Je repense à ma Maman
qui dit souvent que les matins ça ne sert à rien, que c'est moche
et triste. En France c'est vrai, bien que ça dépende des saisons.
Sous les tropiques c'est une autre affaire. Dès que la lumière
paraît c'est l'occasion de découvrir un nouveau paysage. Aucune
aurore n'est la même. Les plus belles sont quand il y a quelques
nuages qui prennent de magnifiques couleurs, très différentes de
celles d'un coucher de soleil. Si l'on veut se balader dans la jungle
c'est aussi le matin que c'est le mieux. Le soleil passe alors par
quelques trouées et effleurent les feuilles des arbres en les
rendant perméables à la lumière. Cela donne un superbe effet
vitrail. Toutes les photos que je fais de fleurs et de plantes c'est
le matin.
Dans l'après midi, je
suis parti vers Ao Son, l'occasion de marcher dans la jungle et de
m'éloigner du bruit des travaux (ils sont revenus ce matin). Mais la
chaleur m'a fait faire demi tour assez vite, surtout que parti dans
le but de ramener de jolies photos il n'y avait rien à se mettre
sous la dent. L'après midi la lumière ne pénètre plus sous la
canopée. Lorsque le soleil est à son zénith, la cime des arbres
capte alors tout pour elle. En plus il n'y a jamais de bestioles à
voir à cette heure là. On ne les voit que le matin et en fin
d'après midi. Cela vaut où que l'on aille sur la planète. J'ai
croisé Akki et Esther qui revenaient d'Ao Son à pied. Ils font
souvent la balade jusque vers là bas. Ils voudraient aussi y camper
à un moment, tout comme les roumains.
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| Lever de soleil sur Ao Molae |
Ce serait l'occasion de voir
si l'on peut commander le camion benne pour qu'il nous emmène là
bas. Quand il vient à 13 heures tous les jours, il peut peut être
poursuivre jusqu'à Ao Son si l'on est un certain nombre de
personnes. Ce serait mieux que le transfert offert par Kaï sur sa
moto. Avec le sac à dos, le sac de jour, le gros sac de matériel de
camping que je porte en bandoulière et la cage qui m'encombre, il
n'est pas possible que je puisse tout porter tout en étant assis à
l'arrière d'une moto, sauf à faire deux navettes. Je suis peut être
un Robinson quelque part, mais j'ai mon petit confort qui suit
aussi : gros matelas auto-gonflant, plusieurs bâches, deux
oreillers, un hamac avec sa moustiquaire... Je dois faire le type un
peu chochotte, mais être là pendant deux mois, c’est très
différent de camper pendant une semaine où l'on peut prendre son
mal en patience.
Il y a une allemande qui est là depuis plusieurs
jours, Sarah, et qui voulait se baigner ce soir avec moi car hier je lui ai
raconté qu'en se baignant la nuit on nageait au milieu des étoiles.
Il y a en effet un micro-plancton qui devient luminescent quand on
bouge. C'était le finlandais Gimmo qui nous avait montré ça à Ao
Pante la première fois que je suis venu sur l'île. Je ne sais pas
si c'est valable à Ao Molae mais à priori il n'y a pas de raison.
Elle m'a demandé ça comme un cheveu sur la soupe, alors que j'avais
fini de dîner, pris ma douche, tout propre et sec. Je lui ai répondu
que là je n'avais pas très envie de retourner à la flotte. Elle a
répondu en souriant et en français : « c'est vrai tu es
un garçon de luxe ».
Bon C'est vrai qu'à la base je ne suis pas vraiment sociable.
J'aime bien discuter de temps en temps, mais ça ne veut pas dire
qu'après on fait tout ensemble, à la vie à la mort. J'ai besoin
d'être seul. Le pire ce sont les groupes. Sur le camp, à force les
gens ont tissé des liens. Les tables s’agrandissent chaque soir un
peu plus, les discussions durent de plus en plus longtemps et
s'animent de plus en plus. Le matin au petit déjeuner c'est la même
chose. Au déjeuner aussi. Pendant ce temps là la journée passe. Le
côté grande famille ce n'est pas pour moi. On perd de son libre
arbitre, de sa faculté à faire ce qu'on veut quand on veut où l'on
veut.
Un groupe ça veut dire des tergiversations, il faut trouver un
truc qui convienne à chacun, que tout le monde soit prêt en même
temps, il faut faire des compromis et rester assis des heures sur une
chaise en plastique bleue délavée au soleil et aux intempéries,
qui donne mal aux fesses, sans pouvoir se lever de table car ça ne
se fait pas de quitter une assemblée. Les autres, oui, mais à
petite dose. Je dois parfois donner l'impression du gars lunatique.
Je peux très bien parler à quelqu'un et ensuite un autre jour lui
dire salut de loin avant de lui reparler un autre jour. Ça ne veut
pas dire que je n'apprécie pas d'être avec quelqu'un mais
simplement qu'à un instant T j'ai besoin d'être seul, un peu dans
ma bulle. D'ailleurs je me dis que souvent le mieux c'est d'être
incognito quelque part. On ne se sent alors pas d'obligations
particulières. C'est ça la vraie liberté.






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