J'ai des nouvelles de
Tarutao par Esther et Akki. Ils sont 4 actuellement à Ao Molae. Pour
manger il faut marcher 5 km vers Ao Pante ou Ao Son. Le soir une
cuisinière prépare un truc pour les téméraires qui restent. Car
les gardes doivent bien manger. Aussi ils ont la même chose, sans
choix je suppose. Esther se débrouille le midi. Il faut dire que ce
sont de vrais Robinson, ils pèchent et collectent les coquillages.
Personne ne sait dire quand le cuisine du restaurant sera terminée.
Quelques jours... Mais personne ne s'avance sur une date. On a vu ce
que ça donnait l'an dernier avec les travaux de voirie ! Donc
je vais rester là sans doute plus que prévu.
Car ce matin après le
petit déjeuner, j'ai trouvé quelqu'un dans mon hamac ! C'est
un habitué, qui vient chaque année et se met toujours là. Il
pensait que les gens avaient laissé le camp comme ça, partis
quelques jours sur d'autres îles. Mouais... et avec mon linge qui
pendouillait ? Il va passer les deux mois sur Adang et me
demande quand je pars. Car il veut s'installer quand je pars. Mon
petit coin secret, y en a d'autres qui l'ont donc découvert.... Ça
me pose un petit problème : je comptais passer les deux
premières semaine de mars sur Adang, avant mon départ. Mais il sera
là. Ce qui veut dire le coin pris. Ce n'est pas que je sois psycho
rigide, mais cet endroit est celui qui me procure du plaisir, où
j'aime me relaxer, qui offre une petite clairière parfaite pour
accueillir un hamac à l'ombre et qui dispose de petits arbustes tout
autour qui me coupent du vent. En plus c'est en bout de plage, rare
sont ceux qui viennent jusque là ; bref c'est l'endroit
parfait. Tout le charme de Adang est rompu si je n'ai pas ce coin là.
Et y en a pas d'autres autour. Il faut rester sur le camp dédié,
vaste, sous un bois de filaos, mais en plein vent, avec les toilettes
derrières, dominées par les huttes des gardes. Donc pas très
tranquille. Du coup, je vais rester jusqu'à ce que je sois repu de
l'île.
Pour les massues torture du Moyen Age?
Le type qui squattait mon
hamac est un joueur de biniou. Il s'est déplacé plus loin sous un
arbre mais je l'entends bien trop. C'est très désagréable, j'ai
l’impression d'avoir un charmeur de serpents à côté, même quand
il a fini je l’entends encore pendant une dizaine de minutes dans
ma tête. Pour se relaxer et faire le vide, c'est pas top. Et puis ça
couvre le murmure des vagues et du vent dans les arbres, du coup ça
ruine un peu mon expérience. Je suis allé le voir pour lui dire
tout ça. C'est pas comme s'il était là que pour la journée. Ça
tous les jours... En plus il compte jouer de 8 à 12 tous les matins.
Mais, compréhensif, il a mis sa chaise un peu plus loin.
Je disais l'autre jour
que je n'avais pas vu un macaque. Eh bien, j'aurais bien fait de me
taire. Ils vaquent autour du dépôt d'ordures, avec les varans. Mais
ils s'aventurent plus loin. J'ai découvert ce matin mon chapeau par
terre, grignoté. De même que le sac en plastique où j'avais mis la
lessive spéciale mains. Le sac était éventré et le carton de
lessive scalpé. Ils ont pas dû en prendre beaucoup. Tout ce qui
ressemble à ce qui peut contenir de la bouffe est systématiquement
saccagé. C'est la loi des macaques. C'est donc désormais avec 4
sacs que je fais mes allées et venues sur le camp. Une vraie mule.
Un pour le matériel électronique, les sous et le passeport. Un
autre pour les affaires de toilette, pyjama, thé, bouquins... le
troisième pour des habits de rechange et le dernier pour l'appareil
photo. Pas très pratique.
J'avais oublié l'alarme
du matin. Tous les insectes se mettent à lancer un cri strident et
continu comme celui d'une scie, très fort. Ça te réveillerait un
mort. J'ai enregistré un extrait ici.
Heureusement ça s’arrête
comme ça a commencé, d'un coup d'un seul, au bout de 15 minutes. Et
le soir ils remettent ça, avant le coucher du soleil. Ils ont une
horloge incorporée ou quoi ? Donc 6h30 est l'heure limite de
lever. A moins de se rendormir après.
Les couchers de soleil
sur Adang sont fabuleux. Le soleil se pose sur la mer à exacte
distance entre Koh Lipe et Koh Adang. Tout le camp s'embrase alors.
Les troncs des filaos flamboient et le vert de la végétation
ressort fluorescent. Après, les geckos descendent de sous les toits
pour se rapprocher des lampes où ils guettent les bestioles ailées.
J'aime leur ricanement sarcastique. Ils côtoient d'autres lézards à
la peau diaphane qui grimpent aux murs. Ceux là sont tous petits et
couinent très forts eux aussi. Comment un si petit truc peut il
sortir un son pareil? Bon, les geckos c'est encore pire. J'en ai un
dans un arbre dans le secteur de la tente qui vit dans un arbre assez
loin mais que j'entends quand même.
Pour bien commencer mon
séjour, je renoue avec les valeurs sûres. Mon premier plat du soir
c’était le poulet aux noix de cajou. Aujourd'hui c'est le curry
vert. Je ne regarde toujours pas la carte, elle n'a pas changé, ni
les prix d'ailleurs. Je me remet dans le bain , j'ai l'impression
d'être chez moi. J'ai mes repères, mes habitudes. Comme un vieux,
quoi...
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