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dimanche 12 février 2017

J'irai dormir chez les pythons et les varans

Amis de la contradiction, bonjour ! Quel est l'idiot qui déclarait hier que ça ne lui viendrait pas à l'idée de camper là où se sont installés les bonzes ? Une photo du précédent épisode ne vous aura sans doute pas échappé, celle avec le ciel tout noir. En fait l'orage est passé à côté, on a reçu que des gouttes de rien. Par contre ça a tout détraqué. Il y a un vent qui souffle en rafales violentes. Hier soir j'ai retrouvé la tente sur la plage avec plein de sable à l’intérieur. Je ne voyais même plus le matelas. Le fil a linge était coupé en deux et la digue avait disparu, balayée par les vents. Avant d'aller manger j'avais pris soin d'emmailloter la tente avec la bâche mais j'ai retrouvé cette dernière défaite, à claquer au vent, prête à se déchirer, malgré les lourdes pierres que j'avais disposées tout autour.
Un varan...
Les déménagements en pleine nuit ce n’est pas génial. Surtout avec ma torche solaire gadget qui n'éclaire plus (j'en ai deux, j'ai pris sans faire gaffe celle qui ne se recharge presque plus et qui est toute faiblarde). Armé du râteau raccourci je suis allé voir du côté du talus, en retrait de la plage et entouré d'arbres et arbustes. Il a fallu balayer, aplanir, creuser. Quand tout fut fait j'ai vidé la tente, enlevé le sable, secoué le tout et tout remis en place, en nage. Pas de bâche, il ne pleuvra plus. Seulement le vent a encore monté d'un cran. Impossible de m'endormir, même recroquevillé sur un côté, dos au vent. Tout s’engouffrait par la trouée vers la plage et je recevais du sable cinglant véhiculé par des mini tornades. J'en étais couvert, j’éternuais et j'en avais même dans la bouche. 
... un python...
Il a fallu se rendre à l'évidence, j'étais encore trop exposé. J'ai pris mes cliques et mes claques, arpentant la plage plus loin à la recherche d'un coin à l'arrière qui s'enfonce assez profondément pour me couper le plus possible du vent. J'ai déniché un coin après m'être accroché partout et avoir perdu le râteau en route. Il a fallu arracher des petits plants. L'un était particulièrement coriace et je n'ai réussi qu'à l’étêter. Il restait un moignon prêt à transpercer le tapis de sol et à trouer le matelas. Il a fallu que j'en vienne à bout au coupe ongle, entre deux tours de manivelle pour recharger la torche toutes les dix secondes. Va couper une branche avec un coupe ongle ! Faut pas être pressé. J'entendais le vent dans les branchages, complètement déchaîné. 
... un martin pêcheur ...
Plein de trucs tombaient des arbres, feuilles et petites branches mortes. Et si pendant mon sommeil une grosse branche s'écrasait sur moi ? Enfin, question sommeil, ce fut tout relatif. J'ai eu un concert de geckos qui se répondaient à qui mieux mieux. Et le matin la visite d'écureuils facétieux qui glapissaient sans fin. J'ai l'air de me plaindre, mais même pas. Je prends ça avec philosophie. C'est la nature. J'aime bien quand elle est en furie, on se sent tout petit. Je préfère mille fois braver les intempéries et toutes les tempêtes du monde que d'avoir à subir dans un appartement des bruits de voisinage qui rendent fou.
Ce matin j'ai changé d'endroit. La congrégation de bonzes est partie. J'ai pris leur place le long de la rivière, moins exposée au vent. 
... une rivière aux rochers grenats ...
Le bonze a bon dos. Ça a l'air plat mais dès qu'on gratte sous les feuilles, on découvre plein de cailloux plus ou moins gros, moitiés fichus dans une terre limoneuse qui forme le lit de la rivière en période de saison des pluies. Ils ont dû dormir comme des fakirs. J'ai enlevé le maximum de pierres gênantes et recouvert la misère par un lit de feuilles mortes et de branchages. Pendant ce temps un varan est passé sans me calculer. Habitué des lieux, je suis l'intrus, je n'ai qu'à me pousser. Il va falloir que je dorme avec. Mais ce n'est pas tout. C'est aussi le coin des pythons. Ils passent la journée recroquevillés autour de branches, en hauteur. Ce sont des tas enroulés sur eux mêmes, sans queue ni tête. Ils doivent bien descendre de là de temps en temps. Faut bien que ça mange.
... et ma tente au milieu!
Je ne connais pas leurs mœurs, peut être est-ce nocturne. Va falloir que je fasse gaffe la nuit en allant pisser à bien mettre mes chaussures et à vérifier avant ce qui s'y cache. Car Hans et Mua que j'ai revus aujourd'hui sont allés hier de l'autre côté de l'île, à Talo Wow, et en sont revenus avec des clichés et une vidéo où Hans se bat avec une drôle d'araignée géante à l'aide d'un bâton. On dirait une libellule en photo mais en fait elle a quatre longues pattes toujours dressées en l'air, à l'arrière, qui lui sert à se battre et qu'elle projette à l'avant comme un lasso.
Au petit déjeuner on a eu la visite de deux martins pécheurs aux ailes bleues foncées, au dos bleu clair et au ventre blanc. L'un d'eux a réussi à pêcher un petit poisson dans la rivière. Ils sont doués. 
C'est très beau comme oiseau, on a envie de le caresser. Dana était aux anges et n’arrêtait pas de me remercier de l'avoir alertée de leur présence. C'est son cadeau de départ. Ils ont plié la tente ce matin et leurs amis ont fait leurs sacs. Exit la smala, on n'est plus que 4 : Stefano, un jeune couple de français arrivé hier et moi. Je vais pouvoir enfin connaître l'expérience de bout du monde, de retraite méditative que je suis venu chercher à Ao Son. Avant, avec les deux enfants déchaînés le soir, qui jouaient, criaient et se roulaient par terre au restaurant, c'était un peu pénible. J'aime bien me retrouver seul et parler à personne. Je vais rester comme ça jusqu'au 18 février, avant de retourner à Ao Molae pour les dix derniers jours. Après direction Koh Adang pour dix nouveaux jours d'aventure.

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