Pages

Translate

mardi 5 novembre 2013

Daintree National Park


Pour clore le chapitre Daintree, j'ai décidé aujourd'hui de m'octroyer un grand circuit qui me mènera jusqu'aux bords de la rivière Daintree, exactement par là où je suis arrivé. A la nuance qu'au lieu de survoler les 50 km qui séparent la rivière de Cape Tribulation, pressé d'arriver au camp et de faire une sieste sur la plage, je vais avoir toute la journée pour explorer les moindres recoins de ce parc national extraordinaire.
Cape Tribulation est le paradis de l'éco-lodge, ces hôtels d'un nouveau genre, intégrés à l'environnement qui essayent de minimiser leur impact sur la planète. C’est une sorte de retour à la nature, minimaliste, où la nature s'invite dans les chambres sans sacrifier pour autant au confort. 
Myall Beach
Les panneaux fleurissent le long de la route principale mais on ne voit jamais les bungalows. Ils sont complètement enfouis sous la jungle. J'en connais beaucoup qui rêveraient de dormir dans de tels endroits, surtout que les prix ne sont pas si délirants que ça. Il y en a pour tous les budgets et il faut compter dans les 100 dollars la nuit pour le milieu de gamme. Mais moi je préfère encore ma tente à la lisière de la jungle et de l'océan. Personne ne m'importune, ou alors ça ne dure pas, comme cette nuit un grillon qui s'est mis à crisser ses ailes en plein milieu de la nuit. Ça fait partie du charme. Il n'y a qu'une chose, c'est que je dors de moins en moins bien et de plus en plus agité, me levant le matin avec un mal au dos. J'avais voulu changer de matelas de sol, il va falloir que je réétudie la question. 
Car deux semaines après mon retour, je vais remettre ça en Namibie pour à nouveau un mois. La prochaine fois que je vais donc me poser dans un lit et me faire à manger correctement ce ne sera pas avant longtemps. A ce sujet, quand je regarde des photos que je prends, je n'ose même pas les mettre sur le blog. Avec mes plats lyophilisés qui contiennent juste ce qu'il faut de protéines, et les pique-nique snacks qui ne m'apportent pas grand chose, je sens que je fonds comme neige au soleil. Et comme j'étais déjà fondu, je puise dans les muscles, de sorte que je ressemble désormais à un tas d'os avec deux canes à la place des bras et des épaules décharnées. Certaines femmes rêveraient d'être ainsi, on dirait un mannequin anorexique. Mais sur un homme ça ne le fait pas trop. 
En revanche la majorité de ceux que je croise auraient bien besoin d'un tel régime, sur la plage c'est très souvent « je vais à la plage avec ma bouée incorporée qui tressaute comme un flan dans son moule quand je marche ».
Un tel endroit si unique mérite qu'on le respecte. Outre les éco-lodge, tout est tourné vers le tourisme vert. Les fruits vendus sur le bas côté de la route sont certifiés biologiques, il y a deux ou trois fabriques à glace qui proposent de venir déguster dans leur domaine des glaces artisanales qu'ils confectionnent tous les jours avec des dizaines de parfums différents, utilisant les fruits de la forêt, dont certains sont complètement inconnus. Demandez un sorbet à « black sapote », à « mangosteen », « durian » ou encore « jackfruit » ! 
Le hic est que je n'ai plus un dollar en poche pour goûter ça. Faudra qu'on me donne la photo de ces fruits que j'ai certainement vus au cours de mes randonnées sans jamais les goûter car il paraît que la majorité sont poisons.
Pour les amoureux de la nature qui souhaitent conjuguer tourisme et utilité, il y a une multitude d'organismes qui enrôlent des volontaires pour au moins une semaine dans divers secteurs tous tournés vers l'environnement. Un rêve pour moi. Comme ailleurs, en échange de quelques efforts journaliers, le gîte et le couvert son offerts. Une belle manière de barouder en faisant quelque chose pour la planète. Il y a ainsi à Cape Tribulation « The Batt house », que je voulais visiter. Ils recueillent des chauves-souris blessées et en font la démonstration. 
Champ à thé
Quand j'y suis allé c'était fermé. Sans doute que les volontaires se la coulaient douce sur la plage. J'aime cette forme de travail non rémunéré, qui est suffisante pour vivre. Tout le monde y trouve son compte, c'est sans engagement, sans beaucoup de contraintes, sans lettre de motivation à rédiger. De plus je pourrais multiplier les expériences du style autour de la planète afin de revenir avec une jolie liste d'activités qui pourrait être un tremplin vers un nouveau job, comme gardien de parc national. Cela montrerait mon intérêt pour la nature. Il y a d'autres centres encore à Daintree qui proposent par exemple de planter des arbres dans différents secteurs pour reboiser certaines zones.
A Daintree on trouve aussi des champs de thé, tout aussi bio ou de café, bio aussi, qu'on peut venir acheter et déguster à la ferme. Sans compter une multitude d'artistes qui vivent là comme des Robinson et qui exposent leurs toiles à qui veut venir les voir. 
Daintree River
Le Lonely Planet dit de Cape Tribulation : « Discovered by hippies in the '70s, backpackers in the '80s and everyone else in the '90s, Cape Trib retains a frontier quality, with low-key development, road signs alerting drivers to cassowary crossings and crocodile warnings that make beach strolls that little bit less relaxing ». C'est étonnant de se dire qu'il y a seulement 40 ans de ça, le coin était inconnu de tous, à part Captain Cook bien sûr !
En parlant de panneaux qui indiquent la traversée imminente de casoar, il y en a un qui a bien mérité son emplacement. Jusqu'alors je restais goguenard devant ces panneaux, comme si ces bestioles avaient leur préférence de traversée de route. Il n'empêche que sur la piste qui menait à Cape Kimberley, un panneau plus pressant que les autres indiquait carrément : « Reduce speed. Cassowaries cross the road ahead », comme s'il venait juste d'être positionné, à l'instar de ces panneaux qui préviennent de travaux sur les routes. 
Eh bien je n'ai pas été déçu. Un spécimen de son espèce a traversé la piste comme indiqué. Je n'ai pas eu le temps de réagir, la bestiole ayant déguerpi dans la jungle. A défaut de photo j'en garde le souvenir d'un truc qui ressemble à une autruche et qui n'a aucune couleur. Une forme sombre. Il faut dire que je l'ai vue de loin. Apparemment la créature aurait un cou bleu fripé tombant en jabot. Il faudra se contenter de cette observation succincte.
Il y a une merveille de plus à Daintree : Jindalba boardwalk, le troisième et dernier sentier interprétatif, très différent des deux autres car il s'épanouit le long d'une gorge, passant d'un côté à l'autre par de petits ponts de bois. On y trouve aussi des genres de balcons dotés de bancs qui invitent à contempler la nature qui s'offre plus bas, ou bien à lire ou se reposer. 
Quant à moi j'en profite juste pour m'asseoir et écouter la jungle me parler. Ce genre d'endroit me remplit le cœur de tellement d’allégresse que je tiens à faire partager ces instants suspendus hors du temps, où les ambiances, les sons et odeurs se mêlent pour former une osmose parfaite. Sur le sentier c'est le retour des fleurs banches en étoile qui sentent divinement bon, un peu le jasmin, un peu la glycine. Dans les branches ce sont des concertos de gazouillis insouciants rythmés par des « ouh ouh » langoureux en contre-fond. La jungle est une merveille de la nature portée à son paroxysme, habitat fragile mais si bien ordonné où tout est équilibre. Les panneaux qui jalonnent le sentier permettent encore mieux de se fondre dans la nature, permettant d'en saisir la délicatesse. En voici quelques uns :
« After the storm.
Cyclones are a fact of life in the Wet Tropics. Forming over the ocean, they batter the coast with winds up to 200 km/h. The resulting damage can be very patchy with some areas devastated while others remain intact. Unpredictable winds, the layout of surrounding hillsides and previous damage to the canopy are all factors in the destruction equation. Here a section of the canopy was damaged by cyclone Rona in February, 1999. Increased light stimulates the growth of waiting understorey trees and shrubs. Leaves shoot from the trunks and branches of damaged trees and the forest begins to repair itself. »
« The green room.
Look around at the rainforest in all its gorgeous diversity, a profusion of shapes, forms and colours. One reason rainforests are called 'closed' forests is because they are closed ecosystems. Their living parts – plants, animals and microrganisms, and their physcical parts – soil, nutrients and water, are totally integrated. If this dynamic is badly disturbed by fire, clearing, or erosion, nutrients are lost and not recycled. Extensively damaged rainforest may never return to a pristine state. But when conditions are right, rainforests are rapid colonizers, advancing around a metre a year. »
« Wet stuff.
It rains a lot on the Daintree Coast ! Here the mountain ranges close to the coast force the moisture-laden winds from the sea to rise, creating rain. Tropical rainforest needs at least two metres of rain a year to thrive. Much of this rain nevers reaches the forest floor. It evaporates from the canopy or collects in hollows. The rest dripps off leaf drip tips or cascades down the trunks. But leaves need water, lots of it, along with soil nutrients to make sugar. During summer – when sunlight is intense, evaporation is high and soils are saturated, a rainforest giant can pump hundreds of litres of water per day from the soil to the canopy. »
Cet étonnant écosystème n'a pas évolué depuis des millions d'années, c'est d'autant plus fascinant. On peut s'y plonger en s'imaginant à l'origine du monde. 
Cow Bay
Aussi, faites moi rire avec le concept d'évolution professionnelle. Pour qu'une carrière soit réussie, on doit évoluer. Quelqu'un qui reste au même poste est un raté, quelqu'un qui n'a pas d'ambition. Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Est ce qu'on lui demande à la forêt pluviale comment elle sera dans 5 ou 10 ans ? Certainement au même stade. Mais ça ce l'empêche pas d’être pleine de vie et de s’épanouir. Évoluer... Vers quoi ? A la fin on finit tous dans un trou plein de vers ou dans une urne ! C'est la seule évolution qu'on puisse envisager. Alors le reste, faites moi rire plutôt...
J'aurais pu pique-niquer à Jindalba, ce n'est pas les tables qui , mais l'arrivée soudaine de mini-bus avec un guide faisant l'article sur la forêt et qu'on entendait à des kilomètres a rompu la magie qui régnait en ce lieu. Je suis donc allé plus loin, à Cow Bay, découvrir une nouvelle plage. 
C'est là qu'un gros iguane à la gorge rayée s'est invité à table. Il aurait très bien pu me sauter dessus, il s'est contenté de me regarder avant de s’en retourner dans les feuilles mortes. Ensuite, je suis allé à nouveau explorer la mangrove, scrutant des paires d'yeux de crocodiles hors de l'eau. Toujours rien. Mais j'ai trouvé d'autres paires d'yeux, cette fois du côté des petits riens. J'ai trouvé pour vous le chaînon manquant entre le poisson et le batracien. On pourrait dire que c'est un poisson qui essaye de sortir de l'eau. D'ailleurs il n'a pas l'air d'avoir de branchies, de sorte qu'au fond je ne sais pas ce que c'est. D'un autre côté il n'a pas de pattes et se sert de ses deux nageoires pour marcher. Enfin il se termine par une queue de poisson. Quant à la tête elle comporte deux gros yeux globuleux situés sur le sommet de la tête, tout comme les grenouilles et non comme les poissons qui les ont sur le côté. 
Ces créatures passent leur temps la queue dans l'eau et le reste émergé, s'aventurant parfois en terrain complètement découvert. Si l'on essaye de leur faire peur en s'approchant on réalise bien que la terre n'est pas leur élément, essayant de sauter et de ramper pour se sauver. Certains sont grands de près de 10 centimètres. J'en avais déjà vu dans d'autres pays mais pas de si gros.
J'ai passé le reste de la journée à Noah Bay, m'octroyant une petite sieste, avant de sortir de là un peu hébété. Aujourd'hui la mer est démontée de sorte que je ne peux pas prendre un bain. Avec toute cette eau tourbillonnante il est en effet impossible de vérifier s'il n'y a pas quelques méduses qui patrouillent entre deux eaux. 
Noah Beach
J'ai donc dû me contenter d'une toilette de chat en utilisant une demie bouteille d'eau. Je fais dans l'économie, faisant attention de ne pas trop puiser dans la citerne commune du camp où il est écrit que chaque goutte d'eau doit être utilisée à bon escient. En effet ils ne doivent pas remplir la cuve bien souvent.
Ce soir je me suis fait une petite frayeur en me rendant à la tente cachée derrière la plage. Pendant le dîner il y eu un petit grain. Hors, sur la plage, des traces fraîches sont apparues, qui passent à quelques mètres de la tente. Sous la trace du passage, le sable est sec ce qui atteste que l'empreinte est toute fraîche. Ça ressemble à l'empreinte d'un vélo qui aurait roulé par là avec des deux côtés des trous d'une dizaine de centimètres, ronds, qui ne ressemblent pas à un empreinte de pas. 
Ma tente à crocodiles!
J'ai tout de suite deviné de quoi il s'agissait. Un crocodile ! C'est sa queue qui fait cette ligne dans le sable comme la roue d'un vélo. Il a dû passer par là il y a quelques minutes. S'il est passé par ici, il reviendra par là... Je ne cessais de songer à ça dans ma tente vert forêt. Le crocodile repère-t-il ses proies à l'odorat, en sentant la chaleur des animaux ou bien simplement en voyant des formes bouger ? Si c'est cette troisième option, ça me va. C'est ce que j'ai essayé de me persuader pour arriver à m'endormir, en priant aussi copieusement mon ange gardien !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...