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| Ao Molae vue depuis Ao Pante |
Le matin quand c'est
marée basse c'est le meilleur moment pour admirer la plage d'Ao
Pante et perdre son regard vers les montagnes couvertes de jungle
plus au sud. On peut alors apercevoir Ao Molae, minuscule anse sertie
dans un écrin de verdure. La configuration de Tarutao est
exceptionnelle. Ce serait une île plate elle perdrait de son
mystère. Alors que là, ses pentes dessinent de magnifiques étages
de jungle que l'on peut contempler à volonté, comme si l'on était
un oiseau survolant la canopée. Les ombres se révèlent au delà
des crêtes, les différentes essences d'arbres confèrent mille et
une nuances de vert. Parfois un arbre plus grand que les autres
apparaît dans toute sa majesté, monument de la nature discret,
presque invisible, que seul un œil contemplatif peut déceler. C'est
ce que j'aime, ces infimes détails que je tiens comme des cadeaux
que la nature me tend, toujours en grâce, sans ostentation.
A la
place, mes contemporains préfèrent voir des monuments de pierre ou
béton à la gloire de l'homme. Je laisse les villes, aucune n'a
grâce à mes yeux. Ce sont des territoires où la nature a été
bafouée, repoussée, éliminée. Je rêve parfois de vivre à une
époque où les villes n'étaient que des villages, où l'homme
n'avait pas essayé de prendre le contrôle sur la nature à ce
point, où les forêts couvraient le moindre espace. Ce devait être
très beau. Désormais il ne nous reste que les parcs nationaux.
Quand on y pense c'est triste. Et cela ne va pas s’arranger avec
une démographie toujours en expansion et jamais remise en question.
C'est un tabou dont il ne faut jamais parler. La surpopulation crée
des tensions, des dégâts irrémédiables à la planète et on meurt
sous la pollution.
On parle du réchauffement climatique à cause de
nos activités. On fait des Grenelle, des COP et autres trucs de
communication qui ne déboucheront jamais sur rien. Personne ne prend
le problème à la base. Pas même les décroissants qui pourtant
appellent à une production et une consommation moindre pour
retrouver un équilibre avec la nature et notre nature. Il disent que
c’est un faux problème, que ce sont nos modes de vie qu'il faut
changer. Pourtant le raisonnement est simple : quand bien même
chacun d'entre nous arriverait à réduire de moitié son empreinte
écologique, si dans le même délai la population double, le
résultat est un statu quo. J'ai peut être des idées extrêmes mais
moi président, je n'attribuerais les allocations familiales que
jusqu'à deux enfants. Et je supprimerais les demies part d'impôt au
delà également de deux enfants.
Oui je pénaliserais les familles
de plus de deux mouflets, pour infléchir cette politique de lapins
qui veut que plus on est nombreux, plus il y aura de recettes
fiscales à terme, plus de consommation, toujours plus de tout. Qui a
besoin d'avoir plus de deux mioches ? Ça part d'un besoin
égoïste. Personne ne pense à la Terre que nous léguerons aux
générations futures. Être plus nombreux cela veut dire piller
encore plus de ressources, nourrir plus de bouches, donc se diriger
vers une agriculture toujours plus industrielle, polluante, nocive à
la santé et sans âme. Je dis ça, moi au fond je m'en moque, je
serai mort avant – certains diront bon débarras ! Mais je
trouve bien dommage que nous léguons un monde de moins en moins
sympa aux nouveaux nés qui eux rêveront d'être nés en des temps
plus insouciants et reprocheront aux générations précédentes
d'avoir tout bousillé.
Hier soir le ciel s'est
fait menaçant. J'ai donc déplacé ma tente mais c'était juste un
prétexte pour essayer quelque chose d'autre car il a déjà plu une
nuit et le tarp déborde bien des limites de la tente. En fait,
c'était plus pour m’éloigner des pétarades de tondeuse à gazon
des long tail boat aux aurores. La première fois que je suis venu
sur Tarutao, en 2012, j'avais passé une nuit diluvienne sous le
porche d'un bâtiment qui ne sert à rien. Il est toujours là, à
côté du bloc sanitaires des dortoirs des groupes, face à la
bifurcation de la route vers les quartiers des rangers. C'est un
bâtiment dévolu au rangement de couvertures qui ne servent jamais
vu qu'on est en pays tropical. La pièce, vitrée, est pourtant
fermée à clef si jamais quelqu’un voulait grappiller une
couverture.
Il y a un auvent qui le prolonge, assez grand pour y
accueillir une kermesse. J'ai fait un brin de ménage à l'aide de
leurs balais en aiguilles de filaos tressées. Le manche est super
court, il faut être haut comme deux pommes ou sinon faire ça
accroupi. Le coin qui devait me permettre de passer une nuit complète
et calme n'a pas tenu ses promesses. Il y régnait une chaleur
étouffante, sans un brin d'air, et si le groupe électrogène des
touristes a été coupé dès 22 heures, celui alimentant les
quartiers des rangers a tournée toute la nuit. En plus, dès 6
heures les gardes ont commencé à circuler à moto. Tout ça pour
faire 300 mètres au mieux, ils sont un peu fainéant. Un vélo
ferait très bien l'affaire, en plus c’est tout plat à Ao Pante.
Mais bon, la moto ça va plus vite et ça demande moins d'effort. Ce
doit être pour ça. En plus ils ne doivent pas payer l'essence et il
doit toujours y avoir un bricolo pour les menues réparations. Ce
n'est pas une raison. Étant un parc national, ils devraient montrer
l'exemple. Au lieu de cela ils polluent le calme des lieux. D'un
autre côté je crois que la notion de calme des asiatiques est toute
relative. Le bruit ne les dérange pas, il doit les rassurer comme
beaucoup.
Ce soir il y a eu panique
en cuisine. Pas besoin de télé, on a ça en direct ici. Un serpent
s'est infiltré. Cris de panique en cuisine, les gens sortaient de là
en sautant comme des crevettes de leur nasse.
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| Même pas peur! |
Un homme est venu à la
rescousse, pourchassant le reptile avec un long bâton pour le
diriger loin de là. Va contrôler un serpent qui par nature
serpente ! La bestiole insaisissable s'en est allée vers le
restaurant puisqu'on lui interdisait les cuisines. Tout le monde
était debout, prêt à monter sur les tables, pendant que quelques
curieux plus intrépides étaient dépêchés au cœur de l'action
pour livrer un compte rendu de la progression de l'animal. Certains
rigolaient pour défaire la tension. On n'a jamais su où il était
passé, il s’est réfugié dans un massif ornemental de plantes
exotiques qui lui a offert la meilleure des cachettes.








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