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| Nigardsbreen |
Jamais je n'aurais autant
vu de pluie tomber sans discontinuer. Depuis hier soir que je suis
arrivé dans cette vallée ça ne s'est jamais arrêté ne serait ce
que l'espace d'une minute. A ce rythme là même la tente a du mal à
résister. Si par malheur je viens à toucher la toile intérieure,
celle ci se retrouve plaquée contre la toile extérieure et de l'eau
se met alors à perler. C'est ce qui arrive irrémédiablement au
niveau de la tête et des pieds. Par chance mon duvet est très épais
et bien imperméable, me permettant de rester au sec. En tout cas ça
ne pousse pas à se lever excité. J'ai plutôt joué aux
prolongations, attendant un moment opportun pour sortir de ma
tanière, moment qui n’est jamais arrivé. Il a donc fallu que je
m'extirpe de là sous la pluie. Idéal pour être screu-gneu-gneu de
bon matin.
Cette fois le ciel est
apocalyptique, des brumes nimbent les pentes, tout est plongé dans
un décor de coton qui donne un air de fin du monde. Le pire c'est
que ça sied plutôt bien au décor. Je peux me vanter d'avoir droit
à un spectacle que peu verront sous ce jour. Du coup, bien que
j'étais à deux doigts d'abandonner l'excursion au glacier
Nigardsbreen, je me suis laissé tenté d'aller y jeter un œil. Même
si tout est bouché d'ici, qui sait, peut être aurais je de la
chance d'apercevoir un morceau de glacier. Je n'ai pas regretté ma
persévérance. La petite route étroite qui mène jusqu'au bord du
glacier traverse des prairies alpines dissimulées sous la couverture
neigeuse fendue de petits ruisseaux qui dessinent des méandres
dodus. De ci de là quelque bouleaux à l'écorce blanche et aux
rameaux presque rouges se dressent comme des piquets. On se croirait
au pays de « Reine des neiges et autres contes », un
classique nordique qui a bercé les lectures de mon enfance.
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| Gjerde |
La route d'ordinaire à
péage m'est ouverte, personne au poste, personne sur la route non
plus, de sorte que je peux m'arrêter quand bon me semble, en plein
milieu pour prendre quelques clichés. Chaque fois que je sors
l'appareil photo il faut que je fasse vite pour qu'il soit mouillé
le moins possible. D'ailleurs pendant ce temps je laisse tourner le
moteur pour que mes batteries continuent à se charger, en évitant
de devoir allumer/éteindre l'alimentation électrique au risque de
la griller. Ces saloperies « made in China », il faut les
bichonner, on vit toujours dans la terreur que ça clamse sans
prévenir. De retour dans la voiture c'est toujours le même rituel :
il faut essuyer l'appareil avec ma serviette et nettoyer la lentille.
Ça devient vite fastidieux quand il faut répéter l'opération à
chaque prise de vue. Certains ne sortiraient pas leur appareil photo
sous un temps pareil, moi je m'en fiche, celui que j'ai est déjà
tombé en panne pour oxydation en Crète par 40 degrés dehors. Donc
s'il doit lâcher, il lâchera, et ce quelques soient les conditions
météo. Alea jacta
est !
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| Le glacier de Nigardsbreen et son lac |
Le glacier est situé au
bord d'un lac, tout de blanc vêtu bien évidemment. Une courte
randonnée de 20 minutes devrait permettre de le rejoindre, mais en
été seulement. Je dois me résigner à le contempler à deux
kilomètres de là. Ensuite, je suis redescendu dans la vallée,
direction Sogndal. Au niveau de Hafslo, le lac gelé était toujours
là, couvert de brume avec sa petite île au milieu quasi
fantomatique. Autant hier j'avais tracé direct, espérant avoir du
soleil au moment du retour pour mieux profiter du paysage, autant
aujourd'hui l'inverse me fait arrêter presque à chaque virage. J'ai
même bifurqué au niveau de Solvorm, après avoir fait demi tour,
subjugué par une scène furtive que j'avais aperçu par ma fenêtre
gauche. Cette route descend en fait vers le fjord de Lustra tout en
offrant une vue spectaculaire sur les sommets enneigés qui entourent
ce fjord.
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| Lustrafjorden |
Si l'on ajoute à ça une forêt de sapins, la carte
postale devient idéale. Hier je voulais acheter un souvenir à Flam,
un magnet représentatif des paysages comme je les ai découverts. Eh
bien ça n'existe pas, on ne trouve que des photographies de fjords
qui pourraient vanter la pub de la vache Milka, vache remplacée le
plus souvent par un homme nu de dos. Drôle de coutume norvégienne.
Ici ils trouvent qu'un homme nu va bien avec les paysages sauvages,
on en trouve sur plein de cartes différentes, se baignant dans des
cascades, faisant de la randonnée ou encore du vélo au milieu de la
neige. Si si ! La même version en féminin ne leur est pas
venue à l'idée, ça doit être pour entretenir la culture du
viking !
Sogndal marqua une pause
de quelques heures passées à chercher un spot wifi que je finis par
trouver et qui m'occupa ensuite un bon moment pour charger le blog.
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| Nigardsbreen |
J'en profitai aussi pour acheter les dernières provisions
nécessaires jusqu'à la fin de mon séjour. Je suis désormais
délivré du stress de voir les provisions diminuer et de l'angoisse
qui va avec le fait de se demander dans quelle ville je pourrais bien
m'approvisionner les jours d'après. L'avantage du climat est que je
peux faire des stocks. Pas besoin de réfrigérateur, le coffre de la
voiture fait naturellement frigo. On ne pouvait pas rêver mieux !
De la même manière, je fis aussi le plein d'essence. 500 km déjà
parcourus depuis que je suis arrivé. J'avance au final plus vite que
ce que je pensais et à ce rythme je vais sans doute pouvoir visiter
plus d'endroits. Il est vrai que le temps ne me pousse pas à jouer
les prolongations à chaque arrêt.
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| Kjosnesfjorden |
La route qui part en
direction de Skei traverse rapidement des étendues glacées, où le
blanc, le noir et le gris ne sont que les seules couleurs qui ont
droit de citer. La route quant à elle demeure miraculeusement
indemne. Il faut dire que la pluie fait fondre abondamment la neige.
Il devait y en avoir une sacrée couche par terre car tout est encore
blanc, seule la route dessine un ruban noir à travers un paysage
féerique. Bientôt c'est le glacier Boyabreen que l'on rejoint par
une courte petite route sur la droite. Elle mène encore plus près
du glacier que celle de Nigardsbreen. Le glacier est aussi plus
impressionnant ici, plus épais et craquelé, plein de crevasses
toutes en nuances de bleu. Il semble prêt à se casser la figure
tellement la pente est raide. D'ailleurs j'ai été accueilli à
nouveau par une avalanche, qui s’est arrêtée peu avant le
parking.
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| Glacier de Boyabreen |
C'est bien simple les avalanches je n'y fais plus attention.
Dès que je mets le pied dehors pour prendre une photo, je n'ai de
cesse d'entendre un truc qui se décroche, comme si c'était le
claquement de ma portière qui faisait tout s'écrouler. On dirait
qu'elles m'attendent ! Depuis ma mésaventure du Naeroyfjorden,
je ne me risque plus à m'aventurer pour une balade, je fais comme
mémé : je reste dans la voiture. Je suppose que les parkings
ont été étudiés pour être à l'abri des couloirs d'avalanche...
Peu après, alors que je
croyais que la route allait passer au beau milieu du glacier, un
tunnel de 7 kilomètres me mène au prochain fjord. C'est un vrai
gruyère cette Norvège. Ils ne mettent pas les tronçons de route
comme sur les cartes par chez nous qui permettraient ainsi de
visualiser les tunnels.
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| Boyabreen |
Ce serait trop compliqué, il y en a trop,
c’est plus facile de dessiner un trait rouge continu ! A
l'issue du tunnel le fjord en contrebas, celui de Kjosnes, offre une
spectacle très Nouvelle Zélande, avec des rochers moussus, des
parois abruptes de couleur ardoise et ce fjord étroit et encaissé
au pied duquel viennent mourir les avalanches, l'un d'elles ayant
même coupé une route qui a l'air de n'émoustiller personne. Je
crois que s'il y a des habitants au bout de cette route ils
attendront la fonte des glaces. Ce n'est pas pour l'heure. Quoique...
Je ne sais pas si c’est la neige qui fond ou bien la pluie qui
n'arrête pas de s'abattre sur la région mais le moindre recoin de
pente se transforme en cascade. C'est comme si les montagnes
pleuraient, comme Uluru avant elles. Ça déborde de partout, les
arbres se trouvent déracinés, tout fout le camp sous ces trombes
d'eau. Je ne serais pas étonné que les Norvégiens disent qu'ils
n'ont jamais vu un tel déluge depuis des lustres.
Car, même s'il
pleut plus souvent dans la région qu'il ne fait soleil, les
statistiques tablent sur 13 jours de pluie en moyenne sur mai, ce qui
fait un jour sur deux. Mai est l'un des mois les moins pluvieux. Pour
le troisième jour où je suis là, on se demande qui a dressé ces
statistiques.
Il y a une très belle
route, entre Byrjelo et Utvik. D'ailleurs ma carte fait état de deux
points de vue remarquables. Et elle a raison. Au moment où la rente
commence à s'élever, tout d'un coup un panorama se dresse avec d'un
côté les sommets enneigés de Jostedalsbreen et de l'autre un fjord
, le tout couvert de forêts de sapin. Tout comme hier pour la route
de l'aéroport de Sognal, j'ai très envie d'y camper. Mais ma
destination pour ce soir c’est le bout de la vallée de Briksdal
située sur le versant nord de Jostedalsbreen.
En fait j'ai passé la
journée à contourner ce parc national sur plus de sa moitié. Passé
le panorama, la route se retrouve sur un plateau tout enneigé et
couvert de gros rochers tout ronds. Sur le côté droit de la route
on trouve une stations de ski avec quelques remontées mécaniques.
D'ailleurs j'ai croisé à plusieurs reprises des voitures avec des
skis sur le toit. Mais les gens ne vont pas là, ces voitures
allaient plus vers l'est où je suppose que se trouvent des montages
plus hautes. Car même si Jostedalsbreen est impressionnant, le point
le plus haut culmine à 1959 mètres, ce qui reste modeste. Et
inaccessible de surcroît vu que le parc est un immense glacier en
forme de squelette de poisson. On ne voit en fait que les glaciers
secondaires qui en descendent. Chacun de ces bras porte son propre
nom mais ils proviennent tous du même endroit.
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| Kjosnesfjorden et une avalanche! |
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| Skei |
Tandis que je me
rapprochais de mon point de chute de ce soir, la pluie redoubla
d'intensité et je me pris à rêver d'une bâche. Ça a fait tilt.
C'est vrai ça, avec une bâche tendue par dessus la tente,
suffisamment grande, je serais à l'abri des intempéries et pourrais
même manger dehors. Car pour l'instant tous mes repas se font dans
la voiture, ce qui me rappelle un peu la Nouvelle-Zélande là
encore, à part que là bas j'avais le confort d'un van. En tout cas
pour la bâche ce ne sera pas pour ce soir. Le seul bled que j'ai
traversé avant de bifurquer pour la vallée de Briksdal c'est Olden
et il n'y a rien d'autre qu'une supérette qui ne mérite même pas
de s'y attarder. En attendant, au fur et à mesure que je pénètre
dans la vallée le temps devient plus pourri et je scrute les
granges, les hangars à bateau, des bergeries désaffectées,
n'importe quoi qui pourrait m'abriter.
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| Hauteurs de Byrkjelo |
Mais il n'y a pas. Ou alors en
bordure de route. Remarque, en solution ultime j'ai toujours le
refuge dans la voiture. Mais je préférerais m'en passer. Je ne suis
pas le seul hurluberlu en goguette avec une tente. Il y en a un qui
s’est installé sur une aire de pique nique, à même le bitume
avec de gros cailloux autour des cordes de sa tente. Les occupants
sont partis. Ils ont à disposition une cabane de chiottes, des
tables de pique nique et un tuyau d'arrosage à l'eau non potable. Je
ne les envie pas pour autant, ils sont au bord de la route et leur
tente dégouline tout autant que la mienne ce matin.
Finalement, j'ai trouvé
un truc providentiel. Au fond de la vallée se trouve un complexe
hôtel- restaurant avec quelques voitures, de la lumière allumée
mais personne à l'intérieur.
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| En descendant vers Utvik |
Vu qu'on est hors saison ils doivent
toujours être fermés. Juste en face de cet hôtel, de l'autre côté
d'un torrent qu'on enjambe par un pont suspendu au bois vermoulu très
glissant, se trouve un auvent avec quelques tables, des bancs, une
cheminée et même un barbecue. Sur un pan du mur une tête de cerf
empaillée qui semble rigoler trône en trophée et de l'autre côté
une descente de peau de bête, appartenant sans doute à la même
bestiole. Le truc fait aire de pique nique améliorée mais c'est
surtout ce toit qui ne m'a pas fait hésiter plus longtemps. C'est
décidé, je dors là, et si quelqu'un me dit quelque chose, je ferai
l'ingénu ou je le supplierai. De toute façon il n'y a personne, on
se demande bien à qui appartiennent la demie douzaine de voitures
garées là. J'ai donc fait un transfert de mes affaires vers l'autre
côté du pont suspendu, installant le réchaud sur la table ainsi
que la nourriture pour ce soir.
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| Innvikfjorden |
Au bout d'un moment j'ai vu un type
hagard qui allait et venait semblant chercher je ne sais quoi jusqu'à
ce qu'il me remarque. Il sembla hésiter puis je le vis traverser le
pont de singe. Allons bon, ça va être pour moi ! Je ne l'ai
pas laisser parler, j'ai commencé le premier, en lui demandant
comment il allait. Il avait l'air ahuri et fixait mes affaires. Je
lui expliquais que je m'étais mis là à cause de la pluie qui ne
cessait de tomber. Puis, pour désamorcer tout conflit, je lui ai
demandé s'il vivait ici, ce à quoi il répondit oui. J'ai alors
embrayé en lui demandant si je pouvais dormir là, que j'avais mes
affaires et que je serai parti demain matin aux première lueurs
(façon de parler, je rappelle que je ne sais toujours pas quand sont
ces lueurs!). Avec un tel plaidoyer il ne pu pas pas refuser. Ouf, je
l'ai cette nuit au sec sans craindre l'humidité. J'avais besoin de
ça plus que de toute autre chose. Même une douche qui me ferait du
bien pour me réchauffer et me décrasser n'est que secondaire. Ce
soir je peux me coucher l'esprit tranquille. Et demain, ce sera la
quête de la bâche !
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| Vallée de Brksdal |


















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