Ces derniers jours point
de blog. La faute à un mal de gorge qui m'a pris le matin de la
dernière excursion et que je taisais au début sur un simple coup de
chaud/froid. Mais après deux jours à comater dans le hamac sans
arriver à déglutir, couvert de mon polaire avec lequel j'ai quitté
l'Europe par un degré dehors, et une nuit sans fermer l’œil, je
me suis dit qu'il fallait agir. Par miracle, Sarah a dans sa trousse
de premier secours un antibiotique d'urgence qui se prend en
seulement trois prises journalières et qui traite les angines. Elle
a toujours ça où qu'elle aille car elle sait qu'une angine
bactérienne à streptocoque peut avoir de graves complications sur
le cœur et les reins. Elle m'a vendu sa petite boîte hier, juste le
jour où elle partait.
Une chance que j'en ai parlé ce jour là, je
ne savais même pas qu'elle avait ça. Quelle était la probabilité
que quelqu'un ait un antibiotique avec lui et qui traite en plus les
angines ? Comme elle part elle n'en a plus besoin. Il lui reste
à présent peu de jours en Thaïlande et ne pense pas qu'elle
tombera malade avant le retour. Elle s'en va pour fuir les travaux.
Elle a craqué, elle n'en peut plus. Les sandflies avaient déjà
bien entamé son moral. Elle déménage pour Koh Adang, espérant
rejoindre de là Koh Rawi. Elle cherche comme moi quelque chose de
calme et sauvage. Ça fait drôle de voir partir quelqu'un de notre
petite tribu d'aventuriers, la place est vide ensuite, c'est comme
s'il manquait quelqu'un à l'appel.
J'ai changé de coin à
Ao Jak. C'est peut être lui qui m'a rendu malade. Le timing
coïncide. J'y dormais très mal et je trouvais le coin trop humide.
J'avais déniché un truc sous les pandanus, infesté de moustiques.
En déblayant le sol des vieilles feuilles coupantes, j'avais trouvé
en dessous un réseau de petites racines mélangées à des filaments
blancs de champignons et posé ma tente dessus. C'est peut être un
muguet que j'ai. Si l'antibiotique ne fonctionne pas, faudra
envisager peut être cette probabilité. En attendant je me suis mis
en terrain plus sec, sous un arbre qui a des feuilles qui ressemblent
à celles du lilas, en bien plus grosses. Le hic, c'est qu'il y a une
jungle pas très loin et le matin il y a des bagarres de macaques qui
éclatent.
![]() |
| Voleur d'ananas! |
Sinon la nuit, il y a un chemin de bestioles qui passe
juste entre la tente et la jungle et une nuit sur deux, il est
emprunté par les vaches sauvages. L'autre nuit elles ont défilé
ainsi pendant une bonne demie heure. Ce chemin permet de rejoindre Ao
Molae mais il faut passer sous des branches, la voie est un peu
obstruée. Aussi je n'ai pas arrêté d'entendre des bruits de
feuilles qui craquent. Dès que c'était fini, ça continuait
quelques minutes plus tard par le passage d'une nouvelle vache. C'est
la ferme des milles femmes par ici ou quoi ? Je ne les vois
toujours pas en détail mais de ma tente je peux les apercevoir au
clair de lune à travers la moustiquaire. Quand ils passent par là
les bœufs ne meuglent pas. Ils doivent le faire quand ils ont trouvé
une belle prairie où ils laissent éclater leur joie.
Sinon, à part
ça, à trois mètres de la tente, j'ai fait pipi sur un serpent sans
le voir. Un truc de 50 centimètres de long, brun, d'un centimètre
de large, qui est allé se mettre à l'abri en glissant sous une
bûche à côté. Un abri, son abri ? Il a filé là dessous
comme si c'était chez lui. Je n'aime pas trop l'idée d'avoir ma
tente à quelques mètres de la tanière d'un serpent. Quand j’arrive
à la nuit tombée, on se sait jamais où l'animal peut se trouver.
Et comme je ne vois jamais où je pose les pieds...
Akki a trouvé des
amandes. Il est tout content d'avoir quelque chose à se mettre sous
la dent. Son truc, c'est de se débrouiller le plus par lui même, de
pécher et de manger un minimum à la gargote.
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| Y en a une ouverte avec la forme de l'amande |
C’est pour ça que les macaques
n'en veulent pas. Pas fous, ils savent qu'ils doivent brûler plus de
calories pour en ouvrir une qu'ils ne peuvent en gagner. Pas
rentable. Circulez, y a rien à se mettre sous la dent !
La journée est belle,
elle me redonne de l'élan, l'envie de prendre des photos, de sortir
de mon état de larve du hamac. Signe que ça s'arrange sûrement. En
plus la barge est partie hier après midi et ne réapparaîtra pas
avant lundi en principe. Si l'on pouvait avoir du répit pour deux
jours... Je suis content, j'ai réussi à bien saisir la couleur
verte de la mer. Je suis allé me balader de l'autre côté de la
plage, au niveau des bungalows. La vue sur la baie est très
différente, et toujours magnifiée en se positionnant un peu en
retrait de la plage, derrière un rideau de verdure qu’on écarte
d'une main. Ça fait vue de pirate. Et sans la barge au milieu, Ao
Molae retrouve sa sauvagerie naturelle.
Après le déjeuner j'ai
rodé autour de la cabane des rangers. Ils sont tranquilles, j'aime
bien leur cadre avec leur petit potager devant et leur fil à linge
tendu entre deux cocotiers avec la corbeille posée au pied du tronc.
Dommage qu'à présent ils doivent composer avec deux camps de
travailleurs juste à côté qui ont monté des cabanes avec tôles
ondulées et bâches. Et a côté c'est là que le dépôt des
gravats atteint des sommets, adossés aux cocotiers, avec une
tractopelle en folie juchée en haut du tas comme un coq sur son tas
de fumier. J'ai toujours été un peu surpris que les rangers vivent
dans une cabane si rustique, quasi sans fenêtre, en tôle ondulée,
alors que les bungalows destinés aux touristes sont modernes, en
béton et baie vitrée.
Mais je crois que les standards thaï sont
très différentes de ceux des occidentaux. Cela m'a été confirmé
plus tard. Pour nous, tu mets les deux types d'habitats côte à
côte, tout le monde va choisir le bungalow. Mais pas eux. Et c'est
bien comme ça. Ça prouve que la culture occidentale n'a pas encore
imprégné les mentalités par ici. Tout le monde vante les bienfaits
de la mondialisation. Moi je trouve cela affreux. C'est une dilution
des cultures, une perte de repères, tout se retrouve brouillé, noyé
dans un bouillon insipide qui ne ressemble plus à rien. Ce qui est
bien en revanche, c'est une identité forte et différente dans
chaque pays. Il n'y a rien de pire que toutes ces villes occidentales
qui sont toutes pareilles, avec les mêmes commerces, les mêmes
enseignes, les mêmes fast-foods et qui ne distinguent plus que par
ce que le passé a su ériger comme monument.
Il y a quatre jeunes
français qui sont arrivés ce soir en kayak et se sont gratifiés
d'une bière au coucher du soleil assis dans la mer. Ils ont dormi là
pour la nuit, avant de repartir au petit matin. Je les écoutais à
la table derrière moi pendant le dîner. Ils arrivent d'Inde, du
Laos, du Cambodge, je les entendais parler de Malaisie, Nouvelle
Calédonie puis Nouvelle Zélande, sans doute leurs prochaines
destinations. Des gars simples qui jouaient aux cartes pour occuper
leur soirée. Ça me remet dans l'ambiance de mon tour du monde il y
a 5 ans. A cette époque j'étais en Australie. Ça me donne la
nostalgie. Je repartirais bien pour un tour. En plus maintenant j'ai
tout le temps que je veux... mais plus l'argent.
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| En route pour leur tour du monde... |
C'est bien aussi
d'être toujours dans la découverte, c'est quelque chose de grisant.
C'est très différent du voyage contemplatif. J'aime les deux. Par
contre il est vrai que de repartir ainsi en cavale, j'aimerais que ce
soit avec quelqu'un. C'est très dommage de ne pas partager ça. On
en garde des souvenirs inoubliables qui pour ma part sont rangés
dans un coin de ma mémoire et ont tendance à s'y faner faute de les
ressortir autour d'anecdotes et rigolades. Je les envie un peu sur
leur kayak, filant vers de nouvelles destinations et aventures. Leur
sillage me laisse rêveur, comme s'il était là pour me dire :
et toi, tu ne veux pas laisser de sillage, qu'attends-tu ?












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