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mardi 31 janvier 2017

En passant par Ao Pansang

Avant-hier j'avais promis à qui n'en veut de montrer le chemin pour Ao Pansang, tout content de ma trouvaille. Un jour de travaux si possible. C'est chose faite, ils sont revenus à la charge cette nuit. Je suis bien tranquille en campant à Ao Jak. Akki qui essaye d’apprendre le thaï depuis plusieurs années en tenant un journal de vocabulaire, avait conversé avec un des ouvriers qui lui avait assuré qu'ils ne reviendraient que deux jours plus tard. Bilan, ce fut moins de 24 heures plus tard. Preuve qu'ils ne savent pas eux mêmes ce qu'ils font. Ils sont en pleine frénésie, vas-y que je te démolis tout. Plus grave, et c'est bien la peine que la barge fasse ses allées et venues en matériaux, ils n'ont jamais assez de sable. Ils ont entrepris de creuser un trou en pleine jungle à Ao Jak. 
Akki, Esther, Sarah et Yasmine
Le coin ressemble maintenant à une carrière, déforestée, dont chaque coup de pelle fait tomber un arbre du talus. Je ne comprends pas qu'on laisse faire un truc comme ça dans un parc national. Après ils peuvent afficher à l'entrée ce qu'il est interdit de faire et ce qu'on encourt comme amende : ramassage de coquillages, déplacements de cailloux, coupe de feuilles... Je n'ai plus de scrupules à couper des branches et à arracher des plantes pour mettre ma tente.
Akki et Esther n'étaient pas très chauds pour crapahuter dans la jungle sitôt après le déjeuner. C’est l'heure la plus plus chaude et la jungle devient un vrai hammam. Ils auraient préféré qu'on aille là bas en fin d'après midi. Mais ce n’est pas à côté ! 
Il faut une heure aller pour y parvenir, dont la moitié à tracer dans la jungle. Et puis c'est dommage de ne faire que l'aller et retour . Le but c'est de passer un après midi sympathique et au calme, sans se presser. Par ailleurs, j'évite absolument d'errer dans la jungle au crépuscule. C’est le meilleur moyen pour y passer la nuit.
Au final notre petit groupe est composé de : Akki et Esther, Sarah, Yasmine et moi. Tous des allemands. Pour mettre en appétit, j'ai suggéré de passer déjà par mon raccourci. Pour aller à Ao Son, le plus court c'est de marcher le long de la plage puis de couper derrière sur une centaine de mètres. C'est très facile, et cela me permettra déjà de jauger comment ils se comportent en jungle. 
Si si, suivez le guide, c'est par là!
Car si dans le groupe il y en a qui ne sont pas trop aventuriers et seraient gênés par les lianes et les contorsions qui s'en suivent, inutile d'aller plus loin. La balade jusqu'à Ao Pansang n'est pas un parcours de santé. Il faut supporter la chaleur, les côtes, les pieds qui restent bloqués par une liane, les feuilles qui coupent et ne pas craindre pour ses affaires sinon c’est le boulet assuré et jamais on n'arrivera à bon port à temps. Je trouve d'ailleurs qu'on se traîne un peu sur le chemin d'Ao Son. J'ai l'impression que tout le monde prend ça pour une récréation, un truc où l'on va flâner, où l'on regarde les papillons. Ils risquent de déchanter une fois dans la jungle.
J’ai bien retrouvé le tas de de cailloux et les branches signalant le point où bifurquer. J'espère pouvoir arriver sans trop d'encombre au bon endroit.
Enfin Ao Pansang
Car je n'ai pas fait mon petit Poucet la dernière fois. J'aurais dû accrocher des trucs autour des troncs, ou entortiller des petites branches mais là je ne dois compter que sur ma mémoire et mon sens de l'orientation. En principe ce ne devrait pas être très compliqué : il faut gravir le mont, marcher un certain temps en suivant la ligne de crête sur la droite avant de redescendre et d'arriver vers la fin dans le lit d'un cours d'eau asséché qui dégringole vers la plage. Je ne garantis cependant pas une arrivée sur la plage pile poil comme il faut. Ce pourrait être gênant car les arbres derrière la baie forment un mur végétal où il est impossible de s'infiltrer. Il n'y a vraiment que l'endroit du cours d'eau qui offre une légère trouée parmi une bambouseraie.
Pour l'heure, le début n'est pas mal. Je reconnais des repères caractéristiques, comme une termitière ou encore un tronc pourri. C'est la partie la plus facile. C'est un peu comme si on marchait en forêt, il n'y a pas énormément d'obstacles. Tel un vrai guide je trace le premier et regarde régulièrement derrière moi, attendant quand il le faut pour que les autres ne courent pas après moi et s'épuisent. Il y a toujours un temps au début avant de trouver la bonne cadence, un temps de rodage en quelque sorte. Pour éviter les éventuels découragements je rassure : « regardez : on arrive bien tôt à la crête, bientôt ce sera plat et on n’aura plus qu'à redescendre ! ». 
Ça semble fonctionner, personne ne se plaint, même si Yasmine n'est pas bien chaussée : elle a une sandale qui a lâché il y a quelques jours, ce qui fait que son pied flotte et à tendance à laisser la sandale en plan au moindre obstacle.
Je suis un peu perplexe pour décider du moment où quitter la crête. Il me semble que ce n'était pas si long. Écoutant mon instinct j'ai décidé de commencer à descendre. C'est assez raide mais il suffit de se tenir à quelques branches pour éviter de ne rouler sur un caillou qui se dérobe. Toujours surveiller où l'on met le pied et ne pas y aller comme un éléphant. Depuis le début je suis talonné par Akki, puis Sarah. Les deux qui ont le plus de peine c'est Esther mais surtout Yasmine avec sa sandale cassée. 
Sarah fait la planche
Dans la descente elle se retrouve parfois pieds nus. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé mais on est arrivé pile poil au niveau du cours d'eau asséché. Je suis assez content de moi. J'annonce alors la couleur : « Vous entendez les vagues à présent ? La plage c'est là où l'on voit du bleu à travers les arbres en bas. Courage, on est presque arrivé». Presque. Car c’est le moment le plus délicat, celui où il faut faire Rambo et s'accroupir pour passer dans la bambouseraie, contourner les massifs. Finie la ligne droite, on passe comme on peut. C'est ça l’aventure, rien n'arrive sans quelques efforts. Akki s'en sort le mieux, il ne fait pas dans la dentelle. Il a une machette et coupe tout ce qui est devant lui.
Derrière c'est inextricable
Finalement la plage. Et quelle plage ! Mais un autochtone a été dérangé par notre intrusion. Un varan qui lézardait au soleil s'est dépêché de sa cacher avec sa démarche pataude caractéristique. Pour commencer tout le monde à la flotte. Pas besoin de le suggérer, se délester des sacs et de ses fringues trempées de sueur, c'est une nécessité. Le paysage est époustouflant. Quand on regarde la plage on a tout autour de soi de la jungle qui dégringole des collines. Les différentes essences d'arbres se découvrent. Les plus grands, les plus vieux, les tout verts, les fleuris, les moins verts, tous semblent être un exemplaire unique. On a un écran devant soit sur 180 degrés. Un écran géant d'une centaine de mètres de hauteur. C'est mieux que n'importe quel écran de cinéma ! L'eau étant peu profonde, c'est un vrai délice. 
Les restes d'un camp. Peut être un Koh Lanta?
Elle est très chaude et d'une couleur verte irréelle. Sa surface est un bain turc, surchauffé par le soleil qui doit bien faire monter le thermomètre à plus de 30 degrés. Après ça, je vous garantis que vous n'aurez plus envie de vous baigner ailleurs. En plus c'est le meilleur endroit pour rester sur la plage. Car le sable est infesté de sandflies et si on essaye de se mettre à l'ombre c'est au tour des moustiques. Alors que dans l'eau, immergé jusqu'au cou on ne risque rien.
Il y a deux barques de pécheurs dans la baie. Ils n'ont pas l'air très actifs, rien ne bouge. Par contre il y a une bûche encore fumante sur la plage qui sent la poiscaille. Ils ont dû y allumer un barbecue. Il y a comme des restes d'un petit camp juste sous les premiers arbres. 
Les aventuriers d'Ao Pansang
Des bambous noués entre eux sur lesquels il suffit de poser une bâche pour avoir un abri de fortune. Il y a des barres de bambou suspendues aux branches, sans doute pour y mettre à sécher des affaires. On trouve également des cordes qui pendouillent comme des lianes, pour s'amuser à se suspendre en l'air. Ao Pansang serait un vrai paradis s'il n'y avait pas tous ces détritus. Le sous bois n’est plus qu'un lit de bouteilles en plastique, de tongs, de morceaux de polystyrène qui partent en billes, de casques de moto, de briquets, de cordes et de paniers à linge. Ça me fait mal au cœur quand je me dis que ça va rester là, sans jamais pouvoir se dégrader. Le plastique c’est vraiment ce qu'on a inventé de pire. On a bien trouvé le moyen de rendre les sacs biodégradables, à quand l'extension à toutes les catégories de plastiques ? A ce rythme, où chaque marée amène son lot de saloperies, bientôt les plages n'existeront plus et seront transformées en dune de plastique.
Le roi de la forêt
Akki et Esther sont venus me voir pour me dire qu'ils souhaitaient rentrer. Ils ne peuvent pas rester plus longtemps, coincés entre sandflies et moustiques. Il est déjà 17 heures, je comptais partir plus tôt mais je n'ai pas vu le temps passer, à explorer la plage et à fouiner dans la jungle derrière. L'heure du rassemblement a sonné. Sarah voudrait rester plus longtemps. C’est vrai qu'il est difficile de se dé-scotcher d'ici. On aurait dû partir un peu plus tôt après le déjeuner mais on a un peu traîné. Comme je le disais c’est toujours long pour faire bouger un groupe.
Pour rentrer, je suis passé trop au nord mais on est tombé nez à nez avec le seigneur de la forêt. Un superbe arbre tout blanc, avec un tronc qui forme des circonvolutions à sa base où l'on aurait presque la place de mettre une tente. Il faut se dévisser la tête pour tenter d'apercevoir sa cime qui perce la canopée. Cela me fait penser à ces arbres millénaires qui disparaissent chaque jour au rythme des tronçonneuses pour les remplacer par des plantations d'huile de palme. Couper un arbre pareil, aussi beau, aussi grand, aussi fort, qui a traversé les siècles et mis tout ce temps à pousser pour être détruit en quelques secondes je ne sais pas ce que ça me fait. Il y a la SPA, il devrait y avoir la même chose pour les plantes.
Le retour a été bien plus rapide que l'aller. Sur la plage on a trouvé une Crocs presque neuve, du bon pied et à la bonne taille pour remplacer la sandale de Yasmine, ça doit jouer. Mais on est aussi à présent tous plus motivés pour rentrer au camp, se reposer, boire une bière fraîche. Sitôt sortis de la jungle comme un dernier cadeau pour parfaire cette belle journée, Akki a trouvé un scorpion qui traversait le chemin d'Ao Son. Je ne savais pas qu'il y en avait sur l'île. Je vais à présent y réfléchir à deux fois quand je récolte des feuilles mortes à pleines mains pour faire un petit matelas sous la tente. Je suis aussi revenu avec un petit souvenir : une sangsue scotchée à la cheville. On ne les sent pas. C'est en m'inspectant en sortant de la jungle que je me suis rendu compte de sa présence. Je l'ai enlevée avec un morceau de bois. Contrairement aux tiques, ça se détache facilement. Mais au niveau de la morsure je saignais. C’est la première fois que ça m'arrive. Est-ce que ce sera la dernière ?

3 commentaires:

  1. Merci de partager. Pourquoi partez-vous après le déjeuner et pas après le petit déjeuner ? Quel est le modèle de l'appareil photo utilisé ? Est-il étanche ?

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    1. Pour la simple raison que quand la barge est là ils travaillent surtout l après midi et la plage d Ao Molae devient alors trop bruyante. Remarquez on aurait pu passer la journée à Ao Pansang en apportant un en cas. Pour l appareil photo c'est le bridge Sony HX400V, tres polyvalent avec son zoom 50x j'en suis très content, plus que de mon reflex. Il n'est pas étanche non. J'ai arrêté avec ces appareils qui n'en ont que le nom tous m'ont lâché au bout de quelques utilisations sous l'eau.

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  2. Salut à toi voyageur au hamac, sympa d’emmener d'autres touristes pas toujours aguerris. Les îles Thaïlandaises me manquent mais pas les sandflies. Je compte partir bientôt en Sulawesi, la durée du trajet me fait un peu peur.

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