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mardi 24 juin 2014

En route pour Gavdos

Pour aller à Gavdos, une ravissante île oubliée du temps et des hommes, depuis la Crète est une vraie expédition. D'autant plus si vous atterrissez à Heraklion. Dans la mesure du possible, il est préférable d'arriver à Chania mais depuis la France, cela n'est pas trop possible, bien que j'ai découvert récemment qu'il y avait un vol direct Marseille-Chania par Ryanair. Mais pour combien de temps ? S'il est toujours en vigueur l'an prochain, je l'essaierai. Depuis Paris, les vols qui arrivent à Heraklion se font autour de 20 heures. Sans voiture de location (inutile pour parcourir le sud ouest de la Crète, trop montagneux pour posséder des routes), il faut alors prendre une navette pour se rapprocher au plus près de Chania. 
Sfakia
A cette heure là, il n'y a plus de bus public, aussi le transfert s'opère par navette privée, un bus qui dépose les touristes dans leur resort respectifs et qui n'en finit donc pas d'arriver à destination. Le plus loin qu'il puisse aller, c'est Rethymnon, à mi chemin. J'avais prévu d'y dormir sur un banc, en attendant le bus de 8 heures le lendemain pour Chania qui vous descend à Vrisses. Mais cette perspective ne m'a trop réjoui. Trop roots. J'ai préféré louer une chambre dans une pension pour une trentaine d'euros. Il était autour de 23 heures quand je suis arrivé à l'auberge. Les grecs sont toujours aussi sympathiques, heureux de vous recevoir et n'en finissent plus de vous parler comme si vous retrouviez un vieil et cher ami que vous n'aviez pas vu depuis longtemps. 
Gorge d'Iligas
C'est très gentil mais à cette heure là on a seulement envie de prendre une douche avant de filer au restaurant en espérant toujours trouver quelque chose d'ouvert. Au lieu de cela vous recevrez tous les renseignements sur les lieux à voir, où sortir, les bras branchés, ceux où l'on trouve des filles...

Le lendemain matin, après une petite nuit où le sommeil fut dur à trouver, j'étais dans un état second, tout comme d'autres touristes dans le bus qui venait d'Heraklion et qui me demandaient l’œil torve où l'on se trouvait. Les gens dormaient comme ils pouvaient sur les sièges, en rond parfois comme un chien. A vingt minutes de Rethymnon, on arrive à Vrisses, un petit village qui sert de jonction pour prendre un autre bus, celui qui fait Chania-Sfakia et qu'il faut attendre une trentaine de minutes. 
Sweet water beach
On peut en profiter pour prendre son petit déjeuner à l'arrêt du bus qui est en fait un café qui fait billetterie où des petits vieux sont scotchés sur des sièges en osier sans doute depuis des temps immémoriaux. On n'était pas bien nombreux à descendre là. J'ai discuté avec un couple, des danois qui venaient d’atterrir à 4 heures ce matin et avaient « dormi » sur le banc de la station de bus d'Heraklion en attendant le bus de 6 heures et qui n'aspiraient qu'à un lit.

Le bus est arrivé avec près d'une demie heure de retard et cela compromettait sérieusement la possibilité de prendre le bateau pour Gavdos depuis Sfakia à 10h30. La route qui y mène est très belle, elle traverse les Lefka Ori, les montagnes blanches, qui culminent à plus de 2000 mètres et qui tirent leur nom de leur couleur et non pas de la neige dont elles se parent l'hiver. 
Loutro
Je m'efforçais à garder l’œil ouvert et à avoir un certain émerveillement mais cela était plus fort que moi, j'entrouvrais à peine un pauvre œil en me disant « bah je connais déjà ». Le bus pour rattraper son retard filait à vive allure dans les lacets qui descendent vers Sfkakia. D'habitude il laisse à l'entrée du village, au niveau du parking, mais là il nous a amené jusqu'au pied du bateau qui était toujours là bien que son heure de départ était déjà dépassée. Je me suis rué sur les bagages et j'étais le premier à arriver au guichet du bateau pour demander mon billet. Il ne servait à rien de se précipiter, en fait le bateau a attendu que tout le monde ait son billet et embarque. Ensuite, on est parti vers Loutro puis Agia Roumeli, des villages inaccessibles par la route. 
Gorge d'Aradena et Mont Pachnes (2453m)
Chaque année l’itinéraire et les horaires changent, quand ce n'est pas plusieurs fois par saison. Cette année pas de liaison directe, ce qui rallonge d'autant la traversée. La côte est toujours aussi belle et cette fois mon entrain se réveille peu à peu et je me mets à imiter les autres touristes, à prendre en photo des endroits que j'ai déjà pris plusieurs fois avant. Mais c'était avec un autre appareil et une autre heure. Et puis le cadrage et l'angle changent, je m'autorise des fantaisies et qui sait, il en sortira peut être un cliché supérieur à ce que j'ai déjà.

Je me suis fait mon nid sur le bateau, déballant le matelas de sol pour l'étendre sur les durs bancs en lattes de bois. Je ne me suis pas vraiment allongé longtemps, attendant juste que le bateau passe devant des sites incontournables comme la plage de Sweet Water en bas de falaises abruptes, le village tout blanc de Loutro, les gorges de Marmara, la chapelle byzantine d'Agios Pavlos en bord de plage, les gorges de Samaria puis Agia Roumeli. 
Agia Roumeli
Chaque fois que je retrouve ces paysages c'est toujours aussi magique. Je ne me lasse toujours pas, même après 8 ou 9 fois que je viens par là, je ne me souviens plus très bien. Comme je l'ai déjà écrit c’est mon coin préféré en Europe. Les gens descendent pour la plupart à Loutro ou Agia Roumeli. Ceux qui restent pour Gavdos, on peut déjà le savoir à l'avance. Ils ont des sacs à dos, les cheveux en bataille et des vêtements un peu hippie. Ce sont des grecs pour la plupart qui peuvent y passer des vacances pour pas cher, tous nus du matin au soir, en plantant librement leur tente en bord de plage, à l'ombre des cyprès.

La traversée dure 3 heures. Il faut dire que le bateau n'est guère rapide. 
Gorge de Samaria
Avec la rallonge par Agia Roumeli ça mène le périple à 4 heures. C’est long mais ça vaut le coup. Quand enfin les bords de Gavdos apparaissent c'est l'excitation générale. Les gens léthargiques qui pionçaient sur les bancs se lèvent, scrutant cette île comme une terre promise. Je m'amuse à reconnaître les plages et les endroits que je connais déjà. C'est la troisième fois que je viens à Gavdos et j'ai l'impression d'y venir pour la toute première fois. Cette fois, je suis bel et bien dans le bain, la fatigue s'est estompée d'elle même comme par enchantement. Il y a des choses bien plus fortes à vivre et à profiter.

Ma tente à Agios Ioannis
Un bus attend au port, il mène à Sarakiniko, le village le plus important de l'île en bord de mer, qui compte une demie douzaine de tavernes et à peu près autant de maisons de pécheurs ou à Agios Ioannis, la mecque des hippies. Le conducteur me demande où je veux aller. Je n'en sais fichtrement rien. J'hésite entre les deux. Sarakiniko offre l'avantage d'être plus central si l'on veut pouvoir se rendre sur toutes les plages de l'île sans avoir à trop marcher. On peut aussi y camper et puis il y a un bon nombre de tavernes pour alterner. Agios Ioannis offre par contre l'avantage d'une expérience plus sauvage et le sentiment d'appartenir à une communauté. 
Au final j'ai fait comme tout le monde, j'ai opté pour Agios Ioannis où j'ai filé direct dans les dunes à la recherche d'un emplacement libre et ombragé où m'installer. Ce n'est pas si simple, les emplacements les mieux sont squattés et certains y laissent même leur tente à l'année, ce qui n’est pas très sympa car ça bloque un emplacement pour rien. J'ai trouvé refuge en hauteur, sous un haut cyprès. J'ai même une corde à disposition pour y suspendre ce que je veux. Je vais être bien ! En attendant, la chaleur est écrasante et monter une tente en début d'après midi dans ces conditions est une épreuve dont on se sort en ruisselant de partout. Mais pas de panique, la plage est à deux pas. Une belle plage de sable blond où j'ai passé le reste de l'après midi à m'ébrouer dans l'eau comme les oiseaux dans les rares flaques d'eau de Namibie.

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