Pages

Translate

lundi 19 février 2018

Une journée à Ao Molae


10h
Esther et Akki pensent que je m'ennuie, toujours tout seul dans mon coin, dans le hamac au bout de la plage où personne ne vient, à dormir sur une autre plage loin du camp ou le soir à lire la Décroissance autour de ma table vide au restaurant. Qu'ils se rassurent, je ne m'ennuie jamais, je ne sais pas ce que c'est. Je le sais depuis très longtemps et lorsque je travaillais ça me minais car je réfléchissais à tout ce que ça m'ôtait comme joie d'être seul à goûter l'instant présent sans que rien ou quiconque ne vienne le troubler. Ni même la notion du temps. C'est un truc de civilisé qui m'a toujours, pour le coup, profondément ennuyé. Les gens avec la montre au poignet, les rendez-vous, les meetings, les trucs à heure fixe, faut pas être en retard, on court pour être à l'heure.
14h, une bouteille s'est échouée comme à Koh Lanta
Tout ça pour quoi ? Pour toujours fuir en avant. Symptôme de notre temps, le parti élu s'appelle « En Marche ». Outre le culte de la personnalité derrière (les initiales sont les mêmes que l'énergumène, au cas où vous n'auriez pas fait attention), on se demande bien vers quoi on marche et s'il y a matière comme ça à toujours aller vers le mur. Moi je prône l'immobilisme, le statu quo. Les formations de développement personnel me donnaient la chiasse au boulot, avec leurs jeux de rôles et leurs techniques pour soit disant nous améliorer mais en fait c'est pour nous formater, nous aliéner encore plus afin que l'on soit embrigadé et soumis à la loi ou au culte de l'entreprise. Les entretiens annuels et les entretiens tout court avec les évaluations, l'exposé de sa stratégie d'évolution et tous les points qui donnent l'impression de n'être qu'une marchandise sur laquelle il faut mettre un prix, qu'il faut savoir mettre en valeur et faire la publicité.
9h
Si l'on pouvait être un cerveau au bout d'une pique qu'on agite comme on veut et qu'on trimbale avec soi, cela fait longtemps que l'on aurait tous été améliorés comme ça. C'est toujours ce que j'ai dit à mes collègues. Il n'y a que ça qui intéresse les entreprises, tout le reste c'est du pipeau pour faire passer la pilule. Bon je vais arrêter là, je pourrais être parti pour des pages ! Alors m'ennuyer, quelle rigolade !
Je profite du moment, je contemple, je médite, j'observe, je m'imprègne. Et il y a de quoi y passer la journée.Le spectacle change constamment, il se passe toujours quelque chose de différent, on a presque l'impression de changer d'endroit. Mais c'est la lumière et le soleil qui font ça pour nous. Plus qu'une explication de texte, laissons passer la journée en photo : 

7 heures
Le jour est levé depuis une demie heure. Le soleil n'est pas encore sorti de derrière la montagne. La jungle est encore plongée dans la brume de la nuit. Comme ce matin dans la cocoteraie qui fume.


8 heures
Le soleil commence à dorer le haut des arbres et le bout de la plage, au sud. Les macaques sortent de la jungle et s'aventurent sur la plage pour voir ce que la mer à rejeté dans la nuit. L'arbre où j'ai suspendu le hamac est fleuri et embaume toute la plage. Ses fleurs tomberont toutes au sol d'ici une heure.





9 heures
Jeu d'ombres et lumières sur la plage avec une jolie couleur dorée dans les rochers.



10 heures
Mon heure préférée. Le meilleur moment pour tout. C'est la perfection dans la jungle. Le soleil est suffisamment haut pour éclairer la jungle mais encore assez bas pour illuminer les feuilles dont les rayons passent à travers. La mer revêt une joie couleur émeraude. L'éclairage est fantastique, c'est le moment à ne jamais rater et je t'attends et le célèbre chaque jour avec impatience.















15 heures
De 11à 15 heures, rien à signaler. La lumière est crue et froide, le soleil trop ardent, il fait trop chaud, c'est le moment pour rester dans le hamac, bien à l'ombre. A 15 heures c'est l'heure de passage des langurs à lunette. Impossible à rater. Ils passent juste dans le même arbre que là où je suis suspendu, et font de gros ploufs en se jetant de branches en branches. Ils se rendent à deux arbres plus loin, bien déplumé, dont ils raffolent des longues feuilles qu'ils roulent dans leur main avant de les manger comme des wraps. 





16 heures
Le soleil baisse, la lumière redevient intéressante, plus douce et plus chaude, en donnant de belles trouées à travers la végétation. C'est à ce moment là que le coin où je met le hamac, caché sous les branches, est le plus joli.






17 heures
On sent la fin de la journée approcher. La lumière est à présent très chaude. C'est le moment de se préparer pour la nuit, de rassembler les affaires et de filer à la douche avant de rejoindre le restaurant.



18 heures
C'est l'heure du coucher du soleil, différent chaque jour. Tantôt rouge, parfois violet, souvent orange ou rosé. Les couleurs et leur intensité varient très rapidement d'une minute sur l'autre. Vers la fin, on voit le soleil disparaître au bout de quelques secondes derrière Koh Adang. La nuit sera très vite là. Peut être apportera-t elle un colugo. Grâce à Benjamin, un ami qui m'a aidé dans mes recherches, je sais enfin ce que c'est. Ce n'est pas tout à fait un singe, c'est un cousin : un lémurien. Et il plane bien comme on peut le voir sur la photo (qui n'est pas de moi malheureusement mais j'ai bien vu la même chose).




1 commentaire:

  1. C'est ce qu'on appelle une journee bien remplie! Tu commences a planer la, profites-en!
    D'ailleurs comment tu te protege contre les sandflies dans ton hamac? Tu prends encore des bains de mer?

    RépondreSupprimer

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...