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vendredi 27 janvier 2017

Le matin à Ao Molae

Je repense à ma Maman qui dit souvent que les matins ça ne sert à rien, que c'est moche et triste. En France c'est vrai, bien que ça dépende des saisons. Sous les tropiques c'est une autre affaire. Dès que la lumière paraît c'est l'occasion de découvrir un nouveau paysage. Aucune aurore n'est la même. Les plus belles sont quand il y a quelques nuages qui prennent de magnifiques couleurs, très différentes de celles d'un coucher de soleil. Si l'on veut se balader dans la jungle c'est aussi le matin que c'est le mieux. Le soleil passe alors par quelques trouées et effleurent les feuilles des arbres en les rendant perméables à la lumière. Cela donne un superbe effet vitrail. Toutes les photos que je fais de fleurs et de plantes c'est le matin.
Dans l'après midi, je suis parti vers Ao Son, l'occasion de marcher dans la jungle et de m'éloigner du bruit des travaux (ils sont revenus ce matin). Mais la chaleur m'a fait faire demi tour assez vite, surtout que parti dans le but de ramener de jolies photos il n'y avait rien à se mettre sous la dent. L'après midi la lumière ne pénètre plus sous la canopée. Lorsque le soleil est à son zénith, la cime des arbres capte alors tout pour elle. En plus il n'y a jamais de bestioles à voir à cette heure là. On ne les voit que le matin et en fin d'après midi. Cela vaut où que l'on aille sur la planète. J'ai croisé Akki et Esther qui revenaient d'Ao Son à pied. Ils font souvent la balade jusque vers là bas. Ils voudraient aussi y camper à un moment, tout comme les roumains. 
Lever de soleil sur Ao Molae
Ce serait l'occasion de voir si l'on peut commander le camion benne pour qu'il nous emmène là bas. Quand il vient à 13 heures tous les jours, il peut peut être poursuivre jusqu'à Ao Son si l'on est un certain nombre de personnes. Ce serait mieux que le transfert offert par Kaï sur sa moto. Avec le sac à dos, le sac de jour, le gros sac de matériel de camping que je porte en bandoulière et la cage qui m'encombre, il n'est pas possible que je puisse tout porter tout en étant assis à l'arrière d'une moto, sauf à faire deux navettes. Je suis peut être un Robinson quelque part, mais j'ai mon petit confort qui suit aussi : gros matelas auto-gonflant, plusieurs bâches, deux oreillers, un hamac avec sa moustiquaire... Je dois faire le type un peu chochotte, mais être là pendant deux mois, c’est très différent de camper pendant une semaine où l'on peut prendre son mal en patience. 
Il y a une allemande qui est là depuis plusieurs jours, Sarah, et qui voulait se baigner ce soir avec moi car hier je lui ai raconté qu'en se baignant la nuit on nageait au milieu des étoiles. Il y a en effet un micro-plancton qui devient luminescent quand on bouge. C'était le finlandais Gimmo qui nous avait montré ça à Ao Pante la première fois que je suis venu sur l'île. Je ne sais pas si c'est valable à Ao Molae mais à priori il n'y a pas de raison. Elle m'a demandé ça comme un cheveu sur la soupe, alors que j'avais fini de dîner, pris ma douche, tout propre et sec. Je lui ai répondu que là je n'avais pas très envie de retourner à la flotte. Elle a répondu en souriant et en français : « c'est vrai tu es un garçon de luxe ». 
Bon C'est vrai qu'à la base je ne suis pas vraiment sociable. J'aime bien discuter de temps en temps, mais ça ne veut pas dire qu'après on fait tout ensemble, à la vie à la mort. J'ai besoin d'être seul. Le pire ce sont les groupes. Sur le camp, à force les gens ont tissé des liens. Les tables s’agrandissent chaque soir un peu plus, les discussions durent de plus en plus longtemps et s'animent de plus en plus. Le matin au petit déjeuner c'est la même chose. Au déjeuner aussi. Pendant ce temps là la journée passe. Le côté grande famille ce n'est pas pour moi. On perd de son libre arbitre, de sa faculté à faire ce qu'on veut quand on veut où l'on veut. 
Un groupe ça veut dire des tergiversations, il faut trouver un truc qui convienne à chacun, que tout le monde soit prêt en même temps, il faut faire des compromis et rester assis des heures sur une chaise en plastique bleue délavée au soleil et aux intempéries, qui donne mal aux fesses, sans pouvoir se lever de table car ça ne se fait pas de quitter une assemblée. Les autres, oui, mais à petite dose. Je dois parfois donner l'impression du gars lunatique. Je peux très bien parler à quelqu'un et ensuite un autre jour lui dire salut de loin avant de lui reparler un autre jour. Ça ne veut pas dire que je n'apprécie pas d'être avec quelqu'un mais simplement qu'à un instant T j'ai besoin d'être seul, un peu dans ma bulle. D'ailleurs je me dis que souvent le mieux c'est d'être incognito quelque part. On ne se sent alors pas d'obligations particulières. C'est ça la vraie liberté.

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