Je suis content de
retourner sur Ao Molae. C'est vraiment le coin le plus sauvage. Ao
Pante est pour moi trop « civilisé » : les allées
et venues de motos, des groupes d'asiatiques qui viennent passer la
journée ou parfois une nuit (ils ne vont jamais ailleurs sur l'île),
le gros des troupes de touristes... Ao Molae est plus un repaire
d'aventuriers. C'est plus un bout du monde où les gens sont plus
sympas et se parlent plus facilement. Le côté aventure rapproche.
Il y a un couple de roumains avec leur enfant qui campent à Ao Pante
depuis une semaine. Ils sont très gentils et discrets. Ce sont des
amoureux de la nature et de la tranquillité. Cela fait sept mois
qu'ils voyagent au long cours. Ils se sont établis par hasard sur
Koh Tarutao et ne savent pas quand ils vont en repartir.
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| Tous aux abris! La bâche-cascade |
Ça c'est un
signe : c'est cuit pour eux, ils se sont fait ensorceler par
l'île à leur tour. Comme moi ils ont fait le choix aujourd'hui de
déménager à Ao Molae. On leur a dit ce matin que le champ des
travaux était libre là bas. Les gens se passent la bonne nouvelle.
Dans la benne de 13 heures on n'est pas nombreux, il n'y a que deux
nouveaux.
J'ai retrouvé mon coin
là bas, caché derrière la plage, loin du camp. Le mauvais temps
qui sévit depuis une semaine maintenant a eu raison du nettoyage que
j'avais effectué. Le vent a remis des détritus un peu partout. Ici
le vent s'engouffre en venant de la mer, chose surprenante car à Ao
Pante qui est exposé pareil, le vent vient de terre. Sans doute
qu'ici il doit contourner les monts derrière pour mieux revenir par
la mer.
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| Ce n'est pas une rivière, juste une flaque! |
Du coup, ma clairière est trop exposée. Si je viens là
c'est aussi pour avoir du répit par rapport à Ao Pante. Finalement
j'ai dégagé un espace parmi de jeunes plants d'1m50 de hauteur. Il
a fallu que j'égalise le niveau, que je repousse quelques branches
et même que je laboure un peu mais maintenant l'avantage est que je
dispose de plein de points d'ancrage où nouer le tarp. Pour ne pas
ramener de saletés dans la tente j'ai rajouté un lit de feuilles
mortes sur la terre retournée. Au final le coin est très joli, en
pleine jungle, ça fait rescapé sur une île déserte.
Je ne suis pas tout seul
au camp. Les deux allemands Akki et
Esther sont là, ils m'ont accueilli très contents de me
revoir. Ça me fait plaisir aussi qu'ils soient là, c’est marrant
de se retrouver par hasard deux ans plus tard.
Ils ont de la chance,
ils sont arrivés tout récemment et n'ont donc jamais connu la
barge. Eux non plus ne savent pas combien de temps ils restent. Sans
doute qu'ils seront chassés par le retour des travaux.
Dans l'après midi
l'orage s'est mis à retentir, plus au nord. Les grondements se sont
faits de plus en plus proches, cela n'augure rien de bon. J'ai eu le
temps de ranger tout ce qui traînait sous l'arbre où j'ai suspendu
le hamac mais ça a éclaté avant d'avoir eu le temps de regagner la
guitoune. Je me suis précité au plus proche, sous la bâche de la
tente. Excellent moyen de tester comment tout cela allait se
comporter face aux trombes d'eau qui se sont abattues. J'ai choisi de
tendre le tarp un peu plus en hauteur pour moins être embêté par
le son de la pluie mais en contrepartie j'ai des infiltrations par
les côtés.
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| Il y en a que ça ne dérange pas pour faire du vélo! |
Il y a aussi un défaut de conception, c'est que j'ai
posé le tarp sur la cime de certains plants. Avec leurs longues
feuilles, la pluie ruisselle depuis la base de la feuille qui se
trouve en dehors de la bâche jusqu'à son extrémité qui fait alors
comme un entonnoir qui déverse son contenu sur la tente ! C'est
le système de la gouttière à l'envers, c'est un peu crétin que je
n'aie pas prévu cet aspect là. En catastrophe, j'ai donc tout
repoussé tous les plants à l’extérieur, de manière à ce que
toutes les feuilles ruissellent sur la bâche. Mais bon, ça passe
par les côtés. En plus le tarp est trop à l'horizontal ce qui fait
que l'eau ne s'évacue que quand tout est engorgé. A ce moment là
la bâche se tord et vomit son contenu en cascade qui éclabousse la
tente.
Au bout d'une accalmie je
suis retourné à la gargote chercher du renfort. J'ai une autre
bâche qui devait me servir pour protéger le hamac pour les nuits où
je voudrais dormir dedans. Le but est de l'enrouler autour de la
tente et de ne laisser que la porte libre d'accès, pour transformer
la tente moustiquaire en une vraie tente mono toit. C'est beaucoup de
travail et d'emmerdes mais je devrais à présent être à l'abri.
Par contre le mal est un peu fait, le drap de dessus du matelas est
tout humide. Peu de chance que cela sèche d'ici la nuit. D'autant
plus que la pluie ne s'est pas arrêtée du tout. Je ne me plains pas
pour autant, Ao Molae est joli par tout temps et avec ce ciel noir
et la jungle qui fume, tout baigne dans une ambiance sombre et
intrigante. Il y a plein de trucs à prendre en photo. J'aime
photographier les arbres qui se détachent au milieu de nappes de
brume, ça fait très « Gorilles dans la brume ».






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