Avant-hier j'avais promis
à qui n'en veut de montrer le chemin pour Ao Pansang, tout content
de ma trouvaille. Un jour de travaux si possible. C'est chose faite,
ils sont revenus à la charge cette nuit. Je suis bien tranquille en
campant à Ao Jak. Akki qui essaye d’apprendre le thaï depuis
plusieurs années en tenant un journal de vocabulaire, avait conversé
avec un des ouvriers qui lui avait assuré qu'ils ne reviendraient
que deux jours plus tard. Bilan, ce fut moins de 24 heures plus tard.
Preuve qu'ils ne savent pas eux mêmes ce qu'ils font. Ils sont en
pleine frénésie, vas-y que je te démolis tout. Plus grave, et
c'est bien la peine que la barge fasse ses allées et venues en
matériaux, ils n'ont jamais assez de sable. Ils ont entrepris de
creuser un trou en pleine jungle à Ao Jak.
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| Akki, Esther, Sarah et Yasmine |
Le coin ressemble
maintenant à une carrière, déforestée, dont chaque coup de pelle
fait tomber un arbre du talus. Je ne comprends pas qu'on laisse faire
un truc comme ça dans un parc national. Après ils peuvent afficher
à l'entrée ce qu'il est interdit de faire et ce qu'on encourt comme
amende : ramassage de coquillages, déplacements de cailloux,
coupe de feuilles... Je n'ai plus de scrupules à couper des branches
et à arracher des plantes pour mettre ma tente.
Akki et Esther n'étaient
pas très chauds pour crapahuter dans la jungle sitôt après le
déjeuner. C’est l'heure la plus plus chaude et la jungle devient
un vrai hammam. Ils auraient préféré qu'on aille là bas en fin
d'après midi. Mais ce n’est pas à côté !
Il faut une heure
aller pour y parvenir, dont la moitié à tracer dans la jungle. Et
puis c'est dommage de ne faire que l'aller et retour . Le but
c'est de passer un après midi sympathique et au calme, sans se
presser. Par ailleurs, j'évite absolument d'errer dans la jungle au
crépuscule. C’est le meilleur moyen pour y passer la nuit.
Au final notre petit
groupe est composé de : Akki et Esther, Sarah, Yasmine et moi.
Tous des allemands. Pour mettre en appétit, j'ai suggéré de passer
déjà par mon raccourci. Pour aller à Ao Son, le plus court c'est
de marcher le long de la plage puis de couper derrière sur une
centaine de mètres. C'est très facile, et cela me permettra déjà
de jauger comment ils se comportent en jungle.
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| Si si, suivez le guide, c'est par là! |
Car si dans le groupe
il y en a qui ne sont pas trop aventuriers et seraient gênés par
les lianes et les contorsions qui s'en suivent, inutile d'aller plus
loin. La balade jusqu'à Ao Pansang n'est pas un parcours de santé.
Il faut supporter la chaleur, les côtes, les pieds qui restent
bloqués par une liane, les feuilles qui coupent et ne pas craindre
pour ses affaires sinon c’est le boulet assuré et jamais on
n'arrivera à bon port à temps. Je trouve d'ailleurs qu'on se traîne
un peu sur le chemin d'Ao Son. J'ai l'impression que tout le monde
prend ça pour une récréation, un truc où l'on va flâner, où
l'on regarde les papillons. Ils risquent de déchanter une fois dans
la jungle.
J’ai bien retrouvé le
tas de de cailloux et les branches signalant le point où bifurquer.
J'espère pouvoir arriver sans trop d'encombre au bon endroit.
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| Enfin Ao Pansang |
Car je
n'ai pas fait mon petit Poucet la dernière fois. J'aurais dû
accrocher des trucs autour des troncs, ou entortiller des petites
branches mais là je ne dois compter que sur ma mémoire et mon sens
de l'orientation. En principe ce ne devrait pas être très
compliqué : il faut gravir le mont, marcher un certain temps en
suivant la ligne de crête sur la droite avant de redescendre et
d'arriver vers la fin dans le lit d'un cours d'eau asséché qui
dégringole vers la plage. Je ne garantis cependant pas une arrivée
sur la plage pile poil comme il faut. Ce pourrait être gênant car
les arbres derrière la baie forment un mur végétal où il est
impossible de s'infiltrer. Il n'y a vraiment que l'endroit du cours
d'eau qui offre une légère trouée parmi une bambouseraie.
Pour l'heure, le début
n'est pas mal. Je reconnais des repères caractéristiques, comme une
termitière ou encore un tronc pourri. C'est la partie la plus
facile. C'est un peu comme si on marchait en forêt, il n'y a pas
énormément d'obstacles. Tel un vrai guide je trace le premier et
regarde régulièrement derrière moi, attendant quand il le faut
pour que les autres ne courent pas après moi et s'épuisent. Il y a
toujours un temps au début avant de trouver la bonne cadence, un
temps de rodage en quelque sorte. Pour éviter les éventuels
découragements je rassure : « regardez : on arrive
bien tôt à la crête, bientôt ce sera plat et on n’aura plus
qu'à redescendre ! ».
Ça semble fonctionner, personne ne
se plaint, même si Yasmine n'est pas bien chaussée : elle a
une sandale qui a lâché il y a quelques jours, ce qui fait que son
pied flotte et à tendance à laisser la sandale en plan au moindre
obstacle.
Je suis un peu perplexe
pour décider du moment où quitter la crête. Il me semble que ce
n'était pas si long. Écoutant mon instinct j'ai décidé de
commencer à descendre. C'est assez raide mais il suffit de se tenir
à quelques branches pour éviter de ne rouler sur un caillou qui se
dérobe. Toujours surveiller où l'on met le pied et ne pas y aller
comme un éléphant. Depuis le début je suis talonné par Akki, puis
Sarah. Les deux qui ont le plus de peine c'est Esther mais surtout
Yasmine avec sa sandale cassée.
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| Sarah fait la planche |
Dans la descente elle se retrouve
parfois pieds nus. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé
mais on est arrivé pile poil au niveau du cours d'eau asséché. Je
suis assez content de moi. J'annonce alors la couleur : « Vous
entendez les vagues à présent ? La plage c'est là où l'on
voit du bleu à travers les arbres en bas. Courage, on est presque
arrivé». Presque. Car c’est le moment le plus délicat, celui où
il faut faire Rambo et s'accroupir pour passer dans la bambouseraie,
contourner les massifs. Finie la ligne droite, on passe comme on
peut. C'est ça l’aventure, rien n'arrive sans quelques efforts.
Akki s'en sort le mieux, il ne fait pas dans la dentelle. Il a une
machette et coupe tout ce qui est devant lui.
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| Derrière c'est inextricable |
Finalement la plage. Et
quelle plage ! Mais un autochtone a été dérangé par notre
intrusion. Un varan qui lézardait au soleil s'est dépêché de sa
cacher avec sa démarche pataude caractéristique. Pour commencer
tout le monde à la flotte. Pas besoin de le suggérer, se délester
des sacs et de ses fringues trempées de sueur, c'est une nécessité.
Le paysage est époustouflant. Quand on regarde la plage on a tout
autour de soi de la jungle qui dégringole des collines. Les
différentes essences d'arbres se découvrent. Les plus grands, les
plus vieux, les tout verts, les fleuris, les moins verts, tous
semblent être un exemplaire unique. On a un écran devant soit sur
180 degrés. Un écran géant d'une centaine de mètres de hauteur.
C'est mieux que n'importe quel écran de cinéma ! L'eau étant
peu profonde, c'est un vrai délice.
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| Les restes d'un camp. Peut être un Koh Lanta? |
Elle est très chaude et d'une
couleur verte irréelle. Sa surface est un bain turc, surchauffé par
le soleil qui doit bien faire monter le thermomètre à plus de 30
degrés. Après ça, je vous garantis que vous n'aurez plus envie de
vous baigner ailleurs. En plus c'est le meilleur endroit pour rester
sur la plage. Car le sable est infesté de sandflies et si on essaye
de se mettre à l'ombre c'est au tour des moustiques. Alors que dans
l'eau, immergé jusqu'au cou on ne risque rien.
Il y a deux barques de
pécheurs dans la baie. Ils n'ont pas l'air très actifs, rien ne
bouge. Par contre il y a une bûche encore fumante sur la plage qui
sent la poiscaille. Ils ont dû y allumer un barbecue. Il y a comme
des restes d'un petit camp juste sous les premiers arbres.
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| Les aventuriers d'Ao Pansang |
Des
bambous noués entre eux sur lesquels il suffit de poser une bâche
pour avoir un abri de fortune. Il y a des barres de bambou suspendues
aux branches, sans doute pour y mettre à sécher des affaires. On
trouve également des cordes qui pendouillent comme des lianes, pour
s'amuser à se suspendre en l'air. Ao Pansang serait un vrai paradis
s'il n'y avait pas tous ces détritus. Le sous bois n’est plus
qu'un lit de bouteilles en plastique, de tongs, de morceaux de
polystyrène qui partent en billes, de casques de moto, de briquets,
de cordes et de paniers à linge. Ça me fait mal au cœur quand je
me dis que ça va rester là, sans jamais pouvoir se dégrader. Le
plastique c’est vraiment ce qu'on a inventé de pire. On a bien
trouvé le moyen de rendre les sacs biodégradables, à quand
l'extension à toutes les catégories de plastiques ? A ce
rythme, où chaque marée amène son lot de saloperies, bientôt les
plages n'existeront plus et seront transformées en dune de
plastique.
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| Le roi de la forêt |
Akki et Esther sont venus
me voir pour me dire qu'ils souhaitaient rentrer. Ils ne peuvent pas
rester plus longtemps, coincés entre sandflies et moustiques. Il est
déjà 17 heures, je comptais partir plus tôt mais je n'ai pas vu le
temps passer, à explorer la plage et à fouiner dans la jungle
derrière. L'heure du rassemblement a sonné. Sarah voudrait rester
plus longtemps. C’est vrai qu'il est difficile de se dé-scotcher
d'ici. On aurait dû partir un peu plus tôt après le déjeuner mais
on a un peu traîné. Comme je le disais c’est toujours long pour
faire bouger un groupe.
Pour rentrer, je suis
passé trop au nord mais on est tombé nez à nez avec le seigneur de
la forêt. Un superbe arbre tout blanc, avec un tronc qui forme des
circonvolutions à sa base où l'on aurait presque la place de mettre
une tente. Il faut se dévisser la tête pour tenter d'apercevoir sa
cime qui perce la canopée. Cela me fait penser à ces arbres
millénaires qui disparaissent chaque jour au rythme des
tronçonneuses pour les remplacer par des plantations d'huile de
palme. Couper un arbre pareil, aussi beau, aussi grand, aussi fort,
qui a traversé les siècles et mis tout ce temps à pousser pour
être détruit en quelques secondes je ne sais pas ce que ça me
fait. Il y a la SPA, il devrait y avoir la même chose pour les
plantes.
Le retour a été bien
plus rapide que l'aller. Sur la plage on a trouvé une Crocs presque
neuve, du bon pied et à la bonne taille pour remplacer la sandale de
Yasmine, ça doit jouer. Mais on est aussi à présent tous plus
motivés pour rentrer au camp, se reposer, boire une bière fraîche.
Sitôt sortis de la jungle comme un dernier cadeau pour parfaire
cette belle journée, Akki a trouvé un scorpion qui traversait le
chemin d'Ao Son. Je ne savais pas qu'il y en avait sur l'île. Je
vais à présent y réfléchir à deux fois quand je récolte des
feuilles mortes à pleines mains pour faire un petit matelas sous la
tente. Je suis aussi revenu avec un petit souvenir : une sangsue
scotchée à la cheville. On ne les sent pas. C'est en m'inspectant
en sortant de la jungle que je me suis rendu compte de sa présence.
Je l'ai enlevée avec un morceau de bois. Contrairement aux tiques,
ça se détache facilement. Mais au niveau de la morsure je saignais.
C’est la première fois que ça m'arrive. Est-ce que ce sera la
dernière ?












Merci de partager. Pourquoi partez-vous après le déjeuner et pas après le petit déjeuner ? Quel est le modèle de l'appareil photo utilisé ? Est-il étanche ?
RépondreSupprimerPour la simple raison que quand la barge est là ils travaillent surtout l après midi et la plage d Ao Molae devient alors trop bruyante. Remarquez on aurait pu passer la journée à Ao Pansang en apportant un en cas. Pour l appareil photo c'est le bridge Sony HX400V, tres polyvalent avec son zoom 50x j'en suis très content, plus que de mon reflex. Il n'est pas étanche non. J'ai arrêté avec ces appareils qui n'en ont que le nom tous m'ont lâché au bout de quelques utilisations sous l'eau.
SupprimerSalut à toi voyageur au hamac, sympa d’emmener d'autres touristes pas toujours aguerris. Les îles Thaïlandaises me manquent mais pas les sandflies. Je compte partir bientôt en Sulawesi, la durée du trajet me fait un peu peur.
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