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mardi 24 janvier 2017

Rien que de l'eau, de l'eau de pluie, de l'eau de là haut

Je suis content de retourner sur Ao Molae. C'est vraiment le coin le plus sauvage. Ao Pante est pour moi trop « civilisé » : les allées et venues de motos, des groupes d'asiatiques qui viennent passer la journée ou parfois une nuit (ils ne vont jamais ailleurs sur l'île), le gros des troupes de touristes... Ao Molae est plus un repaire d'aventuriers. C'est plus un bout du monde où les gens sont plus sympas et se parlent plus facilement. Le côté aventure rapproche. Il y a un couple de roumains avec leur enfant qui campent à Ao Pante depuis une semaine. Ils sont très gentils et discrets. Ce sont des amoureux de la nature et de la tranquillité. Cela fait sept mois qu'ils voyagent au long cours. Ils se sont établis par hasard sur Koh Tarutao et ne savent pas quand ils vont en repartir. 
Tous aux abris! La bâche-cascade
Ça c'est un signe : c'est cuit pour eux, ils se sont fait ensorceler par l'île à leur tour. Comme moi ils ont fait le choix aujourd'hui de déménager à Ao Molae. On leur a dit ce matin que le champ des travaux était libre là bas. Les gens se passent la bonne nouvelle. Dans la benne de 13 heures on n'est pas nombreux, il n'y a que deux nouveaux.
J'ai retrouvé mon coin là bas, caché derrière la plage, loin du camp. Le mauvais temps qui sévit depuis une semaine maintenant a eu raison du nettoyage que j'avais effectué. Le vent a remis des détritus un peu partout. Ici le vent s'engouffre en venant de la mer, chose surprenante car à Ao Pante qui est exposé pareil, le vent vient de terre. Sans doute qu'ici il doit contourner les monts derrière pour mieux revenir par la mer. 
Ce n'est pas une rivière, juste une flaque!
Du coup, ma clairière est trop exposée. Si je viens là c'est aussi pour avoir du répit par rapport à Ao Pante. Finalement j'ai dégagé un espace parmi de jeunes plants d'1m50 de hauteur. Il a fallu que j'égalise le niveau, que je repousse quelques branches et même que je laboure un peu mais maintenant l'avantage est que je dispose de plein de points d'ancrage où nouer le tarp. Pour ne pas ramener de saletés dans la tente j'ai rajouté un lit de feuilles mortes sur la terre retournée. Au final le coin est très joli, en pleine jungle, ça fait rescapé sur une île déserte.
Je ne suis pas tout seul au camp. Les deux allemands Akki et Esther sont là, ils m'ont accueilli très contents de me revoir. Ça me fait plaisir aussi qu'ils soient là, c’est marrant de se retrouver par hasard deux ans plus tard. 
Ils ont de la chance, ils sont arrivés tout récemment et n'ont donc jamais connu la barge. Eux non plus ne savent pas combien de temps ils restent. Sans doute qu'ils seront chassés par le retour des travaux.
Dans l'après midi l'orage s'est mis à retentir, plus au nord. Les grondements se sont faits de plus en plus proches, cela n'augure rien de bon. J'ai eu le temps de ranger tout ce qui traînait sous l'arbre où j'ai suspendu le hamac mais ça a éclaté avant d'avoir eu le temps de regagner la guitoune. Je me suis précité au plus proche, sous la bâche de la tente. Excellent moyen de tester comment tout cela allait se comporter face aux trombes d'eau qui se sont abattues. J'ai choisi de tendre le tarp un peu plus en hauteur pour moins être embêté par le son de la pluie mais en contrepartie j'ai des infiltrations par les côtés.
Il y en a que ça ne dérange pas pour faire du vélo!
Il y a aussi un défaut de conception, c'est que j'ai posé le tarp sur la cime de certains plants. Avec leurs longues feuilles, la pluie ruisselle depuis la base de la feuille qui se trouve en dehors de la bâche jusqu'à son extrémité qui fait alors comme un entonnoir qui déverse son contenu sur la tente ! C'est le système de la gouttière à l'envers, c'est un peu crétin que je n'aie pas prévu cet aspect là. En catastrophe, j'ai donc tout repoussé tous les plants à l’extérieur, de manière à ce que toutes les feuilles ruissellent sur la bâche. Mais bon, ça passe par les côtés. En plus le tarp est trop à l'horizontal ce qui fait que l'eau ne s'évacue que quand tout est engorgé. A ce moment là la bâche se tord et vomit son contenu en cascade qui éclabousse la tente.
Au bout d'une accalmie je suis retourné à la gargote chercher du renfort. J'ai une autre bâche qui devait me servir pour protéger le hamac pour les nuits où je voudrais dormir dedans. Le but est de l'enrouler autour de la tente et de ne laisser que la porte libre d'accès, pour transformer la tente moustiquaire en une vraie tente mono toit. C'est beaucoup de travail et d'emmerdes mais je devrais à présent être à l'abri. Par contre le mal est un peu fait, le drap de dessus du matelas est tout humide. Peu de chance que cela sèche d'ici la nuit. D'autant plus que la pluie ne s'est pas arrêtée du tout. Je ne me plains pas pour autant, Ao Molae est joli par tout temps et avec ce ciel noir et la jungle qui fume, tout baigne dans une ambiance sombre et intrigante. Il y a plein de trucs à prendre en photo. J'aime photographier les arbres qui se détachent au milieu de nappes de brume, ça fait très « Gorilles dans la brume ».

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