J'ai repéré il y a
quelques temps un petit oiseau qui va et vient en faisant du surplace
au dessus d'un point, à la manière d'un colibri. Il n'est
d'ailleurs pas plus gros. Il a les ailes noires et le bidon jaune
canari. On ne peut pas louper sa présence, il gazouille tout le
temps. Il effectue son manège au dessus du fil à linge. C'est là
que se trouve un truc qui ressemble à un cocon de chenilles,
pendouillant au bout d'une branche. En fait il est en train de
construire un nid. Et il ne ménage pas ses efforts. Ça dure toute
la journée, sans répit. Je ne sais même pas comment il trouve le
temps pour se nourrir. Il doit brûler toute son énergie, un si
petit machin pareil. Pour l'instant le nid ne ressemble à rien.
L'oiseau a sa technique. Il élabore une sorte de structure fibreuse
autour de laquelle il tisse son nid. Je ne sais pas où il a lu le
mode d'emploi. C'est très savant. Il n'est pas tout seul, il y en a
un autre, mais il ne fout rien, sinon inspecter les travaux. Sans
doute la femelle. Dans ce genre de cas, ce sont les mâles qui
construisent le nid, pour impressionner sa belle qui sera ainsi
conquise et sûre d'avoir fait le bon choix pour sa progéniture.
C'est pour ça que le bâtisseur est tout le temps à gazouiller.
Comme pour dire : «Regarde ! Je me débrouille bien,
hein ? ».
J'ai raté l'éclipse de
la lune, hier. Je n'étais pas au courant. En plus elle n'était
visible que depuis l'Asie et l'Océanie. Je me suis bien rendu de
compte de quelque chose hier soir : il faisait sombre tout d'un
coup. J'ai eu du mal à rejoindre la tente, les pieds empêtrés
dans les lianes de ces liserons de sable. La lune ne faisait qu'un
petit morceau de rien du tout, un bout d'ongle. Bizarre, il me
semblait bien que la lune était quasi pleine les derniers jours.
J'ai cru que je perdais la tête. C'était donc ça : c'était
le début de l'éclipse. Je suis vert de ne pas avoir admiré la lune
toute rousse, une fois cachée par l'ombre de la Terre. C'était une
occasion unique : ciel dégagé, pas de pollution lumineuse...
On aurait dû me prévenir !
Avec la pleine lune, éclipse ou pas, la plage disparaît à marée haute. A marée basse, on ne peut plus se baigner. C'est un champ de pierre et de corail. Il y a même un oursin qui était près du rivage qui a pris ses cliques et ses claques. La marée efface toutes les traces de pas sur le sable. Tout redevient immaculé, comme si on foulait le rivage d'une île déserte. Il y a pas à dire, cette île c'est quelque chose. Les gens qui découvrent Koh Adang veulent tous revenir. Ils venaient chercher quelque chose comme ça en venant en Thaïlande mais ont été déçu par les précédents endroits de la côte sud ouest de la mer Andaman (les incontournables archi-fréquentés de Krabi, Koh Phi Phi, Koh Lanta ou encore Koh Lipe). Ils sont désolés d'avoir découvert Koh Adang en dernier, juste avant leur retour. Eh oui, j'ai mes bonnes adresses. Je suis pas fou, c'est pas pour rien que je suis ici.
Il y a toujours quelque
chose à voir selon la période de la journée. Un éclairage va ici
révéler un détail, à un autre moment il mettra en valeur un autre
endroit. Ainsi au fil des jours, on remarque des détails auxquels on
n'avait pas prêté attention plus tôt. Comme ce kiosque entre le
restaurant et le terrain de camping. C’est très beau à l'air du
déjeuner. Il y a une belle plante tropicale d'un vert profond juste
devant. Et entre les poutres du kiosque on distingue les tentes et la
mer turquoise au fond. J'ai pris une photo, comme ça depuis la
terrasse, par dessus les épaules d'un couple attablé que mon manège
agaçait. « Mais qu'est-ce qu'il prend comme ça en photo ? »,
entendis-je. Ils finirent par me poser la question en anglais, à
laquelle je répondis en français. Ils étaient tout gênés de voir
que j'avais tout entendu et ont replongé bien vite le nez dans leur
assiette pour reprendre leur contenance.
Dans le jardin autour du
restaurant il y a tout un tas de plantes, comme des bananiers au vert
fluo quand la lumière filtre à travers, des amaryllis, des arbustes
aux petites fleurs blanches cachées sous les feuilles. On ne les
voit pas si l'on ne penche pas la tête par dessous mais alors qu'est
ce qu'on les sent ! Je m’enivre de leur parfum sucré, un peu
comme celui du jasmin. On les sent 20 mètres à la ronde. Et puis il
y a toujours un calao qui plane ou qui fouine dans les branches, un
papillon qui virevolte, jamais satisfait de l'endroit où il se pose.
Ils sont très compliqués à prendre en photo, mais là j'y suis
bien arrivé.
Aujourd'hui ils innovent
en cuisine. Il y a de la glace. Pas n'importe laquelle : noix de
coco. 50 bahts le petit pot de 3 boules. Tout le monde va se servir
dehors, à un stand disposé pour l'occasion. La glace est dans une
drôle de machine en inox, une grande cuve autonome, sans fil ni
rien. Pas sûr que la chaîne du froid soit bien opérationnelle. De
toute façon, je préfère la vraie, de coco. Rien ne bat ce que la
nature donne, brut de fioritures et de transformation. Vive la noix,
pas la glace ! En tout cas quand on a le choix entre les deux.
Da arbore aujourd'hui un T-shirt gris siglé Saint-Tropez. Pas sûr
qu'elle y soit allée. Alors je lui dis en le montrant du doigt :
« My country, famous, my country ». Ce à quoi elle
répond, toute contente : « I know, I know. Africa !! ».
Bon à part ça, elle est adorable. Aujourd'hui elle a fait une virée
à Koh Lipe pour faire des courses et m'a demandé ce matin si je
voulais qu'elle me ramène quelque chose. Charmante attention. Mais
ici je n'ai besoin de rien. Elle est revenue à midi, épuisée :
« Too hot, too hot ! ». Aujourd'hui pas de Chado
Cliff, je peux déguster ma noix assis dans le hamac, comme posé sur
une branche, tel un écureuil.













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