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| vallée de Kvitingen |
Comme pour
tirer un trait sur la journée d'hier, la Norvège me concocte encore
des surprises et le soleil est revenu, au moins pour la matinée.
Après avoir rangé mon sac et effacé en une heure trace de tout
squat dans la voiture et remis les branches de sapin en place que
j'avais pliées précautionneusement pour installer la tente, je
n'avais toujours pas d'idée sur mon programme du matin. Me rendre
dans Bergen ne m'enchantait pas trop. Après une semaine de
sauvagerie, je craignais de me sentir comme un ours échappé de sa
banquise. Je vais bien assez vite retrouver la ville et son synonyme
de problèmes et de contraintes. J'aimerais bien encore m'imprégner
de décors purs et de montagnes. Mais aux portes de Bergen, il y a
fort à parier que le monde sauvage risque d'être en régression.
Malgré tout j'avais repéré sur la carte la vallée de Kvitingen,
la dernière avant le fjord de Samnanger, longue de plus d'une
dizaine de kilomètres.
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| lac de Gronsdalsvatn, vallée de Kvitingen |
Je n'avais pas souhaité la prospecter hier
soir car un hameau la clôture et je préfère les routes qui
finissent dans la nature, pour plus de tranquillité. La carte
routière est mon meilleur compagnon. De tout temps que je voyage en
voiture - et ça remonte à mon adolescence où avec mon frère nous
partions à la découvertes des vallées pyrénéennes - j'ai
toujours été inspiré par les cartes, ses courbes de niveau, la
présence de vert dans une vallée, un lac dessiné, de sorte que
j'arrivais à m'imaginer l'endroit comme si je le survolais. Rarement
je me trompais et mon frère était impressionné par ma capacité à
trouver des endroits chouettes par cette méthode. De nos jours les
GPS ont remplacé les cartes. Moi je suis toujours de la vieille
école, je refuse ce système à la noix qui parle à tout bout de
champ.
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| vallée de Kvitingen |
Quand je suis avec des amis qui ne savent s'orienter qu’avec
ça, j'ai envie de leur dire : « Faites la taire, cette
connasse ! ». Imaginez quelqu'un qui de sa voix de robot
monocorde vous annonce : « à la prochaine intersection,
veuillez tourner à droite. A 50 mètres un virage... » pendant
que la carte change d'orientation et avance toute seule. Ça fait jeu
vidéo mais ça rompt tout le charme. Surtout qu'un GPS n'a d'intérêt
que si l'on sait où l'on va, ce qui est rarement mon cas. Je préfère
me débattre avec des kilomètres de carte qui me dégueulent sur les
genoux !
La vallée
de Kvitingen est un petit havre de paix à la Heïdi que j'aime
beaucoup. C'est mon coup de cœur depuis la vallée d'Husedalen.
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| lac de Kvitingen |
C'est un endroit qui regorge de sapins sous lesquels rien ne pousse
hormis des mousses d'un vert fluorescent. Quand la route continue à
monter, c’est tout à coup les pins qui prennent le relais. La
vallée est quasi déserte, à part deux trois chalets qui se battent
en duel. Et on trouve plein d'endroits où poser la tente, au bord de
lacs plus ou moins gelés. Je suis mieux là qu'à tournicoter dans
Bergen à chercher un front de mer antique sans pouvoir me garer. Je
ne cesse de m'arrêter pour saisir une ambiance, en humer l'air,
sentir la forêt et me laisser éblouir par les sommets enneigés.
J'aurais bien passé la journée dans cette vallée, au lieu de cela
je n'y suis resté qu'une heure trente et encore, en rebroussant
avant d'arriver au bout. C'est que je ne voulais pas me mettre en
retard pour l'aéroport d'où mon avion décolle à 14h30, soit dans
4 heures.
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| vallée de Kvitingen |
En quittant
la vallée, je pensais en avoir fini avec les photos et j'avais rangé
l'appareil et les filtres, prêt à prendre l'avion. C'était sans
compter le passage par mon ultime fjord, le Samnangerfjorden, qui
avec un rocher surmonté d'une cabane en bois en plein milieu du
fjord et pris d'assaut par les mouettes me faisait un appel du pied
comme pour me dire « eh bien, c'est déjà fini ? Et
moi ? ». Cette fois cette histoire allait me mettre en
retard. Tout comme un peu plus loin le passage par un lac garni d’une
multitude d'îles que je ne pouvais ignorer. Chaque fois j'avais un
temps de réflexion, puis je réalisais que je ne pouvais pas partir
d'ici sans en avoir gardé une trace. Je faisais alors demi tour pour
me garer à un endroit pas trop dangereux puis je marchais ensuite
parfois sur 200 mètres pour atteindre un point qui offrirait le
meilleur cadrage. Avec toujours je le rappelle les clefs sur le
contact voire le moteur qui tourne pour permettre à mon alimentation
de recharger l'ordinateur.
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| Samnangerfjorden |
Après le
lac, j'ai rejoint la route de Voss, terminant une bouche qui m'avait
mené à cet endroit huit jours plus tôt et après 1783 kilomètres.
Comme quoi l'étude des distances à partir de la carte était
exacte. Je n'ai pas reconnu les lieux, avec le soleil tout était
différent et le fjord qui mène à Voss avait sa petite beauté à
laquelle j'avais été insensible le premier jour. Nul doute que si
j'étais arrivé aujourd'hui, je n'aurais jamais écrit : « je
voudrais que demain arrive au plus vite pour tirer un trait sur cette
journée un peu décevante... ». J'ai un peu honte d'avoir
écrit ça alors que la Norvège m'a tellement offert en m'en mettant
plein la vue. Mais je ne renie pas ce que j'éprouvais. C'est à
mettre sur le compte de la fatigue du voyage et du stress de la
conduite sous la pluie dans un pays dont on ignore tout.
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| Samnangerfjorden |
En tout cas
la Norvège est une destination de choix, à moins de 3 heures de
Paris et je pense qu'elle n'a rien à envier aux paysages grandioses
dont je rêve dans les Rocheuses de l'ouest américain. On peut avoir
du rêve américain à quelques heures de Paris, sans nécessairement
avoir à traverser l'Atlantique ! Que demander de mieux !
A
l'aéroport, la zone d'embarquement pour les vols internationaux
passe par un duty free pris dans une effervescence inédite. Ça fait
la queue aux nombreuse caisses, pire qu'un samedi à Mammouth !
Je ne sais pas ce qu'ils ont tous à être pris de fièvre acheteuse.
Le pays est si cher que même détaxé je ne vois pas les affaires
que l'on peut réaliser. Les gens achètent du parfum, de l'alcool et
beaucoup de bouteilles de vin. Curieuse idée, d'aussi loin que je me
rappelle il ne m'a pas semblé avoir croisé beaucoup de vignes !
Dans l'avion, j'ai un Norvégien à côté qui va à Séoul. Il passe
deux mois en mer et deux mois à terre. Sa mission est d'accompagner
un bateau de marchandise depuis Séoul, en passant par l'Indonésie,
la Thaïlande, l'Afrique du Sud... Tout un programme... Le bateau
doit aller vite pour faire ça en seulement deux mois. Je me verrais
bien partir avec lui. On a vraiment des boulots de merde à côté !
Savoir que je quitte tout pour deux mois dans une solitude complète,
c'est quelque chose qui me plairait bien. Ce que j'aime ce n’est
pas tant voyager mais l’alternance de périodes de voyage avec
d'autres plus moroses, qui permettent ainsi de repartir d'un nouveau
souffle sans jamais s'habituer. Sinon le type m'a confié que la
région la plus intéressante à visiter après les fjords de la
Norvège de l'ouest se situe le long de la côte plus au nord. Mais
il faut y consacrer plus de temps et venir plus tard en saison, le
mois de mai n'étant pas la meilleure saison, surtout avec cette
année où tout est en retard. Rendez-vous pris donc pour la
prochaine fois vers des étendues toujours plus glaciales ! Et
vive la Norvège !








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