Amis de la contradiction,
bonjour ! Quel est l'idiot qui déclarait hier que ça ne lui
viendrait pas à l'idée de camper là où se sont installés les
bonzes ? Une photo du précédent épisode ne vous aura sans
doute pas échappé, celle avec le ciel tout noir. En fait l'orage
est passé à côté, on a reçu que des gouttes de rien. Par contre
ça a tout détraqué. Il y a un vent qui souffle en rafales
violentes. Hier soir j'ai retrouvé la tente sur la plage avec plein
de sable à l’intérieur. Je ne voyais même plus le matelas. Le
fil a linge était coupé en deux et la digue avait disparu, balayée
par les vents. Avant d'aller manger j'avais pris soin d'emmailloter
la tente avec la bâche mais j'ai retrouvé cette dernière défaite,
à claquer au vent, prête à se déchirer, malgré les lourdes
pierres que j'avais disposées tout autour.
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| Un varan... |
Les déménagements en
pleine nuit ce n’est pas génial. Surtout avec ma torche solaire
gadget qui n'éclaire plus (j'en ai deux, j'ai pris sans faire gaffe
celle qui ne se recharge presque plus et qui est toute faiblarde).
Armé du râteau raccourci je suis allé voir du côté du talus, en
retrait de la plage et entouré d'arbres et arbustes. Il a fallu
balayer, aplanir, creuser. Quand tout fut fait j'ai vidé la tente,
enlevé le sable, secoué le tout et tout remis en place, en nage.
Pas de bâche, il ne pleuvra plus. Seulement le vent a encore monté
d'un cran. Impossible de m'endormir, même recroquevillé sur un
côté, dos au vent. Tout s’engouffrait par la trouée vers la
plage et je recevais du sable cinglant véhiculé par des mini
tornades. J'en étais couvert, j’éternuais et j'en avais même
dans la bouche.
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| ... un python... |
Il a fallu se rendre à l'évidence, j'étais encore
trop exposé. J'ai pris mes cliques et mes claques, arpentant la
plage plus loin à la recherche d'un coin à l'arrière qui s'enfonce
assez profondément pour me couper le plus possible du vent. J'ai
déniché un coin après m'être accroché partout et avoir perdu le
râteau en route. Il a fallu arracher des petits plants. L'un était
particulièrement coriace et je n'ai réussi qu'à l’étêter. Il
restait un moignon prêt à transpercer le tapis de sol et à trouer
le matelas. Il a fallu que j'en vienne à bout au coupe ongle, entre
deux tours de manivelle pour recharger la torche toutes les dix
secondes. Va couper une branche avec un coupe ongle ! Faut pas
être pressé. J'entendais le vent dans les branchages, complètement
déchaîné.
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| ... un martin pêcheur ... |
Plein de trucs tombaient des arbres, feuilles et petites
branches mortes. Et si pendant mon sommeil une grosse branche
s'écrasait sur moi ? Enfin, question sommeil, ce fut tout
relatif. J'ai eu un concert de geckos qui se répondaient à qui
mieux mieux. Et le matin la visite d'écureuils facétieux qui
glapissaient sans fin. J'ai l'air de me plaindre, mais même pas. Je
prends ça avec philosophie. C'est la nature. J'aime bien quand elle
est en furie, on se sent tout petit. Je préfère mille fois braver
les intempéries et toutes les tempêtes du monde que d'avoir à
subir dans un appartement des bruits de voisinage qui rendent fou.
Ce matin j'ai changé
d'endroit. La congrégation de bonzes est partie. J'ai pris leur
place le long de la rivière, moins exposée au vent.
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| ... une rivière aux rochers grenats ... |
Le bonze a bon
dos. Ça a l'air plat mais dès qu'on gratte sous les feuilles, on
découvre plein de cailloux plus ou moins gros, moitiés fichus dans
une terre limoneuse qui forme le lit de la rivière en période de
saison des pluies. Ils ont dû dormir comme des fakirs. J'ai enlevé
le maximum de pierres gênantes et recouvert la misère par un lit de
feuilles mortes et de branchages. Pendant ce temps un varan est passé
sans me calculer. Habitué des lieux, je suis l'intrus, je n'ai qu'à
me pousser. Il va falloir que je dorme avec. Mais ce n'est pas tout.
C'est aussi le coin des pythons. Ils passent la journée
recroquevillés autour de branches, en hauteur. Ce sont des tas
enroulés sur eux mêmes, sans queue ni tête. Ils doivent bien
descendre de là de temps en temps. Faut bien que ça mange.
Je ne
connais pas leurs mœurs, peut être est-ce nocturne. Va falloir que
je fasse gaffe la nuit en allant pisser à bien mettre mes chaussures
et à vérifier avant ce qui s'y cache. Car Hans et Mua que j'ai
revus aujourd'hui sont allés hier de l'autre côté de l'île, à
Talo Wow, et en sont revenus avec des clichés et une vidéo où Hans
se bat avec une drôle d'araignée géante à l'aide d'un bâton. On
dirait une libellule en photo mais en fait elle a quatre longues
pattes toujours dressées en l'air, à l'arrière, qui lui sert à se
battre et qu'elle projette à l'avant comme un lasso.
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| ... et ma tente au milieu! |
Au petit déjeuner on a
eu la visite de deux martins pécheurs aux ailes bleues foncées, au
dos bleu clair et au ventre blanc. L'un d'eux a réussi à pêcher un
petit poisson dans la rivière. Ils sont doués.
C'est très beau
comme oiseau, on a envie de le caresser. Dana était aux anges et
n’arrêtait pas de me remercier de l'avoir alertée de leur
présence. C'est son cadeau de départ. Ils ont plié la tente ce
matin et leurs amis ont fait leurs sacs. Exit la smala, on n'est plus
que 4 : Stefano, un jeune couple de français arrivé hier et
moi. Je vais pouvoir enfin connaître l'expérience de bout du monde,
de retraite méditative que je suis venu chercher à Ao Son. Avant,
avec les deux enfants déchaînés le soir, qui jouaient, criaient et
se roulaient par terre au restaurant, c'était un peu pénible.
J'aime bien me retrouver seul et parler à personne. Je vais rester
comme ça jusqu'au 18 février, avant de retourner à Ao Molae pour
les dix derniers jours. Après direction Koh Adang pour dix nouveaux
jours d'aventure.







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