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vendredi 16 février 2018

Ils ont volé la caisse !

Voilà, la mafia a frappé, vers 18 heures aujourd'hui. Une plainte a été déposée contre X. X étant l'un des macaques qui a sauté sur le comptoir du restaurant pour piquer la pochette où ils rangent les billets de banque. Les malfrats se ressemblant tous, pas facile de trouver le coupable. Mais la plainte contre X est irrecevable, les commissariats sont débordés et les tribunaux incompétents. Alors la macaque mafia prolifère. Bon au final, la bestiole a fini par lâcher son butin, un peu plus loin, au pied d'un arbre après avoir mis en pièce la pochette et vu qu'il n'y avait rien qui pouvait se manger là dedans. Heureusement que l'argent n'est pas organique ! Imaginez des pièces en graines. C'est la faillite assurée par ici. Les macaques ne mangent pas encore les billets de banque ça ne leur rapporte rien à eux, ils ne sont pas matérialistes. Au pire ils joueront avec ou les mettront en pièces ce qui n'est pas forcément mieux, les pièces ne pouvant servir de monnaie dans cet état là.
On dit malin comme un singe mais c'est vrai. Lassés de piquer dans la caisse et de sauter sur les tables pour voler les assiettes garnies, fatigués de toujours manger les graines de ces plantes naines au ras du sol qui donnent une fleur en forme de pompon rose comme du mimosa, depuis quelques jours je les vois monter aux cocotiers, plantés sur le camp en rang d'oignon comme des cheveux sur un crâne chauve d'un vieux beau tenté de retrouver une deuxième jeunesse dans une obscure clinique tunisienne. 
Avant, Ao Molae était un village. C'était il y a très longtemps, avant que l'île ne devienne un parc national. Je ne sais même pas si j'étais né, c'est pour dire. Les villageois sont partis, ils n'ont pas pu prendre les cocotiers avec eux, alors depuis ils servent à faire joli et à aiguiser les dents des macaques. Vous ne verrez aucune noix mûre par ici. Pourtant ce ne sont pas les cocotiers qui manquent. Ils les mangent quand elles sont encore toutes petites. Malins peut être mais crétins aussi, l'un n'empêchant pas l'autre. S'ils attendaient un peu plus, ils sauraient qu'ils auraient plus à manger. Une fois dans le cocotier ils en décrochent une puis partent avec sous un bras, sur un arbre doté de branches où ils peuvent suspendre une patte pour se caler, poser l'autre pied et une main sur la noix et la dépiauter ainsi avec les dents. Au moins pendant ce temps là ça les occupe.
Il y a pas un campeur sur le camp mais plein d'écureuils. Ils sont brun foncé. Ce ne sont pas les mêmes que celui au museau pointu de Koh Adang dont j'ai appris au passage que ce n'était pas un écureuil mais une autre sorte de rongeur. Les écureuils sont malins, eux aussi. On les voit sautiller dans l'herbe ou descendre le long d'un tronc. Mais dès lors qu'ils nous ont vu, ils filent se planquer de l'autre côté du tronc. On peut toujours faire le tour en espérant les revoir. Peine perdue. Pendant ce temps là la bestiole est montée plus haut, a bifurqué et brouillé les pistes. Depuis, quand je vois un écureuil passer de l'autre côté du tronc, je jette l'éponge. 
Mais pas avec cette créature volante qui vient de temps en temps la nuit. Personne ne sait dire de quoi il s'agit. Singe volant, écureuil volant ? Ça a deux yeux de face, ce qui me fait penser qu'il s'agit d'un singe, les écureuils comme tous les rongeurs ayant des yeux sur les côtés. Et puis ils sont gros, ont de longs bras, un peu de la taille d'un macaque. Ils ne volent pas mais planent d'un arbre à l'autre. Leur vol plané peut couvrir des distances jusqu'à dix mètres, peut être plus mais ici il n'y a pas d'arbre qui soit à plus de dix mètres les uns des autres. Entre deux vols,ils reprennent de l'altitude en remontant le tronc pour s'élancer à nouveau dans les airs. Leurs deux bras munis d'une membrane font une cape qu'ils déploient, comme le wingsuit, ce nouveau sport où des individus revêtent une combinaison souple en forme d'aile qu'ils ouvrent en faisant le saut de l'ange. L'animal a dû servir de modèle pour dessiner le prototype.
Esther et Akki sont de retour. Ils étaient partis voir les orangs-outangs à Sumatra pendant deux semaines, question de renouveler aussi leur exemption de visa pour la Thaïlande. Ils sont contents d'être de retour. Trop d'agitation et trop de bruit partout. Ça me conforte bien dans toutes mes idées de vouloir bouger mais qui ont fini enterrées après réflexion. Pourquoi aller ailleurs, refaire son sac, perdre des heures dans les transports pour au final avoir, au mieux la même chose, mais plus certainement trouver un paradis perdu plein de touristes ou de locaux ? 
Alors quand on me demande à table si j'ai des conseils à donner sur d'autres endroits qui valent le coup en Thaïlande, je suis toujours un peu perplexe. De beaux endroits il y en a, plus spectaculaires même, mais plein de gens. Du coup je ne conseille pas. Après j'ai des échos favorables qui reviennent régulièrement sur Koh Pha Ngan, Koh Tao ou dernièrement Koh Kut. Mais ça dépend des gens. Par exemple certains n'aiment pas Koh Tao, d'autres ici ont bien aimé Koh Lipe. Alors dans ces conditions, dur de se faire une opinion...








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