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| Une des calas de Barronal, ma préférée |
Les hippies
se sont embourgeoisés. Finies les nuits à la belle étoile sur la
plage, dans des grottes ou sous une tente. Désormais les gitans de
la mer ont tous des vans, camions ou utilitaires dans lesquels ils
dorment. Il y en a une trentaine par plage, restant sur les parkings,
en rang d'oignon, un côté ouvert vers la plage, formant leur
terrasse privée où ils ont installé parasol, tables et chaises
pliantes pendant que leur chien se repose sous le véhicule à côté
d'une gamelle d'eau en inox. Le camping est interdit, je trouve
injuste qu'on tolère des véhicules, je ne vois pas la différence
entre ça et poser une tente quelque part pour la nuit. Parfois je
pense acquérir un fourgon que j'aménagerais en mini camping car,
juste pour pouvoir y mettre un matelas et un petit coin cuisine.
Je
me suis même renseigné sur plusieurs modèles. Dacia avec son
Dokker a attiré mon attention de par sa faible consommation de moins
de 5 litres au 100 en version diesel, quand les autres tournent entre
7 ou 8 litres. Car au prix où est l'essence, c'est devenu un luxe de
rouler. Ça me coûte plus cher par jour en essence qu'en tarif de
location de voiture. Bientôt je n'aurai plus de rentrées d'argent
alors je ne pourrai plus me permettre cette façon de voyager trop
coûteuse. C'est pour ça que j'hésite pour le fourgon. Après il y
a l'assurance et puis les réparations qui sont un vrai coup de
massue. On rentre alors dans un système que je fuis depuis des
décennies, celui de l'ère de l'automobile obligatoire où l'on est
une vache à lait taxée de toute part.
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| Isleta del Moro |
C'est une des raisons pour
lesquelles j'ai d'ailleurs fini à Paris car on n'a pas besoin de
véhicule là bas. Bref, en tout cas pour moi pour l'instant je suis
interdit de plage. De par la présence de ces vans et de leurs
bruyants compagnons à quatre pattes, je suis obligé de me réfugier
à des kilomètres de là, gravissant des monts derrière lesquels je
suis sûr d'être tranquille. La lune me tient compagnie, je n'ai
besoin de rien d'autre.
Aujourd'hui
je ne vais pas très loin, à San José, à peine à une vingtaine de
kilomètres de El Playazo où j'ai passé la nuit. C'est en effet là
où il paraît que sont les plus belles plages de Cabo de Gata, au
sud-ouest, où l'on trouve une quantité infinie de baies et de
criques volcaniques.
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| Pas très droite la maison |
Juste avant se trouve Isleta del Moro, un joli
petit village de pécheurs tout blanc. Sur sa partie nord se trouve
une belle plage de sable gris que quelques routards ont déjà
investi malgré l'heure matinale. Leur fourgon est juste garé plus
haut, ils doivent prendre leur bain du matin au saut du lit. La mer
n'a pas l'air très profonde, ils marchent des centaines de mètres
et ont toujours pied. Le cadre est très pittoresque, avec le village
au bout duquel se trouve une petite péninsule rocheuse facile à
visiter et qui offre un panorama grandiose sur la région. Il y a un
second rocher derrière, impossible d'accès, où les mouettes ont
trouvé leur paradis. Ça jacasse à plus soif pendant que la moitié
de la colonie tournicote autour du rocher sans but précis, larguant
des bombes de fientes blanches en ricanant.
Dur de passer entre les
missiles ! Il y a un petit port qui est plus une bande de sable
gris et grossier où reposent des barcasses plus ou moins délabrées
dont certaines n'ont pas du prendre la mer depuis bien longtemps.
Dans l'eau plus loin, des hommes-grenouilles pêchent au harpon. Ils
aiment beaucoup ici les calamars. On n'arrête pas de m'en offrir en
apéritif pour accompagner la bière, au lieu des traditionnelles
olives ou cacahuètes. Ici c'est calamars dans une sauce jaune d'où
émergent des feuilles de laurier ou alors frits et panés. J'ai
goûté, je ne sais par quel miracle, mais depuis je laisse traîner
ça sur la table. Ça a un goût trop iodé pour moi. C'est dommage
de refuser un cadeau de bienvenue, ça fait le type qui s'intègre
pas.
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| San Jose |
Pour arriver
à San José la route passe à travers des paysages arides et
vallonnés, égayés par des moulins, des tours et autres forts. Il y
en a un nombre incalculable. A un endroit il y a une bifurcation qui
invite à emprunter un sentier qui mène à une caldeira. En effet
Cabo de Gata tire son origine d'un volcanisme ancien que l'on ne
s'attend pas à trouver en Espagne. Il faut marcher deux kilomètres
pour atteindre le cratère. Je n'ai même pas essayé. Ça en fait
deux de plus avec le retour. J'avoue que j'ai un peu la flemme de
marcher sous la chaleur et dans la caillasse avec pour unique but de
voir un cratère, certainement très érodé et envahi par le maquis
et qui doit vaguement ressembler à une cuvette.
Des volcans et des
caldeiras j'en ai déjà vus, plus facile d'accès, je fais mon
blasé ! A la place je fais comme tout le monde, je vais à la
plage. En Espagne la plage est je crois une institution, peu de
personnes ne doivent pas y aller. C'est samedi. Normalement le jour
des courses. Pas ici. C'est comme si tout Alméria débarquait là
pour passer la journée. Il y a un flot ininterrompu de voitures qui
partent à l'assaut d'une piste cahoteuse et poussiéreuse qui
dessert Playa de los Genoveses et Playa de Monsul, les plus facile
d'accès. Malheur à moi, c’est le week-end ! Je ne sais plus
ce qu'est un week-end et d’ordinaire je fuis ces deux jours là.
Ils vont m'envahir mon petit paradis, ça me gâche le plaisir.
Moi
qui rêvais de découvrir des criques désertes, c'est râpé. Je ne
vais quand même pas patienter jusqu'à lundi que tout ce petit monde
soit parti. C'est bête mais c'est comme ça, je suis tombé à Cabo
de Gata en période de week-end. Je n'ose imaginer ce que ça donne
l'été. D'ailleurs l'été les parkings doivent tellement être
bondés qu'ils affrètent un bus spécial depuis San José et ils
font payer le parking 5 euros.
Pour
l'heure, même si cela me fait bien envie de suivre le flot des
visiteurs, je dois attendre l'heure du déjeuner et effectuer
quelques courses en prévision du pique nique de ce soir. Car je
compte dormir dans une de ces criques, une fois que tout le monde
aura quitté la plage.
J'ai acheté un beau morceau de pastèque et
des yaourts grecs. Pour le reste ce sera des snacks. Il est encore
trop tôt pour déjeuner alors j'ai patienté à la terrasse d'un bar
qui disposait d'un wifi. Sur les coups de 12h30 j'ai demandé à
manger mais on m'a répondu que la cuisine n'ouvrait qu'à 13h30.
Trop tard pour moi. Si on ajoute la durée du repas, ça veut dire
que j'arriverai sur le parking vers 15 heures puis le temps de
trouver des criques sympas, je n'y serais pas avant 16 heures. J'ai
donc décidé de manger ce que je viens d'acheter une fois que je
serai arrivé à la plage. Et j'ai bien fait car le trafic a encore
augmenté d'un cran. C'est désormais une caravane de véhicules qui
se touchent comme des wagons et qui passe à travers le maquis,
soulevant des nuages de poussière.
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| Chemin pour les plages |
Il faut rouler pendant des
kilomètres et ce genre de chemin plein de pierres acérées m'aurait
d'habitude dissuadé mais vu que toute le monde passe par là il faut
croire que les crevaisons ne sont pas si fréquentes. De toute façon
il est interdit de se garer le long du chemin, c'est plein de
panneaux qui avertissent de mise en fourrière. Il faut continuer
jusqu'à l'un des deux parkings.
Je me suis
arrêté à Los Genoveses, le premier, d'où l'on peut se rendre aux
criques à pied en passant par monts et par vaux. La plage est noire
de monde en face du parking mais après cela se délite et on ne
trouve plus que deux ou trois naturistes arrivés là par leur
voilier qui mouille dans la baie.
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| Los Genoveses |
Comme l'eau est bonne pour la
baignade et qu'il fait un temps radieux, ça explique pourquoi tout
Alméria est là. Ils profitent du début de la saison. Car si j'en
crois la couleur de leur peau, ils ne sont pas encore très bronzés.
Cette année je la vis donc à l'Andalouse. Mais j'ai pris de
l'avance, mon été a commencé dès le 17 mai en Grèce. Ça vous
nargue hein ? Je sais ! C'est dans cette baie de près de
deux kilomètres de long que français, espagnols et catalans
débarquèrent en 1147 pour affronter le pirate Maimono. Tout Cabo de
Gata était un repère de brigands, ce qui explique la présence des
tours et forts de toute part pour tenter de se protéger de leurs
attaques. C'est peut être pour ça que flotte toujours dans l'air
comme une ambiance à part du reste du monde, où l'on a envie de
vivre différemment.
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| Vue panoramique avec San José au fond à droite |
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| Cala de los Amarillos |
La partie
sud de la plage dispose d'un promontoire raide à escalader d'où
l'on jouit d'une vue sur toute la baie avec San José qui dépasse un
peu plus loin d'un cap. Le paysage derrière des monts donne un petit
air de montagne. Juste de l'autre côté de ce rocher se trouve une
petite crique au pied d'une falaise, certainement Cala de los
Amarillos. Après, il y en d'autres et j'ai suivi un vieux qui y
allait d'un pas certain, en empruntant un chemin de bique très
escarpé. J'ai arrêté alors d'essayer de savoir de quelle cala il
s'agissait, elle ne doivent pas être toutes sur la carte car j'en ai
vu bien plus que ce que je n'aurais dû. Je les regrouperai donc sous
le terme de Cala Barronal qui forment un chapelet de criques un peu
plus loin.
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| Traces d'ancienne coulée de lave |
Le sentier
après Cala de los Amarillos descend à flanc de falaise, sur des
roches volcaniques d'apparence lisse mais qui sont par bonheur
rugueuses, offrant ainsi une bonne adhérence. Car le chemin ne
permet pas d'avoir les deux pieds côte à côte, il y en a un plus
bas que l'autre et on aurait tôt fait de glisser et de tomber dans
le précipice. C’est proprement vertigineux, aussi il vaut mieux
regarder ses pieds et éviter de regarder plus bas, sinon autant
rebrousser chemin tout de suite. Si le vieux est passé par là,
comme une fusée en plus, je peux bien le faire, même si je suis
lesté de mon sac de bouffe avec une grosse pastèque dedans qui
roule comme une boule de bowling me cognant dans les jambes en se
balançant. On voit bien à cet endroit que c'est volcanique, on
traverse même d'anciennes coulées de lave polies par le temps mais
dont je reconnais leur couleur noire.
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| Cala Principe à gauche, la première des calas de Barronal à droite |
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| Cala de Barronal |
On arrive
alors à une nouvelle crique, sans doute Cala Principe. Il y avait à
peine une dizaine de personnes là, pour la plupart naturistes, mais
la plage est une petite crique quelconque de sable gris, bien qu'elle
offre de l'ombre sous des rochers creusés par les vagues lors de
jours de grosses tempêtes. J'ai préféré continuer à crapahuter
comme ça en remontant à nouveau le long d'un mont. Quand on a
goutté à ça, on veut toujours voir comment sera la crique de
l'autre côté. Ça devient addictif et on on ne fait même plus
attention à monter et descendre sans fin. Même s'il fait très
chaud, le vent souffle fort aussi ça permet de se rafraîchir un peu
pendant les durs efforts de montée.
La crique qui se découvre
de l'autre côté est en fait une grande baie, toujours de sable
gris, mais très large et il n'y a plus que trois personnes sur la
plage.
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| Cala de Barronal |
C'est sans contexte la plus belle. Je me suis réservé
l'endroit pour plus tard. Pour l'heure je veux continuer à explorer
les autres criques qui deviennent cette fois accessibles par la mer,
en longeant des falaises et où l'on doit se retrouver prisonnier
à marée haute. Heureusement en Méditerranée il n'y a pas beaucoup
de marée. On doit être arrivé aux cala de Barronal car cela semble
correspondre à ce qu'on en dit : « One of best beaches of
the zone and Andalusia. Apart from the superb surroundings, this
beach has a hippie air that makes it different from the others. The
access is rather free. The official way is to go to Small Cove from
the Genoveses and to border the rest of coves. Another possibility is
to cross the high patches to the beach of the Barronal. ».
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| Sur les hauteurs de Cala Barronal |
Attendez, ce
n'est pas fini, un sentier grimpe encore à nouveau, cette fois
encore plus raide, avant de découvrir une crique en contrebas avec
plus de monde car le parking de Monsul est juste derrière. J'ai
pique-niqué au col avec une vue à couper le souffle sur toutes les
calas de Barronal, question de me délester de la pastèque avant
d'entamer la descente vers l'autre côté pour piquer une tête à
Playa del Barronal, à ne pas confondre avec les calas du même nom
d'où je venais. Le vent ici souffle encore plus fort et tout le
monde s’est réfugié derrière leur parasol qu'ils ont incliné
pour faire paravent. Le temps d'aller me baigner j'avais mon paréo
couvert de sable gris très fin. Je suis donc reparti de là, pour
passer le reste de l'après midi à la première des cala Barronal
qui m'avait subjugué tout à l'heure. Je me suis réfugié derrière
une petite dune, pour me couper du vent mais j'ai à la place été
embêté par de petits scarabées qui arpentaient les dunes et se
donnaient un malin plaisir à me rendre visite.
Comme
j'avais très faim, je n'ai pas mis à profit mon projet de dormir
dans le coin, les plages étant en plus un peu trop compliquées
d'accès pour y apporter mon barda. J'ai préféré dîner à Isleta
del Moro, village plus petit et plus authentique que San José, donc
moins animé et moins touristique. J'y ai dégusté une salade de
tomates en tranches fines avec de l'ail rappé dessus arrosé d'huile
d'olive et de purée de basilic, le tout accompagné d'une pizza aux
quatre fromages à la patte si fine qu'on aurait cru à une
flammekueche. Ensuite je suis retourné à El Playazo, camper dans le
même coin que la nuit dernière sans avoir à m'enquérir de
chercher un endroit, nuit tombée oblige.




















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