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J'ai quitté Francfort il
y a maintenant plus de 1h30. L'avion est à moitié plein, ou à
moitié vide, tout dépend comment on voit les choses. Les gens sont
tous contents, c'est un ballet de déplacements, les rangées de 4 du
milieu d'ordinaire désertées au moment de l'enregistrement en ligne
sont prises d'assaut. Les meilleures places si l'on veut pouvoir
dormir allongé. J'ai fait un essai, les accoudoirs se relèvent.
Hélas, quelqu'un qui m'observait a piqué la rangée à mon niveau
avant le décollage, bien conscient que les places allaient être
chères par la suite. J'ai donc dû me rabattre sur la rangée de
derrière où une femme était déjà là, parlant à son mari de
l'autre côté de l'allée. Elle m'a souri, toute contente d'avoir de
l'espace autour d'elle. C'est ça de voyager un jeudi soir quand tout
le monde travaille. D'ailleurs dans l'avion il y a principalement des
retraités, et qui voyagent en majorité tous seuls. Ce n'est pas un
hasard. La Namibie doit être l'une des dernières contrées sauvages
où l'on a plus de chance de croiser un animal sauvage qu'un humain,
du coup ça attire les asociaux.
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| Vol au dessus du parc national d'Etosha! |
Au contrôle de sécurité
le personnel m'a accueilli avec le sourire en me disant que j'avais
l'air d'un surfeur. Ce doit être mon air décontracté, avec ma
ceinture en ficelle et les crocs aux pieds. Je suis un vagabond des
airs. Et le stress pour moi c'est fini. Les gens pressés, la cohue,
tout ça est un lointain souvenir. Je sors au supermarché avant midi
ou entre 14 et 15. C'est là où il y a le moins de monde. Je dégote
des billets de trains défiants toute concurrence pour des voyages le
mercredi. On attend de moi que je déprime du fait que je sois au
chômage. C'est tout le contraire. Je profite de cette liberté
retrouvée, c'est un luxe qui n'a pas de prix. Et qui m'a permis hier
de croiser un renard dans le bois de Vincennes, tout aussi surpris
que moi de croiser une bestiole. Au début je l'avais pris pour un
chien car il n'était pas très farouche. Il marchait à pas de
croisière et je l'ai suivi le long du chemin qu'il empruntait. Alors
qu'il s'était arrêté au détour d'un virage, je me suis accroupi,
comme on fait avec les enfants pour qu'ils nous écoutent mieux.
J'étais ainsi moins effrayant et je l'ai sifflé. Il est venu vers
moi, avançant sa tête pour renifler mon téléphone que j'avais
dégainé pour lui tirer le portrait. Il s'attendait à de la
nourriture, du coup il est parti, déçu. Malgré tout j'ai réussi à
le faire revenir deux fois en le sifflant à nouveau, avant qu'il
comprenne que je n'avais rien à lui offrir. C'est la première fois
de ma vie que je voyais un renard. Il aura fallu pour cela attendre
que je sois au chômage. Pas étonnant, le week-end ces bêtes là
doivent rester dans leur tanière en attendant que ça passe.
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| Lever de soleil sur l'Afrique |
Dans l'avion pour
Francfort cet après midi il n'y avait que des cols blancs cravatés
jusqu'à l'asphyxie qui dégageaient de mauvaises vibrations. Une
femme sèche se réjouissait avec une collègue qu'on lui ait accordé
deux jours à Noël... Super, ça fait rêver, deux misérables
jours. Et pour faire quoi ? Pour souffler avant d'y retourner
jusqu'à l'été ? Maintenant que je suis mon propre patron sans
entreprise, je gère mon temps comme je l'entends. A ce titre je suis
le plus jeune retraité de l'avion. Je suis tout guilleret, le
personnel d'Air Namibia vient de m'offrir une deuxième bière, au
format 33 cl, une Tafel, une bière de Namibie à la boîte rouge et
aux lettres dorées. Sans compter le verre de vin servi avec le
repas. Je vais me remettre dans le film. Vol au départ de
l'Allemagne oblige, je n'ai le choix qu'entre la langue allemande ou
la langue anglaise. Sans sous-titres cela va de soi. Je regarde
Pacific Rim, une américaniaiserie fantastique qui fait dans les
effets spéciaux, du coup il n'y a pas grand chose à comprendre et
ça m'aide bien.



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