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mardi 7 mai 2013

Du parc national de Jostedalsbreen à Stranda

Lovatnet
Je n'avais pas vu hier mais il y a un camping juste en contrebas de l'hôtel où j'ai squatté la nuit dernière. Le camping est vaste et un peu spécial, c'est un parking et il y a comme un parcmètre pour régler directement. Les emplacements sont situés au bord du torrent et pour les moins téméraires il y a des cabanes en bois qui font office de bungalow comme dans tout camping norvégien. La Norvège est le royaume du camping. Pourtant avec les températures qu'ils ont ça n'incite pas vraiment à la vie au grand air. Ou alors c’est justement parce qu'ils ne peuvent sortir que 3 mois par an qu'ils en profitent pour rester dehors le plus longtemps possible. Renseignement pris, il est aussi autorisé de faire du camping sauvage n'importe où, dès lors qu'il n'y a pas de panneau qui l'interdise. Et je n'en ai pas vu, sauf sur le parking de Flam. Il aurait fallu oser planter la tente entre les bus...
Oldevatnet
Les campings sont déserts, ce n'est pas la saison, je crois que le début des festivités commence début juin. Par contre tout est ouvert à tout venant. J'y suis allé faire un saut pour laver ma vaisselle d'hier soir et j'ai été surpris de trouver un local avec micro onde, gazinière, électricité et eau chaude ! Tout ça pour les élans et les caribous. Va comprendre quelque chose. Du coup, j'ai poursuivi l'intrusion du côté des sanitaires pour voir s'il y aurait pas de douche. Il y en a justement, mais c'est un truc à pièces. Il faut glisser 10 NOK pour avoir de l'eau chaude. Il était écrit d'insérer la pièce lentement, ce que je fis. Mais rien ne se passa. Le truc avait deux voyants, un rouge et un vert mais les deux étaient éteints. Pendant ce temps là l'eau froide continuait de couler et comme j'étais à poil à attendre que ça vienne, je tremblais de plus en plus. Ce n'est pas avec gaîté que l'on se met tout nu par 5 degrés dehors. 
Oldevatnet
Il en va de même pour les toilettes, mais je vous passerai les détails. Il y a juste des besoins qui doivent s'exprimer peu importe le temps qu'il fait dehors ! En attendant, j'avais beau cogner dans la caisse, la pièce était rendue je ne sais où. De toute façon c'était comme une tirelire, il n'y avait pas de voie de sortie. Ça s’est donc terminé par des ablutions au lavabo, en mettant de l'eau partout et salopant le carrelage tout propre. Sans compter le miroir que je leur ai moucheté de postillons de pâte à dentifrice. Ils n'ont qu'à avoir un système qui fonctionne !
Quand je suis sorti de là, de nombreux bus gorgés de petits vieux arrivaient de plus en plus pour tenter un aperçu du glacier. Ils peuvent toujours courir, je ne l'ai pas encore dit, mais le temps est pire que la veille. La pluie ne s’est toujours pas arrêtée et cerise sur le gâteau les nuages sont si bas que l'on ne voit plus rien. C’est ce qui s'appelle se prendre le ciel sur la tête.

Vallée de Kjenndal

Lovatnet
Vous ne verrez donc pas grand chose de la vallée de Briksdal. On ne peut pas dire que j'ai amorti le détour de 48 kilomètres aller et retour pour voir un pauvre glacier entre deux nappes de brume. En revanche, en redescendant, le spectacle était plus intéressant au niveau du lac Oldevatnet, avec les cimes tronquées par les nuages, la brume s'enroulant en volutes autour de chaque détail du paysage et la surface du lac fumante. L'ambiance était très énigmatique. Plus le temps est dégueulasse, plus c'est joli. Ça donne un côté profond, dramatique et mélancolique. Il y a des choses qui rendent mieux sous la déprime qu'en pleine gaîté. Les fjords norvégiens en font partie.
Plus je descendais vers Olden et plus des bus montaient, suivis par des petits trains touristiques ayant du mal à contenir tous ces passagers arc-boutés à la rambarde pour prendre des prés jaunes en photo. La ville était pleine de gens avec parapluies, tous sur le même modèle comme s'ils avaient ouverts les maisons de retraites.
Vallée de Kjenndal
Pourtant il n'y a rien à faire dans ce trou. C'est alors que je compris la raison de tout ce remue ménage. Un énorme paquebot de croisière avait jeté l'ancre ici, dominant le village de ses dizaines d'étages. Les bus et petits trains faisaient la navette pour amener tout ce beau monde au glacier. J'ai toujours du mal à réaliser que dans ces montagnes coule la mer, même si je suis très loin de la pleine mer. Mais les fjords sont suffisamment profonds pour permettre aux paquebots de s'aventurer dans les terres comme bon leur semble. Le fait que les rivages des fjords soient calmes comme un lac avec de l'herbe au bord, n'aide pas à se rendre compte qu'il s'agit de la mer. Les norvégiens ont d'ailleurs du souci à se faire le jour où il n'y aura plus de pétrole. Les routes sont longues à n'en plus finir, obligeant à faire des détours de plusieurs dizaines de kilomètres pour contourner les fjords alors que leur largeur est plutôt étroite. 
Vallée de Kjenndal
Je me demande pourquoi ils n'ont pas pensé à faire des ponts. De plus, la vitesse est limitée partout à 70 km/h alors ça n'aide pas à avancer. Et il vaut mieux respecter la vitesse limite car je n'ai jamais autant vu de radars automatiques au kilomètre qu'ici. Ils en mettent même dans les tunnels, c'est d'autant plus vicieux qu'on ne les voit pas, tapis dans l'obscurité.
Quelques kilomètres plus loin on arrive à Loen. De là, une route de 12 km s'enfonce dans la vallée de Kjenndal. Toute de suite la route file à travers la forêt, étroite et sauvage, puis longe un lac en le surplombant. Gare aux voitures qui pourraient surgir en face au détour d'un tournant. Il n'y a pas la place pour se croiser et il vaut donc mieux rouler doucement. Par contre je suis tout seul alors je peux continuer à m'arrêter comme bon me semble. 

Vallée de Kjenndal

Vallée de Kjenndal et le glacier Kjenndalsbreen
Les touristes vont dans l'autre vallée, c'est ce que le Lonely Planet disait. Et c'est vrai. D'ailleurs, au passage, si vous cherchez un guide de la Norvège suffisamment documenté sur les fjords, je vous conseille le Lonely Planet, c'est le plus détaillé, tous les autres survolant uniquement les endroits essentiels et faisant l'impasse sur les vallées de Jostedalsbreen. Si vous devez choisir une vallée unique à visiter sur le parc national, je vous conseille sans hésitation la vallée de Kjenndal. Je le dis haut et fort, cette vallée est incontournable et vous raterez votre voyage en Norvège si vous n'y allez pas. Elle est d'une sauvagerie absolue, avec son lac enchâssé entre des montagnes abruptes couvertes de forêts de bouleaux et de sapins. Elle regorge de cascades, de névés et surtout son glacier au bout est le plus beau de tous ceux que j'ai vus jusqu'à présent en Norvège, avec sa langue de glace descendant jusqu'au fond de la vallée pour former un torrent déjà impétueux. 
Vallée de Kjenndal
Le paysage qui y mène ne cesse de surprendre par sa diversité. Les choses commencent vraiment à devenir différentes et intéressantes passé la bifurcation sur la gauche pour Bodalsseter qui permet d'atteindre un autre glacier, celui de Brattebakkbreen. Malheureusement ce chemin, charmant au demeurant, qui serpente à travers une sapinière, s'achève rapidement en cul de sac, bloqué par des engins de débardage. La route elle même semble avoir disparu sous les troncs. Seule issue : rebrousser et continuer le chemin principal. Celui ci se met à grimper au dessus du lac, puis une fois dépassé 2-3 maisons de vacances on se retrouve face à un sens interdit marqué « fermé l'hiver ». Ben quoi, on est le printemps non, donc je peux passer. Bon, je suis un peu de mauvaise foi, officiellement ici c'est toujours l'hiver et le message m'est donc adressé... Je ne vais pas me laisser pour autant enquiquiner par un vulgaire panneau. D'autant plus que personne n'est là pour relever l'infraction...
Vallée de Kjenndal
Malgré tout j'avance prudemment ; la route est très escarpée, les parois verticales n'ont de cesse de projeter des cascades sur la route. Tant que ce n'est que des torrents... J'ai surtout peur des avalanches. Et c'est peut être bien pourquoi cette route est fermée l'hiver. Je joue avec le feu. Mais la route est si belle et si envoûtante que je ne me vois pas rebrousser. Si je dois mourir ici, alors c’est que mon heure sera venue. En contrebas du parapet un nouveau petit lac admirable et sinueux se dessine. Vu d'en haut le paysage est à couper le souffle. On se sent un aigle survolant la forêt. Le rivage se perd en verts tantôt profonds, tantôt clairs, voire presque jaunes à certains endroits. La forêt oscille entre le vert couleur lichen des bouleaux qui commencent tout juste à sortir leurs chatons et le vert sombre des sapins.
La route finit par descendre de ce perchoir au niveau de la fin du lac. A cet endroit un automate demande des piécettes. C'est à son bon cœur, il n'y a pas de barrière. Peut être que le norvégien est honnête et paye dès qu'on lui demande même s'il n'y a personne. Je suis pour ma part plus latin. Et tant pis si je ne joue pas le jeu. Après ce pseudo péage, la route aborde un paysage inédit, un univers lugubre à la Tolkien, où tout est mousses, pourritures, terrains détrempés, arbres déracinés et autres truc vermoulus. Le panneau qui affiche la direction est lui même illisible tellement qu'il est envahi par les lichens. Tout est ici tellement humide et gorgé comme une éponge qu'on a le sentiment que l'on va moisir au premier pied posé à terre. Évidemment avec le temps toujours aussi brumeux, cela ne fait que renforcer cette impression. 
Je ne me lamenterai au final plus sur le temps. Il est idéal pour visiter cette vallée. Je ne peux l'imaginer autrement qu'ainsi et je suis sûr qu'elle serait moins belle avec des feuilles aux arbres, des prés verts et un rayon de soleil (en admettant que ça lui arrive). Là je l'ai complètement en version apocalyptique. C'est la fin du monde et à la fin du monde tout finit pourri, sous un déluge avec des torrents dévalant les pentes tous les dix mètres. Dieu que c'est beau !
Soudain un pont de bois passe de l'autre côté du torrent, permettant de distinguer le glacier au fond. Espérons que la route continue comme cela au plus près du glacier. Cela fait déjà de nombreux kilomètres que je me suis aventuré sur cette route interdite. Je me sens comme au fond d'un gouffre. Si une avalanche venait à se déclencher, nul doute qu'elle parviendrait jusqu'en bas. Mais je ne crains pas les avalanches aujourd'hui. Les pentes sont tellement abruptes qu'elles n'ont plus de neige. 
Kjenndalsbreen
A moins que ce soit parce que les parties les plus hautes sont au dessus de la ligne des nuages. Parfois j'entends bien des grondements comme des coups de tonnerre que je reconnais désormais toute de suite, mais je ne vois rien tomber. Tout doit se passer plus haut, dans un étage invisible. De cet étage coulent des multitudes de cascades. Dès qu'on lève les yeux on ne sait plus où donner de la tête, cela en donne le tournis.
Finalement la route se termine en chemin au niveau d'un parking avec quelques tables de pique nique et un bloc de toilettes en bois moussu que la nature a fait sienne. Un sentier part de là en direction du glacier, passant au milieu de bouleaux qui sortent d'un tapis de mousses et de myrtilles. Pas un brin d'herbe ne pousse, même jauni. Ce n'est que rochers et mousses. Je m'aventure sur le chemin, c'est peut être de la folie, mais je veux m'approcher du glacier, je me sens comme happé. 
Cela fait déjà plus de deux heures que je suis hypnotisé par cette vallée. C'est comme si la glacier m'avait jeté un sort et m'appelait à lui. Malheureusement le sentier s'arrête à distance respectable du glacier. Je me sens frustré, j'ai envie d'y arriver à son pied. C'est alors qu'en scrutant les rochers, je m'aperçois qu'un autre sentier, non officiel, longe le torrent et remonte au milieu des mousses, indiqué par des tas de pierres couleur ardoise. Je ne peux y résister davantage, je m'avance vers ce sentier qui me conduit directement au glacier. Comme si cela ne suffisait pas, je m'avance encore plus, à présent hors de tout sentier, longeant le glacier. Je veux voir le haut d'encore plus près. Comme par magie, c'est comme si les dieux avaient ouvert le ciel pour moi. Une lueur divine se met à transformer les couleurs du glacier qui devient alors bleu au milieu d'un halo de lumière. 
Lovatnet
Un rayon de soleil essaye de traverser, rien que pour m'offrir l'éclat unique de ce glacier. J'en pleurerais. J'ai conscience du danger d'être contre le glacier ; si un bloc venait à se détacher plus haut ce serait la fin. Mais je me sens protégé. Si je suis là ce n'est pas par hasard, c'est que je devais voir ça. Il n'y a pas de trace d'avalanche récente ou plus ancienne, que ce glacier qui coule jusqu'à mes pieds. Ce serait bien comble de malchance si quelque chose devait se produire maintenant. Ça aura tout loisir d'arriver une fois que je ne serai plus là... Même si cela fait déjà belle lurette que j'ai passé la ligne « danger » figurant sur ma carte. Je suis resté là jusqu'à ce que la batterie de mon appareil photo flanche. Je n'ai cessé de prendre photos et vidéos tellement je me sentais partie intégrante de cet univers. J'aurais voulu en garder l'impression et l'ambiance à jamais. Je fermais les yeux pour mieux les rouvrir sur cette immensité. Jamais une photo ne pourra rendre ce que je vis. C'est pourquoi je me devais de m'en imprégner le plus possible, et tant pis si l'heure tournait. Le reste attendra...

Route 655 pour Orsta

Le lac d'Hornindal
Quand je suis revenu sur le parking je me sentais comme ivre, je ne savais plus où j'étais, quelle jour on était, si j'avais faim ou soif. Comme souvent en ce genre d'occasion, à l'instar d'hier, je décidai de manger dans la voiture. Et ce d'autant plus que quelques trouées de ciel bleu commençaient à faire leur apparition. Il fallait donc en profiter et j'avais encore de la route pour arriver à Geiranger, lieu de mon arrêt pour ce soir, au bord du fjord du même nom, vanté comme le plus beau de tous. J'avais hâte de voir ça sous un rayon de soleil. Par rapport à ce que je disais tout à l'heure, j'avais raison : l'ambiance ensorcelante sembla disparaître en même temps que les nuages se dissipaient, comme si le soleil emmenait au loin cette atmosphère vénéneuse. A Stryn je fis un arrêt yaourt et bâche. 
Sur la route entre Hornindal et Sunnylven
Alors que je tournicotais dans le centre à la recherche d'un signal internet (info express, il y en a un juste en face de la cafétéria sur la route 15, nom du réseau : linksys), j'aperçus une jardinerie. Comme j'ai vu que tout ce qui était bois coupé et mottes de foin étaient soigneusement protégé sous des bâches, nul doute que j'allais en trouver une. Bingo, je suis ressorti de là avec une bâche de 3,6m sur 2,5 mètres. C'était la plus petite de toutes, et je pense que les dimensions suffiront. J'ai aussi acheté de la ficelle pour nouer le tout à des branches ou troncs d'arbre que je trouverai. J'étais tout guilleret à l'idée de ne plus avoir à me soucier de cette pluie insidieuse.
Alors que je commençais à m'embrancher sur la route 15 qui permet d'atteindre Geiranger, un panneau m'informa que la jonction pour Geiranger était fermée. Tiens donc. 
Sur la route d'Orsta
Un coup d’œil sur la carte me permit de me rendre compte de mon erreur. Il y avait un tronçon désigné entre deux fanions rouge, dont la légende dit « route fermée en hiver ». Eh bien voilà, ça devait arriver. Pourtant j'avais bien étudié la carte. Une chose est à présent sûre : seules les routes qui longent les fjords ou restent à fond de vallée sont praticables. J'ai dû opter pour la solution de repli : faire le grand tour par Stranda et prendre deux bateaux, ce qui rallonge la distance du double. Au fait, par rapport à ce que je disais hier, les tunnels figurent bien sur la carte. Ils sont simplement très discrets, l'entrée du tunnel est figurée par une parenthèse fermée, tandis que la fin du tunnel l’est par une parenthèse ouverte. Ainsi il suffit de repérer ces indications pour en déduire la longueur et la fréquence des tunnels. Pour ceux qui seraient intéressés par le même périple que moi, je conseille la carte Norvège Centrale n°2 de Kummerly+Frey au 1:335 000 qui couvre toute la section de Bergen à Alesund. C’est la seule que j'ai trouvée, les autres coupant la région au nord de Bergen, de sorte qu'il faut acquérir deux cartes. Par contre elle n’est pas très pratique à manipuler, elle ne s'ouvre jamais au bon endroit, se plie toute seule et mal, le papier est fragile et il y a tout un pan inutile de la section Oslo qui se déplie comme en accordéon sur les pieds ! En 4 jours de traitement elle est déjà déchirée en multiples endroits. Je préfère d'ordinaire les cartes plastifiées mais à défaut...

Deux fjords en un : le mythique Geirangerfjorden à droite et le Sunnylvsfjorden à gauche

Geirangerfjorden
De Stryn à Stranda il n'y a que 78 km mais j'ai mis 2h30 pour faire cette distance, m’arrêtant à de nombreux endroits et prenant quelques détours. La route devient somptueuse avant d'arriver à Hornindal. Elle traverse une forêt de sapins, pleine de lacs plus ou moins gelés, bordés de petites maisons de bois rouge, avec pour toile de fond des montagnes toutes blanches. Le secteur fait très Ouest canadien. Je ne regrette finalement pas ce petit détour. Hornindal est au bord d'un lac, très grand, apparemment le plus profond d'Europe à ce qu'en dit ma carte (sous réserve que je comprenne le norvégien!). Le lac possède de petites îles toutes boisées et l'eau est si calme que tout se reflète comme dans un miroir. Photos réussies assurées, c'est inratable !
La route prend ensuite son élan pour aller à l'assaut d'un plateau enneigé dont le soleil illumine les cimes enneigées. 
Là encore je me suis arrêté à plusieurs reprises, au bord de torrents, ou encore à prendre une autre route prometteuse qui m'éloignait pourtant de ma direction. C'est ainsi que je me retrouvai sur la route pour Orsta, sans savoir où cette ville se trouvait. La route s'avançait dans une vallée ensoleillée, avec des tourbières jaunes des chaque côté et des marres gelées. Les couleurs étaient magnifiques et j'ai bien dû faire 5 ou 6 kilomètres de la sorte jusqu'au point d'atteindre un point parfait pour une photo. C'est alors que je fis demi tour pour reprendre le cours normal de mon trajet. A Sunnylven, je vis une pancarte qui indiquait Geiranger par ferry. Pourtant Geiranger est assez loin de cet endroit et puis il n'y a pas âme qui vive au bout de ce fjord et je ne vois aucun bateau amarré à quai. 
Sunnylvsfjorden
Comme je n'ai pas envie d'attendre des heures un hypothétique ferry qui peut être ne fonctionne que l'été pour permettre aux touristes de faire une croisière sur le Geirangerfjorden, je me décide à poursuivre vers Stranda. Sur la route il faut bien ouvrir l’œil sur le fjord qui commence à faire son apparition. Le plus beau point de vue a lieu juste avant que l'on passe un tunnel. On est alors face à l’intersection entre le Geirangerfjorden et le Sunnylvsfjorden qui continue son chemin vers Stranda. Ah cette Norvège des fjords, c’est un vrai labyrinthe ! Comme une Venise naturelle dessinée à l'échelle des géants. C’est incroyable ce que la nature a pu œuvrer par ici. Je rêvais de Norvège depuis mon enfance, de celle des fjords qui me fascinaient. Il aura fallu attendre tout ce temps pour que je me décide. Sans doute Else, mon amie norvégienne, et les fjords visités en Nouvelle Zélande auront joué pour beaucoup dans ce passage à l'acte...
Stranda
J'ai été surpris de voir le gros paquebot de ce matin sortir du Geirangerfjorden. Il avait dû faire un sacré détour par Alesund pour arriver là. Mais il file vite. Et par la mer ça va bien plus vite que par la route, sinueuse. J'ai aussi vu le ferry qui rejoignait Sunnylven. Ça peut être une excellente solution pour le retour, plutôt que d'avoir à retourner sur mes pas. Sans compter que je tiendrai là une croisière sur le fjord par la même occasion. Stranda est une ville moyenne, comparée à celles que j'ai croisées jusqu'à présent, le plus souvent très réduites. Elle est située au bord d'un fjord superbe. On y trouve de belles demeures accrochées aux collines dont les jardins surplombent tous le Storfjorden qui débouche sur Alesund. Difficile de trouver un coin pour avoir un panorama à soi. L'endroit est si remarquable que toutes les maisons se sont achetées la vue qui dès lors devient interdite pour le visiteur. C’est le propre des propriétés privées...
Le Storfjorden depuis Liabyda
Curieusement le ferry qui doit me mener de l'autre côté du fjord, très ensoleillé car situé du versant où il fait bon, semble absent. Sur le port je suis le seul à me garer sur la file d'attente. Il y a bien des panneaux affichant les horaires mais les liaisons et les cas hiver, été, jours de la semaine, samedi ou dimanche sont tous si nombreux qu'on n'y comprend plus rien. Je me décide alors à attendre, mettant à profit l'attente pour aller faire un petit besoin en essayant de me cacher un peu plus bas sur une plateforme flottante d'amarrage des voiliers. Évidemment, il a suffit que je commence mon affaire pour qu'une houle se lève et fasse tanguer la plateforme. Va pisser comme ça sans tomber à l'eau ! Encore une fois le calme trompeur des eaux du fjords m'avaient fait oublier qu'on est sur la mer.
Un repos bien mérité
Le ferry a fini par arriver et nous nous somme retrouvés à 5 voitures pour la traversée. Cette fois il fait de plus en plus beau et les nuages ont presque tous disparu, donnant un petit air d'été et de vacances. Pas étonnant que les nordiques finissent à poil dès le premier rayon de soleil annonçant l'été qui arrive. Ce doit être si rare... De l'autre côté du fjord, à Liabygda, qui sonne plus comme un nom de village crétois qu'autre chose, il était 19 heures et le temps venu de terminer la course. On ne pouvait pas rêver mieux que de passer la nuit ici, sur les hauteurs du fjord (des fjords devrais je dire car on est à un carrefour de 3 fjords dessinant un Y), face au soleil. C'est ainsi que j'ai trouvé où mettre la tente, en prenant une petite route qui s'enfonçait dans un petit village et la forêt, un peu plus en hauteur, à l'endroit exact où ils ont mis un sigle sur la carte pour alerter d'un panorama. Le lieu n’est rien d'autre qu'un terrain vague servant de terrain de sport en gravier, bordé d'une prairie bien plate parfaite pour dormir et garnie de tables à pique nique. Ce soir je n'aurai pas à me servir de la bâche, on dirait que c’est fait exprès...

Storfjorden

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