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jeudi 26 janvier 2017

Après la pluie, le beau temps... ou presque

Un petit paradis
Deux semaines déjà que je me suis porté prisonnier volontaire sur Koh Tarutao. Je ne vois pas le temps passer. Le quart du séjour vient de filer. Deux semaines, c'est ce dont je disposais au maximum quand je travaillais. Après il fallait quémander, justifier le pourquoi du comment, comment gérer mon absence... Plus que les conflits d’ego, les querelles de petits chefs, les jeux de pouvoir, la promotion des incapables, les petits arrangements entre faux culs, la subordination, les critiques déplacées, l'hypocrisie, la mauvaise foi, la pression, le sentiment d'abandon à son propre sort... et j'en passe des meilleures, c'est surtout le fait d'être vendu à un employeur contre salaire et privé de sa liberté de faire des choses et de vivre sa vie qui me poserait problème. 
Retourner au système des week-ends, à scruter le calendrier à la recherche de ponts pour grappiller un jour ou deux supplémentaires et partir en même temps que tout le monde, non merci. Pas plus que de m'enfermer dans une routine réveil-matin, yeux rivés à l'heure, temps chronométré et compté contre lequel on a le sentiment de se battre en permanence et de le perdre dans les transports matin et soir, soumis aux grèves, retards et incidents en tout genre. Ça mine réellement. Je ne veux plus de cette vie là. Il m'aura fallu un an et demi pour décompresser de tout ça. Toutes mes envies de voyage sont nées de cette frustration couplée au fait d'être en plus mal logé à cause de problèmes de voisinages qui ne me laissaient aucun répit ni occasion de simplement me sentir bien. 
Du coup je ressentais le besoin de vivre mes vacances de façon extrême, aux antipodes de ma vie du reste de l'année. J'étais en quelque sorte constamment en fuite de quelque chose. Maintenant que tout cela est loin derrière moi, je ne ressens plus ce besoin. Logiquement j'ai besoin de me fixer quelque part et d'y vivre bien, en toute sérénité, loin des problèmes et contraintes. C'est pour cela que j'ai acheté un appartement sur le bassin d'Arcachon qui sera livré en 2018, dans une petite résidence qui comporte un seul étage, dans un village de quelques milliers d'habitants, à 7 kilomètres de l'océan que je pourrai rejoindre en vélo par des pistes cyclables à travers dunes et forêts. Moi qui pensais ne plus jamais être propriétaire, échaudé par ma première expérience... 
Une feuille... tout un réseau de vie
Comme quoi la vie est complexe. Il était en même temps prévisible qu'un changement de vie allait nourrir de nouveaux projets et de nouvelles envies liées à une nouvelle façon de voir les choses.
Le soleil est de retour ce matin et ça change tout. Tout le monde pousse des « oh » et des « ah » de soulagement. Moi le mauvais temps ne me dérangeait pas, j'ai bien changé là dessus. Quand on a deux mois devant soit cela relativise bien des choses. D'un autre côté on n'en était pas non plus encore au stade de la Nouvelle Calédonie de mon tour du monde, quand tout était si humide que ça pénétrait partout, que je n'avais plus rien comme vêtements secs et que les sacs étaient devenus poisseux. L'impression de moisir debout, ça c'est terrible. 
Il n'empêche que pour ceux qui sont en Thaïlande pour un temps limité, la météo rend les visages un peu crispés et on sent l'exaspération monter chaque jour un peu plus. J'étais le premier avant à ronger mon frein, contraint à ne plus pouvoir prendre de photos après avoir fait tant de chemin pour me rendre dans des coins reculés. C'est vrai que c'est rageant. Mais là j'aimais presque bien l'ambiance de bout du monde, un peu apocalyptique. La nature, sauvage et extrême se fait alors pleinement ressentir. Aujourd'hui rien de tout cela et Ao Mola ressemble à un petit paradis que je m'émerveille à redécouvrir. J'avais presque oublié que c'était si beau. La baie est vraiment exceptionnelle. Sa courbe est magique, soulignée par une belle végétation tropicale dense et encadrée par des collines sur trois côtés qui confèrent un spectacle en trois dimensions. 
En plus les dauphins aiment venir y faire trempette. J'en ai vu deux aujourd'hui. Mais impossible de les prendre en photo. Ils ne remontent à la surface que pour prendre leur respiration, le temps de voir leur aileron dessiner une courbe qu'ils sont déjà repartis dans les profondeurs. Pendant ce temps on peut scruter avec le zoom leur réapparition mais on ne sait jamais quand ni où ça va se reproduire. Tout ce qu'on obtient ce sont des crampes oculaires. Quand enfin ils ressurgissent, c'est à coté. Impossible de les retrouver avec le zoom ou de faire le focus. Ce sont des moments à savourer sans s'encombrer d'un appareil photo qui ruine la magie de cet instant. Il faut juste prendre leur apparition comme un clin d’œil, un petit coucou à saisir au vol et à garder dans son cœur à côte des souvenirs impalpables que l'île offre.
J'ai eu plus de chance avec les aigles. Ils étaient deux à tournicoter dans le ciel pendant que je me baignais, dessinant de grands cercles qui s’éloignaient chacun légèrement de l'autre. Ils devaient être en train de scruter la surface de l'eau prêts à plonger à la vue d'un petit poisson. J'ai eu le temps de sortir en vitesse et de me saisir de l'appareil photo. Pour les retrouver dans le viseur, c'est une autre paire de manches. Et après il faut composer avec les photos floues ou la position de l'animal pas adéquate, de face ou alors les ailes repliées. De toute façon les bestioles ça ne sert à rien de chercher à les prendre en photo, elles détestent ça. En tout cas avec moi. Je le sais depuis très longtemps. 
Si on ne sait pas que ma tente est là, impossible de la trouver
Pour mieux narguer, c'est quand je n'ai rien que tout à coup elles surgissent devant moi à quelques mètres sans paraître dérangées. Ça m'est arrivé à Ao Pante avec un toucan posé sur une branche à ma hauteur, que j'aurais presque pu toucher et qui me regardait interloqué, tournant sa tête de tous côtés pour me regarder sur tous les profils. Cela aurait fait un joli gros plan mais cette image là est immatérielle et je la garde en mémoire comme un trésor. De toute façon sur Koh Tarutao beaucoup de choses sont impalpables et relèvent presque du mystique. Des impressions, des ambiances, des énergies, des vibrations, des odeurs, que de choses impossibles à retranscrire. C'est pour cela qu'il faut y vivre. Mon blog a beau jeu mais au bout d'un moment il est limité, je ne peux montrer qu'un aspect des choses. Et je ne suis pas non plus John Muir qui n'avait pas son pareil pour décrire la nature autour de lui avec une telle justesse et emphase.
En milieu d'après midi le ciel s'est couvert, le tonnerre s’est mis à gronder. C'est le signal d'aller tout mettre à l'abri. En parlant d'abri, j'ai ma trousse de toilette dans la cage. Après le déjeuner je l'ai retrouvée déchirée avec le tube de dentifrice éventré. Une nouvelle attaque de macaque. Je ne sais plus comment faire. Doublée de fil de fer et d'un filet de pêche, la cage ne suffit pas à les garder à distance, je me demande même si ça ne les excite pas d'avoir affaire à un truc récalcitrant qui doit renfermer forcément quelque chose de précieux. C’est un peu le syndrome du coffre fort. Après il ne m'en a pas pris beaucoup, le brigand. Il a été attiré par l'odeur de fraise, après je l'imagine en train d'essayer de cracher le morceau avec la bouche pleine de mousse. Bien fait pour lui !
J'ai eu le temps de plier le linge que j'avais étendu sur le fil après l'avoir lavé et de ranger les oreillers dans la tente. Cette fois, mieux vaut prévenir que guérir. La bâche qui me sert à emmailloter la tente reste toujours dans les parages, je l'ai vite dépliée pour transformer la tente en bonbon. Puis j'ai rejoins le auvent de la gargote tandis que les autres étaient toujours en train de se balader sur la plage, de s'amuser ou de se baigner, sans se douter de ce qui se tramait. Quand tout a éclaté, tout le monde a vite rappliqué, les cheveux dégoulinants et les T-shirts trempés. Je pensais être sorti de ça, voilà que ça revient. Le temps est vraiment instable cette année, enfin... c'est plutôt le soleil qui est instable ! La jungle s'est remise à fumer, c'était très beau.

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