Pages

Translate

dimanche 11 février 2018

Déménagement à Ao Molae

Les bonzes et bonzettes ne seront pas restés longtemps à Ao Son. Juste une nuit. Le matin, ils ont déjà tout rangé, avant même que j'ai fini de plier mes affaires, dès l'aube. Il ne reste rien, que des bonzes assis en tailleurs dans le jardin, comme autant de nains de jardins. Ce matin c'est prière.  Tous les bonzes sont assis à table, les uns à côté des autres, façon grand banquet. Ils ont avec eux de grands saladiers en métal qu'ils transportent partout. Sur la table, le petit déjeuner et des petites bouteilles d'eau attendent la bénédiction. Les bonzettes et les rangers sont assis par terre, face à eux, en tailleur, mains jointes et échine courbée. Même Stefano participe, très recueilli. A côté je suis sur l'ordinateur en train d'écrire, ça fait le truc impie qui ne respecte rien. Aussi, de moi même je me suis éclipsé pour les laisser dans leur recueillement, sans qu'un énergumène vienne troubler la connexion avec leur au delà. Je me suis assis en face, en retrait, et j'observe, dans le silence. Je me retiens presque de respirer.
La prière est un long monologue psalmodié par un bonze avec certains qui reprennent des mots en chœur. Ils ont tous les yeux fermés, il n'y a que moi qui regarde. Pour un peu je pourrais prendre une photo incognito mais je sens bien que ce serait une profanation. A un moment le bonze en chef se lève, verse de l'eau dans sa grande corbeille puis y dispose de grosses fleurs jaunes qu'il touille dans l'eau en les laissant macérer un instant. Ensuite il reprend les fleurs dont il se sert comme d'un goupillon pour asperger les gens assis ainsi que les quatre coins de l'endroit. C'est la bénédiction. Il s'est approché de moi, j'ai courbé le dos par humilité et il m'a aspergé. Me voilà bouddhiste ! Une fois la cérémonie achevée, tout le monde s'est levé, en boitant, ankylosé d'être resté si longtemps assis par terre. Place au repas. Chacun est invité à se servir de ce qui vient d'être béni. Il y a du riz et des légumes. Un bonze me fait signe de venir par un signe de tête, en souriant.



Déjeuner à Ao Molae
Ils sont tous partis en même temps. Un bateau est venu les chercher sur la petite plage. J'ai demandé à un ranger de m'emmener en scooter à AoMolae. Je dois attendre le long de la route, au dessus de la rivière, le temps que la fille termine ses affaires. Mais pendant ce temps, le camion benne est venu chercher deux bonzes qui ne pouvaient pas loger dans le bateau. J'ai demandé si je pouvais monter et être déposé à Ao Molae. C'est sur le chemin. J'ai un peu honte pour la fille qui devait m'emmener et à qui j'ai posé un lapin mais je l'ai attendue 15 minutes. Et puis elle aura compris en ne me voyant pas. C'est mieux aussi, pas besoin de conduire avec mon gros sac de camping entre ses jambes. A la place le bonze qui était dans la benne m'a aidé à hisser mes bagages et a insisté pour faire de même quand je suis descendu. Pourtant je croyais qu'on leur devait assistance. Là c'était tout le contraire, je me suis senti un peu gêné.
La cuisine est bien ouverte à Ao Molae. C'est l'heure du petit déjeuner, il y a des convives à table. Les bungalows s'agitent, les choses reprennent à Ao Molae. La nouvelle cuisine est un petit bâtiment complètement en acier galvanisé épais. Avec ça,  les macaques peuvent toujours essayer de s'y faire les dents pour passer à travers. La cuisinière se retrouve en cage. Sur Tarutao, ce ne sont pas les singes qui sont en cage, mais les hommes pour s'en mettre à l'abri ! Il y a une porte pour pouvoir s'enfermer et un vrai toit avec aucun interstice où les singes pourraient passer. Ça a été bien conçu. Comme les macaques voient à travers ça les rend fous. Ils sont suspendus au grillage, tirent dessus de toutes leurs forces, fourrent un bras au maximum dans un trou pour espérer saisir quelque chose. L'un d'eux à réussi à piquer une cuillère à riz où restait quelques restes.
Le nombre de macaques est affolant cette année. Ils arpentent tout le camp inlassablement, du lever au coucher du jour. Il y en a des dizaines, on ne sait plus où donner de la tête pour surveiller. Dans ces conditions, je suis allé mettre mon hamac sur la plage sous mon arbre fétiche mais pas la tente. Je me suis longtemps posé la question. Il y a un coin où j'aime camper mais il est vrai que je peux y être dérangé par les macaques la journée, des promeneurs là nuit qui bavassent au clair de lune, mais aussi des pêcheurs qui jettent leur filet depuis leurs horribles tondeuses à gazon sur coque. Après tout, le coin de l'an dernier où je m'étais replié à cause des travaux, à Ao Jak, est pas mal. Il est très tranquille, il y a juste des vaches qui passent la nuit en meuglant. J'ai repris ce coin.
Même pas besoin de trifouiller quoi que ce soit au sol, c'est déjà nickel. J'ai juste dû repousser quelques branches en les nouant avec des cordes de façon à pouvoir circuler autour de la tente plus facilement. Dans un déménagement il y a toujours un temps d'adaptation. Il y a une espèce de nostalgie du lieu où l'on était avant, où l'on avait ses habitudes et ses petits plaisirs. Le premier jour il faut laisser passer ça, se reposer et attendre le lendemain avant d'apprécier.
La plage d'Ao Molae est pleine d'empreintes de loutres dans le sable. Rien à voir avec celles des macaques. Les loutres ont une empreinte comme celle d'un chat. Pour les macaques, cela ressemble plus à des petites mains étroites avec un pouce très long, et une traînée laissée par leur queue entre chaque patte.


La baie d'Ao Molae (c'est un pléonasme, Ao veut dire baie en thaï) est toujours aussi merveilleuse.  L'arbre s'est encore étoffé, les branches arrivent à ras du sable. J'ai de l'ombre toute la journée sans avoir à tendre la moindre bâche. J'ai l'impression aussi que la mer a reculé, que la plage est plus large. Elle a dû s'ensabler, c'est aussi peut être pour ça qu'on a l'impression que les branches sont plus basses. La pleine lune est déjà loin. Ce sont donc des marrées de rien, ce qui n'est pas trop l'idéal pour se baigner. On peut mais il n'y a pas beaucoup de fond ou alors il faut marcher très loin au large. Je préfère me baigner à marée haute, c'est plus agréable, on fait deux pas et hop, on n'a plus pied.
Je n'aurai pas attendu longtemps avant de subir une attaque de macaques. Je ne sais pas ce qu'ils ont à Ao Molae, ils sont démoniaques.
A Ao Son ils étaient bien pépères. Les affaires que je laisse en surplus aux gardes sont entreposées dans une poubelle dans le local où l'on passe commande des repas. La poubelle a été reconvertie en coffre fort anti macaque. Malgré cela il a été visité dans la journée. Il faut dire que le local est ouvert aux quatre vents, il sert de sas pour aller en cuisine, aussi les macaques excités par cette cuisine qui les nargue sont toujours là à roder. Et ils gardent en mémoire que container, ça veut dire restes de nourriture. Ils ont trouvé le sac plastique avec ma lessive. Les sacs plastiques, ça les met en transe, ils sont hystériques avec ça. Alors la lessive y est encore passée. Le carton est percé de partout. Cette fois il faut que je réagisse ; j'ai pris une petite bouteille d'eau que j'ai fait sécher puis j'ai transvasé la lessive dedans.
Ce qu'il en reste, j'ai dû en perdre un tiers, bouffée par les macaques. Dorénavant je me trimbalerai partout avec ma bouteille de lessive en poudre. 
Ce soir on a eu un coucher de soleil un peu raté en raison de la brume atmosphérique. Le temps est un peu bizarre cette année. Pas la journée mais les nuits. Il fait très frais. En cette période je devrais être à poil dans la tente, en train de suer sur l'oreiller. Là on a besoin d'une petite laine le soir et la nuit je dors dans le sac de couchage que j'ai emprunté sur Koh Adang. Pour en revenir au coucher du soleil, on n'a certes pas eu de coucher mais faut voir ce qui s'est passé un quart d'heure plus tard. Le ciel est devenu tout rouge. Toute l'humidité de l'air a servi de réfracteur. Un ciel d'un rouge intense et éclatant. Je n'avais jamais rien vu de tel. La photo que j'ai prise est garantie sans trucage, sans retouche. Elle est brute de sortie de l'appareil.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...