Pour aller à Gavdos, une
ravissante île oubliée du temps et des hommes, depuis la Crète est
une vraie expédition. D'autant plus si vous atterrissez à
Heraklion. Dans la mesure du possible, il est préférable d'arriver
à Chania mais depuis la France, cela n'est pas trop possible, bien
que j'ai découvert récemment qu'il y avait un vol direct
Marseille-Chania par Ryanair. Mais pour combien de temps ? S'il
est toujours en vigueur l'an prochain, je l'essaierai. Depuis Paris,
les vols qui arrivent à Heraklion se font autour de 20 heures. Sans
voiture de location (inutile pour parcourir le sud ouest de la Crète,
trop montagneux pour posséder des routes), il faut alors prendre une
navette pour se rapprocher au plus près de Chania.
A cette heure là,
il n'y a plus de bus public, aussi le transfert s'opère par navette
privée, un bus qui dépose les touristes dans leur resort respectifs
et qui n'en finit donc pas d'arriver à destination. Le plus loin
qu'il puisse aller, c'est Rethymnon, à mi chemin. J'avais prévu d'y
dormir sur un banc, en attendant le bus de 8 heures le lendemain pour
Chania qui vous descend à Vrisses. Mais cette perspective ne m'a
trop réjoui. Trop roots. J'ai préféré louer une chambre dans une
pension pour une trentaine d'euros. Il était autour de 23 heures
quand je suis arrivé à l'auberge. Les grecs sont toujours aussi
sympathiques, heureux de vous recevoir et n'en finissent plus de vous
parler comme si vous retrouviez un vieil et cher ami que vous n'aviez
pas vu depuis longtemps.
C'est très gentil mais à cette heure là
on a seulement envie de prendre une douche avant de filer au
restaurant en espérant toujours trouver quelque chose d'ouvert. Au
lieu de cela vous recevrez tous les renseignements sur les lieux à
voir, où sortir, les bras branchés, ceux où l'on trouve des
filles...
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| Sfakia |
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| Gorge d'Iligas |
Le lendemain matin, après
une petite nuit où le sommeil fut dur à trouver, j'étais dans un
état second, tout comme d'autres touristes dans le bus qui venait
d'Heraklion et qui me demandaient l’œil torve où l'on se
trouvait. Les gens dormaient comme ils pouvaient sur les sièges, en
rond parfois comme un chien. A vingt minutes de Rethymnon, on arrive
à Vrisses, un petit village qui sert de jonction pour prendre un
autre bus, celui qui fait Chania-Sfakia et qu'il faut attendre une
trentaine de minutes.
On peut en profiter pour prendre son petit
déjeuner à l'arrêt du bus qui est en fait un café qui fait
billetterie où des petits vieux sont scotchés sur des sièges en
osier sans doute depuis des temps immémoriaux. On n'était pas bien
nombreux à descendre là. J'ai discuté avec un couple, des danois
qui venaient d’atterrir à 4 heures ce matin et avaient « dormi »
sur le banc de la station de bus d'Heraklion en attendant le bus de 6
heures et qui n'aspiraient qu'à un lit.
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| Sweet water beach |
Le bus est arrivé avec
près d'une demie heure de retard et cela compromettait sérieusement
la possibilité de prendre le bateau pour Gavdos depuis Sfakia à
10h30. La route qui y mène est très belle, elle traverse les Lefka
Ori, les montagnes blanches, qui culminent à plus de 2000 mètres et
qui tirent leur nom de leur couleur et non pas de la neige dont elles
se parent l'hiver.
Je m'efforçais à garder l’œil ouvert et à
avoir un certain émerveillement mais cela était plus fort que moi,
j'entrouvrais à peine un pauvre œil en me disant « bah je
connais déjà ». Le bus pour rattraper son retard filait à
vive allure dans les lacets qui descendent vers Sfkakia. D'habitude
il laisse à l'entrée du village, au niveau du parking, mais là il
nous a amené jusqu'au pied du bateau qui était toujours là bien
que son heure de départ était déjà dépassée. Je me suis rué
sur les bagages et j'étais le premier à arriver au guichet du
bateau pour demander mon billet. Il ne servait à rien de se
précipiter, en fait le bateau a attendu que tout le monde ait son
billet et embarque. Ensuite, on est parti vers Loutro puis Agia
Roumeli, des villages inaccessibles par la route.
Chaque année
l’itinéraire et les horaires changent, quand ce n'est pas
plusieurs fois par saison. Cette année pas de liaison directe, ce
qui rallonge d'autant la traversée. La côte est toujours aussi
belle et cette fois mon entrain se réveille peu à peu et je me mets
à imiter les autres touristes, à prendre en photo des endroits que
j'ai déjà pris plusieurs fois avant. Mais c'était avec un autre
appareil et une autre heure. Et puis le cadrage et l'angle changent,
je m'autorise des fantaisies et qui sait, il en sortira peut être un
cliché supérieur à ce que j'ai déjà.
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| Loutro |
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| Gorge d'Aradena et Mont Pachnes (2453m) |
Je me suis fait mon nid
sur le bateau, déballant le matelas de sol pour l'étendre sur les
durs bancs en lattes de bois. Je ne me suis pas vraiment allongé
longtemps, attendant juste que le bateau passe devant des sites
incontournables comme la plage de Sweet Water en bas de falaises
abruptes, le village tout blanc de Loutro, les gorges de Marmara, la
chapelle byzantine d'Agios Pavlos en bord de plage, les gorges de
Samaria puis Agia Roumeli.
Chaque fois que je retrouve ces paysages
c'est toujours aussi magique. Je ne me lasse toujours pas, même
après 8 ou 9 fois que je viens par là, je ne me souviens plus très
bien. Comme je l'ai déjà écrit c’est mon coin préféré en
Europe. Les gens descendent pour la plupart à Loutro ou Agia
Roumeli. Ceux qui restent pour Gavdos, on peut déjà le savoir à
l'avance. Ils ont des sacs à dos, les cheveux en bataille et des
vêtements un peu hippie. Ce sont des grecs pour la plupart qui
peuvent y passer des vacances pour pas cher, tous nus du matin au
soir, en plantant librement leur tente en bord de plage, à l'ombre
des cyprès.
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| Agia Roumeli |
La traversée dure 3
heures. Il faut dire que le bateau n'est guère rapide.
Avec la
rallonge par Agia Roumeli ça mène le périple à 4 heures. C’est
long mais ça vaut le coup. Quand enfin les bords de Gavdos
apparaissent c'est l'excitation générale. Les gens léthargiques
qui pionçaient sur les bancs se lèvent, scrutant cette île comme
une terre promise. Je m'amuse à reconnaître les plages et les
endroits que je connais déjà. C'est la troisième fois que je viens
à Gavdos et j'ai l'impression d'y venir pour la toute première
fois. Cette fois, je suis bel et bien dans le bain, la fatigue s'est
estompée d'elle même comme par enchantement. Il y a des choses bien
plus fortes à vivre et à profiter.
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| Gorge de Samaria |
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| Ma tente à Agios Ioannis |










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