Les macaques forment une société très hiérarchisée dominée par un pacha. Chacun a un caractère différent, marqué par son rang social. Le mâle dominant est énorme. Il fait le double de taille et certainement plus en poids que les autres adultes, plus rachitiques. C'est que l'animal est bien nourri. Les restes de riz finissent par terre à l'arrière de la cuisine. Les macaques connaissent les heures des repas. Ils arrivent tous ensemble des profondeurs de la jungle et traversent la rivière. Certains en se jetant de branches en branches, d'autres, souvent les plus jeunes, trouvant plus rigolo d'y aller à la nage. Le groupe n'avance jamais comme une armée. Ça prend son temps, ça batifole, ça s'arrête humer le temps, perché à l'extrémité d'une branche, ça s'épouille, les jeunes se poursuivent, se cachent et se sautent dessus.
Le groupe avance à son rythme mais il avance. Rien ne sert de se presser. De toute façon c'est le mâle alpha qui mène la danse. C'est le chef. Tant qu'il n'a pas repéré la nourriture, les autres savent qu'ils peuvent être à la traîne. Si en cuisine ça tarde trop, le gros grimpe sur le rebord de l'évier à l'arrière et regarde par la fenêtre ce qui se passe, question de voir quand ça sera prêt. C'est pas PNC aux portes, mais macaque aux fenêtres ! D'autres, qui n'ont pas le droit de grimper à la place du chef, se mettent debout sur leurs pattes arrières pour prendre de la hauteur. Tous attendent en retrait, dans les herbes ou dans les branches. Quand la cuisinière balance son riz par la fenêtre, ce n'est pas la bagarre. Tous restent calmes. On dirait presque qu'ils s'en fichent. En fait les rapports sont tellement bien établis que la discipline règne.
C'est le pacha qui s'assoit par terre et prend les grains de riz dans ses doigts les uns après les autres. Il prend son temps, il n'est pas pressé de les avaler bien vite de peur qu'un autre lui pique. Les autres laissent faire, ils savent que ce n'est pas leur heure. Il n'y a pas de crise d'impatience, de macaque plus téméraire qu'un autre qui en aurait assez d'attendre. C'est une fois que le gros est repu que les autres peuvent venir finir les restes. Pas étonnant qu'il soit si gros, il mange jusqu'à complète satiété. Il pourrait manger plus, mais, grand seigneur, il repart dans un arbre et surveille ce qui se passe. En deuxième place ce sont les femelles qui arrivent, sans doute celles du harem. Toutes en même temps, certaines avec leur petit accroché sous le ventre qu'elles retiennent d'une main pendant que l'autre se saisit des grains de riz.
Une femelle a laissé son petit sur une branche. Il pleure sa mère. Un drôle de couinement un peu comme celui d'un chien qui veut faire pitié. Je n'avais encore jamais entendu un macaque faire ça. Le bébé, tout maladroit, a du mal à tenir en équilibre sur sa branche, ils se casse souvent la figure, obligé de remonter en titubant. Les bébés sont particulièrement moches. Ils sont tout ridés et maigrelets. Un mélange de Gérard Collomb et de Donal Trump pour la mèche. Aucune femelle n'essaie de tirer la couverture à elle. Elle sait que ça finirait en esclandre et que le gros là haut viendrait mettre de l'ordre. Comme elles sont chétives, elles mangent peu. Il reste encore des grains pour le reste de la tribu. Les jeunes. Eux ont le droit de faire n'importe quoi, c'est de leur âge.
Quand il ne reste plus un grain de riz, le groupe s'en retourne. Il ne reste plus que le coq, désemparé, qui n'a pas touché sa bille. Lui aussi craint le gros macaque.
Une femelle a laissé son petit sur une branche. Il pleure sa mère. Un drôle de couinement un peu comme celui d'un chien qui veut faire pitié. Je n'avais encore jamais entendu un macaque faire ça. Le bébé, tout maladroit, a du mal à tenir en équilibre sur sa branche, ils se casse souvent la figure, obligé de remonter en titubant. Les bébés sont particulièrement moches. Ils sont tout ridés et maigrelets. Un mélange de Gérard Collomb et de Donal Trump pour la mèche. Aucune femelle n'essaie de tirer la couverture à elle. Elle sait que ça finirait en esclandre et que le gros là haut viendrait mettre de l'ordre. Comme elles sont chétives, elles mangent peu. Il reste encore des grains pour le reste de la tribu. Les jeunes. Eux ont le droit de faire n'importe quoi, c'est de leur âge.
Quand il ne reste plus un grain de riz, le groupe s'en retourne. Il ne reste plus que le coq, désemparé, qui n'a pas touché sa bille. Lui aussi craint le gros macaque.
Le matin à Ao Son, c'est le meilleur moment pour trouver des animaux autres que les macaques. La jungle est particulièrement belle à ce moment. Les rayons obliques du soleil transpercent le feuillage et donnent l'impression que la jungle fume. C'est là qu'on peut rencontrer les martin pécheurs, au dessus de la rivière, scrutant ce qui se passe plus bas. Bon, il y a aussi le coq... C'est quand même curieux que l'homme ait domestiqué les animaux les plus bruyants qui soient : le chien et le coq. Un duo infernal, qui réunit comme en Polynésie, vous empêchera de fermer l’œil toute la nuit durant.
Aujourd'hui on a une visite de bonzes. Et de bonzettes. Des dames toutes vêtues de blanc au crane rasé qui doivent leur servir d'intendance. Je ne savais pas qu'il y avait aussi des bonzettes. Ils sont bien une vingtaine. Ils se sont mis dans le jardin autour du restaurant, pas dans la jungle près de la rivière où ils se mettent d'habitude. Ça tombe bien, c'est là où je suis et je n'ai pas très envie d'avoir de la compagnie. Déjà qu'ils ont passé l'après midi assis dans des petits bassins près de mon hamac, à papoter tout du long. Ils se baignent comme ils marchent, tout habillés. Enfin, endrapés je devrais plutôt dire. Certains dorment dans des hamacs, d'autres dans des tentes. Ils font du feu, discutent en buvant une infusion. Ils sont tranquilles et font de mal à personne. C'est drôle comme la religion est quand même un effet de masse, de pression sociale.
Je ne pense pas que ce soit un choix. A 40 kilomètres de là, sur l'île voisine en Malaisie, toutes les femmes sont voilées, on dirait E.T. dans son panier sur le vélo. Elles ont toutes la même tête, impossible de les différencier. Il y a un nombre incalculable de mosquées qui diffusent 24 h sur 24 le fameux muezzin, ces prières horripilantes sans début ni fin ni milieu ni reprise de souffle. C'est une autre culture on dira. 100% y adhère, je n'ai vu aucun cheveu long au vent. On passe la frontière et là, surprise : les femmes sont au naturel, habillées comme elles veulent. Alors on ne me dira pas que tout ça est un choix réfléchi, c'est un modèle de société, une obligation, voilà tout. Donc une contrainte, consciente ou non. Personne doué de réflexion ou de libre arbitre ne pourrait choisir cette religion arriérée. Bon, les bonzes ne respirent pas la modernité, mais justement c'est cela qui est bien. Ils sont dans leur monde paisible, on les sent en phase avec eux mêmes et le la nature qui les entoure, remplis de sagesse et de paix. Ce sont des contemplatifs assis en tailleur dans l'herbe. Une bonzette fait sensation parmi les rangers. Sa spécialité c'est le massage au pied. Elle dispose une natte par terre et vas y allonge toi mon chéri. Elle reste debout et masse comme ça, en roulant son gros pied comme un rouleau à pâtisserie. Elle appuie, monte là où ça fait mal. Ça se bouscule au portillon pour bénéficier de ses petits soins...
Je ne pense pas que ce soit un choix. A 40 kilomètres de là, sur l'île voisine en Malaisie, toutes les femmes sont voilées, on dirait E.T. dans son panier sur le vélo. Elles ont toutes la même tête, impossible de les différencier. Il y a un nombre incalculable de mosquées qui diffusent 24 h sur 24 le fameux muezzin, ces prières horripilantes sans début ni fin ni milieu ni reprise de souffle. C'est une autre culture on dira. 100% y adhère, je n'ai vu aucun cheveu long au vent. On passe la frontière et là, surprise : les femmes sont au naturel, habillées comme elles veulent. Alors on ne me dira pas que tout ça est un choix réfléchi, c'est un modèle de société, une obligation, voilà tout. Donc une contrainte, consciente ou non. Personne doué de réflexion ou de libre arbitre ne pourrait choisir cette religion arriérée. Bon, les bonzes ne respirent pas la modernité, mais justement c'est cela qui est bien. Ils sont dans leur monde paisible, on les sent en phase avec eux mêmes et le la nature qui les entoure, remplis de sagesse et de paix. Ce sont des contemplatifs assis en tailleur dans l'herbe. Une bonzette fait sensation parmi les rangers. Sa spécialité c'est le massage au pied. Elle dispose une natte par terre et vas y allonge toi mon chéri. Elle reste debout et masse comme ça, en roulant son gros pied comme un rouleau à pâtisserie. Elle appuie, monte là où ça fait mal. Ça se bouscule au portillon pour bénéficier de ses petits soins...



























Belle histoire de macaques..en cuisine
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