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mercredi 8 février 2017

Déménagement à Ao Son

Vue côté nord
J'ai préparé mon sac pour Ao Son. Le transfert se fera en scooter pour 100 bahts aussi il faut que je voyage le moins encombré possible. Étant donné que j'envisage de rester là bas une semaine ou dix jours, je n'ai pris que le strict nécessaire. J'ai laissé des bâches, le bidon d’anti-moustique, un autre de crème solaire, la tondeuse et d'autres choses pas indispensables sur le court terme. Le ranger a calé le sac entre ses genoux et je suis passé à l'arrière, ma tente moustiquaire repliée en un cercle porté sur le dos comme une tortue. J'ai dit au revoir à Esther, Akki, Mu et Hans. J'ai appris que Mua s'appelait en réalité Mu. Bon, ça ne change pas grand chose. Yasmine est partie hier quant à elle pour Koh Adang où elle rejoindra Sarah. Elle était très émue en nous quittant, prête à pleurer. 
Le restaurant dans la jungle
C'est à contre cœur qu'elle s'en va, comme nous tous quand on doit partir. Elle nous a fait de grands au revoir dans le camion bleu jusqu'à ce qu'il s'enfonce dans la jungle. Ceux qui restent sont aussi tristes de me voir partir ailleurs. Mais je ne serai pas si loin, à peine 5 kilomètres, c'est une petite balade qui se fait facilement même si en ce moment elle n'est pas des plus agréables avec le chantier.
Ils ont tout dégueulassé. La jungle autour du chemin, au lieu de nous offrir des nuances de vert déclinées à l'infini, est grise, couverte de poussière comme le long de ces chemins méditerranéens qui n'ont pas vu la pluie depuis des mois. Avec leurs allées et venues conjuguées à leur cargaison qu'ils perdent à la faveur des soubresauts le chemin est devenu quasi impraticable. 
C'est couvert de sable et le scooter fait de grands zig-zags, obligeant mon conducteur à rouler parfois au pas, essayant d'équilibrer l'engin avec les pieds. J'ai presque honte de l’entraîner là dedans alors que tous ceux qui vont à Ao Son se débrouillent par eux mêmes en y allant en sac à dos. J'ai l'impression d'être de ces colons qui se faisaient transporter partout, fouettant leurs esclaves au passage s'ils n'allaient pas assez vite. Quand enfin le béton apparaît ça change tout. J'ai beau critiquer les travaux, je reconnais que c'est pratique pour rouler et qu'ils font du bon boulot. Ça a bien avancé et la moitié du parcours est déjà aménagée. Je ne sais pas comment ils lissent le béton, ils n'ont pas de rouleau compresseur. 
Vue côté sud
Avant de le couler ils placent une structure métallique, un genre de grillage, puis ils placent des cales en bois de part et d'autres du chemin. Une fois sec, il n'y a plus qu'à démouler et à finir par lisser les côtés à la truelle. C'est sûr que ce sera plus pratique avec la route pour aller jusqu'à Ao Son mais cela va y amener davantage de monde. Pour l'heure c’est très tranquille. La légende des 20 tentes est une légende de la jungle. Il n'y a que celle des roumains et une autre, dressée par les rangers au cas où quelqu'un arrive à l'improviste et souhaite camper. Les amis des roumains sont quant à eux dans une grande bâtisse au dessus du restaurant, qui a sa propre salle de bain et quelques lits deux places placés sous une moustiquaire mais tous dans la même pièce. C'est là que j'ai entreposé mes affaires.
J'ai mis du temps à trouver un coin où poser ma tente. Je cherche un coin un peu abrité du vent et il n'y a pas d'arbustes pour casser la brise qui souffle fort depuis la mer. Le terrain est une petite bande d'une quinzaine de mètres de large qui s'étend du resto jusque vers une petite plage bordée d'un unique cocotier et délimité sur un côté par une rivière, celle qui descend des cascades de Lu Du et qui se transforme en chenal à marée haute. Pour accéder au camping et au restaurant il faut dans tous les cas traverser la rivière. On a le choix entre trois endroit, qui vont du passage à guet avec une corde pour tenir en équilibre ou bien un pont flottant en plastique très moche et peu stable. J'ai placé la tente au bord de la rivière, trouvant le coin poétique. 
Mais il est infesté de grosse fourmis rouges qui mordent direct tout intrus. Elles s'infiltrent partout, sous le pantalon, sous le t-shirt et leur morsure est très désagréable. Elles n'ont qu’une obsession : repousser l’envahisseur. Elles sont coriaces, s'arc-boutent de tout leurs corps pour enfoncer leurs mandibules et foncent à toute allure même si on ne touche rien de particulier. Elles doivent détecter la chaleur. Pendant tout le temps où je montais la tente je n'ai cessé de gesticuler, de me donner des claques et de faire des bonds en moulinant des bras. Ce devait être comique à voir de loin. Il y a là un supplice à inventer : attacher quelqu'un ou un macaque pour qu'il ne puisse pas bouger et attendre que les fourmis arrivent. Je suis sûr qu'elles arriveraient à découper quelqu'un vivant. Il paraît qu'elles sont très bonnes à manger. Elles sont un goût de citron. Ça m'a été confirmé par Akki et les roumains. Mais ça ne me dit pas grand chose d'essayer !
J'ai trouvé un arbre bien touffu qui a des branches qui descendent jusque sur la plage, à 500 mètres de là, sur la plage d'Ao Son. C'est là où j'ai suspendu le hamac. Ao Son est vraiment exceptionnel. De part son étendue, quatre kilomètres de sable blanc, mais aussi par sa configuration en ligne droite parfaite qui semble vouloir rejoindre l'horizon où une montagne ferme la baie. 
Tout du long, derrière, c'est jungle et vallons. Point de construction, pas d'antenne de téléphone, pas de pylônes électriques. Tout est vierge où que l'on regarde. Dès lors je ne suis pas surpris que Survivor, le Koh Lanta américain, ait été tourné sur cette plage. Je serais intéressé pour mettre la main sur cette saison, question de voir où et comment ils avaient monté leur camp. Avec le vent des derniers jours il y a des vagues. Elles ne sont pas très grosses mais c’est un délice de se les prendre en pleine poire. Rare sont ceux qui viennent jusqu'ici. C'est donc d'autant plus jouissif d'avoir ça pour soi tout seul. On peut se baigner à poil, faire ce qu'on veut, même les macaques ne sont pas emmerdants. Ils ne sont pas habitués encore à piquer les affaires des touristes. Comme ils en voient très peu ils pourraient attendre longtemps avant de pouvoir perpétrer un attentat. Et avec la taille de la plage ils sont un peu paumés et ne savent pas vraiment vers où traîner.
Dans l'après midi j'ai eu la visite de Hans et Mu. Ils sont allés direct au bout de la plage, vers le lagon. Je garde ça pour un autre jour. Ce n’est pas le temps qui va me manquer. Je vais être bien ici. Chaque fois je regrettais de passer un peu par là en coup de vent. Maintenant j'aurai tout loisir de me balader à l'heure que je veux. C’est vraiment un coin magnifique. Et sous mon arbre c'est si tranquille que j'ai décidé d'y déplacer la tente. Il faut juste que je fasse attention aux marées car la plage est très plate et si la mer a l'air d'être très loin à marée basse elle peut monter très haut et je pourrais me retrouver submergé pendant mon sommeil. Mais pour l'heure elle ne monte pas si haut, j'ai repéré la ligne de démarcation. Au besoin je vais construire une digue. Car d'ici quelques jours ce sera la pleine lune et on risque donc d'avoir des coefficients élevés. 
Je me sens si bien ici que je vais peut être rester plus longtemps que je ne le pense. En plus, y a moyen de capter le réseau et d'avoir un peu internet, notamment depuis le hamac. Pour une retraite nature et calme, on ne peut pas mieux tomber que sur Ao Son. D'ailleurs dans la soirée j'y ai retrouvé Akki et Esther, venus se balader jusqu'ici. On a contemplé le coucher de soleil sur Koh Adang et dîner ensemble avant qu'ils ne rentrent à pied sur Ao Molae à la lumière de leur torche frontale. Ils se tâtent à venir dormir là quelques nuits, en déplaçant leur tente de secours de Ao Jak. Je ne serais pas étonné de les voir rappliquer un des ces quatre !

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