Mon emplacement
panoramique en haut de la colline était trop beau pour être libre.
Je crois bien que c’est le plus venté de toute la plage. J'ai très
mal dormi, réveillé par le tissu de la moustiquaire qui me
caressait sans cesse un bras, une jambe, un pied. J'ai bien essayé
de me mettre dans le sac de couchage pour faire barrière mais
j'avais du coup trop chaud. Trop chaud, trop venté, il fallait que
je trouve autre chose. J'ai arpenté la plage en long et en travers
ce matin à la recherche d'un coin bien abrité. Je suis même monté
en haut d'une dune avec le barda à bout de bras vers un coin au pied
d'une falaise, très bien abrité.
Mais des mouches suspectes
volaient au ras du sable, flairant le mauvais coup. Quand enfin j'ai
trouvé le coin idéal, il était aussi bien caché et idéal pour
faire d'autres choses que dormir. Des papiers à moitié enfouis
m'ont tout de suite mis la puce à l'oreille. J'ai essayé d'en
déloger certains et je n'aurais pas dû, une forte odeur s'est
répandue alors, m'invitant à aller voir ailleurs. J'ai donc
rebroussé chemin, trouvant un coin en bord de rochers où personne
ne viendrait se mettre car dans un petit chemin entre des cyprès,
juste de la largeur d'un corps et suffisant pour y loger ma tente. Un
souci de moins. C'est fou les soucis qu'on a à Gavdos !
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| Agios Ioannis |
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| Lavrakas |
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| Lavrakas |
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| Pyrgos |
Pour rejoindre Lavrakas
il y a un sentier qui grimpe le long d'une falaise. Cette année, il
est plutôt bien tracé et les gens ont même installé des marches
avec de grosses pierres. Le chemin passe à travers des éboulis
retenus in extremis par les longues racines des cyprès. D'année en
année le tracé change, la falaise tombant chaque fois un peu plus.
La première fois que je suis venu, le chemin était un truc en
pente, glissant et périlleux.
D'ailleurs un panneau danger est
toujours là à Agios Ioannis pour prévenir les marcheurs. Mais
cette année ce n'est pas bien dangereux. En haut de la falaise se
trouve une petite chapelle blanche aux fenêtres et à la porte
bleues. On la voit mieux depuis Lavrakas et on a décidé d'y grimper
un jour prochain.
Lavrakas marque la
dernière plage où les gens campent. Ici ce sont de grands
solitaires. Ils ont à disposition deux puits d'eau douce où ils
peuvent capter de l'eau potable. Il y a des baquets en plastique
qu'on descend par une poulie dans un trou retenu par des galets.
L'eau puisée n'est pas très loin, à peine deux mètres et elle est
là comme par miracle.
Tout est très sec et on se demande quand a eu
lieu la dernière pluie. Ce doit probablement être une nappe
phréatique. On trouve à côté un panneau informatif qui indique
que la zone autour de Lavrakas jusqu'à Agios Ioannis est une zone
naturelle protégée qui renferme des plantes très rares en Grèce
et qui vise plus particulièrement la protection de ces cyprès
tortueux dont deux espèces ornent le paysage. La formation des
troncs est très curieuse, ils sont complètement noueux, formant des
torsades comme si l'arbre poussait en spirale autour de lui même. Ça
donne des formes très étranges dont certaines rappellent des
bonzaï.
A côté on trouve quelques spécimens majestueux, sans doute là depuis des centaines d'années, très hauts et qui offrent de l'ombre aux campeurs. Ceux ci se sont regroupés en haut d'une petite colline qui surplombe la plage, en forme de demie lune. Il y a beaucoup d'espaces libres et je crois bien que c'est le meilleur coin où camper, bien abrité en plus du vent et avec de superbes vues sur la mer. On peut même y contempler le coucher du soleil. Certains ne s'y sont pas trompés et ont construits des sortes de cabanes ou de cuisines en plein air, faites de bric et de broc avec des trucs trouvés ça et là.
Des filets de pêche raccommodés avec des cordes ou des bouts de vieux T-shirt, des tables en bois flotté, des mobiles pour faire déco avec des coquillages qui pendouillent. Des cabanes grand luxe quoi. Il y en a un qui a même son port privé, bout de rocher muni d'une corde pour amarrer le bateau et d'un ponton fait de deux branches de bois flotté question de marquer le coup. Les gens restent invisibles toute la journée, planqués dans leur tanière là haut et ne s'animent qu'en fin de journée pour aller chercher de l'eau au puits.
A côté on trouve quelques spécimens majestueux, sans doute là depuis des centaines d'années, très hauts et qui offrent de l'ombre aux campeurs. Ceux ci se sont regroupés en haut d'une petite colline qui surplombe la plage, en forme de demie lune. Il y a beaucoup d'espaces libres et je crois bien que c'est le meilleur coin où camper, bien abrité en plus du vent et avec de superbes vues sur la mer. On peut même y contempler le coucher du soleil. Certains ne s'y sont pas trompés et ont construits des sortes de cabanes ou de cuisines en plein air, faites de bric et de broc avec des trucs trouvés ça et là.
Des filets de pêche raccommodés avec des cordes ou des bouts de vieux T-shirt, des tables en bois flotté, des mobiles pour faire déco avec des coquillages qui pendouillent. Des cabanes grand luxe quoi. Il y en a un qui a même son port privé, bout de rocher muni d'une corde pour amarrer le bateau et d'un ponton fait de deux branches de bois flotté question de marquer le coup. Les gens restent invisibles toute la journée, planqués dans leur tanière là haut et ne s'animent qu'en fin de journée pour aller chercher de l'eau au puits.
L'eau doit y couler les jours fastes, c'est à dire sans doute deux jours par an. Quelques pins y ont trouvé là un endroit idéal pour pousser, le sol étant moins sableux et plus argileux. Il suffit de passer de l'autre côté de la gorge pour se retrouver dans un nouveau paysage, une espèce de plaine sableuse ornée de cyprès, de thyms en fleur et de curieux buissons au ras du sable qui forment des coussins tout verts. Ce que j'aime à Gavdos c'est qu'aucun coin ne se ressemble vraiment et il suffit juste de marcher un peu pour en découvrir de nouveaux. C'est ainsi qu'on arrive à Pyrgos, une plage en bas d'une falaise de sable congloméré aux couleurs variant du beige au crème en passant par des tons ocres et mandarine.
La plage compte en fait deux criques de sable orangé séparées par des rochers faciles à traverser. En revanche pour descendre il faut se sentir l'humeur d'une chèvre, en passant là où l'on peut. Mais le jeu en vaut la chandelle : tranquillité garantie. Personne ne va jusque là. D'une part les campeurs préfèrent rester près de leur tente et d'autre part il n'y a aucun moyen de trouver de l'ombre, la crique ne disposant d'aucune végétation. Il y a bien des recoins sous la falaise mais il y a juste de quoi y loger un sac question de garder le pique nique à l'ombre. En plus le coin est cul de sac. Le sentier ne va pas tellement plus loin, les falaises devenant de plus en plus abruptes au point de ne pouvoir y tracer de chemin.
Pyrgos est ma deuxième
plage préférée de Gavdos, mais il ne faut pas le répéter. C’est
incroyable qu'un coin aussi sauvage et beau reste aussi désert. En
plus la plage est exposée à l'ouest et on peut y rester jusqu'au
coucher du soleil qui embrase alors la falaise. C'est le meilleur
moment pour les photos. De part son exposition il y a souvent des
rouleaux, dès lors qu'un peu de vent souffle, celui ci ayant
tendance à venir de l'ouest. C'est idéal pour s'amuser. Je n'ai
trouvé nulle part ailleurs d'endroit semblable en Méditerranée.
Partout ailleurs vous auriez des foules, une route derrière et des
maisons pas loin faisant la surenchère à qui aura la plus belle
vue, dénaturant alors le paysage. Ici, le coin est comme Dieu l'a
fait. Béni soit-il !












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