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samedi 30 novembre 2013

Waterberg Plateau Park


Le plateau du Waterberg est étonnant. Ses falaises dominent la brousse de 150 mètres et forment une muraille qui s'étend sur 50 kilomètres. On a l'impression que deux plaques ont coulissé dans le sens vertical. La cassure est bien nette et les deux bords bien plats. Sur mon guide il est aussi écrit que la région regorge d'animaux sauvages mais qu'il faut avoir de chance pour les voir car la brousse est épaisse et les animaux farouches. Et c'est vrai, je ne dirais pas qu'il s'agit ici de brousse, il y a de nombreux arbres qui forment une forêt un peu clairsemée. Après avoir laissé la tente prête pour ce soir, j'ai pris le chemin qui monte en haut du plateau afin de jouir d'un beau panorama. Mais j'ai dû me tromper car le chemin ne cesse de longer la falaise sans jamais essayer de monter. 
En fait en regardant mon plan, il aurait fallu que je bifurque à une jonction dès le départ. A la place, je me retrouve dès lors sur le kambazembi walk qui effectue une boucle de 3 kilomètres. Ce n'est pas grave, cela me fait une balade et j'ai toute la journée pour explorer le coin. De plus il a plu plusieurs heures depuis l'aube aussi cela laisse le temps au ciel de se dégager pour la suite.
Tout le long du sentier on croise de gros scarabées qui volent de temps en temps en émettant un son de bombardier de la seconde guerre mondiale. Je pense que ce sont des bousiers, ils ressemblent bien à ce que j'ai déjà vu dans des reportages. Ils passent leur temps à chercher une bouse, volant de l'une à l'autre. Une vie de merde, quoi ! 
Le chemin offre peu de vue sur la plaine ou sur les contreforts lointains de la montagne. Il faut le plus souvent se contenter d'une vue de la falaise immédiatement à droite du sentier. Finalement, au retour j'ai bien trouvé l'embranchement qui mène à Mountain view, sans savoir si un jour je pourrais monter au sommet du plateau. Le sentier semble bien en prendre le chemin car il ne cesse de grimper au milieu d'éboulis où se prélassent des dassies qui sentent la crotte de bique. J'ai été surpris de voir ces genres de bestioles à mi chemin entre la marmotte et le lapin qui ont l'air de toujours sourire. Les mêmes que ceux que j'avais vus au Cap dix mois plus tôt. On a envie de les caresser tant leur fourrure appelle à ça. Et leur bouille est trop !
Pour accéder au plateau, il faut passer par un petit goulot en s'aidant de ses bras pour se hisser d'un rocher à l'autre, souvent en posant le pied sur de simples arrêtes, manquant basculer en arrière ou en avant. La vue d'en haut récompense bien la balade. C'est de mon nid d'aigle que j'ai pris le pique-nique, avant d'être délogé de là par un orage qui grondait derrière moi et dont les nuages noirs ne cessaient de se rapprocher. Rapidement les premiers éclairs ont commencé à zébrer le ciel et j'ai donc pressé le pas afin d'arriver au parking le premier. Là, des mangoustes m'attendaient, se déplaçant en groupe en grattant un peu partout à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent. Ces mangoustes sont en tout point semblables aux suricates, si ce n'est leur couleur qui varie entre le noir et le gris anthracite avec quelques zébrures sur le flanc. 
Elles émettent tout le temps des petits sons comme si elles s'extasiaient de tout. C'est toujours en action, ça ne se repose jamais et ça fatigue les yeux d'essayer de les suivre tant c'est nerveux. L'une d'entre elles traînait la patte, occupée à creuser un terrier. Je lui ai fait peur dès qu'elle a sorti sa tête du trou. Mais entre temps le reste du groupe avait poursuivi son chemin et la bestiole s'est retrouvée perdue, en panique, appelant ses congénères d'un cri suraigu, montant sur des rochers, se dressant sur ses pattes arrières en tournant la tête de tous les cotés, les bras ballants. Un air de suricate, quoi. Les suricates sont observables dans le désert du Kalahari à l'est de la Namibie mais davantage dans le Botswana. 
Pour rejoindre cet endroit il faut prendre des pistes de 4x4 sur des centaines de kilomètres. Pas question donc de m'y rendre. Du coup je me suis consolé avec le cousin du suricate qui offre les mêmes mimiques. Ce n'est pas si mal.
J'ai passé le début de l'après midi au bord de la piscine, question d'en profiter en y piquant une tête malgré la pluie qui tombait. De toute façon quand il pleut que faire d'autre ? Rester enfermé dans sa voiture ou être mouillé dehors ? La piscine est non chauffée mais l'eau est agréable et c'est de l'eau claire, non javellisée. Ça me rappelle un peu mes baignades dans les rivières du Queensland. Après la baignade j'ai traîné un peu dans le domaine, à la recherche d'oiseaux. 
Dans les branches on peut voir ces espèces de canaris jaunes que je connais déjà et qui passent leur temps à construire des nids comme des coquilles de bigorneaux en tressant des herbes larges et vertes qu'ils vont chercher à droite à gauche.
De retour au camping pour y trier mes photos, ça a été le drame. La tente était complètement en l'air. J'ai d'abord cru que le vent l'avait fait s'envoler, avant de m'apercevoir qu'il y avait plein de petites billes blanches tout autour. Mais qu'avait il bien pu se passer ? Une fois la tente redressée, j'ai tout de suite compris. Le tissu extérieur était complètement lacéré, sur un les trois côtés d'un carré qui couvrait le toit de la tente. La porte était intacte mais la doublure intérieure déchirée, de sorte qu'on avait pu accéder à l'intérieur de la tente par l'ouverture pratiquée par le toit. 
Une attaque de babouin selon toute vraisemblance. On est briffé à l'accueil sur la présence de babouins dans le secteur en insistant sur le fait qu'il ne faut rien laisser comme nourriture dans les tentes. C'est bien ce que j'ai fait mais visiblement cela n'a pas suffit. J'ai fait le constat des dégâts: l'oreiller a été mis en pièces et vidé de son contenu, mon matelas de sol a disparu et il ne reste que des lanières dans les fourrés. Le drap de soie n'est plus qu'un tissu plein de trous et de terre. Le sac de la tente a disparu ainsi que ma boîte de boules quies. Dans ces conditions comment vais-je pouvoir continuer à camper ? Il ne me reste rien. En plus on en est qu'à la première nuit et il me reste un mois à tenir.
Je suis allé à la réception pour signaler ce qui s'était passé. 
L'employée, désolée pour moi, m'a dit qu’elle allait venir avec le manager. Au passage, un couple de campeurs qui venait d'arriver et avait vu ma tente éventrée plus tôt m'a offert une bière pour me remonter le moral, m'informant que ce camping avait un problème de babouins. Ce que je regrette c'est qu'il ne soit pas dit de ne pas plier la tente dans la journée. Avec ma tente qui se plie et se jette en quelques secondes, je pouvais très bien le faire ce matin, ce n'est pas ça qui allait me prendre du temps. Sur le coup on voudrait revenir en arrière. Mais c’est trop tard.
Quand un garde est arrivé le verdict est tombé : attaque de babouins en quête de nourriture. Il a toute de même fallu que je répète plusieurs fois que je n'avais pas de nourriture dans la tente et que cela pouvait arriver aux autres campeurs et qu'ils devaient donc informer les autres de ne pas laisser leur tente plantée en journée. 
Il avait l'air de ne pas vraiment me croire. Il est allé faire un tour dans les buissons environnants et en est revenu avec le reste de mon matelas lacéré que ces maudits malfrats avaient dû essayer de manger avant de trouver que ce n'était pas très bon. La boîte de boules quies a aussi été retrouvée mais vide. Ils ont dû manger les boules de cire, croyant à des bonbons. C'est ce qui m’embête le plus. Avec tous les campings que j'ai prévus, il me faut absolument des protections auditives, à moins de faire du camping sauvage mais avec toutes ces bêtes qui rodent ce n'est pas très prudent. La réceptionniste est venue m'apporter les clefs d'un bungalow pour que je puisse y passer la nuit. Par contre demain c'est dimanche et tout sera fermé. 
Mon bungalow de repli, j'y gagne au change...
Je suis donc contraint de rester ici un jour de plus avant de pouvoir acheter du nouveau matériel de camping à Otjiwarongo sur la route d'Etosha où j'ai prévu de me rendre pour ma prochaine halte. Elle m'a dit qu'elle allait en parler à son manager et qu'on verrait demain. En attendant j'apprécie le geste et le bungalow dont je dispose va me permettre de me reposer comme il faut. J'en ai aussi profité pour laver ce que j'ai pu sauver indemne de la tente : mon pyjama et le sac de couchage. Ce soir, après ces déboires, j'ai jugé que je n'avais ni la force ni le moral pour me faire à manger. Je suis donc allé au restaurant du resort où j'ai commandé une salade grecque suivie d'un steak grillé d'oryx. C'est très bon, même si j'ai pensé à cette gazelle que j'aime prendre en photos avec ses yeux si doux et si plein de poésie. Ça fait mal au cœur mais en même temps ça fait du bien au ventre !

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