J'ai eu froid la nuit
dernière alors que je n'ai dormi qu'à 1200 mètres. Afin de
m'alléger, je n'avais pas emporté le sac de couchage que j'avais
emmené en Macédoine, bien plus chaud. Je pensais avoir plus chaud
ici aussi j'ai opté pour un truc évolutif : un drap de soie,
un sac de couchage bon pour 15 degrés et un sur-sac en polaire, afin
de faire face à toutes les situations : mer ou montagne.
J'avais mis les trois. Malgré tout cet arsenal, cela n'aura pas
suffit, ce qui m'inquiète pour la Sierra Nevada où je vais monter
plus haut, et plus encore pour mes randonnées dans les Alpes du Sud
qui m'attendent dans la foulée. Qu'à cela ne tienne, s'il y avait
un Decathlon à Malaga, il doit bien y en avoir un à Grenade, c'est
forcé.
C'est pile ma destination du jour : visiter l'Alhambra
puis monter à la station de ski de la Sierra Nevada, au pied du
Mulhacen et de ses 3483 mètres, située à peine à 30 kilomètres
de Grenade.
Je suis arrivé à
Grenade à 8 heures du matin. Pile pendant l'heure de pointe. Quelle
idée ! C'était plein de voitures qui fonçaient comme des
malades sur l'autoroute avec un trafic si dense qu'il était
impossible de changer de file. Ça déboulait dans tous les sens.
L'horreur économique. Tous les gens qui partent travailler bien vite
la peur au ventre d'arriver en retard et de se faire virer. Pour moi
c'est comme Capri. C'est fini, je ne crois pas que j'y retournerai un
jour !
En tout cas cela m'aura encore valu de me tromper de
direction, les voitures au cul m'interdisant la moindre réflexion
quant aux panneaux et à leur adéquation avec ma carte. Las de ce
bazar, j'ai pris la sortie vers le centre ville. Riche idée !
Ça donnait sur un rond point où personne ne laissait passer. Dans
ce genre de cas je me sens désemparé. Je voudrais creuser un trou,
là, sous la voiture et continuer à gratter mon terrier jusqu'à
sortir de là ! Finalement j'ai fini devant un Mac Do pour
poster le blog et en me retournant il y avait un beau panneau
Decathlon avec la direction à suivre. Les choses s'arrangent !
J'ai acheté un modèle bon pour 5 degrés, ça devrait quand même
faire l'affaire. Au pire il me restera toujours le polaire.
Débarrassé d'un souci,
je me suis rendu à l'Alhambra, qui est dans la même direction que
la Sierra Nevada. No stress ! Quoique... C'est toute une
organisation ce truc, on se croirait à Disneyland. Il faut se garer
à plein de parkings en terrasse puis marcher jusqu'aux portes de
l'Alhambra. Je tournicotais là dedans avec des bus qui vomissaient
de partout et des groupes de gens qui se pavanaient en se traînant.
Même les brebis grecques sont plus alertes ! En voiture y a
moyen de se frayer un chemin, elles sont polies, elles laissent
passer. Là non. J'ai décidé que trop c'était trop ! Je suis
parti de là et tant pis pour l'Alhambra. Trop de contraintes pour
voir un édifice aussi connu et incontournable soit il. Place à la
Sierra Nevada et ses grands espaces.
Le monde en moins de surcroît.
Si je raconte tout ça c'est pour bien montrer le contraste entre les
lieux touristiques et incontournables d'Andalousie et sa nature
sauvage bien moins fréquentée. Dès lors vous comprendrez pourquoi
je fais l'impasse sur les Séville et autres villes d'Andalousie.
C'est certes un crime mais en voiture c'est pas la peine. Il faut
venir là comme tout le monde : résider à l'hôtel et prendre
une excursion en bus agglutiné avec les autres. Si on aime ça...
La route pour Sierra
Nevada est une route bien large et bien entretenue, accès à la plus
haute station se ski du sud de l'Espagne oblige. Elle est aussi le
terrain de jeux de cyclistes qui s’entraînent en groupe à
effectuer l'ascension. Et c'est une belle course.
![]() |
| Grenade en bas dans la plaine |
Grenade doit être
aux alentours de 600-700 mètres et le plus haut que l'on puisse
aller c'est un hameau de Sierra Nevada, au pied d'un observatoire
astronomique, à 2550 mètres. La route est également prisée des
motards qui circulent en caravane. J'ai aussi vu une femme sur un
drôle d'engin qui peinait dans les côtes avec ses genres de mini
skis à roulette qu'elle poussait contre la pente avec des bâtons.
Drôle de sport. Avec la gravité on ne doit pas beaucoup avancer,
c'est comme si on voulait grimper une côte en patins à roulettes !
Le début du parcours est
assez aride et on aperçoit dès le début la cime de la Sierra
Nevada, peu enneigée malgré une altitude si élevée.
![]() |
| Mulhacen, 3483m |
La silhouette
du sommet n'a rien d’extraordinaire. C'est tout émoussé,
absolument pas déchiqueté, ça ressemble à la crête d'une colline
pelée. Alors c'est ça la Sierra Nevada ? Mais très vite, le
paysage se rattrape. Ça commence par un lac aux eaux vertes au fond
d'une gorge où viennent se refléter de petits villages et d'autres
sommets enneigés qui se découvrent. Puis les genets apparaissent au
bord de la route, embaumant tout sur le passage. C'est ensuite le
tour des pins pour mon plus grand bonheur. J'avais peur de passer de
la caillasse à l'alpage direct sans forêt. Certes ce n'est pas une
forêt comme dans le Pinde mais ça reste très agréable et les pins
sentent très bon. Il y a un centre du parc national à mi chemin.
Arrêt oblige.
![]() |
| La station de ski de Sierra Nevada |
Il y a une exposition permanente de photographies mais
plus orientée sur l'histoire du parc, des villages alentours et des
prouesses techniques dont l'homme a dû faire preuve pour construire
routes et lignes de chemin de fer. Bizarrement rien sur la faune et
la flore. Qu'à cela ne tienne, plus loin, en reprenant la voiture il
y a un jardin botanique. Ne vous attendez pas à des floralies, il y
a très peu de fleurs, c'est simplement un sentier interprétatif où
ils ont mis des panneaux devant chaque essence de plante pour
permettre à quiconque des les connaître. Il y a une source qui
coule là, bien pratique pour remplir les bouteilles d'eau vide.
A Sierra Nevada - la
station de ski - il ne reste plus que quelques maigres plaques de
neige au milieu d'un dédale de remonte-pentes.
Il subsiste quelques
panneaux de magasin de location de ski et toute la station semble
abandonnée. Il n'y a pas âme qui vive, sauf les quelques touristes
qui ne font que passer pour grimper de plus belle vers le cul de sac
au pied de l'observatoire. Question monde, comptez une vingtaine de
voitures garées. Ça n'a rien à voir avec l'Alhambra. J'ai eu
raison de venir là direct. C'est aussi ce que pensent un groupe de
trois bouquetins affalés sur des rochers plats un plus haut et qui
me regardent l'air de me narguer. Je ne m'attendais pas à leur
rencontre, c'est une belle surprise que j'ai l'air d'être le seul à
avoir remarqué. Contrairement aux chamois, les bouquetins sont dotés
de grandes et larges cornes.
Je me suis même demandé si ce n'était
pas des mouflons, mais je crois que les mouflons ont le poil plus
épais. Au sol on trouve un drôle d'insecte d'une longueur d'environ
5 cm. Il est tout noir avec un large et long abdomen tout rond et
lisse. On dirait qu'il se trimbale enroulé autour d'un sac de
couchage. La station est comme dans un cirque entouré du pico Veleta
où un télésiège grimpe en haut de ses 3394m. Juste sur sa gauche
se trouve le Mulhacen, vierge de toute construction, roi de la Sierra
Nevada oblige.










Le pic que vous montrez n'est pas le Mulhacen mais le Veleta, à 3396m ; le Mulhacen est sur la gauche (vers l'est)
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