Le plateau du Waterberg
est étonnant. Ses falaises dominent la brousse de 150 mètres et
forment une muraille qui s'étend sur 50 kilomètres. On a
l'impression que deux plaques ont coulissé dans le sens vertical. La
cassure est bien nette et les deux bords bien plats. Sur mon guide il
est aussi écrit que la région regorge d'animaux sauvages mais qu'il
faut avoir de chance pour les voir car la brousse est épaisse et les
animaux farouches. Et c'est vrai, je ne dirais pas qu'il s'agit ici
de brousse, il y a de nombreux arbres qui forment une forêt un peu
clairsemée. Après avoir laissé la tente prête pour ce soir, j'ai
pris le chemin qui monte en haut du plateau afin de jouir d'un beau
panorama. Mais j'ai dû me tromper car le chemin ne cesse de longer
la falaise sans jamais essayer de monter.
En fait en regardant mon
plan, il aurait fallu que je bifurque à une jonction dès le départ.
A la place, je me retrouve dès lors sur le kambazembi walk qui
effectue une boucle de 3 kilomètres. Ce n'est pas grave, cela me
fait une balade et j'ai toute la journée pour explorer le coin. De
plus il a plu plusieurs heures depuis l'aube aussi cela laisse le
temps au ciel de se dégager pour la suite.
Tout le long du sentier
on croise de gros scarabées qui volent de temps en temps en émettant
un son de bombardier de la seconde guerre mondiale. Je pense que ce
sont des bousiers, ils ressemblent bien à ce que j'ai déjà vu dans
des reportages. Ils passent leur temps à chercher une bouse, volant
de l'une à l'autre. Une vie de merde, quoi !
Le chemin offre
peu de vue sur la plaine ou sur les contreforts lointains de la
montagne. Il faut le plus souvent se contenter d'une vue de la
falaise immédiatement à droite du sentier. Finalement, au retour
j'ai bien trouvé l'embranchement qui mène à Mountain view, sans
savoir si un jour je pourrais monter au sommet du plateau. Le sentier
semble bien en prendre le chemin car il ne cesse de grimper au milieu
d'éboulis où se prélassent des dassies qui sentent la crotte de
bique. J'ai été surpris de voir ces genres de bestioles à mi
chemin entre la marmotte et le lapin qui ont l'air de toujours
sourire. Les mêmes que ceux que j'avais vus au Cap dix mois plus
tôt. On a envie de les caresser tant leur fourrure appelle à ça.
Et leur bouille est trop !
Pour accéder au plateau,
il faut passer par un petit goulot en s'aidant de ses bras pour se
hisser d'un rocher à l'autre, souvent en posant le pied sur de
simples arrêtes, manquant basculer en arrière ou en avant. La vue
d'en haut récompense bien la balade. C'est de mon nid d'aigle que
j'ai pris le pique-nique, avant d'être délogé de là par un orage
qui grondait derrière moi et dont les nuages noirs ne cessaient de
se rapprocher. Rapidement les premiers éclairs ont commencé à
zébrer le ciel et j'ai donc pressé le pas afin d'arriver au parking
le premier. Là, des mangoustes m'attendaient, se déplaçant en
groupe en grattant un peu partout à la recherche de quelque chose à
se mettre sous la dent. Ces mangoustes sont en tout point semblables
aux suricates, si ce n'est leur couleur qui varie entre le noir et le
gris anthracite avec quelques zébrures sur le flanc.
Elles émettent
tout le temps des petits sons comme si elles s'extasiaient de tout.
C'est toujours en action, ça ne se repose jamais et ça fatigue les
yeux d'essayer de les suivre tant c'est nerveux. L'une d'entre elles
traînait la patte, occupée à creuser un terrier. Je lui ai fait
peur dès qu'elle a sorti sa tête du trou. Mais entre temps le reste
du groupe avait poursuivi son chemin et la bestiole s'est retrouvée
perdue, en panique, appelant ses congénères d'un cri suraigu,
montant sur des rochers, se dressant sur ses pattes arrières en
tournant la tête de tous les cotés, les bras ballants. Un air de
suricate, quoi. Les suricates sont observables dans le désert du
Kalahari à l'est de la Namibie mais davantage dans le Botswana.
Pour
rejoindre cet endroit il faut prendre des pistes de 4x4 sur des
centaines de kilomètres. Pas question donc de m'y rendre. Du coup je
me suis consolé avec le cousin du suricate qui offre les mêmes
mimiques. Ce n'est pas si mal.
J'ai passé le début de
l'après midi au bord de la piscine, question d'en profiter en y
piquant une tête malgré la pluie qui tombait. De toute façon quand
il pleut que faire d'autre ? Rester enfermé dans sa voiture ou
être mouillé dehors ? La piscine est non chauffée mais l'eau
est agréable et c'est de l'eau claire, non javellisée. Ça me
rappelle un peu mes baignades dans les rivières du Queensland. Après
la baignade j'ai traîné un peu dans le domaine, à la recherche
d'oiseaux.
Dans les branches on peut voir ces espèces de canaris
jaunes que je connais déjà et qui passent leur temps à construire
des nids comme des coquilles de bigorneaux en tressant des herbes
larges et vertes qu'ils vont chercher à droite à gauche.
De retour au camping pour
y trier mes photos, ça a été le drame. La tente était
complètement en l'air. J'ai d'abord cru que le vent l'avait fait
s'envoler, avant de m'apercevoir qu'il y avait plein de petites
billes blanches tout autour. Mais qu'avait il bien pu se passer ?
Une fois la tente redressée, j'ai tout de suite compris. Le tissu
extérieur était complètement lacéré, sur un les trois côtés
d'un carré qui couvrait le toit de la tente. La porte était intacte
mais la doublure intérieure déchirée, de sorte qu'on avait pu
accéder à l'intérieur de la tente par l'ouverture pratiquée par
le toit.
Une attaque de babouin selon toute vraisemblance. On est
briffé à l'accueil sur la présence de babouins dans le secteur en
insistant sur le fait qu'il ne faut rien laisser comme nourriture
dans les tentes. C'est bien ce que j'ai fait mais visiblement cela
n'a pas suffit. J'ai fait le constat des dégâts: l'oreiller a été
mis en pièces et vidé de son contenu, mon matelas de sol a disparu
et il ne reste que des lanières dans les fourrés. Le drap de soie
n'est plus qu'un tissu plein de trous et de terre. Le sac de la tente
a disparu ainsi que ma boîte de boules quies. Dans ces conditions
comment vais-je pouvoir continuer à camper ? Il ne me reste
rien. En plus on en est qu'à la première nuit et il me reste un
mois à tenir.
Je suis allé à la
réception pour signaler ce qui s'était passé.
L'employée, désolée
pour moi, m'a dit qu’elle allait venir avec le manager. Au passage,
un couple de campeurs qui venait d'arriver et avait vu ma tente
éventrée plus tôt m'a offert une bière pour me remonter le moral,
m'informant que ce camping avait un problème de babouins. Ce que je
regrette c'est qu'il ne soit pas dit de ne pas plier la tente dans la
journée. Avec ma tente qui se plie et se jette en quelques secondes,
je pouvais très bien le faire ce matin, ce n'est pas ça qui allait
me prendre du temps. Sur le coup on voudrait revenir en arrière.
Mais c’est trop tard.
Quand un garde est arrivé
le verdict est tombé : attaque de babouins en quête de
nourriture. Il a toute de même fallu que je répète plusieurs fois
que je n'avais pas de nourriture dans la tente et que cela pouvait
arriver aux autres campeurs et qu'ils devaient donc informer les
autres de ne pas laisser leur tente plantée en journée.
Il avait
l'air de ne pas vraiment me croire. Il est allé faire un tour dans
les buissons environnants et en est revenu avec le reste de mon
matelas lacéré que ces maudits malfrats avaient dû essayer de
manger avant de trouver que ce n'était pas très bon. La boîte de
boules quies a aussi été retrouvée mais vide. Ils ont dû manger
les boules de cire, croyant à des bonbons. C'est ce qui m’embête
le plus. Avec tous les campings que j'ai prévus, il me faut
absolument des protections auditives, à moins de faire du camping
sauvage mais avec toutes ces bêtes qui rodent ce n'est pas très
prudent. La réceptionniste est venue m'apporter les clefs d'un
bungalow pour que je puisse y passer la nuit. Par contre demain c'est
dimanche et tout sera fermé.
![]() |
| Mon bungalow de repli, j'y gagne au change... |
Je suis donc contraint de rester ici un
jour de plus avant de pouvoir acheter du nouveau matériel de camping
à Otjiwarongo sur la route d'Etosha où j'ai prévu de me rendre
pour ma prochaine halte. Elle m'a dit qu'elle allait en parler à son
manager et qu'on verrait demain. En attendant j'apprécie le geste et
le bungalow dont je dispose va me permettre de me reposer comme il
faut. J'en ai aussi profité pour laver ce que j'ai pu sauver indemne
de la tente : mon pyjama et le sac de couchage. Ce soir, après
ces déboires, j'ai jugé que je n'avais ni la force ni le moral pour
me faire à manger. Je suis donc allé au restaurant du resort où
j'ai commandé une salade grecque suivie d'un steak grillé d'oryx.
C'est très bon, même si j'ai pensé à cette gazelle que j'aime
prendre en photos avec ses yeux si doux et si plein de poésie. Ça
fait mal au cœur mais en même temps ça fait du bien au ventre !











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