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mercredi 25 juin 2014

Pyrgos

Mon emplacement panoramique en haut de la colline était trop beau pour être libre. Je crois bien que c’est le plus venté de toute la plage. J'ai très mal dormi, réveillé par le tissu de la moustiquaire qui me caressait sans cesse un bras, une jambe, un pied. J'ai bien essayé de me mettre dans le sac de couchage pour faire barrière mais j'avais du coup trop chaud. Trop chaud, trop venté, il fallait que je trouve autre chose. J'ai arpenté la plage en long et en travers ce matin à la recherche d'un coin bien abrité. Je suis même monté en haut d'une dune avec le barda à bout de bras vers un coin au pied d'une falaise, très bien abrité. 
Agios Ioannis
Mais des mouches suspectes volaient au ras du sable, flairant le mauvais coup. Quand enfin j'ai trouvé le coin idéal, il était aussi bien caché et idéal pour faire d'autres choses que dormir. Des papiers à moitié enfouis m'ont tout de suite mis la puce à l'oreille. J'ai essayé d'en déloger certains et je n'aurais pas dû, une forte odeur s'est répandue alors, m'invitant à aller voir ailleurs. J'ai donc rebroussé chemin, trouvant un coin en bord de rochers où personne ne viendrait se mettre car dans un petit chemin entre des cyprès, juste de la largeur d'un corps et suffisant pour y loger ma tente. Un souci de moins. C'est fou les soucis qu'on a à Gavdos !
Lavrakas
Demandez le programme du jour. Je connais déjà les coins, mais je vais retourner voir ceux que j'aime et auxquels on peut accéder depuis Agis Ioannis, à savoir la plage de Pyrgos en passant par celle de Lavrakas. C'est l'idéal, on peut ainsi faire des haltes de plage en plage, piquer une tête pour se rafraîchir avant de passer à la plage suivante. Certes la progression n'est pas très rapide et on finit par devoir marcher en plein cagnard, aux pires heures où l'on ne voit plus personne. D'ailleurs on voit peu les gens, sauf à Agios Ioannis. Beaucoup restent autour de leur tente à l'ombre des cyprès, occupés à lire ou à pioncer, voire à cuver leur raki. 
Lavrakas
Ils vont se baigner de temps en temps ou aller faire la vaisselle en récurant les popotes avec du sable. Sauf Sébastien. C'est un gars avec qui j'ai parlé hier sur la plage. Il vient d'arriver, je l'avais remarqué sur le bateau puis dans le bus, occupé à admirer sans cesse le paysage. Le monde est petit : il me connaît ! A travers ce blog. C'est un français qui vit à Zurich et qui poursuit après un séjour randonnée de l'UCPA effectué dans le sud ouest de la Crète. Il a raison d'être venu ici. Du coup ça me fait un intérêt supplémentaire pour lui montrer les coins que recèlent l'île. On s'entend bien, c'est aussi un baroudeur, on se raconte nos anecdotes de voyage. 
Pyrgos
C'est comme si j'avais trouvé un alter ego. Il n'est pas compliqué et n'est pas d'une compagnie lourdingue. Il ne rechigne pas à me suivre là où d'autres se plaindraient de crapahuter ou de la chaleur. Je crois même qu'il aime ça. En plus on n'arrête pas de rigoler le soir venu à la taverne.
Pour rejoindre Lavrakas il y a un sentier qui grimpe le long d'une falaise. Cette année, il est plutôt bien tracé et les gens ont même installé des marches avec de grosses pierres. Le chemin passe à travers des éboulis retenus in extremis par les longues racines des cyprès. D'année en année le tracé change, la falaise tombant chaque fois un peu plus. La première fois que je suis venu, le chemin était un truc en pente, glissant et périlleux. 
D'ailleurs un panneau danger est toujours là à Agios Ioannis pour prévenir les marcheurs. Mais cette année ce n'est pas bien dangereux. En haut de la falaise se trouve une petite chapelle blanche aux fenêtres et à la porte bleues. On la voit mieux depuis Lavrakas et on a décidé d'y grimper un jour prochain.
Lavrakas marque la dernière plage où les gens campent. Ici ce sont de grands solitaires. Ils ont à disposition deux puits d'eau douce où ils peuvent capter de l'eau potable. Il y a des baquets en plastique qu'on descend par une poulie dans un trou retenu par des galets. L'eau puisée n'est pas très loin, à peine deux mètres et elle est là comme par miracle. 
Tout est très sec et on se demande quand a eu lieu la dernière pluie. Ce doit probablement être une nappe phréatique. On trouve à côté un panneau informatif qui indique que la zone autour de Lavrakas jusqu'à Agios Ioannis est une zone naturelle protégée qui renferme des plantes très rares en Grèce et qui vise plus particulièrement la protection de ces cyprès tortueux dont deux espèces ornent le paysage. La formation des troncs est très curieuse, ils sont complètement noueux, formant des torsades comme si l'arbre poussait en spirale autour de lui même. Ça donne des formes très étranges dont certaines rappellent des bonzaï. 
A côté on trouve quelques spécimens majestueux, sans doute là depuis des centaines d'années, très hauts et qui offrent de l'ombre aux campeurs. Ceux ci se sont regroupés en haut d'une petite colline qui surplombe la plage, en forme de demie lune. Il y a beaucoup d'espaces libres et je crois bien que c'est le meilleur coin où camper, bien abrité en plus du vent et avec de superbes vues sur la mer. On peut même y contempler le coucher du soleil. Certains ne s'y sont pas trompés et ont construits des sortes de cabanes ou de cuisines en plein air, faites de bric et de broc avec des trucs trouvés ça et là. 
Des filets de pêche raccommodés avec des cordes ou des bouts de vieux T-shirt, des tables en bois flotté, des mobiles pour faire déco avec des coquillages qui pendouillent. Des cabanes grand luxe quoi. Il y en a un qui a même son port privé, bout de rocher muni d'une corde pour amarrer le bateau et d'un ponton fait de deux branches de bois flotté question de marquer le coup. Les gens restent invisibles toute la journée, planqués dans leur tanière là haut et ne s'animent qu'en fin de journée pour aller chercher de l'eau au puits.
Après Lavrakas se trouve une ravine au lit asséché tout craquelé qui évoque une peau de rhinocéros mal hydraté. 
L'eau doit y couler les jours fastes, c'est à dire sans doute deux jours par an. Quelques pins y ont trouvé là un endroit idéal pour pousser, le sol étant moins sableux et plus argileux. Il suffit de passer de l'autre côté de la gorge pour se retrouver dans un nouveau paysage, une espèce de plaine sableuse ornée de cyprès, de thyms en fleur et de curieux buissons au ras du sable qui forment des coussins tout verts. Ce que j'aime à Gavdos c'est qu'aucun coin ne se ressemble vraiment et il suffit juste de marcher un peu pour en découvrir de nouveaux. C'est ainsi qu'on arrive à Pyrgos, une plage en bas d'une falaise de sable congloméré aux couleurs variant du beige au crème en passant par des tons ocres et mandarine. 
La plage compte en fait deux criques de sable orangé séparées par des rochers faciles à traverser. En revanche pour descendre il faut se sentir l'humeur d'une chèvre, en passant là où l'on peut. Mais le jeu en vaut la chandelle : tranquillité garantie. Personne ne va jusque là. D'une part les campeurs préfèrent rester près de leur tente et d'autre part il n'y a aucun moyen de trouver de l'ombre, la crique ne disposant d'aucune végétation. Il y a bien des recoins sous la falaise mais il y a juste de quoi y loger un sac question de garder le pique nique à l'ombre. En plus le coin est cul de sac. Le sentier ne va pas tellement plus loin, les falaises devenant de plus en plus abruptes au point de ne pouvoir y tracer de chemin.
Pyrgos est ma deuxième plage préférée de Gavdos, mais il ne faut pas le répéter. C’est incroyable qu'un coin aussi sauvage et beau reste aussi désert. En plus la plage est exposée à l'ouest et on peut y rester jusqu'au coucher du soleil qui embrase alors la falaise. C'est le meilleur moment pour les photos. De part son exposition il y a souvent des rouleaux, dès lors qu'un peu de vent souffle, celui ci ayant tendance à venir de l'ouest. C'est idéal pour s'amuser. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs d'endroit semblable en Méditerranée. Partout ailleurs vous auriez des foules, une route derrière et des maisons pas loin faisant la surenchère à qui aura la plus belle vue, dénaturant alors le paysage. Ici, le coin est comme Dieu l'a fait. Béni soit-il !

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