Cela fait deux nuits que
j'ai un gecko perché dans un arbre à côté de la tente qui fait
exprès de crier tous les quarts d'heure toute la nuit. La journée
on ne l'entend pas, il dort ! Moi c'est l'inverse la nuit
j’aimerais bien dormir. J'ai beau taper dans les mains, grogner,
faire tout un tas de bruits ridicules, la bestiole n'en a cure. Je
suis chez lui, je n'ai pas été invité, tant pis pour moi. Je
voudrais juste qu'il aille crier dans un autre arbre. Non, celui là
lui plaît mieux, pourquoi en changer ? Ces créatures ont leurs
habitudes. Je ne sais pas pourquoi avant je ne l'entendais pas. J'ai
essayé de localiser l'arbre, seulement je suis resté à poireauter
dans la jungle au milieu de la nuit en attendant que Monsieur veuille
bien se manifester. Pour qui ne connaît pas les geckos, leurs cris
te réveilleraient un mort aussi des boules Quies n'y suffisent pas.
J'en ai enregistré un sous le kiosque de là où j'écris :
J'ai lu qu'ils pouvaient
vivre jusqu'à vingt ans. Alors je ne vais pas attendre qu'il clamse
pour avoir la paix. Mes nerfs commencent à lâcher. Vaincu par une
petite bestiole de 30 centimètres, j'ai changé d'endroit au petit
jour. Toujours dans le même secteur mais plus près de la plage, là
où la végétation est plus éparse. En plus ça m'éloigne de la
jungle qui part à l'assaut des montagnes et d'où surgit le
crissement strident d'insectes tous les matins au lever du jour. J'ai
identifié l'insecte en question. En fait je ne m'étais pas rendu
compte mais ça commence et finit comme le chant des cigales. C'est
donc bien une cigale. Sauf que l'espèce ici émet deux sons. Le
classique pour s'échauffer puis le crissement ininterrompu en rythme
de croisière.
L'autre zinzin au biniou
il commence à me les briser menues. De huit heures à midi, c'est
réglé comme du papier à musique. Je déteste ce qui est récurrent,
on sait qu'à telle heure on ne va pas y couper. Ses gammes sont
un supplice. Ça fait disque rayé. Toujours le même truc qu'il
prend et reprend encore là où il a échoué ou veut s'améliorer.
Des espèces de mélopées sans air, qui montent et qui descendent.
Il a beau avoir mis sa chaise à 200 mètres, c'est comme s'il était
à côté.
Pourquoi tous les jours ? Pourquoi 4 heures à chaque
fois ? Et puis pourquoi toujours près de moi ? Il ne peut
pas aller enquiquiner un autre sur le camp ? Il trouverait peut
être ça charmant, lui. Les dingos d'instruments de musique, ça me
connaît et ça me poursuit. C'est un chauve qui se fout des turbans
sur la tête pour faire roots, qui me salue en me souriant comme il
ferait une grimace, et qui pue le fennec. Pourtant sa tente est à
côté des toilettes, il pourrait faire un effort ! En
attendant, je passe la matinée dans le hamac avec des écouteurs sur
les oreilles qui diffusent un bruit rose, un bruit continu comme
celui d'une cascade. Je met le volume bas, je ne l'entends plus. Ni
les vagues du reste. Bon, j'ai au moins les après midis pour
m'imaginer en Robinson.
D'ailleurs j'ai eu de la
visite pendant que je me baignais. Une pousse de palétuvier qui
dérivait au gré des courants, prête à s'ancrer dès qu'elle
trouvera un endroit où s’échouer. Juste à côté il y avait une
noix de coco qui poursuivait sa traversée, prête à coloniser un
rivage. Elle transportait à bord un petit crabe qui voyageait à
l’œil et qui tournicotait désespérément autour de la noix de
coco pour rester toujours immergé. Car une noix de coco portée par
le courant ne reste pas immobile. Elle tourne en rond sur elle même
comme une machine à laver. Le pauvre crabe, il devait avoir le mal
de mer! C'est ainsi que la vie commence sur les îles désertes...
Nouvelle place |
La plage à 2 pas |
Vue du hamac |
Lave-mains du resto |









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