Pour clore le chapitre
Daintree, j'ai décidé aujourd'hui de m'octroyer un grand circuit
qui me mènera jusqu'aux bords de la rivière Daintree, exactement
par là où je suis arrivé. A la nuance qu'au lieu de survoler les
50 km qui séparent la rivière de Cape Tribulation, pressé
d'arriver au camp et de faire une sieste sur la plage, je vais avoir
toute la journée pour explorer les moindres recoins de ce parc
national extraordinaire.
Cape Tribulation est le
paradis de l'éco-lodge, ces hôtels d'un nouveau genre, intégrés à
l'environnement qui essayent de minimiser leur impact sur la planète.
C’est une sorte de retour à la nature, minimaliste, où la nature
s'invite dans les chambres sans sacrifier pour autant au confort.
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| Myall Beach |
Les
panneaux fleurissent le long de la route principale mais on ne voit
jamais les bungalows. Ils sont complètement enfouis sous la jungle.
J'en connais beaucoup qui rêveraient de dormir dans de tels
endroits, surtout que les prix ne sont pas si délirants que ça. Il
y en a pour tous les budgets et il faut compter dans les 100 dollars
la nuit pour le milieu de gamme. Mais moi je préfère encore ma
tente à la lisière de la jungle et de l'océan. Personne ne
m'importune, ou alors ça ne dure pas, comme cette nuit un grillon
qui s'est mis à crisser ses ailes en plein milieu de la nuit. Ça
fait partie du charme. Il n'y a qu'une chose, c'est que je dors de
moins en moins bien et de plus en plus agité, me levant le matin
avec un mal au dos. J'avais voulu changer de matelas de sol, il va
falloir que je réétudie la question.
Car deux semaines après mon
retour, je vais remettre ça en Namibie pour à nouveau un mois. La
prochaine fois que je vais donc me poser dans un lit et me faire à
manger correctement ce ne sera pas avant longtemps. A ce sujet, quand
je regarde des photos que je prends, je n'ose même pas les mettre
sur le blog. Avec mes plats lyophilisés qui contiennent juste ce
qu'il faut de protéines, et les pique-nique snacks qui ne
m'apportent pas grand chose, je sens que je fonds comme neige au
soleil. Et comme j'étais déjà fondu, je puise dans les muscles, de
sorte que je ressemble désormais à un tas d'os avec deux canes à
la place des bras et des épaules décharnées. Certaines femmes
rêveraient d'être ainsi, on dirait un mannequin anorexique. Mais
sur un homme ça ne le fait pas trop.
En revanche la majorité de
ceux que je croise auraient bien besoin d'un tel régime, sur la
plage c'est très souvent « je vais à la plage avec ma bouée
incorporée qui tressaute comme un flan dans son moule quand je
marche ».
Un tel endroit si unique
mérite qu'on le respecte. Outre les éco-lodge, tout est tourné
vers le tourisme vert. Les fruits vendus sur le bas côté de la
route sont certifiés biologiques, il y a deux ou trois fabriques à
glace qui proposent de venir déguster dans leur domaine des glaces
artisanales qu'ils confectionnent tous les jours avec des dizaines de
parfums différents, utilisant les fruits de la forêt, dont certains
sont complètement inconnus. Demandez un sorbet à « black
sapote », à « mangosteen », « durian »
ou encore « jackfruit » !
Le hic est que je n'ai
plus un dollar en poche pour goûter ça. Faudra qu'on me donne la
photo de ces fruits que j'ai certainement vus au cours de mes
randonnées sans jamais les goûter car il paraît que la majorité
sont poisons.
Pour les amoureux de la
nature qui souhaitent conjuguer tourisme et utilité, il y a une
multitude d'organismes qui enrôlent des volontaires pour au moins
une semaine dans divers secteurs tous tournés vers l'environnement.
Un rêve pour moi. Comme ailleurs, en échange de quelques efforts
journaliers, le gîte et le couvert son offerts. Une belle manière
de barouder en faisant quelque chose pour la planète. Il y a ainsi à
Cape Tribulation « The Batt house », que je voulais
visiter. Ils recueillent des chauves-souris blessées et en font la
démonstration.
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| Champ à thé |
Quand j'y suis allé c'était fermé. Sans doute que
les volontaires se la coulaient douce sur la plage. J'aime cette
forme de travail non rémunéré, qui est suffisante pour vivre. Tout
le monde y trouve son compte, c'est sans engagement, sans beaucoup de
contraintes, sans lettre de motivation à rédiger. De plus je
pourrais multiplier les expériences du style autour de la planète
afin de revenir avec une jolie liste d'activités qui pourrait être
un tremplin vers un nouveau job, comme gardien de parc national. Cela
montrerait mon intérêt pour la nature. Il y a d'autres centres
encore à Daintree qui proposent par exemple de planter des arbres
dans différents secteurs pour reboiser certaines zones.
A Daintree on trouve
aussi des champs de thé, tout aussi bio ou de café, bio aussi,
qu'on peut venir acheter et déguster à la ferme. Sans compter une
multitude d'artistes qui vivent là comme des Robinson et qui
exposent leurs toiles à qui veut venir les voir.
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| Daintree River |
Le Lonely Planet
dit de Cape Tribulation : « Discovered by hippies in the
'70s, backpackers in the '80s and everyone else in the '90s, Cape
Trib retains a frontier quality, with low-key development, road signs
alerting drivers to cassowary crossings and crocodile warnings that
make beach strolls that little bit less relaxing ». C'est
étonnant de se dire qu'il y a seulement 40 ans de ça, le coin était
inconnu de tous, à part Captain Cook bien sûr !
En parlant de panneaux
qui indiquent la traversée imminente de casoar, il y en a un qui a
bien mérité son emplacement. Jusqu'alors je restais goguenard
devant ces panneaux, comme si ces bestioles avaient leur préférence
de traversée de route. Il n'empêche que sur la piste qui menait à
Cape Kimberley, un panneau plus pressant que les autres indiquait
carrément : « Reduce speed. Cassowaries cross the road
ahead », comme s'il venait juste d'être positionné, à
l'instar de ces panneaux qui préviennent de travaux sur les routes.
Eh bien je n'ai pas été déçu. Un spécimen de son espèce a
traversé la piste comme indiqué. Je n'ai pas eu le temps de réagir,
la bestiole ayant déguerpi dans la jungle. A défaut de photo j'en
garde le souvenir d'un truc qui ressemble à une autruche et qui n'a
aucune couleur. Une forme sombre. Il faut dire que je l'ai vue de
loin. Apparemment la créature aurait un cou bleu fripé tombant en
jabot. Il faudra se contenter de cette observation succincte.
Il y a une merveille de
plus à Daintree : Jindalba boardwalk, le troisième et dernier
sentier interprétatif, très différent des deux autres car il
s'épanouit le long d'une gorge, passant d'un côté à l'autre par
de petits ponts de bois. On y trouve aussi des genres de balcons
dotés de bancs qui invitent à contempler la nature qui s'offre plus
bas, ou bien à lire ou se reposer.
Quant à moi j'en profite juste
pour m'asseoir et écouter la jungle me parler. Ce genre d'endroit me
remplit le cœur de tellement d’allégresse que je tiens à faire
partager ces instants suspendus hors du temps, où les ambiances, les
sons et odeurs se mêlent pour former une osmose parfaite. Sur le
sentier c'est le retour des fleurs banches en étoile qui sentent
divinement bon, un peu le jasmin, un peu la glycine. Dans les
branches ce sont des concertos de gazouillis insouciants rythmés par
des « ouh ouh » langoureux en contre-fond. La jungle est
une merveille de la nature portée à son paroxysme, habitat fragile
mais si bien ordonné où tout est équilibre. Les panneaux qui
jalonnent le sentier permettent encore mieux de se fondre dans la
nature, permettant d'en saisir la délicatesse. En voici quelques
uns :
« After the storm.
Cyclones are a fact of
life in the Wet Tropics. Forming over the ocean, they batter the
coast with winds up to 200 km/h. The resulting damage can be very
patchy with some areas devastated while others remain intact.
Unpredictable winds, the layout of surrounding hillsides and previous
damage to the canopy are all factors in the destruction equation.
Here a section of the canopy was damaged by cyclone Rona in February,
1999. Increased light stimulates the growth of waiting understorey
trees and shrubs. Leaves shoot from the trunks and branches of
damaged trees and the forest begins to repair itself. »
« The green room.
Look around at the
rainforest in all its gorgeous diversity, a profusion of shapes,
forms and colours. One reason rainforests are called 'closed' forests
is because they are closed ecosystems. Their living parts – plants,
animals and microrganisms, and their physcical parts – soil,
nutrients and water, are totally integrated. If this dynamic is badly
disturbed by fire, clearing, or erosion, nutrients are lost and not
recycled. Extensively damaged rainforest may never return to a
pristine state. But when conditions are right, rainforests are rapid
colonizers, advancing around a metre a year. »
« Wet stuff.
It rains a lot on the
Daintree Coast ! Here the mountain ranges close to the coast
force the moisture-laden winds from the sea to rise, creating rain.
Tropical rainforest needs at least two metres of rain a year to
thrive. Much of this rain nevers reaches the forest floor. It
evaporates from the canopy or collects in hollows. The rest dripps
off leaf drip tips or cascades down the trunks. But leaves need
water, lots of it, along with soil nutrients to make sugar. During
summer – when sunlight is intense, evaporation is high and soils
are saturated, a rainforest giant can pump hundreds of litres of
water per day from the soil to the canopy. »
Cet étonnant écosystème
n'a pas évolué depuis des millions d'années, c'est d'autant plus
fascinant. On peut s'y plonger en s'imaginant à l'origine du monde.
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| Cow Bay |
Aussi, faites moi rire avec le concept d'évolution professionnelle.
Pour qu'une carrière soit réussie, on doit évoluer. Quelqu'un qui
reste au même poste est un raté, quelqu'un qui n'a pas d'ambition.
Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Est ce qu'on lui demande à
la forêt pluviale comment elle sera dans 5 ou 10 ans ?
Certainement au même stade. Mais ça ce l'empêche pas d’être
pleine de vie et de s’épanouir. Évoluer... Vers quoi ? A la
fin on finit tous dans un trou plein de vers ou dans une urne !
C'est la seule évolution qu'on puisse envisager. Alors le reste,
faites moi rire plutôt...
J'aurais pu pique-niquer
à Jindalba, ce n'est pas les tables qui , mais l'arrivée soudaine
de mini-bus avec un guide faisant l'article sur la forêt et qu'on
entendait à des kilomètres a rompu la magie qui régnait en ce
lieu. Je suis donc allé plus loin, à Cow Bay, découvrir une
nouvelle plage.
C'est là qu'un gros iguane à la gorge rayée s'est
invité à table. Il aurait très bien pu me sauter dessus, il s'est
contenté de me regarder avant de s’en retourner dans les feuilles
mortes. Ensuite, je suis allé à nouveau explorer la mangrove,
scrutant des paires d'yeux de crocodiles hors de l'eau. Toujours
rien. Mais j'ai trouvé d'autres paires d'yeux, cette fois du côté
des petits riens. J'ai trouvé pour vous le chaînon manquant entre
le poisson et le batracien. On pourrait dire que c'est un poisson qui
essaye de sortir de l'eau. D'ailleurs il n'a pas l'air d'avoir de
branchies, de sorte qu'au fond je ne sais pas ce que c'est. D'un
autre côté il n'a pas de pattes et se sert de ses deux nageoires
pour marcher. Enfin il se termine par une queue de poisson. Quant à
la tête elle comporte deux gros yeux globuleux situés sur le sommet
de la tête, tout comme les grenouilles et non comme les poissons qui
les ont sur le côté.
Ces créatures passent leur temps la queue
dans l'eau et le reste émergé, s'aventurant parfois en terrain
complètement découvert. Si l'on essaye de leur faire peur en
s'approchant on réalise bien que la terre n'est pas leur élément,
essayant de sauter et de ramper pour se sauver. Certains sont grands
de près de 10 centimètres. J'en avais déjà vu dans d'autres pays
mais pas de si gros.
J'ai passé le reste de
la journée à Noah Bay, m'octroyant une petite sieste, avant de
sortir de là un peu hébété. Aujourd'hui la mer est démontée de
sorte que je ne peux pas prendre un bain. Avec toute cette eau
tourbillonnante il est en effet impossible de vérifier s'il n'y a
pas quelques méduses qui patrouillent entre deux eaux.
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| Noah Beach |
J'ai donc dû
me contenter d'une toilette de chat en utilisant une demie bouteille
d'eau. Je fais dans l'économie, faisant attention de ne pas trop
puiser dans la citerne commune du camp où il est écrit que chaque
goutte d'eau doit être utilisée à bon escient. En effet ils ne
doivent pas remplir la cuve bien souvent.
Ce soir je me suis fait
une petite frayeur en me rendant à la tente cachée derrière la
plage. Pendant le dîner il y eu un petit grain. Hors, sur la plage,
des traces fraîches sont apparues, qui passent à quelques mètres
de la tente. Sous la trace du passage, le sable est sec ce qui
atteste que l'empreinte est toute fraîche. Ça ressemble à
l'empreinte d'un vélo qui aurait roulé par là avec des deux côtés
des trous d'une dizaine de centimètres, ronds, qui ne ressemblent
pas à un empreinte de pas.
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| Ma tente à crocodiles! |
J'ai tout de suite deviné de quoi il
s'agissait. Un crocodile ! C'est sa queue qui fait cette ligne
dans le sable comme la roue d'un vélo. Il a dû passer par là il y
a quelques minutes. S'il est passé par ici, il reviendra par là...
Je ne cessais de songer à ça dans ma tente vert forêt. Le
crocodile repère-t-il ses proies à l'odorat, en sentant la chaleur
des animaux ou bien simplement en voyant des formes bouger ? Si
c'est cette troisième option, ça me va. C'est ce que j'ai essayé
de me persuader pour arriver à m'endormir, en priant aussi
copieusement mon ange gardien !
















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