'un essayer d'aller à l'eau et qui a mal jugé de la fenêtre de tir au cours de laquelle il pouvait s'engager. Il a couru pour essayer de dépasser le rouleau mais c'était trop tard, il s'est retrouvé en plein dedans, envoyé dans les airs puis projeté sur les galets. C'est un coup à se fracasser le crane. Je connais bien le truc et je connais la parade. Les vagues viennent par série. Il faut juste attendre un peu une brève accalmie mais il y en a toujours une.

Après la plage aux transats se trouve une autre plus tranquille à laquelle on accède on longeant la falaise entre deux vagues pour pouvoir passer. Il y avait quelques alternatifs en sac à dos et dreadlocks qui avaient posé leurs affaires là et devaient certainement y camper pour la nuit. J'aurais dû en faire autant. 
Ce n'est pas un panneau d'interdiction de camper qui peut m'arrêter mais en général je préfère des endroits plus discrets et moins évident. Là c'est forcé, si contrôle de police il y a, c'est ici qu'ils viendront. Après cette plage se découvre enfin une dernière, la troisième, où un sentier permet de grimper en haut d'une falaise d'où l'on a une vue panoramique sur les trois plages et la côte. Je ne l'aurais pas trouvé si je n'avais pas vu quelqu'un là haut pendant que je me baignais. Tout le monde a l'air de se connaître par ici, les gens se saluent, se parlent, le plus souvent en anglais. Sans doute des habitués ou encore des gens installés là à demeure. Il paraît que sur la Costa Del Sol il y a à certains endroits jusqu'à 40% d'étrangers qui y vivent à l'année. Cela ne m'étonne pas trop. Qui aurait envie de passer sa retraite en Angleterre sous le froid et la pluie ? On critique beaucoup l'Europe mais au moins il n'y a plus de frontière. C'est comme si c'était un peu chez soi. Ça ouvre des horizons différents. Pourquoi s'arrêter là où ça ne parle plus français ?

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